Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Métropole 2026
Thème : Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France (2026)
Énoncé
Objet d'étude: le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle
Émile Augier, Gabrielle, Acte I, scène 1, 1849
La scène d'exposition s'ouvre sur un dialogue entre deux époux, Gabrielle et Julien, dans un salon bourgeois. Distraite, elle lit négligemment un livre qu'elle tient à la main. Son mari, avocat, cherche son code pénal. Il lui reproche gentiment de déplacer ses affaires et de ne pas s'intéresser suffisamment à sa profession et à leur situation. Elle s'en repent et lui propose d'en parler. Julien s'exécute alors avec enthousiasme.
Il s'assied près d'elle.
Sache que nous marchons, que nous roulons plutôt
Sur le rude chemin de fortune au grand trot:
J'ai quinze mille francs chez Lassusse; dix mille
Chez Blanche 1, hypothéqués sur sa maison de ville;
5 Ma réputation prend un rapide essor;
Un ministre — et celui de la justice encor ! —
Sur le seul bruit que fait ma petite éloquence,
D'un gros procès qu'il a m'a donné la défense;
Et cela met un homme en posture au Palais 2,
10 Tu comprends ?
Gabrielle.
Oui, très bien.
Julien.
Mes gains ne sont pas laids,
Je fais, bon an mal an, vingt mille francs; je gage
Que j'en vais faire trente et même davantage.
Or, nous en dépensons douze mille environ,
N'est-ce pas ?
Gabrielle.
Oui.
Julien.
Mettons quinze pour compte rond,
15 Et si... Pantagruel répondit à Panurge:
« Quand le printemps fleurit, il faut que je me purge 3. »
Je vois que tu comprends mes calculs.
Gabrielle.
Oui, très bien.
Julien.
Merci ! Nous reprendrons plus tard cet entretien.
Il se lève, et se dirige vers son travail.
C'est plaisir de causer avec sa ménagère,
Se retournant vers sa femme.
20 On vous aime pourtant, pauvre tête légère !
Il s'assied à sa table et travaille.
Gabrielle, à part.
Hélas ! il croit m'aimer... Quelle dérision !
Quand il ne va songeant qu'à son ambition !
Il m'aime ! il dit qu'il m'aime ! — Ô nature immortelle,
Pénétrantes senteurs de la feuille nouvelle,
25 Tranquillité des champs au soleil prosternés,
Est-ce là cet amour dont vous m'entretenez ?
Heureuse !... s'il en est une entre mes compagnes,
Celle qui peut marcher à travers les campagnes,
Appuyant tout son cœur sur un bras bien aimé,
30 Selon le rêve ardent qu'elle s'était formé !
Nous partirions le soir, à cette heure sereine
Où l'ombre et le silence ont apaisé la plaine;
Nous irions... quel bonheur ! moi pendue à son bras,
Lui sur mon pas plus lent ralentissant son pas,
35 Et tous deux regardant tomber la nuit immense
Nous nous enivrerions d'amour et de silence !
Julien.
Gabrielle !
Gabrielle.
Plaît-il ?
Julien.
Hors chez nous 4, où voit-on
Chemise de mari n'avoir pas un bouton ?
Gabrielle.
Ah ! — Mettez une épingle.
Julien.
Il faut que je te gronde.
40 Mon linge est dans l'état le plus piteux du monde.
Gabrielle.
Bien. — Je ferai venir une femme demain.
Julien.
Ma mère m'aurait tout rapiécé de sa main.
1. Lassusse et Blanche doivent de l'argent à Julien.
2. Palais: édifice public où s'exerce la justice.
3. Citation prêtée à Rabelais sans rapport à ce qui a été dit jusque-là.
4. Hors chez nous: excepté chez nous.
Vous commenterez cet extrait de Gabrielle d'Émile Augier. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention:
- à l'opposition des deux personnages;
- à l'aspect comique et critique de cette scène.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous commenterez cet extrait de Gabrielle d'Émile Augier. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention : - à l'opposition des deux personnages ; - à l'aspect comique et critique de cette scène.
