Exercice 2.B - Contraction de texte · Bac STMG Français Asie session normale 2025

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Session normale (2025)

Énoncé

B — La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » / parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte: Jean-Marie Durand, « Qu'est-ce qui caractérise les caractères ? », Philosophie Magazine, 25 novembre 2022.

Si Les Caractères, écrit vers 320 avant Jésus-Christ par Théophraste (élève d'Aristote 1), prolongé par la satire de Jean de La Bruyère, publiée en 1688, ont pris au sérieux la réflexion sur nos caractères, la philosophie moderne s'en est étrangement désintéressée.

Trop ambivalents 2 et insaisissables pour un esprit rationnel, les caractères n'occupent guère l'esprit des philosophes. Comme si Théophraste et La Bruyère avaient épuisé de leur génie propre la question ! Comme si, surtout, le caractère butait sur la possibilité d'en conceptualiser rigoureusement le cadre.

Le caractère reste une impression vague plutôt qu'un concept en vogue. Il n'est qu'« une figuration impressionniste 3 », comme le suggère le philosophe français Frédéric Spinhirny dans son récent essai, Les Caractères aujourd'hui. Ce qui résiste et ce qui cède. Une figure impressionniste, certes, mais qui, lorsqu'on joue avec ses caricatures possibles, comme le fait l'humoriste Lison Daniel sur son compte Instagram et désormais dans son livre Les Caractères, devient une figure d'incarnation. De la Marseillaise au sang chaud qui maltraite les touristes parisiens à la grande bourgeoise confinée à Saint-Lu et dépassée par l'intendance de ses trois résidences secondaires, l'humoriste de la Matinale de France Inter puise dans la notion de caractère l'idée d'un socio-type 4 bourré de clichés dont on rit d'autant plus facilement qu'on le sait forcé 5.

Un caractère est toujours soumis à un principe de réduction; il n'est que la concentration serrée d'un principe d'identité, d'un tempérament à ciel ouvert. De ces caractères, qui ne sont rien d'autre que des personnages définis par quelques traits écrasants, chacun a intuitivement une connaissance sensible; on pense les connaître, on les fantasme surtout. […]

Lison Daniel prolonge, par l'humour, une tradition fondée par Théophraste et La Bruyère. Pour le premier le caractère désignait l'essence de l'homme, le « lieu » de l'être, un moi fixe, invariable, définissable et donc classable. Pour justifier l'usage de la notion de caractère, l'élève d'Aristote se demandait au début de son livre: « Comment se fait-il que nous n'ayons pas les mêmes mœurs alors que l'ensemble de la Grèce est soumis au même climat et que tous les Grecs reçoivent la même éducation ? »

D'Aristote, le premier à avoir pensé le caractère dans l' Éthique à Nicomaque (à travers des portraits du magnanime 6, de l'impudent 7, de l'hypocrite…), Théophraste a appris à classer des types moraux constants. Plutôt que de se demander si chacun a un bon ou un mauvais caractère, il distingue dans sa taxinomie 8 plus d'une vingtaine de caractères précis, répartis dans quelques grandes familles: les bavards, verbeux, fabulateurs, médisants; les avares, radins et cupides; les importuns et malotrus 9; les flatteurs et fourbes; les poseurs, orgueilleux, vantards…

Prolongeant cette attention lucide et moqueuse de Théophraste, La Bruyère dessine un tableau satirique des mœurs du XVII e siècle dans la seule œuvre qu'il ait publiée. À travers des centaines de maximes, de réflexions et de portraits, La Bruyère se fait un entomologiste 10 de la condition humaine; pour lui, un philosophe n'a comme objet que de « consumer sa vie à observer les hommes ». Émile Zola s'émerveillait des finesses de La Bruyère: « On l'aime parce qu'il est sans parti pris, sans système, et qu'il se contente d'enseigner la vertu en peignant nos travers. » Roland Barthes 11, attaché à la nuance, salua aussi ces Caractères: « La Bruyère a peut-être été le dernier moraliste à pouvoir parler de tout l'homme, enclore toutes les régions du monde humain dans un livre. » Car après La Bruyère, la philosophie s'est détachée du caractère. S'étant « constituée sur le dépassement de la sensibilité, jugée trop fragile, trop changeante, incertaine », observe Frédéric Spinhirny, la philosophie a laissé la place à la psychologie en tant que discipline centrée sur l'étude de la personnalité. Préférant l'ontologie 12 au caractère, ou l'éthique 13 aux tics comportementaux, la philosophie a perdu de son champ de vision l'étude des caractères, trop ténus 14 et flous pour conférer à la vie commune un sens quelconque.

