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Sujet du Bac ST2S Français 2023 · Antilles-Guyane Session normale

Sujet du Bac ST2S de Français 2023, Antilles-Guyane Session normale : 1 exercice corrigé. Thèmes : Commentaire de texte et Contraction de texte. Gratuit.

Thèmes du sujet : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle

Exercice 1 - Commentaire de texte

1- Commentaire de texte (20 points)

Objet d'étude: la poésie du XIXe au XXIe siècle.

Marie Noël, Les Chansons et les Heures, « Ronde », 1922.

Ronde

Mon père me veut marier,

Sauvons-nous, sauvons-nous par les bois et la plaine,

Mon père me veut marier,

Petit oiseau, tout vif te lairas 1 -tu lier ?

5 L'affaire est sûre: il a du bien,

- Sauvons-nous, sauvons-nous, bouchons-nous les oreilles -

L'affaire est sûre: il a du bien…

C'est un mari… courons, le meilleur ne vaut rien !

Quand il vaudrait son pesant d'or,

10 - Qu'il est lourd, qu'il est lourd et que je suis légère ! -

Quand il vaudrait son pesant d'or,

Il aura beau courir, il ne m'a pas encor !

Malgré ses louis, ses écus,

Ses sacs de blé, ses sacs de noix, ses sacs de laine,

15 Malgré ses louis, ses écus,

Il ne m'aura jamais, ni pour moins, ni pour plus.

Qu'il achète, s'il a de quoi,

Les bois, la mer, le ciel, les plaines, les montagnes,

Qu'il achète, s'il a de quoi,

20 Le monde entier plutôt qu'un seul cheveu de moi !

Laissez-vous mettre à la raison

Et garder au clapier 2, hérissons, chats sauvages,

Laissez-vous mettre à la raison

Avant qu'un sot d'époux m'enferme en sa maison.

25 Engraissez-vous au potager,

Bruyères, houx, myrtils des bois, genêts des landes,

Engraissez-vous au potager

Avant qu'un sot d'époux ne me donne à manger.

Je suis l'alouette de Mai

30 Qui s'élance dans le matin à tire d'ailes,

Je suis l'alouette de Mai

Qui court après son cœur jusqu'au bout du ciel gai !

J'y volerai si haut, si haut,

Que les coqs, les dindons et toute la volaille,

35 - J'y volerai si haut, si haut, -

S'ils veulent m'attraper en seront pour leur saut.

Si haut, si haut dans la chaleur,

- J'ai peur du ciel, j'ai peur, j'ai peur… les dieux sont proches -

Si haut, si haut dans la chaleur,

40 Qu'un éclair tout à coup me brûlera le cœur.

Et, brusque, du désert vermeil 3,

Il vient, il vient, il vient !… Hui ! l'alouette est prise !

Et, brusque, du désert vermeil

Un aigle fou m'emportera dans le soleil.

1 lairer: laisser

2 clapier: cabane où l'on élève des lapins

3 vermeil: d'un rouge éclatant

Vous commenterez ce poème. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:

une chanson sur le mariage

le rôle de la nature dans le poème

l'envol vers la liberté

Exercice 2.A - Contraction de texte

A - Œuvre: Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation.

2- Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)

Objet d'étude: la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle.

Le candidat traite, compte tenu de l'œuvre et du parcours étudiés durant l'année, l'un des trois sujets suivants:

A - Œuvre: Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation.

Jacqueline de Romilly, Le Trésor des savoirs oubliés, 1998.

