Sujet 3 · Bac Philosophie Antilles-Guyane remplacement 2023

Thème : La nature · Tiré du sujet Remplacement (2023)

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Sujet 3

Expliquer le texte suivant:

Pourquoi l’homme est-il perfectible et pourquoi l’animal ne l’est-il pas ?

L’animal ne l’est pas, parce que sa raison, s’il en a une, est dominée par un sens despote qui la subjugue. Toute l’âme du chien est au bout de son nez; et il va toujours flairant. Toute l’âme de l’aigle est dans son œil, et l’aigle va toujours regardant. Toute l’âme de la taupe est dans son oreille, et elle va toujours écoutant.

Mais il n’en est pas ainsi de l’homme. Il est entre ses sens une telle harmonie qu’aucun ne prédomine assez les autres pour donner la loi à son entendement; c’est son entendement au contraire, ou l’organe de sa raison qui est le plus fort. C’est un juge qui n’est ni corrompu ni subjugué par aucun des témoins. Il conserve toute son autorité; et il en use pour se perfectionner. Il combine toutes sortes d’idées et de sensations; parce qu’il ne sent rien fortement.

Ainsi, l’homme en qui l’ouïe prédominerait les autres sens, à un extrême degré, ne leur laisserait qu’autant d’exercice que la propagation de l’espèce et la conservation de l’individu en exigeraient. Dans tous les autres instants, il serait comme la taupe dont l’antre retentit du moindre petit bruit, un être écoutant, et toujours écoutant.

D’où il s’ensuit que l’homme de génie et la bête se touchent; parce qu’il y a dans l’un et l’autre un organe prédominant qui les entraîne invinciblement à une seule sorte d’occupation, qu’ils exécutent parfaitement.

Diderot, Réfutation suivie de l’ouvrage d’Helvétius intitulé « L’homme » (1773-1774)

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Expliquer le texte suivant : Diderot, Réfutation suivie de l’ouvrage d’Helvétius intitulé « L’homme » (1773-1774)

Réponse : Proposition d'explication de texte : 1. Situation et enjeu du texte : - Thème : L'origine physiologique et cognitive de la perfectibilité humaine, opposée à la fixité animale, et la nature singulière de l'homme de génie. - Question directrice : Qu'est-ce qui rend l'être humain capable d'apprentissage, d'évolution et de progrès (perfectibilité), alors que l'animal reste prisonnier d'une spécialisation instinctive ? - Thèse de Diderot : La perfectibilité de l'homme vient de l'harmonie et de l'équilibre entre ses sens. Cet équilibre laisse son entendement souverain et libre de combiner les idées. L'animal, lui, est dominé par un « sens despote » qui l'asservit à une tâche unique. Paradoxalement, l'homme de génie partage avec la bête cette tyrannie d'un organe prédominant, ce qui explique sa virtuosité exclusive dans un domaine précis. 2. Mouvements du texte (analyse linéaire) : - Premier mouvement (l. 1-6) : La cause de la non-perfectibilité animale. Diderot pose d'emblée la question centrale. L'animal n'est pas privé de toute faculté : sa raison, « s'il en a une », est soumise à un « sens despote ». La métaphore politique du despote exprime une captivité cognitive : l'animal est absorbé par un seul canal sensoriel (le flair du chien, la vue de l'aigle, l'ouïe de la taupe). Cette hyperspécialisation l'enferme dans une activité répétitive et perpétuelle, que soulignent les participes présents (« toujours flairant », « toujours regardant », « toujours écoutant »). - Deuxième mouvement (l. 7-12) : L'harmonie sensorielle et la souveraineté de la raison chez l'homme. L'homme, au contraire, ne subit la tyrannie d'aucun sens. Une « harmonie » empêche chacun d'eux de « donner la loi à son entendement ». Diderot recourt à une métaphore judiciaire : l'entendement est un « juge » que les sens, simples « témoins », ne peuvent ni corrompre ni subjuguer. Parce qu'il « ne sent rien fortement », c'est-à-dire qu'aucune sensation ne l'obsède exclusivement, l'homme garde la liberté de combiner toutes sortes d'idées et de sensations. C'est là le moteur même de la perfectibilité. - Troisième mouvement (l. 13-17) : Expérience de pensée. Diderot imagine un homme chez qui l'ouïe prédominerait à l'extrême. Ses autres sens ne serviraient plus qu'aux nécessités vitales (« propagation de l'espèce », « conservation de l'individu »). Il retomberait au rang de la taupe, « un être écoutant, et toujours écoutant ». La perfectibilité humaine n'est donc pas une essence garantie : elle dépend d'un équilibre organique qui pourrait être rompu. - Quatrième mouvement (l. 18-21) : Le paradoxe de l'homme de génie. La conclusion est audacieuse : « l'homme de génie et la bête se touchent ». Chez le génie aussi, un organe prédomine et l'entraîne « invinciblement » vers une seule sorte d'occupation, qu'il exécute « parfaitement ». Le génie est donc une exception à l'équilibre humain ordinaire. Il paie sa perfection dans un domaine par une forme d'obsession exclusive, analogue à celle de l'animal, et par une perte de la polyvalence qui fait la perfectibilité. 3. Intérêt philosophique et conclusion : Diderot propose une explication matérialiste et naturaliste de la différence entre l'homme et l'animal. Cette différence est une question de degré et d'organisation corporelle, non de nature spirituelle : la raison dépend de l'équilibre des organes. Contre Helvétius, qui attribue les différences d'esprit à l'éducation, il souligne le rôle de l'organisation physiologique. Il distingue aussi la perfectibilité, capacité indéfinie de progresser grâce à la combinaison des idées, de la perfection, exécution parfaite d'une tâche unique. La perfection, paradoxalement, rapproche le génie de la bête. On peut enfin discuter cette thèse : réduire le génie à un organe prédominant ne néglige-t-il pas le travail, la culture et la liberté qui le rendent possible ?

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