Sujet 3 · Bac STMG Philosophie Antilles-Guyane session normale 2023
Thème : La justice · Tiré du sujet Session normale (2023)
Énoncé
Rédaction de la copie
Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l'explication de texte. Il peut: soit répondre dans l'ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1); soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Expliquer le texte suivant:
- Ce sont des voleurs, dit-on, et des filous.
- Qu'est-ce que cela signifie: des voleurs et des filous 1 ? Qu'ils ont erré 2 sur les questions de bien et de mal. Faut-il donc s'irriter contre eux, ou les plaindre ? Mais montre-leur l'erreur et tu verras comme ils se détournent de leurs fautes. S'ils ne la voient pas, ils n'ont rien à préférer à leur propre opinion.
- Alors ce voleur, cet adultère, ne devraient-il pas être mis à mort ?
- Nullement, mais exprime-toi plutôt ainsi: « Cet homme qui est dans l'erreur, qui se trompe sur les matières les plus importantes, qui a perdu la vue, non pas la vue qui permet de distinguer le blanc et le noir, mais celle de la raison qui permet de distinguer le bien et le mal, ne devrait-il pas être mis à mort ? » Si tu parles de la sorte, tu comprendras combien ce que tu dis est inhumain et que c'est dire en somme ceci: « Mais cet aveugle, ce sourd ne devraient-ils pas être mis à mort ? » Si le plus grand dommage à subir c'est la perte des biens les plus importants, et si rien n'est plus important pour tout homme que la droiture de sa personne, quand quelqu'un en est privé, pourquoi donc s'irriter contre lui ? Homme, si, contrairement aux dispositions de la nature, tu as absolument besoin d'éprouver des sentiments à l'égard des maux d'autrui, plains-le plutôt que de le prendre en haine.
Épictète, Entretiens (II ème siècle)
1 « filous »: personnes malhonnêtes.
2 « ils ont erré »: ils se sont égarés.
Question de l'option n°1
A. Éléments d'analyse
1. En quoi est-il contraire à l'opinion commune d'affirmer des « voleurs » et des « filous » qu'« ils ont erré sur les questions de bien et de mal » ?
2. En quoi peut-on comparer le fait de « distinguer le blanc du noir » et celui de « distinguer le bien et le mal » ?
3. Pourquoi faut-il plaindre celui qui a fait le mal, plutôt que de le « prendre en haine » ?
B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l'auteur tente de répondre ici ?
2. Dégagez les différents moments de l'argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l'idée principale du texte.
C. Commentaire
1. Faut-il chercher à comprendre celui qui a commis l'injustice ?
2. La raison peut-elle suffire à nous détourner du mal ?
Relis attentivement la solution proposée pour évaluer et compléter ta copie.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Expliquer le texte suivant : le dialogue d'Épictète sur les voleurs, les filous, l'erreur morale et la question de savoir s'il faut haïr ou plaindre celui qui fait le mal.
Réponse : Option n°1. Une explication de texte réussie doit dégager la thèse du texte — l'erreur morale est une forme d'aveuglement involontaire qui appelle la compassion plutôt que la haine ou le châtiment — puis en reconstituer l'argumentation, avant de la discuter de façon critique. A. Éléments d'analyse 1. Le sens commun juge le voleur et le filou coupables et dignes de haine ou de châtiment, comme s'ils avaient sciemment choisi le mal. Dire qu'ils ont seulement « erré sur les questions de bien et de mal », c'est au contraire assimiler leur faute à une erreur de jugement involontaire. Selon cette thèse d'origine socratique, nul ne choisit le mal en le sachant tel pour soi. Le voleur croit, à tort, agir pour son bien : il n'est pas méchant par essence, il est dans l'erreur. 2. Épictète distingue deux sortes de vue. La vue sensible discerne les couleurs ; la vue de la raison discerne le bien et le mal. Celui qui a perdu la vue physique n'est pas responsable de son infirmité. De même, celui qui ne distingue plus le bien du mal souffre d'une cécité de la raison, c'est-à-dire d'une privation et non d'une méchanceté librement voulue. La comparaison suggère donc que l'on ne choisit pas plus d'être moralement aveugle que d'être aveugle. 3. Pour Épictète, le plus grand dommage est la perte des biens les plus importants. Or rien n'est plus important que « la droiture de sa personne ». Celui qui fait le mal est donc la première victime de sa faute : il a perdu ce qu'il avait de plus précieux. Le haïr serait aussi absurde et inhumain que de haïr un aveugle ou un sourd. Il faut donc le plaindre, si l'on tient à éprouver un sentiment, puisque le sage stoïcien ne devrait même pas s'émouvoir des maux d'autrui. B. Éléments de synthèse 1. La question posée est la suivante : comment devons-nous juger et traiter ceux qui commettent le mal ? Faut-il les haïr et les punir, jusqu'à les mettre à mort, ou les comprendre et les plaindre ? 2. L'argumentation comporte trois moments. (1) Du début à « leur propre opinion » : Épictète redéfinit la faute comme une erreur. On corrige une erreur en la montrant : celui qui la voit se détourne de sa faute ; celui qui ne la voit pas ne peut que suivre son opinion. (2) De « Alors ce voleur » à « mis à mort ? » : l'objection du châtiment est réfutée. En reformulant la question, on voit que condamner l'homme égaré revient à condamner un aveugle ou un sourd, ce qui est inhumain. (3) De « Si le plus grand dommage » à la fin : la conclusion pratique. Le méchant est privé du bien le plus important, la droiture ; il faut donc le plaindre plutôt que le haïr. 3. L'idée principale est la suivante. Le mal moral est une erreur de jugement, une cécité de la raison dont le méchant est la première victime. Il ne mérite donc ni la haine ni la mort, mais la compassion et le redressement par l'enseignement. C. Commentaire 1. Faut-il chercher à comprendre celui qui a commis l'injustice ? Comprendre n'est pas excuser. Chercher les causes d'un acte (ignorance, préjugés, conditions sociales) permet de juger plus justement. Cela permet aussi de viser la réhabilitation plutôt que la vengeance, dans l'esprit de Platon pour qui la peine doit guérir l'âme. Cela évite enfin de réduire l'homme à son acte. Mais comprendre ne doit pas dissoudre la responsabilité. Si toute faute n'est qu'une erreur involontaire, la liberté, le mérite et la sanction perdent leur sens. Or la justice doit aussi reconnaître les victimes et protéger la société. On peut donc chercher à comprendre le coupable sans renoncer à le tenir pour responsable : comprendre éclaire le jugement sans l'abolir. 2. La raison peut-elle suffire à nous détourner du mal ? Selon l'intellectualisme moral de Socrate et des stoïciens, oui : connaître le bien, c'est le vouloir, et il suffit de montrer l'erreur pour que l'on s'en détourne. L'expérience montre pourtant l'akrasia, ou faiblesse de la volonté. Ovide le résume ainsi : « je vois le bien, je l'approuve, et je fais le mal ». Aristote analyse cette faiblesse, et Kant décrit un « mal radical » : on peut connaître la loi morale et s'en écarter par amour de soi. Les passions, l'intérêt et l'habitude résistent à la raison. La raison est donc nécessaire mais pas toujours suffisante. Elle doit s'appuyer sur l'éducation, l'habitude de la vertu et la volonté ; c'est d'ailleurs l'exercice quotidien que préconise Épictète lui-même.
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