Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Métropole remplacement 2025
Thème : Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2025)
Énoncé
1 - Commentaire de texte (20 points)
Objet d'étude: le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Maryse Condé, Moi, Tituba, sorcière..., 1986.
L'histoire se passe au XVIIe siècle, à la Barbade, île esclavagiste des Caraïbes. Après avoir perdu sa mère Abena qui a été pendue, Tituba a trouvé du réconfort auprès de Yao, l'amant de sa mère, qui se suicidera à son tour de chagrin. Tituba est alors recueillie par Man Yaya.
1 Man Yaya m'apprit les plantes.
Celles qui donnent le sommeil. Celles qui guérissent plaies et ulcères.
Celles qui font avouer les voleurs.
Celles qui calment les épileptiques et les plongent dans un bienheureux repos. Celles
5 qui mettent sur les lèvres des furieux, des désespérés et des suicidaires des paroles d'espoir.
Man Yaya m'apprit à écouter le vent quand il se lève et mesure ses forces au-dessus des cases qu'il se prépare à broyer.
Man Yaya m'apprit la mer. Les montagnes et les mornes¹.
Elle m'apprit que tout vit, tout a une âme, un souffle. Que tout doit être respecté. Que
10 l'homme n'est pas un maître parcourant à cheval son royaume.
Un jour, au milieu de l'après-midi, je m'endormis. C'était la saison de Carême. Il faisait une chaleur torride et, maniant la houe ou le coutelas, les esclaves psalmodiaient un chant accablé. Je vis ma mère, non point pantin douloureux et désarticulé, tournoyant parmi le
15 feuillage, mais parée des couleurs de l'amour de Yao. Je m'exclamai:
— Maman !
Elle vint me prendre dans ses bras. Dieu ! que ses lèvres étaient douces !
— Pardonne-moi d'avoir cru que je ne t'aimais pas ! À présent, je vois clair en moi et je ne te quitterai jamais !
20 Je criai, éperdue de bonheur:
— Yao ! Où est Yao ?
Elle se détourna:
— Il est là, lui aussi !
Et Yao m'apparut.
25 Je courus raconter ce rêve à Man Yaya qui pelait les racines du repas du soir. Elle eut un sourire finaud: Tu crois donc que c'était un rêve ?
Je demeurai interdite.
Désormais, Man Yaya m'initia à une connaissance plus haute.
Les morts ne meurent que s'ils meurent dans nos cœurs. Ils vivent si nous les
30 chérissons, si nous honorons leur mémoire, si nous posons sur leurs tombes les mets qui de leur vivant ont eu leurs préférences, si à intervalles réguliers nous nous recueillons pour communier dans leur souvenir. Ils sont là, partout autour de nous, avides d'attention, avides d'affection. Quelques mots suffisent à les rameuter, pressant leurs corps invisibles contre les nôtres, impatients de se rendre utiles.
¹ Colline sur une île.
Vous commenterez cet extrait de Moi, Tituba, sorcière... de Maryse Condé. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention:
à l'apprentissage de Tituba;
au caractère surnaturel du monde.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous commenterez cet extrait de Moi, Tituba, sorcière... de Maryse Condé. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention : à l'apprentissage de Tituba ; au caractère surnaturel du monde.