1 Tout au cours de la vie scolaire et de la vie en général, l'enfant puis le jeune homme aura été mis en présence d'autres jugements portés, bien avant son temps, par des écrivains, par des hommes politiques, par des philosophes, par des savants. Il se sera frotté à leurs réactions, les aura approuvées ou désapprouvées et ainsi, au contact de leur pensée, il aura formé la sienne propre par une série de choix et d'assimilations nouvelles. Il 5 l'aura entraînée en lui donnant l'habitude des points de vue divers et des argumentations possibles; il aura rencontré des questions nombreuses qui se posent encore pour lui ou se poseront plus tard: sur ces questions, il aura perçu la variété des solutions possibles et la richesse des raisonnements qui les étayent. Un exemple pris un peu au hasard: la peine 10 de mort. Certes, on la discute aujourd'hui dans la presse et partout. Mais personnellement, je suis émue de voir que, même dans les textes de la Grèce ancienne, on trouve déjà le débat ouvert, on trouve ces argumentations où l'auteur insiste sur la nécessité de punir sévèrement certains crimes, mais aussi sur l'échec de l'effet dissuasif attaché à la peine de mort. Chez l'historien Thucydide on voit un orateur qui discute de la question. On rencontre 15 au cours des temps des textes s'élevant contre le principe qui consiste à supprimer une vie humaine, mais aussi le caractère monstrueux de certains crimes dans lesquels l'humanité entière est atteinte. Il ne se dégagera certainement aucune conclusion pour celui qui aura appris à connaître ces textes et ces débats. Mais il en tirera d'abord une certaine distance: car il saura qu'il n'est pas le premier, ni sa famille, ni ses amis, à se poser la question; il 20 saura qu'il y a des arguments de part et d'autre et il aura appris à juger avec plus de profondeur en connaissant la multiplicité des arguments. Mais en plus des arguments et du raisonnement proprement dits, il aura rencontré au cours de ses études des exemples, de ces argumentations, de ces exemples pouvant servir de symboles. [...] En même temps que des 25 argumentations, l'étude lui aura donc fourni des exemples propres à l'émouvoir et surtout à lui montrer la gravité des enjeux et la permanence des problèmes. Même s'il a oublié le détail de ces affaires rencontrées dans l'histoire ou de ces débats rencontrés dans les textes, même s'il ne sait plus les noms, les dates et les raisons pour lesquelles chacun était poursuivi, il en 30 aura gardé en lui un peu de cette prudence grave qui va avec l'expérience.

Mais on voit par ces exemples mêmes que l'élève n'aura pas seulement rencontré des exemples de raisonnement. Il n'aura pas fait l'expérience seulement de verdicts, d'opinions, de propositions: il fera aussi, avec les auteurs ou les personnages du passé, connaissance 35 avec toutes les émotions possibles; il aura rencontré tous les bonheurs et tous les malheurs, toutes les causes d'indignation ou de gratitude, et toutes les aventures: cela aura élargi et enrichi son horizon intérieur. Laissons pour le moment de côté l'enrichissement moral qui, on le devine, compte beaucoup – on y reviendra. Mais d'ores et déjà il est clair que cet élargissement intérieur joue aussi dans la formation de son esprit. Ce n'est plus le 40 jugement proprement dit qui se forme ici: c'est la compréhension.

Compréhension des êtres et des sentiments, compréhension des situations et des passions. Or, le meilleur moyen de réagir sainement dans la vie, est de percevoir les idées et les problèmes avec une profondeur humaine qui seule leur donne leur vrai sens. La compréhension qui naît ainsi chez l'élève est la forme la plus haute de l'intelligence.

45 L'élève qui aura fait ses classes, même modestement, aura ajouté aux souvenirs des contes qui charmaient son enfance tout l'héritage de l'expérience humaine. Il aura conquis un empire avec Alexandre ou Napoléon, il aura perdu une fille avec Victor Hugo, il aura vécu seul sur les mers comme Ulysse ou bien comme Conrad, il aura vécu l'amour, la révolte, l'exil, la gloire 1. En fait d'expériences, ce n'est pas mal ! Et même s'il a oublié tous les détails, 50 la possibilité de ces grandes aventures reste en lui comme une forme imprécise, mais capable d'éclairer sa très modeste expérience quotidienne et de faire de lui un esprit mieux informé, c'est-à-dire plus large et plus sûr.

De plus – et cela compte ! – il aura été habitué à la diversité des jugements possibles et au contraste des divers sentiments; il aura dû choisir, il aura dû prendre position. Ainsi se forme l'esprit critique.

(798 mots)

1 allusion à de grandes œuvres de la littérature mondiale

Contraction

Vous résumerez ce texte en 200 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 180 mots et au plus 220 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Exercice 2.A - Essai

A - Œuvre: Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation.

2- Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)

Objet d'étude: la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle.

Le candidat traite, compte tenu de l'œuvre et du parcours étudiés durant l'année, l'un des trois sujets suivants:

A - Œuvre: Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation.

