Exercice Deuxième partie : essai littéraire · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Centres étrangers (Afrique) 2025 (jour 2)
Thème : Création, continuités et ruptures · Tiré du sujet Jour 2 (2025)
Énoncé
Chaque époque, on l'aura compris, doit écrire ses propres livres; mieux, chaque génération doit écrire pour celle qui la suivra. Les livres d'une période plus ancienne n'entrent pas dans ce cadre.
Cependant, c'est ici que se produit une grave erreur. Le caractère sacré qui s'attache à l'acte de création, à l'acte de pensée, est transféré sur le produit de ces actes. Le barde (1) était considéré comme un homme divin: donc, son chant est également divin. L'écrivain était vu comme un esprit juste et sage: donc, il s'ensuit que son livre est parfait; tout comme l'amour que l'on ressent pour le héros est ensuite corrompu en vénération idolâtre de sa statue. Immédiatement, le livre devient nocif et le guide se fait tyran. L'esprit léthargique (2) et perverti de la multitude, si lent à s'ouvrir aux incursions (3) de la Raison, une fois qu'il est ainsi ouvert, une fois qu'il a reçu le livre, se repose dessus et se répand en protestations si ce livre est critiqué. On bâtit des universités sur ce livre. Des penseurs, mais non l'« Homme Pensant », écrivent d'autres livres sur celui-là; ces livres sont certes écrits par des hommes de talent, mais ces hommes partent sur de mauvaises bases, ils réfléchissent à partir de dogmes acceptés et non à partir de leurs propres conceptions des grands principes. C'est ainsi que grandissent dans les bibliothèques des jeunes gens humbles et mous, qui croient qu'il est de leur devoir d'accepter les vues que Cicéron (4), Locke (5) ou Bacon (6) ont exposées; ils oublient que Cicéron, Locke et Bacon n'étaient que des jeunes gens eux-mêmes enfermés dans des bibliothèques, quand ils ont écrit leurs livres.
Et alors, au lieu de l'« Homme Pensant », nous avons droit au rat de bibliothèque.
EMERSON, L'Intellectuel américain (1837)
(1) Barde: poète celtique qui célébrait en chantant les exploits des héros.
(2) Léthargique: ensommeillé, engourdi.
(3) Incursion: surgissement momentané.
(4) Cicéron: philosophe du 1 er siècle avant J.-C.
(5) Locke: philosophe anglais (1632-1704).
(6) Bacon: philosophe anglais (1561-1626).
Deuxième partie: essai littéraire
Faut-il rompre avec la tradition littéraire pour écrire une œuvre ?

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Faut-il rompre avec la tradition littéraire pour écrire une œuvre ?
Réponse : Une proposition de plan dialectique rigoureux pour traiter ce sujet : Introduction : - *Accroche :* Écho à l'injonction d'Emerson : « Chaque époque [...] doit écrire ses propres livres ». - *Définition des termes :* La tradition littéraire regroupe les codes, genres, canons et modèles hérités du passé. « Écrire une œuvre » implique une démarche artistique ambitieuse, aspirant à la singularité et à la pérennité. - *Problématique :* L'acte créateur exige-t-il de rejeter les héritages passés pour fonder une voix originale, ou n'est-il au contraire qu'un dialogue, voire une réinvention féconde à partir de la tradition ? I. La rupture, condition nécessaire de la modernité et de l'authenticité artistique - Rejeter le carcan académique et le conformisme : l'imitation servile étouffe la créativité (le « rat de bibliothèque » dénoncé par Emerson). - Les avant-gardes et les manifestes de rupture comme moteurs de renouveau littéraire : le romantisme brisant la règle des trois unités (Hugo, *Préface de Cromwell*), le surréalisme dynamitant la syntaxe et la logique bourgeoise (Breton). - Nécessité d'adapter la forme aux mutations historiques et aux angoisses contemporaines (Apollinaire et la modernité poétique, le Nouveau Roman rejetant l'illusion réaliste balzacienne). II. L'illusion d'une rupture totale : la tradition comme terreau indispensable - Impossible table rase : la langue, les mythes et les structures littéraires préexistent à l'écrivain (Borges et l'idée que toute littérature est une vaste bibliothèque universelle). - L'apprentissage et l'assimilation des maîtres : pour transgresser une règle, encore faut-il la maîtriser (Baudelaire reprenant la forme classique du sonnet pour y loger la modernité des *Fleurs du Mal*). - L'intertextualité, source inépuisable de sens et de résonance : l'hommage, la parodie, la réécriture (Proust et ses *Pastiches et Mélanges*). III. Dépasser l'opposition : l'œuvre comme métamorphose créatrice de la tradition - L'écriture authentique n'est ni soumission frileuse ni rupture artificielle, mais dialogue critique et transmutation (T.S. Eliot, *Tradition and the Individual Talent*). - La tradition n'est pas un monument immuable mais un fleuve dynamique que chaque œuvre neuve vient infléchir et enrichir. Conclusion : Rompre avec la tradition n'est fécond que si la rupture s'entend non comme un rejet destructeur, mais comme une émancipation libératrice permettant à l'écrivain de féconder à son tour l'histoire des formes.
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