Réponse : Proposition d'axes de lecture et plan détaillé : Introduction : - Situation : dans *Moi, Tituba, sorcière...* (1986), Maryse Condé réhabilite la figure historique de Tituba, esclave noire accusée lors des procès des sorcières de Salem en 1692. L'extrait se situe au début du roman, à la Barbade. Tituba, orpheline après la pendaison de sa mère Abena et le suicide de Yao, son père de cœur, est recueillie par Man Yaya. - Problématique : comment cet extrait met-il en scène une initiation à la fois spirituelle et politique, qui fait de la communion surnaturelle avec la nature et les morts un refuge et une forme de résistance face à l'horreur de l'esclavage ? - Annonce du plan : nous étudierons d'abord l'apprentissage de Tituba auprès de Man Yaya, puis le caractère surnaturel d'un monde où les morts restent présents. Axe I. Un récit d'apprentissage initiatique : la transmission du savoir par Man Yaya 1. Une relation maîtresse-disciple bienveillante : - L'anaphore « Man Yaya m'apprit » (l. 1, 6, 8), relayée par « Elle m'apprit » (l. 9), scande le texte comme une litanie. Elle fait de Man Yaya une figure maternelle de substitution, protectrice et formatrice. - Le savoir passe progressivement du matériel au spirituel, jusqu'à « une connaissance plus haute » (l. 28) ; le verbe « initia » marque ce passage. 2. La pharmacopée et le savoir des plantes : - L'énumération en anaphore de « Celles qui... » (l. 2-5) détaille plusieurs vertus : - thérapeutiques : le sommeil, la guérison des plaies et ulcères ; - psychologiques : calmer les épileptiques, donner des « paroles d'espoir » aux « désespérés » et aux « suicidaires » ; - judiciaires et magiques : faire « avouer les voleurs ». - Ce savoir répare les traumatismes : l'allusion aux suicidaires renvoie au destin de Yao. 3. Une vision animiste de la nature : - « tout vit, tout a une âme, un souffle » (l. 9) ; le vent est personnifié (« mesure ses forces », « se prépare à broyer », l. 6-7). - La nature est un ensemble sacré à respecter. La phrase « l'homme n'est pas un maître parcourant à cheval son royaume » (l. 10) critique implicitement le maître colon et la domination esclavagiste. Axe II. Le surnaturel comme révélation et comme survie face à la violence de l'esclavage 1. Le contraste entre la réalité servile et la vision consolatrice : - L'arrière-plan réaliste de l'esclavage s'impose : « saison de Carême », « chaleur torride », « maniant la houe ou le coutelas », « chant accablé » (l. 12-14). - Une antithèse oppose le souvenir traumatique de la mère pendue (« pantin douloureux et désarticulé », l. 14) à l'apparition transfigurée de cette mère, « parée des couleurs de l'amour de Yao » (l. 15). 2. Du rêve à la réalité des esprits : - Le dialogue au discours direct et les exclamations (« Dieu ! que ses lèvres étaient douces ! ») traduisent l'émotion et l'intensité de cette réunion. - La réconciliation filiale (« Pardonne-moi d'avoir cru que je ne t'aimais pas ! ») apaise la blessure de l'orpheline. - La question rhétorique de Man Yaya (« Tu crois donc que c'était un rêve ? », l. 26), accompagnée d'un « sourire finaud », fait basculer le rêve dans le réel. La stupeur de Tituba (« Je demeurai interdite ») marque le seuil de l'initiation. 3. La continuité vivante entre morts et vivants : - La maxime paradoxale « Les morts ne meurent que s'ils meurent dans nos cœurs » (l. 29) ouvre la leçon. - Elle est suivie de l'anaphore des subordonnées en « si » qui décrit les rituels du culte des ancêtres : mémoire, offrandes de mets, recueillement à « intervalles réguliers ». - Le passage au présent de vérité générale et au « nous » donne à cette leçon une portée universelle. - La présence des esprits est presque physique : « pressant leurs corps invisibles contre les nôtres, impatients de se rendre utiles ». Les morts deviennent des alliés bienveillants, à l'opposé de l'image effrayante de la sorcière. Conclusion : - Bilan : l'extrait mêle récit d'apprentissage et merveilleux. Man Yaya transmet à Tituba un savoir des plantes, une vision animiste du monde et une communion avec les morts. Ce savoir console l'orpheline et constitue une résistance culturelle face à l'esclavage. - Ouverture : Condé renverse ainsi le regard puritain de Salem, qui ne verra en Tituba qu'une « sorcière ». On peut rapprocher ce passage du réalisme merveilleux caribéen ou de la réhabilitation des savoirs féminins, par exemple dans *La Sorcière* de Michelet.
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