Jacqueline de Romilly, Le Trésor des savoirs oubliés, 1998.

1 Tout au cours de la vie scolaire et de la vie en général, l'enfant puis le jeune homme aura été mis en présence d'autres jugements portés, bien avant son temps, par des écrivains, par des hommes politiques, par des philosophes, par des savants. Il se sera frotté à leurs réactions, les aura approuvées ou désapprouvées et ainsi, au contact de leur pensée, il aura formé la sienne propre par une série de choix et d'assimilations nouvelles. Il 5 l'aura entraînée en lui donnant l'habitude des points de vue divers et des argumentations possibles; il aura rencontré des questions nombreuses qui se posent encore pour lui ou se poseront plus tard: sur ces questions, il aura perçu la variété des solutions possibles et la richesse des raisonnements qui les étayent. Un exemple pris un peu au hasard: la peine 10 de mort. Certes, on la discute aujourd'hui dans la presse et partout. Mais personnellement, je suis émue de voir que, même dans les textes de la Grèce ancienne, on trouve déjà le débat ouvert, on trouve ces argumentations où l'auteur insiste sur la nécessité de punir sévèrement certains crimes, mais aussi sur l'échec de l'effet dissuasif attaché à la peine de mort. Chez l'historien Thucydide on voit un orateur qui discute de la question. On rencontre 15 au cours des temps des textes s'élevant contre le principe qui consiste à supprimer une vie humaine, mais aussi le caractère monstrueux de certains crimes dans lesquels l'humanité entière est atteinte. Il ne se dégagera certainement aucune conclusion pour celui qui aura appris à connaître ces textes et ces débats. Mais il en tirera d'abord une certaine distance: car il saura qu'il n'est pas le premier, ni sa famille, ni ses amis, à se poser la question; il 20 saura qu'il y a des arguments de part et d'autre et il aura appris à juger avec plus de profondeur en connaissant la multiplicité des arguments. Mais en plus des arguments et du raisonnement proprement dits, il aura rencontré au cours de ses études des exemples, de ces argumentations, de ces exemples pouvant servir de symboles. [...] En même temps que des 25 argumentations, l'étude lui aura donc fourni des exemples propres à l'émouvoir et surtout à lui montrer la gravité des enjeux et la permanence des problèmes. Même s'il a oublié le détail de ces affaires rencontrées dans l'histoire ou de ces débats rencontrés dans les textes, même s'il ne sait plus les noms, les dates et les raisons pour lesquelles chacun était poursuivi, il en 30 aura gardé en lui un peu de cette prudence grave qui va avec l'expérience.

Mais on voit par ces exemples mêmes que l'élève n'aura pas seulement rencontré des exemples de raisonnement. Il n'aura pas fait l'expérience seulement de verdicts, d'opinions, de propositions: il fera aussi, avec les auteurs ou les personnages du passé, connaissance 35 avec toutes les émotions possibles; il aura rencontré tous les bonheurs et tous les malheurs, toutes les causes d'indignation ou de gratitude, et toutes les aventures: cela aura élargi et enrichi son horizon intérieur. Laissons pour le moment de côté l'enrichissement moral qui, on le devine, compte beaucoup – on y reviendra. Mais d'ores et déjà il est clair que cet élargissement intérieur joue aussi dans la formation de son esprit. Ce n'est plus le 40 jugement proprement dit qui se forme ici: c'est la compréhension.

Compréhension des êtres et des sentiments, compréhension des situations et des passions. Or, le meilleur moyen de réagir sainement dans la vie, est de percevoir les idées et les problèmes avec une profondeur humaine qui seule leur donne leur vrai sens. La compréhension qui naît ainsi chez l'élève est la forme la plus haute de l'intelligence.

45 L'élève qui aura fait ses classes, même modestement, aura ajouté aux souvenirs des contes qui charmaient son enfance tout l'héritage de l'expérience humaine. Il aura conquis un empire avec Alexandre ou Napoléon, il aura perdu une fille avec Victor Hugo, il aura vécu seul sur les mers comme Ulysse ou bien comme Conrad, il aura vécu l'amour, la révolte, l'exil, la gloire 1. En fait d'expériences, ce n'est pas mal ! Et même s'il a oublié tous les détails, 50 la possibilité de ces grandes aventures reste en lui comme une forme imprécise, mais capable d'éclairer sa très modeste expérience quotidienne et de faire de lui un esprit mieux informé, c'est-à-dire plus large et plus sûr.

