Sujet 2 · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Centres étrangers (Afrique) 2021 (jour 1)

Thème : Histoire et violence · Tiré du sujet Jour 1 (2021)

Énoncé

SUJET 2

Que des hommes aient pour avenir la mort, cela est contre nature. Dès que la pratique de la guerre a rendu sensible la possibilité de mort qu'enferme chaque minute, la pensée devient incapable de passer d'un jour à son lendemain sans traverser l'image de la mort. L'esprit est alors tendu comme il ne peut souffrir de l'être que peu de temps; mais chaque aube nouvelle amène la même nécessité; les jours ajoutés aux jours font des années. L'âme souffre violence tous les jours. Chaque matin l'âme se mutile de toute aspiration, parce que la pensée ne peut pas voyager dans le temps sans passer par la mort. Ainsi la guerre efface toute idée de but, même l'idée des buts de la guerre. Elle efface la pensée même de mettre fin à la guerre. La possibilité d'une situation si violente est inconcevable tant qu'on n'y est pas; la fin en est inconcevable quand on y est. Ainsi l'on ne fait rien pour amener cette fin. Les bras ne peuvent pas cesser de tenir et de manier les armes en présence d'un ennemi armé; l'esprit devrait combiner pour trouver une issue; il a perdu toute capacité de rien combiner à cet effet. Il est occupé tout entier à se faire violence. Toujours parmi les hommes, qu'il s'agisse de servitude ou de guerre, les malheurs intolérables durent par leur propre poids et semblent ainsi du dehors faciles à porter; ils durent parce qu'ils ôtent les ressources nécessaires pour en sortir. Néanmoins l'âme soumise à la guerre crie vers la délivrance; mais la délivrance même lui apparaît sous une forme tragique, extrême, sous la forme de la destruction. Une fin modérée, raisonnable, laisserait à nu pour la pensée un malheur si violent qu'il ne peut être soutenu même comme souvenir. La terreur, la douleur, l'épuisement, les massacres, les compagnons détruits, on ne croit pas que toutes ces choses puissent cesser de mordre l'âme si l'ivresse de la force n'est venue les noyer.

Simone Weil, L'Iliade ou le poème de la force (1941).

Première partie: interprétation philosophique

D'après ce texte, pourquoi la violence de la guerre nous déshumanise-t-elle ?

Deuxième partie: essai littéraire

Que peut dire la littérature confrontée à une violence sans issue ?

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

D’après ce texte, pourquoi la violence de la guerre nous déshumanise-t-elle ?

Réponse : La guerre déshumanise l'homme en détruisant sa faculté essentielle de se projeter dans l'avenir et de penser librement. Soumis en permanence à l'imminence de la mort, l'esprit ne peut plus concevoir de but ni imaginer d'issue rationnelle ; réduit à manier les armes machinalement, le soldat se mutile de toute aspiration et s'enferme dans une pure réaction mécanique régie par la force brute.

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