Réponse : Proposition de plan détaillé pour le commentaire composé : Introduction - Accroche : au XIXe siècle, la comédie de mœurs met en scène le foyer bourgeois et ses valeurs. - Présentation : dans *Gabrielle* (1849), Émile Augier, figure de « l'école du bon sens », peint un couple bourgeois désuni. - Situation : dans cette scène d'exposition, l'avocat Julien, tout à ses affaires, fait face à sa femme Gabrielle, rêveuse et délaissée. - Problématique : comment cette exposition fait-elle naître le comique de l'opposition entre les époux tout en critiquant le mariage bourgeois ? - Annonce du plan : I. Deux personnages que tout oppose ; II. Un dialogue de sourds comique ; III. Une scène critique. --- I. Deux personnages que tout oppose 1. Julien, le bourgeois ambitieux et calculateur - Un lexique de l'argent : « quinze mille francs », « hypothéqués », « gains », « vingt mille », « calculs ». - Une ambition dite par l'image de la course (« nous roulons », « au grand trot », « rapide essor ») et par la vanité (« un ministre », « Palais », « ma petite éloquence »). - Une vision utilitaire de l'épouse : la « ménagère » doit coudre ses boutons, à l'image de sa mère (v. 42). 2. Gabrielle, l'âme romantique insatisfaite - L'aparté révèle une parole libre et sincère, enfin débarrassée des réponses de façade : « Hélas ! il croit m'aimer... Quelle dérision ! ». - Le lyrisme passe par : - l'apostrophe à la nature (« Ô nature immortelle ») et les sensations (« senteurs », « feuille nouvelle ») ; - le conditionnel du rêve (« Nous partirions », « Nous irions ») ; - la fusion amoureuse (« moi pendue à son bras, / Lui sur mon pas plus lent ralentissant son pas », avec son chiasme) ; - un alexandrin ample : « Nous nous enivrerions d'amour et de silence ! ». - Le lyrisme s'oppose au prosaïsme : le rêve contre les chiffres, la nature contre le salon, le sentiment contre l'ambition. --- II. Un dialogue de sourds au service du comique 1. Une communication impossible - Les répliques sont déséquilibrées : Julien tient de longues tirades, Gabrielle répond par des monosyllabes mécaniques (« Oui, très bien », « Oui »). - Les vers sont partagés (v. 10, 14, 37), ce qui accentue le décalage. - L'incohérence de la citation de Rabelais (note 3), que Gabrielle approuve quand même, prouve qu'elle n'écoute pas. Le test de Julien se retourne contre lui, car il conclut aveuglément « Je vois que tu comprends ». 2. Comique de situation et ruptures de ton - L'envolée lyrique est brisée par un détail trivial : « Gabrielle ! — Plaît-il ? » puis la chemise sans bouton. C'est une chute burlesque du sublime au domestique. - Les didascalies montrent un Julien qui se lève, se retourne et se remet au travail : il est mécanique et indifférent. - La réplique « Mettez une épingle » est désinvolte. La gronderie de Julien, puis sa référence à sa mère, le rendent puéril et ridicule. - Ce comique de caractère tient au fait qu'aucun des deux ne se rend compte du ridicule de la situation. --- III. Une scène critique 1. La satire du bourgeois matérialiste - Julien confond l'amour et le confort (« On vous aime pourtant »). - Son ambition et son goût de l'argent vident le mariage de tout sentiment. - Son paternalisme condescendant (« pauvre tête légère ») traduit la domination masculine. 2. La condition de l'épouse bourgeoise - Gabrielle est réduite à l'oisiveté et aux tâches domestiques ; elle s'ennuie, comme une Emma Bovary. - Son rêve fait surgir le danger de l'adultère, ressort de la pièce. - Le regard critique porte aussi sur ses illusions romanesques. Augier, moraliste, finit d'ailleurs par défendre la famille, mais il expose ici avec lucidité les failles du couple. 3. Une exposition efficace - La scène présente les personnages, la situation financière et le conflit latent. - Elle annonce ainsi l'intrigue de la pièce. --- Conclusion - Bilan : par l'opposition entre le prosaïsme de Julien et le lyrisme de Gabrielle, Augier crée un dialogue de sourds comique qui sert la satire du mariage bourgeois et expose le conflit de la pièce. - Ouverture : *Madame Bovary* de Flaubert (1857) ou *Les Femmes savantes* de Molière (le personnage de Chrysale).
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