De plus – et cela compte ! – il aura été habitué à la diversité des jugements possibles et au contraste des divers sentiments; il aura dû choisir, il aura dû prendre position. Ainsi se forme l'esprit critique.

(798 mots)

1 allusion à de grandes œuvres de la littérature mondiale

Essai

Former l'esprit critique est-il, selon vous, un objectif essentiel dans une bonne éducation ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les chapitres XI à XXIV de Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice 2.B - Contraction de texte

Sujet 2 - B

B - Œuvre: La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » – Parcours: Peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Sylvie Roques, Dans la peau d'un acteur, 2015.

1 Il faut « changer son look », « trouver son style », « se relooker » pour trouver réussite professionnelle et amour. Telles sont les promesses de nombreux magazines et émissions télévisuelles, tels sont les impératifs de nos sociétés. L'apparence physique est déterminante à bien des égards. Elle semble prédictive 1 de succès. Elle nous inscrit dans 5 une relation aux autres et à nous-mêmes, renforçant positivement ou négativement l'estime de soi. Les études se sont aujourd'hui multipliées, montrant combien l'investissement concernant l'attention à l'image a nettement gagné en importance. Si ces inquiétudes concernant l'apparence étaient associées de façon stéréotypée aux femmes, elles relèvent désormais de préoccupations masculines. Les hommes sont, en effet, de plus en plus 10 concernés par leur allure, leur profil, voire leur teint. Toutes les recherches, et les plus récentes, ont montré leur préoccupation pour leur image avec une prédilection toute particulière pour leur chevelure.

Dans les milieux de la création, l'attention à l'apparence est renforcée et peut conduire à des excès, voire à des paradoxes. Nul n'oublie Zelig (1983), le film de Woody Allen, où 15 l'on voit ce personnage caméléon 2 changer physiquement et psychologiquement, selon le milieu où il se trouve. Il n'est plus qu'apparences changeantes, kaléidoscope 3 vivant, ne cherchant qu'à obtenir reconnaissance et amour. Serions-nous tous devenus des « Zelig » en puissance ?

Il n'en reste pas moins que l'apparence est plus déterminante encore pour les acteurs, 20 ce qui les conduit à une attention renforcée à l'égard de ce qu'ils montrent. Cet enjeu croissant implique une multiplicité de facteurs. Visage, silhouette, forme et peau répondent à ces exigences et sont objet de normes. C'est le milieu d'abord, celui de la profession en particulier, qui porte ces exigences: le métier a ses diktats 4. Des attentes personnelles ne 25 peuvent manquer d'exister aussi.

Parmi les spécificités multiples que traduit la relation entre l'acteur et son apparence, l'une d'entre elles est indéniablement originale: dans certains cas, l'exigence professionnelle est si grande qu'elle ne laisse quasiment plus de place à ce qui ressort du privé. La profession perturbe, voire phagocyte 5, le quotidien au point qu'elle semble 30 l'absorber tout entier. Les frontières s'effacent. L'acteur est comme pris au piège d'une certaine illusion. Peut-être faut-il y voir un investissement narcissique très fort dans le jeu au point d'effacer les exigences quotidiennes: « Je est autre. » C'est ce qui fait dire à Vincent (60 ans): « Je ne sais pas les traits que j'ai dans la vie. » Il pousse au paroxysme 6 cette affirmation en concluant: « Je ne sais pas très bien ce que je suis personnellement », 35 comme si le personnage primait avant tout et que son existence entière en dépendait.

Ainsi, certains préfèrent n'être qu'un personnage public au détriment de leur propre identité. Sans doute faut-il voir dans l'investissement artistique un renforcement de l'estime de soi. Cette indifférenciation est complexe. Elle est prolongée par les attentes du public qui confond souvent personnage et individu. Aussi, les apparences se mélangent et deviennent 40 indistinctes pour soi et pour les autres.

L'acteur s'adapte et choisit de correspondre à ce que l'on attend de lui. Cette attention envers son apparence s'allie parfois au désir de séduction et de reconnaissance vis-à-vis d'un public jugé gratifiant. Au point que la notoriété semble devoir jouer un rôle: l'attention à soi devant grandir avec le prestige supposé. Des ambiguïtés demeurent pourtant. 45 Tournant le dos aux préjugés, cette attente peut être précisément déjouée par certains d'entre eux. Nombre d'acteurs indiquent privilégier le fait d'« être bien dans leur peau » plutôt que de paraître; exercer un métier qui les passionne plutôt qu'être réduit à un physique.

Généralement bien sûr, l'acteur souhaite contrôler son image dans le temps du jeu comme dans la vie quotidienne. Dès lors, il met en œuvre nombre de stratégies et de 50 pratiques privilégiant son meilleur profil: celui censé être plus attractif auprès des professionnels ou du public. Il s'agit de correspondre à un « emploi », à un « genre de rôles », être au plus près des attentes de ses pairs. Mais il s'agit aussi de répondre aux attentes du public. L'acteur juge gratifiant 7 de délivrer l'image qu'on attend de lui.

(723 mots)

1 prédictif: qui prévoit

2 caméléon: animal qui a la particularité d'adapter sa couleur au milieu où il se trouve

3 kaléidoscope: instrument en forme de tube contenant un jeu de miroirs et de fragments colorés produisant des figures qui varient

4 diktats: choses que l'on impose, exigences

5 phagocyte: absorbe, fait disparaître

6 paroxysme: au plus haut point

7 gratifiant: satisfaisant, valorisant

Contraction

Vous résumerez ce texte en 181 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 163 et au plus 199 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Exercice 2.B - Essai

Sujet 2 - B

B - Œuvre: La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » – Parcours: Peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Sylvie Roques, Dans la peau d'un acteur, 2015.

1 Il faut « changer son look », « trouver son style », « se relooker » pour trouver réussite professionnelle et amour. Telles sont les promesses de nombreux magazines et émissions télévisuelles, tels sont les impératifs de nos sociétés. L'apparence physique est déterminante à bien des égards. Elle semble prédictive 1 de succès. Elle nous inscrit dans 5 une relation aux autres et à nous-mêmes, renforçant positivement ou négativement l'estime de soi. Les études se sont aujourd'hui multipliées, montrant combien l'investissement concernant l'attention à l'image a nettement gagné en importance. Si ces inquiétudes concernant l'apparence étaient associées de façon stéréotypée aux femmes, elles relèvent désormais de préoccupations masculines. Les hommes sont, en effet, de plus en plus 10 concernés par leur allure, leur profil, voire leur teint. Toutes les recherches, et les plus récentes, ont montré leur préoccupation pour leur image avec une prédilection toute particulière pour leur chevelure.

Dans les milieux de la création, l'attention à l'apparence est renforcée et peut conduire à des excès, voire à des paradoxes. Nul n'oublie Zelig (1983), le film de Woody Allen, où 15 l'on voit ce personnage caméléon 2 changer physiquement et psychologiquement, selon le milieu où il se trouve. Il n'est plus qu'apparences changeantes, kaléidoscope 3 vivant, ne cherchant qu'à obtenir reconnaissance et amour. Serions-nous tous devenus des « Zelig » en puissance ?

Il n'en reste pas moins que l'apparence est plus déterminante encore pour les acteurs, 20 ce qui les conduit à une attention renforcée à l'égard de ce qu'ils montrent. Cet enjeu croissant implique une multiplicité de facteurs. Visage, silhouette, forme et peau répondent à ces exigences et sont objet de normes. C'est le milieu d'abord, celui de la profession en particulier, qui porte ces exigences: le métier a ses diktats 4. Des attentes personnelles ne 25 peuvent manquer d'exister aussi.

Parmi les spécificités multiples que traduit la relation entre l'acteur et son apparence, l'une d'entre elles est indéniablement originale: dans certains cas, l'exigence professionnelle est si grande qu'elle ne laisse quasiment plus de place à ce qui ressort du privé. La profession perturbe, voire phagocyte 5, le quotidien au point qu'elle semble 30 l'absorber tout entier. Les frontières s'effacent. L'acteur est comme pris au piège d'une certaine illusion. Peut-être faut-il y voir un investissement narcissique très fort dans le jeu au point d'effacer les exigences quotidiennes: « Je est autre. » C'est ce qui fait dire à Vincent (60 ans): « Je ne sais pas les traits que j'ai dans la vie. » Il pousse au paroxysme 6 cette affirmation en concluant: « Je ne sais pas très bien ce que je suis personnellement », 35 comme si le personnage primait avant tout et que son existence entière en dépendait.

Ainsi, certains préfèrent n'être qu'un personnage public au détriment de leur propre identité. Sans doute faut-il voir dans l'investissement artistique un renforcement de l'estime de soi. Cette indifférenciation est complexe. Elle est prolongée par les attentes du public qui confond souvent personnage et individu. Aussi, les apparences se mélangent et deviennent 40 indistinctes pour soi et pour les autres.

L'acteur s'adapte et choisit de correspondre à ce que l'on attend de lui. Cette attention envers son apparence s'allie parfois au désir de séduction et de reconnaissance vis-à-vis d'un public jugé gratifiant. Au point que la notoriété semble devoir jouer un rôle: l'attention à soi devant grandir avec le prestige supposé. Des ambiguïtés demeurent pourtant. 45 Tournant le dos aux préjugés, cette attente peut être précisément déjouée par certains d'entre eux. Nombre d'acteurs indiquent privilégier le fait d'« être bien dans leur peau » plutôt que de paraître; exercer un métier qui les passionne plutôt qu'être réduit à un physique.

Généralement bien sûr, l'acteur souhaite contrôler son image dans le temps du jeu comme dans la vie quotidienne. Dès lors, il met en œuvre nombre de stratégies et de 50 pratiques privilégiant son meilleur profil: celui censé être plus attractif auprès des professionnels ou du public. Il s'agit de correspondre à un « emploi », à un « genre de rôles », être au plus près des attentes de ses pairs. Mais il s'agit aussi de répondre aux attentes du public. L'acteur juge gratifiant 7 de délivrer l'image qu'on attend de lui.

(723 mots)

1 prédictif: qui prévoit

2 caméléon: animal qui a la particularité d'adapter sa couleur au milieu où il se trouve

3 kaléidoscope: instrument en forme de tube contenant un jeu de miroirs et de fragments colorés produisant des figures qui varient

4 diktats: choses que l'on impose, exigences

5 phagocyte: absorbe, fait disparaître

6 paroxysme: au plus haut point

7 gratifiant: satisfaisant, valorisant

Essai

Comment peindre les hommes avec justesse s'ils se comportent tous comme des « caméléons » ? (l.15)

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le livre XI des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice 2.C - Contraction de texte

C - Œuvre: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») – Parcours: Écrire et combattre pour l'égalité.

Belinda Canonne, La Tentation de Pénélope, 2010.

Regrettable histoire, celle des femmes et de la politique. Il a fallu attendre les années récentes pour que soit clairement exposé le préjudice extravagant 1 que les hommes de la Révolution française avaient porté aux femmes: alors que dans un vaste mouvement d'émancipation générale ils inventaient l'égalité pour tous et pour chacun, les révolutionnaires privèrent les femmes des droits politiques, les excluant de la démocratie naissante. La cause était assez importante pour que l'audacieuse Olympe de Gouges, qui réclamait pour les femmes le droit de monter à la tribune puisqu'elles avaient celui de monter à l'échafaud, fût guillotinée en novembre 1793. [...] « La nature de leur sexe ne leur permet pas de voter », entendait-on couramment. De plus, on superposa la notion de citoyen à celle de « ménage », qui était l'unité civique et dont le mari était le chef, représentant femme et enfants. Rien d'étonnant alors si le droit de vote fut accordé aux femmes françaises si tardivement (1944).

