Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Asie session normale 2024
Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Session normale (2024)
Énoncé
C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») / parcours: écrire et combattre pour l'égalité.
Texte: Claire Marin, Être à sa place, 2022.
Pourquoi m'est-il si difficile de ranger ? Peut-être précisément parce que, contrairement à ce que nous tenons pour acquis, chaque chose a plusieurs places possibles et non pas une place définitive. Chez moi, les choses se dispersent, elles ne tiennent pas en place, comme des enfants turbulents. Il n'y a pas toujours d'endroit évident pour une chose. Classer les choses, les remettre en ordre, à leur place, me demande toujours une énergie démesurée. Il y a tellement de façons différentes d'ordonner les choses: organiser un placard, trier ses papiers, ranger sa bibliothèque. Et si la dimension pratique prend souvent le dessus, elle ne suffit pas à résoudre la question. Car les places ne vont pas de soi. Ni celles des choses, ni celles des personnes. Bien sûr, celles-ci ont souvent une place déjà définie, du moins théoriquement, par leur statut, leur fonction, leur relation avec moi. Le hasard de la naissance, les circonstances, le déterminisme social 1, tous ces éléments ont donné une place dans mon « monde » à ma sœur, mon supérieur hiérarchique, mes amis, mes voisins. Une place centrale et durable ou, au contraire, fragile, éphémère, accidentelle. […]
Car nos places, dans certains cas, nous contraignent, nous figent dans une identité qui n'est plus la nôtre. Cette place si familière, que dit-elle encore de vrai sur moi ? N'est-ce pas seulement le souvenir de celui ou celle que j'ai été ? Qui n'a pas été vexé (ou secrètement réjoui) d'être encore à la table des enfants ? Cette place-là, dans cette famille, dans cette situation sociale, est-elle encore la mienne ou celle de quelqu'un que je ne suis plus ?
Nous sommes à la fois rassurés par la répétition et l'occupation habituelle des places, et angoissés à l'idée de nous laisser emprisonner par cet ordre. Nous sommes aussi inquiets d'un ordre qui vacille et nous fait vaciller avec lui, qu'insatisfaits à l'idée de stagner. Cette ambivalence 2 de notre rapport à l'ordre du monde et à la place de chacun explique les oscillations de nos existences, les hésitations quant aux lieux réels et symboliques que nous habitons. On attend ainsi souvent d'un changement d'endroit qu'il produise, confirme ou matérialise des déplacements intérieurs, des modifications intimes.
Mais l'ordre me classe autant qu'il me déclasse. Et l'on se méfie des places assignées 3 qui prescrivent nos comportements et prédéterminent nos actions. L'injonction « reste à ta place » s'adresse souvent à ceux qui menacent de bouleverser l'ordre établi, les hiérarchies installées, les pouvoirs dominants. Celui à qui l'on intime 4 de rester à sa place est celui que l'on veut enclore 5 dans un espace mineur, secondaire, inférieur. Dans la hiérarchie du couple, de la famille, du travail, la parole de la femme, de l'enfant, du domestique, de l'ouvrier, peut ainsi être muselée 6. Rester à sa place, c'est rester silencieux, ne pas parler de ce que l'on n'est pas censé comprendre, ce qui ne nous « regarde » pas. Celui à qui on ordonne de rester à sa place est précisément celui qui a déjà commencé à regarder ailleurs. Au-delà de la cuisine, de la chaîne de production, de l'atelier de confection.
Si l'on peut imaginer un monde où chaque chose aurait sa place, il faut pourtant se méfier des univers où la place de chacun serait prédéfinie. Perec 7 souligne la violence des taxinomies 8, des ordres fixes, des assignations de places. « Derrière toute utopie 9, rappelle-t-il, il y a toujours un grand dessein taxinomique 10: une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. » Classer, déclasser, déplacer, interdire de nouvelles places, et avec elles, des dynamiques, des échanges, des rencontres. Distinguer, séparer pour s'assurer que les lignes des uns et des autres ne se croiseront pas. L'idée que « chaque chose a sa place » devient angoissante. Penser des mises en place, c'est assigner à chacun une place fixe, l'enfermer dans cette case, épinglé au mur avec son étiquette, comme dans un vieux muséum d'histoire naturelle. Mais cela suppose aussi l'impossibilité que les places soient redistribuées. […]
Dans ces univers ordonnés, planifiés, l'illusion serait de croire que la place qu'on m'attribue reflète ma personnalité ou ma valeur. Il semble au contraire que la singularité de chacun s'efface dans cet ordonnancement. Imaginer des mondes si cadrés, c'est affirmer que rien ni personne n'est imprévisible, inclassable, véritablement libre, que chacun peut finalement être inscrit dans une liste, dans une série, où se diluent les caractères particuliers, où l'identité personnelle disparaît.
(775 mots)
Notes
1 Déterminisme social: mécanisme par lequel chaque individu se voit attribuer une place en fonction de son origine sociale.
2 Ambivalence: dimension double, ambiguë.
3 Assignées: attribuées de force, imposées.
4 Intime de: ordonne de.
5 Enclore: enfermer.
6 Muselée: empêchée, baillonnée.
7 Georges Perec (1936-1982): écrivain, auteur de l'essai Penser / classer dont est extraite la citation qui suit.
8 Taxinomie: classification.
9 Utopie: société imaginaire et idéale, parfaitement ordonnée.
10 Dessein taxinomique: projet de classement.
Contraction:
Vous ferez la contraction de ce texte en 194 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à moins 174 mots et au plus 214 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Contraction terminée. Consultez la proposition de correction ci-dessous.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous ferez la contraction de ce texte en 194 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise : les limites sont donc fixées à moins 174 mots et au plus 214 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Réponse : Texte rédigé respectant le nombre de mots imposé (entre 174 et 214 mots), les repères tous les 50 mots, la fidélité aux idées directrices et la neutralité de l'énonciation.
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