Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Métropole 2021 (sujet 1)

Thème : Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France 1 (2021)

Énoncé

Vous traiterez au choix, l'un des deux sujets suivants. Sujet 1:

1- Commentaire de texte (20 points)

Romain Gary, La Promesse de l'aube, 1960.

Dans ce chapitre du roman autobiographique La Promesse de l'aube, le narrateur vit modestement avec sa mère à Nice. Celle-ci, croisant le roi de Suède qui y est en vacances, se précipite vers lui pour vanter les talents de son fils au tennis - un sport qu'elle rêve de lui voir pratiquer. Le souverain demande alors à son propre entraîneur d'échanger quelques balles avec le jeune homme.

- Faites quelques balles avec lui, dit-il de sa voix caverneuse. Voyons un peu ce qu'il sait faire.

Le visage de ma mère s'éclaira. L'idée que je n'avais tenu que trois ou quatre fois la raquette de tennis à la main ne la préoccupait nullement. Elle avait confiance en moi. Elle savait qui j'étais. Les petits détails quotidiens, les petites difficultés pratiques n'entraient pas en ligne de compte. J'hésitai une seconde et puis, sous ce regard de confiance totale et d'amour, j'avalai ma honte et ma peur et, baissant la tête, j'allai à mon exécution.

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Ce fut vite fait - mais il me semble parfois que j'y suis encore. Je fis, bien entendu, de mon mieux. Je sautais, plongeais, bondissais, pirouettais, courais, tombais, rebondissais, volais, me livrant à une sorte de danse de pantin désarticulé, mais c'est tout juste si je parvenais parfois à effleurer une balle, et encore, uniquement avec le cadre de bois - tout cela sous l'oeil imperturbable du roi de Suède, qui m'observait froidement, sous le fameux canotier 1. On se demandera sans doute pourquoi j'avais accepté de me laisser conduire ainsi à l'abattoir, pourquoi je m'étais aventuré sur le terrain. Mais je n'avais pas oublié ma leçon de Varsovie 2, ni la gifle que j'avais reçue, ni la voix de ma mère me disant: « La prochaine fois, je veux qu'on te ramène à la maison sur des brancards, tu m'entends ? » Il ne pouvait être question pour moi de me dérober.

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Je mentirais aussi si je n'avouais pas que, malgré mes quatorze ans, je croyais encore un peu au merveilleux. Je croyais à la baguette magique et, en me risquant sur le court, je n'étais pas du tout sûr que quelque force entièrement juste et indulgente n'allait pas intervenir en notre faveur, qu'une main toute-puissante et invisible n'allait pas guider ma raquette et que les balles n'allaient pas obéir à son ordre mystérieux.

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Ce ne fut pas le cas. Je suis obligé de reconnaître que cette défaillance du miracle a laissé en moi une marque profonde, au point que j'en viens parfois à me demander si l'histoire du Chat botté n'a pas été inventée de toutes pièces, et si les souris venaient vraiment, la nuit, coudre les boutons sur le surtout 3 du tailleur de Gloucester 4. Bref, à quarante-quatre ans, je commence à me poser certaines questions. Mais j'ai beaucoup vécu et il ne faut pas prêter trop d'attention à mes défaillances passagères.

1 Canotier: chapeau d'été. Dans le roman, le roi de Suède est reconnaissable à ce chapeau.

2 La leçon de Varsovie renvoie à un épisode précédent durant lequel le narrateur a laissé sa mère se faire insulter sans réagir. Elle ne lui a pas pardonné de n'avoir pas défendu son honneur.

3 Surtout: vêtement ample que l'on portait par-dessus ses habits.

4 Le Tailleur de Gloucester: conte de Beatrix Potter; Le Chat botté: conte de Perrault.

Vous ferez un commentaire littéraire de ce texte en vous aidant des pistes suivantes:

1- Un amour maternel démesuré.

2- Un regard amusé et attendri du narrateur sur son passé.

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Métropole 2021 (sujet 1)

Corrigé

Corrigé établi d’après les éléments de correction officiels

Vous ferez un commentaire littéraire de ce texte en vous aidant des pistes suivantes : 1- Un amour maternel démesuré. 2- Un regard amusé et attendri du narrateur sur son passé.

Réponse : Le corrigé officiel n'impose pas un texte rédigé à reproduire mais une grille d'analyse : (1) Un amour maternel démesuré, présenté comme inconditionnel (la mère brave le roi de Suède sans crainte du décalage social, « son visage s'éclaira », emploi répété de « confiance » et « totale », brièveté des phrases « Elle avait confiance en moi. Elle savait qui j'étais »), aveugle (la négation restrictive sur l'inexpérience du fils et l'adverbe « nullement » montrent que la mère ignore la réalité, la reprise de l'adjectif « petit » minimise les difficultés), et pesant (le fils ravale « sa honte et sa peur », l'énumération des verbes d'action à l'imparfait dit son effort et sa souffrance, la leçon de Varsovie rapportée au discours direct « tu m'entends ? » impose un ton intransigeant et violent, l'expression « sur des brancards » suggère un démembrement) ; le fils, dupe des illusions maternelles mais consentant par amour, se « laisse conduire à l'abattoir » et va à « son exécution ». (2) Un regard amusé et attendri du narrateur sur son passé : le texte est autobiographique, avec un double « je » (l'enfant de 14 ans et l'homme de 44 ans qui use du présent d'énonciation et du passé composé), placé sous le signe de la sincérité (« je mentirais aussi si je n'avouais pas »). Le regard est amusé : excentricité de la mère, consentement désabusé du fils, métaphores comiques de « l'exécution » et de « l'abattoir », décalage entre les efforts désespérés et le résultat dérisoire (« c'est tout juste si je parvenais à effleurer la balle »), contraste entre la phrase lapidaire « ce fut vite fait » et l'ample énumération de verbes, comparaison implicite à un sketch clownesque ou à une parodie de combat épique ; le champ lexical du merveilleux (« baguette magique », « ordre mystérieux », « force puissante et invisible ») souligne la naïveté attendrissante du jeune homme, et l'autodérision de l'adulte qui feint de s'interroger sur le Chat botté renforce l'humour. Mais ce regard reste aussi attendri : l'adverbe « encore » (« il me semble parfois que j'y suis encore ») suggère un traumatisme resté vif, la honte et la peur sont encore ressenties, et la prise de conscience de la « défaillance du miracle » constitue une désillusion marquante qui rompt l'enchantement de l'enfance. Tout autre axe d'analyse pertinent proposé par le candidat, non prévu par ce corrigé, doit être accepté.

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