Il en est resté des habitudes mentales qui font que, par exemple, il a été jusqu'il y a peu plus facile pour une femme d'être nommée ministre qu'élue députée. Comme le signalait Geneviève Fraisse, le premier est juste compétent, ce qu'une femme peut être dans les tâches de gouvernement, tandis que le second non seulement écrit des lois (qui valent pour tous) mais est représentatif – or, selon nos préjugés, si un homme peut représenter l'humanité, une femme peut à la rigueur représenter les autres femmes, mais non les hommes. Il faut noter aussi que, selon la vieille idée que les hommes font les lois tandis que les femmes ont en charge les mœurs (bonnes, s'il vous plaît), on a, jusqu'à une époque récente, distingué les tâches en fonction d'un ordre sexué: la plupart des femmes politiques ont occupé des postes qui s'accordaient à leur « nature » - petite enfance, temps libre, famille, santé ou éducation... Pas facile pour les hommes, déjà assez nombreux entre eux à briguer le pouvoir, de se donner plus de rivaux encore !

Mais si les chiffres et les travaux des spécialistes du terrain politique nous apprennent qu'il n'est toujours pas facile aujourd'hui pour les femmes de se hisser aux postes de commandement, on constate que les mentalités ont bougé ces toutes dernières années: une femme a été présente au second tour des élections présidentielles, tandis que d'autres sont ministres des Armées ou de l'Économie.

Restent de fâcheux clichés (les femmes politiques sont souvent ramenées à des figures stéréotypées, courtisanes, femmes – trop – autoritaires ou mamans protectrices) et pas seulement chez les misogynes. Ceux qui soutiennent l'idée de parité politique sont parfois les premiers à affirmer que la pratique du pouvoir par les femmes est différente, et souvent les femmes politiques elles-mêmes prétendent diriger autrement. [...]

Je ne pense pas que les femmes puissent transformer la pratique du pouvoir. D'abord parce que je ne crois guère que ces qualités pour l'instant spécifiquement féminines soient si nombreuses et décisives (sauf à nous considérer comme d'éternelles mères solidaires et attentives), et ensuite parce que le monde violemment concurrentiel de la politique obéit à des règles auxquelles on est bien forcé de se plier avant d'essayer, éventuellement, de les changer de l'intérieur (toujours: il faut aller dans l'arène, car c'est la seule manière digne de vivre). Deuxièmement, comme j'ai toujours cru que, quand on était mécontent de sa situation, il fallait commencer par chercher le responsable dans son miroir et pas seulement à l'extérieur de soi, demandons-nous si nous avons tellement envie de ce pouvoir. Je suis toujours frappée, quand je participe aux comités de rédaction de revues, aux réunions littéraires, à d'éventuelles réunions politiques, de voir combien peu nombreuses y sont les femmes. Il existe, je ne l'ignore pas, un sentiment d'imposture 2 spécifiquement féminin qui tient les femmes éloignées du pouvoir (de toutes sortes de pouvoirs) mais, que diable, il faut faire un effort au lieu de gémir. Les dernières statistiques nous enseignent que les filles obtiennent de meilleurs résultats tout au long de leurs études mais que seulement une petite part d'entre elles rejoint les grandes écoles et les filières élitistes: la faute à qui ? Comme on ne me fera pas croire que les enseignants feraient barrage aux filles, je suppose que la responsabilité de ces choix défavorables revient, aussi, un peu à elles-mêmes et à leurs parents. [...] Nous ne sommes plus tout à fait les pauvres victimes d'un système ancestral de domination, et notre marge de manœuvre est assez grande pour que nous ayons une bonne part de responsabilité dans l'allure de notre vie.

(787 mots)

1 extravagant: considérable, extrêmement important

2 imposture: illégitimité

Contraction

Vous résumerez ce texte en 201 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 181 et au plus 221 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

[10 points]

Exercice 2.C - Essai

C - Œuvre: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») – Parcours: Écrire et combattre pour l'égalité.

Belinda Canonne, La Tentation de Pénélope, 2010.

Regrettable histoire, celle des femmes et de la politique. Il a fallu attendre les années récentes pour que soit clairement exposé le préjudice extravagant 1 que les hommes de la Révolution française avaient porté aux femmes: alors que dans un vaste mouvement d'émancipation générale ils inventaient l'égalité pour tous et pour chacun, les révolutionnaires privèrent les femmes des droits politiques, les excluant de la démocratie naissante. La cause était assez importante pour que l'audacieuse Olympe de Gouges, qui réclamait pour les femmes le droit de monter à la tribune puisqu'elles avaient celui de monter à l'échafaud, fût guillotinée en novembre 1793. [...] « La nature de leur sexe ne leur permet pas de voter », entendait-on couramment. De plus, on superposa la notion de citoyen à celle de « ménage », qui était l'unité civique et dont le mari était le chef, représentant femme et enfants. Rien d'étonnant alors si le droit de vote fut accordé aux femmes françaises si tardivement (1944).