Pourtant, en dépit de ses insuffisances heuristiques 15, le caractère « n'est pas qu'une simple humeur passagère ou un archaïsme 16 biologique », soutient Spinhirny. Il peut, à condition d'en observer attentivement les éclats et les symptômes, constituer « notre manière de rentrer en relation, de prendre des décisions, de s'engager dans le monde ». Sans forcément ressembler à « l'animal à comportement prévisible » dénoncé par Hannah Arendt 17, l'individu dispose de son caractère « comme un réflexe premier », à la manière de l'inconscient.

(767 mots)

1 Théophraste et Aristote: philosophes de l'Antiquité grecque.

2 Ambivalents: ici, ambigus, complexes.

3 Figuration impressionniste: représentation se fondant sur des impressions.

4 Socio-type: type d'individu défini en fonction de sa catégorie sociale.

5 Forcé: exagéré.

6 Magnanime: qui a de la grandeur d'âme et de la générosité.

7 Impudent: effronté, insolent.

8 Taxinomie: classification.

9 Malotrus: personne aux manières grossières.

10 Entomologiste: scientifique spécialiste de l'étude des insectes.

11 Roland Barthes (1915-1980): penseur et critique littéraire français.

12 Ontologie: étude de l'être, de l'existence.

13 Éthique: étude de la morale.

14 Ténus: fins, à peine perceptibles.

15 Heuristiques: utiles à la recherche et à la découverte.

16 Archaïsme: caractéristique ancienne, dont on a hérité.

17 Hannah Arendt (1906-1975): philosophe, politologue et journaliste allemande.

Contraction: Vous ferez la contraction de ce texte en 192 mots. Une tolérance de plus ou moins 10 % est admise: les limites sont donc fixées à au moins 173 mots et au plus 211 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu’elle comporte.

Énoncé: Exercice 2.B - Contraction de texte · Bac STMG Français Asie session normale 2025

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Contraction : Vous ferez la contraction de ce texte en 192 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise : les limites sont donc fixées à au moins 173 mots et au plus 211 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Réponse : Si la philosophie moderne délaisse les caractères, jugés trop insaisissables pour une conceptualisation rigoureuse, cette réflexion morale demeure vivace. Frédéric Spinhirny les analyse comme des impressions subjectives, tandis que l’humour contemporain les transforme volontiers en archétypes sociaux caricaturaux. Représenter un caractère implique en effet une réduction simplificatrice qui condense [50] l’identité d’un individu en quelques traits dominants. Cette démarche s’inscrit dans une tradition séculaire initiée par Théophraste. L’élève d’Aristote entreprit de classer des types moraux invariables pour comprendre la divergence des comportements au sein d’une société unifiée. Plus tard, La Bruyère prolongea cette observation [100] satirique des mœurs, peignant avec acuité les ridicules et travers humains sans élaborer de système abstrait. Cependant, la philosophie ultérieure a délaissé cette étude au profit de la psychologie ou de l’éthique, estimant les caractères trop instables pour fonder la pensée. Pourtant, loin d’être une simple humeur superficielle, [150] le caractère structure profondément notre rapport au monde et oriente nos décisions. Semblable à un réflexe inconscient et instinctif, il façonne notre manière singulière d’agir en société et d’entrer en contact avec autrui. [185 mots]

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.

‹ Exercice 2.A - Contraction de texte · Asie session normale 2025 · Exercice 2.C - Contraction de texte · Asie session normale 2025 ›

Plus d’exercices de Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine)