Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Asie 2024 (jour 1)
Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Jour 1 (2024)
Énoncé
Le candidat traite l'étude critique de document(s) suivante
Étude critique de documents: l'évolution des formes de la guerre dans le monde
Consigne - En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que les guerres contemporaines peuvent prendre des formes différentes.
Document 1
« Le concept de guerre hybride a été formé en 2005 par le général James Matthis et le colonel Franck Hoffman dans un article (« Future Warfare: the Rise of Hybrid Wars » 1) publié dans la revue Proceedings. Le contexte de publication n'est pas anodin. L'armée américaine est alors empêtrée dans l'affaire irakienne: la guerre est officiellement terminée en 2003 après quelques semaines de combats, mais le chaos sur place oblige à maintenir des troupes jusqu'en 2014; les autorités militaires tentent alors de donner à la situation un cadre théorique.
C'est donc à l'aune de cette situation, à mi-chemin entre guerre et pacification, que le terme « hybridité » apparaît, afin de caractériser « la combinaison d'approches inédites - une fusion de différents modes et moyens de guerre ». Un schéma que les affrontements entre Israël et le Hezbollah 2, en 2006, confirment. […]
Le concept se définit d'abord par des modes d'action (comme le terrorisme) et des acteurs irréguliers (milice politique ou mercenaires par exemple), devenus effectivement récurrents. Deuxième caractéristique: une temporalité longue, qui voit la transition entre un état de tension armée (ou de basse intensité) et une guerre de haute intensité - ainsi du conflit dans le Donbass 3 à la guerre en Ukraine. Troisième point: le conflit reste sous le seuil nucléaire.
Ce concept est dès lors décliné dans toutes les grandes armées, sous des vocables variés, de la guerre « multi-champs et multi-domaines » européenne à la guerre « non linéaire » ou « intégrale » […]. Un consensus s'instaure autour de l'idée qu'une guerre ne se gagne pas seulement avec des moyens militaires réguliers, peut-être aussi en écho au débat engagé par la publication en 1999 d'un essai chinois sur la « guerre hors limites », qui postulait déjà un champ de bataille « hors limites » associant moyens militaires des moyens économiques, écologiques et juridiques.
En 2013, la France, dans son Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale, évoque des « menaces hybrides », une notion définie deux ans plus tard par le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d'expérimentations (CICDE) comme « une forme ambigüe d'affrontements, combinant des actions militaires conventionnelles et non conventionnelles, ainsi que des actions non militaires fondées sur une stratégie de déstabilisation de l'adversaire par l'usage de leviers variés et complémentaires ».
La définition insiste notamment sur les actions d'influence, les outils psychologiques et les possibilités offensives offertes par le cyberespace […]. La nouveauté est séduisante, notamment dans les affaires militaires, où elle participe de la victoire: on doit cependant questionner cette appellation au crible de l'histoire, en gardant en mémoire la formule de Clausewitz qui comparait la guerre à un caméléon […]. »
1 « Les conflits futurs, l'avènement des guerres hybrides ».
2 Organisation terroriste libanaise.
3 Région ukrainienne disputée par la Russie depuis un conflit en 2014.
Source: Gilles Ferragu, « Les nouvelles règles de la guerre ? », L'Histoire, n°504, février 2023, pp. 52-57.
Document 2

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Votre étude critique de documents :
Réponse : Introduction Les deux documents invitent à réfléchir à l'évolution des formes de la guerre. - Le document 1 est un extrait de l'article de l'historien Gilles Ferragu, « Les nouvelles règles de la guerre ? », paru dans la revue L'Histoire (n°504, février 2023). Il retrace la genèse et les caractéristiques du concept de « guerre hybride », formulé en 2005. - Le document 2 est le tableau de Francisco de Goya, El tres de mayo de 1808 en Madrid (huile sur toile, 1814, musée du Prado). Il représente la fusillade de civils madrilènes par les troupes napoléoniennes après leur soulèvement du 2 mai 1808. L'un est un texte d'analyse contemporain, l'autre une œuvre picturale engagée du début du XIXe siècle. On peut donc se demander en quoi ces documents montrent que la guerre prend des formes multiples, entre guerre conventionnelle, guerre irrégulière et guerre hybride. Nous verrons d'abord la permanence d'une guerre conventionnelle menée par des armées régulières. Nous étudierons ensuite l'importance des formes irrégulières et de la violence contre les civils. Nous montrerons enfin comment la guerre hybride brouille aujourd'hui les frontières de la guerre, tout en interrogeant sa nouveauté. I. La guerre conventionnelle, une forme qui perdure Le tableau de Goya illustre la guerre d'Espagne (1808-1814), née de l'invasion napoléonienne. À droite, les soldats de la Grande Armée forment un peloton aligné, anonyme et mécanique, fusils pointés. C'est l'image d'une armée régulière, disciplinée, au service d'un État conquérant. Cette guerre « à la Clausewitz » oppose des États et des armées, avec pour but la conquête territoriale. Le document 1 montre que cette forme n'a pas disparu. L'invasion de l'Irak en 2003 est une guerre interétatique de haute intensité, « officiellement terminée » en quelques semaines. La guerre en Ukraine, depuis 2022, voit le retour d'un conflit de haute intensité entre armées : chars, artillerie, tranchées. Le texte rappelle aussi que ces conflits restent « sous le seuil nucléaire », signe que la dissuasion encadre toujours les guerres entre puissances. II. Des guerres irrégulières où les civils sont au cœur des conflits Le tableau de Goya montre déjà une guerre qui frappe directement les civils. À gauche, des victimes désarmées, des cadavres et un homme en chemise blanche, bras levés en figure christique, s'opposent au peloton. La répression vise à terroriser la population pour briser la résistance. Goya, peintre de cour devenu témoin critique, dénonce cette violence en 1814, après le départ des Français. L'œuvre est donc aussi un document de mémoire patriotique, partial, qu'il faut replacer dans son contexte. La guerre d'Espagne est d'ailleurs celle de la « guérilla » : des combattants irréguliers harcèlent l'armée d'occupation. Ce type de guerre asymétrique se retrouve au XXe siècle (guerres de décolonisation, Vietnam) puis au XXIe siècle. Le document 1 évoque l'Irak après 2003, où le « chaos » oblige à maintenir des troupes jusqu'en 2014 face aux insurrections et au terrorisme. Il cite aussi le Hezbollah, milice non étatique qui affronte Israël en 2006. Ces guerres asymétriques mêlent acteurs non étatiques, terrorisme et populations prises en otage ou instrumentalisées. III. La guerre hybride : brouillage des frontières et nouveaux champs de conflictualité Le document 1 définit la guerre hybride par trois traits : - des modes d'action et des acteurs irréguliers (terrorisme, milices, mercenaires comme le groupe Wagner) ; - une temporalité longue, qui passe d'une tension de basse intensité à une guerre de haute intensité, du Donbass en 2014 à l'invasion de l'Ukraine en 2022 ; - le maintien sous le seuil nucléaire. Elle mobilise aussi des moyens non militaires : économiques, juridiques, l'influence et la désinformation, les outils psychologiques et le cyberespace. La définition du CICDE (2015) et le Livre blanc de 2013 montrent que les États adaptent leurs doctrines à ces « menaces hybrides ». L'essai chinois sur la « guerre hors limites » (1999) va dans le même sens. La distinction entre guerre et paix, comme entre militaire et civil, s'efface. Gilles Ferragu invite cependant à « questionner cette appellation au crible de l'histoire », en rappelant le « caméléon » de Clausewitz. La confrontation avec Goya le confirme. Mélange d'armées régulières et de combattants irréguliers, ciblage des civils et guerre des images (le tableau est lui-même un instrument de propagande et de mémoire) existaient déjà en 1808. Ce qui est nouveau, c'est surtout l'ampleur des moyens non militaires et l'apparition du cyberespace. Conclusion Les deux documents montrent que les guerres contemporaines prennent des formes différentes. On trouve une guerre conventionnelle entre armées étatiques, des guerres irrégulières et asymétriques qui frappent les civils, et des guerres hybrides combinant moyens militaires et non militaires. Leur confrontation révèle aussi des permanences : la violence contre les populations et le brouillage entre combattants et non-combattants. La guerre, « caméléon », s'adapte sans cesse à son époque. On peut le constater aujourd'hui en Ukraine comme au Proche-Orient.
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