Exercice 2 - Sujet A - Essai · Bac STI2D Français Métropole 2026

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole France (2026)

Énoncé

Sujet A – Essai

Texte d'après Thierry Wolton, Les Nouvelles Routes de notre servitude, 2022.

Le mimétisme 1 est une composante essentielle du vivre-ensemble. Les réseaux le favorisent. L'usage généralisé et intensif du Web en fait un phénomène de masse qui pousse aux regroupements, qui oblige à la conformité. Les réseaux sociaux ne peuvent pas se permettre d'être porteurs d'une trop grande diversité d'opinions quand ils servent de dénominateur commun à la doxa 2. Leur fonctionnement oblige au regroupement des opinions, que facilite la simplification des choix. Les « j'aime », « je n'aime pas », dynamique d'une partie des échanges, enferment les débats dans une dimension binaire qui n'est pas sans correspondre au système, lui-même binaire, de l'électronique, mère de la révolution numérique. Contrairement à ce qui est le plus souvent prétendu, l'Internet ne garantit pas la liberté d'expression. Ce qui s'y exprime correspond à des choix dictés par le conformisme des « réseauteurs », conséquence du mimétisme qui y prévaut, conforté par la technologie binaire utilisée, concentrée par les sites en vogue.

Il en résulte une uniformisation des échanges, un appauvrissement des contenus, une simplification des opinions, qui facilitent l'agrégation des internautes autour de grandes causes générales, de beaux principes, en guise de certificat de conformité. Vus ainsi, les réseaux sociaux servent de liens de sociabilité, une nécessité pour l'internaute isolé dans l'infini du Web, ou si l'on préfère de lieu d'humanité dans un monde numérisé, dématérialisé. Autre perception possible: les réseaux sont des espaces de normalisation indispensables à l'uniformisation des opinions et des comportements des individus-rois qui se complaisent dans le miroir narcissique du Net. Dans tous les cas, le Net joue un rôle d'intégration qui répond à la fois à la nécessité pour l'internaute de faire société à l'ère du tout-numérique et au besoin de la communauté de trouver un langage commun pour s'entendre et se conformer. Ce contrat est toutefois faussé par l'intervention d'un tiers acteur, l'algorithme, qui détermine les rapprochements des uns avec les autres, qui influence leurs relations, qui transforme les réseaux sociaux en école du panurgisme 3 où les internautes en quête de certitude et de sécurité aiment s'abriter.

L'algorithme est le maître de la Toile. Il fournit à l'utilisateur une information sélectionnée en rapport avec ses intérêts, identifiés grâce aux données laissées par ses navigations sur le Net. Puis il regroupe les internautes par affinités autour de thèmes communs, déterminés à partir de ces mêmes données. Ces deux fonctions sont en adéquation avec la nature du Web qui isole et rassemble à la fois.

Dans ces conditions l'Internet ne saurait être un outil de la démocratie. Les connexions, les choix exprimés procèdent de ces calculs qui ignorent le principe de un homme = une voix, mantra 4 de la démocratie, pour former a contrario des collectifs. L'algorithme est tout autant antinomique 5 de la notion de libre arbitre quand les centres d'intérêt, les activités, les rencontres dépendent de la manière dont il les gère.

Le redéploiement des identités, qui résulte des calculs algorithmiques et des manières de les associer, suscite des actions inattendues: pétitions en ligne, mouvements solidaires, agitation sociale, défense d'intérêts corporatistes, etc. Ces rassemblements ne préjugent en rien de l'identité de chaque participant, la personnalité des internautes s'y déconstruit pour se reconstituer autrement dans l'interactivité alimentée par la machine. Le résultat de ce processus n'a rien de nouveau, hormis la technologie qui en facilite l'émergence: il est pareil à la mutation maintes fois observée de l'individu en homme-foule alors prêt à se joindre à la masse au sein de laquelle il n'est plus ni différent ni meilleur qu'un autre. Le réseau social aide ainsi à combler l'idéal d'égalité que l'internaute est venu chercher sur le Web.

Se rassembler relève de l'instinct pour l'être humain en quête de sécurité. Faire masse protège l'individu de l'hostilité extérieure et le rassure vis-à-vis de ses semblables. L'union permet d'atténuer la peur des autres, les différences se dissolvent dans un tout égalitaire qu'incarne l'homme-masse. À l'ère victimaire, les réseaux sociaux aident l'internaute à se protéger d'une adversité réelle ou supposée, à lui assurer le bien-être de l'anonymat, à satisfaire son instinct grégaire. Le Web a fini par jouer le rôle de maison commune de l'humanité, protectrice et rassurante.

Nul besoin de réfléchir dans la foule numérique, tout le monde va dans le même sens. Le mimétisme rassure, il évite de se distinguer, de s'attirer l'animosité d'autrui, il tient de la sauvegarde de soi-même. Si l'internaute en réseau perd de sa liberté individuelle, il y gagne un sentiment de libération collective.

797 mots

1 Mimétisme: reproduction machinale, inconsciente, de gestes et d'attitudes des gens de l'entourage.

2 Doxa: ensemble des opinions communes aux membres d'un groupe.

3 Panurgisme: comportement d'une personne qui imite systématiquement les autres.

4 Mantra: formule sacrée que l'on répète.

5 Antinomique: opposé.

Le besoin d'appartenir à un groupe empêche-t-il d'être libre ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur le Discours de la Servitude volontaire de La Boétie, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Le besoin d'appartenir à un groupe empêche-t-il d'être libre ?

Réponse : Un essai réussi pourrait s'organiser ainsi : I. Le besoin d'appartenir à un groupe peut aliéner la liberté individuelle : La Boétie montre dans le Discours de la servitude volontaire que les peuples se soumettent volontairement à un tyran par habitude et accoutumance, préférant le confort du groupe à l'exercice périlleux de leur liberté ; de même, Wolton décrit comment le mimétisme et les algorithmes des réseaux sociaux enferment l'individu dans une conformité binaire qui étouffe la pensée personnelle et le libre arbitre. II. Pourtant, appartenir à un groupe peut aussi être une condition de la liberté : le groupe protège l'individu de l'hostilité extérieure, lui offre une sécurité et un langage commun sans lesquels aucune liberté ne peut s'exercer concrètement ; on peut convoquer ici Rousseau et le contrat social, où l'individu gagne en liberté civile ce qu'il perd en liberté naturelle en s'associant librement à d'autres. III. La vraie liberté suppose donc un rapport critique et conscient au groupe : c'est l'absence de réflexion, non l'appartenance elle-même, qui aliène ; La Boétie appelle justement à sortir de la servitude par la prise de conscience, ce qui montre que le groupe n'empêche la liberté que lorsqu'il est subi sans discernement, et non choisi et interrogé.

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