Il en est resté des habitudes mentales qui font que, par exemple, il a été jusqu'il y a peu plus facile pour une femme d'être nommée ministre qu'élue députée. Comme le signalait Geneviève Fraisse, le premier est juste compétent, ce qu'une femme peut être dans les tâches de gouvernement, tandis que le second non seulement écrit des lois (qui valent pour tous) mais est représentatif – or, selon nos préjugés, si un homme peut représenter l'humanité, une femme peut à la rigueur représenter les autres femmes, mais non les hommes. Il faut noter aussi que, selon la vieille idée que les hommes font les lois tandis que les femmes ont en charge les mœurs (bonnes, s'il vous plaît), on a, jusqu'à une époque récente, distingué les tâches en fonction d'un ordre sexué: la plupart des femmes politiques ont occupé des postes qui s'accordaient à leur « nature » - petite enfance, temps libre, famille, santé ou éducation... Pas facile pour les hommes, déjà assez nombreux entre eux à briguer le pouvoir, de se donner plus de rivaux encore !

Mais si les chiffres et les travaux des spécialistes du terrain politique nous apprennent qu'il n'est toujours pas facile aujourd'hui pour les femmes de se hisser aux postes de commandement, on constate que les mentalités ont bougé ces toutes dernières années: une femme a été présente au second tour des élections présidentielles, tandis que d'autres sont ministres des Armées ou de l'Économie.

Restent de fâcheux clichés (les femmes politiques sont souvent ramenées à des figures stéréotypées, courtisanes, femmes – trop – autoritaires ou mamans protectrices) et pas seulement chez les misogynes. Ceux qui soutiennent l'idée de parité politique sont parfois les premiers à affirmer que la pratique du pouvoir par les femmes est différente, et souvent les femmes politiques elles-mêmes prétendent diriger autrement. [...]

Je ne pense pas que les femmes puissent transformer la pratique du pouvoir. D'abord parce que je ne crois guère que ces qualités pour l'instant spécifiquement féminines soient si nombreuses et décisives (sauf à nous considérer comme d'éternelles mères solidaires et attentives), et ensuite parce que le monde violemment concurrentiel de la politique obéit à des règles auxquelles on est bien forcé de se plier avant d'essayer, éventuellement, de les changer de l'intérieur (toujours: il faut aller dans l'arène, car c'est la seule manière digne de vivre). Deuxièmement, comme j'ai toujours cru que, quand on était mécontent de sa situation, il fallait commencer par chercher le responsable dans son miroir et pas seulement à l'extérieur de soi, demandons-nous si nous avons tellement envie de ce pouvoir. Je suis toujours frappée, quand je participe aux comités de rédaction de revues, aux réunions littéraires, à d'éventuelles réunions politiques, de voir combien peu nombreuses y sont les femmes. Il existe, je ne l'ignore pas, un sentiment d'imposture 2 spécifiquement féminin qui tient les femmes éloignées du pouvoir (de toutes sortes de pouvoirs) mais, que diable, il faut faire un effort au lieu de gémir. Les dernières statistiques nous enseignent que les filles obtiennent de meilleurs résultats tout au long de leurs études mais que seulement une petite part d'entre elles rejoint les grandes écoles et les filières élitistes: la faute à qui ? Comme on ne me fera pas croire que les enseignants feraient barrage aux filles, je suppose que la responsabilité de ces choix défavorables revient, aussi, un peu à elles-mêmes et à leurs parents. [...] Nous ne sommes plus tout à fait les pauvres victimes d'un système ancestral de domination, et notre marge de manœuvre est assez grande pour que nous ayons une bonne part de responsabilité dans l'allure de notre vie.

(787 mots)

1 extravagant: considérable, extrêmement important

2 imposture: illégitimité

Essai

Est-ce l'indifférence aux inégalités qui entretient celles-ci ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

[10 points]

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