Exercice 2 - Dissertation - Sujet B · Bac Français (1ère) Antilles-Guyane session normale 2026

Thème : Dissertation – Ponge, La rage de l'expression / parcours : dans l'atelier du poète · Tiré du sujet Session normale (2026)

Énoncé

2- Dissertation (20 points)

Objet d'étude: la poésie du XIXe au XXIe siècle

Le candidat traite au choix, compte tenu de l'œuvre et du parcours étudiés durant l'année, l'un des trois sujets suivants:

Sujet B

Œuvre: Francis Ponge, La Rage de l'expression.

Parcours: Dans l'atelier du poète.

Selon vous, le livre La Rage de l'expression est-il seulement le carnet d'un observateur du monde qui l'entoure ?

Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en prenant appui sur La Rage de l'expression, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé, et sur votre culture personnelle.

Énoncé: Exercice 2 - Dissertation - Sujet B · Bac Français (1ère) Antilles-Guyane session normale 2026

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Selon vous, le livre La Rage de l'expression est-il seulement le carnet d'un observateur du monde qui l'entoure ?

Réponse : Une proposition de plan dialectique détaillé : Introduction - Accroche : Publié en 1952, *La Rage de l'expression* de Francis Ponge rassemble des textes écrits pour la plupart entre 1938 et 1944. Contrairement au recueil achevé *Le Parti pris des choses* (1942), ce livre expose la genèse, les étapes préparatoires et les ébauches successives de l'écriture. - Définition : Qualifier l'œuvre de « carnet d'un observateur » renvoie à un enregistrement descriptif, presque naturaliste, du réel (« le monde qui l'entoure » : les berges de la Loire, la guêpe, l'œillet, le mimosa, le bois de pins, la Sainte-Victoire de « La Mounine »). Le mot « seulement » invite à dépasser cette première impression : le recueil est aussi le lieu d'un drame du langage, où les mots deviennent eux-mêmes objet d'investigation. - Problématique : Si *La Rage de l'expression* part d'un regard scrupuleux posé sur les choses, ne dépasse-t-elle pas le simple carnet d'observation pour devenir le journal d'un combat créateur avec et contre les mots, et finalement une éthique de l'expression ? - Annonce du plan : 1. L'œuvre adopte en surface les caractéristiques d'un carnet d'observation attentif au monde sensible. 2. Mais elle est avant tout le laboratoire de l'écriture en train de se faire (« l'atelier du poète »). 3. L'enjeu ultime est une refondation du rapport entre l'homme, le langage et le monde. --- I. Une attention minutieuse aux choses : l'esthétique du carnet d'observation 1. Un ancrage dans des objets et des paysages concrets : Ponge scrute des réalités ordinaires, animales ou végétales (« Berges de la Loire », « La Guêpe », « Notes prises pour un oiseau », « L'Œillet », « Le Mimosa », « Le Carnet du bois de pins »). 2. La forme du carnet : dates et lieux des entrées, notations prises sur le motif, circonstances, ainsi que le titre même de « Carnet » ou de « Notes ». 3. Le refus de l'effusion lyrique : Ponge se détourne des épanchements du moi pour regarder la chose dans son opacité et son autonomie. La consigne des « Berges de la Loire » en témoigne : « Ne jamais sacrifier l'objet de mon étude à la mise en valeur de quelque trouvaille verbale ». II. Dans l'atelier du poète : le journal d'une bataille avec les mots 1. L'exhibition du travail : le livre montre les brouillons, les ratures, les variantes, les listes de synonymes et les impasses. La « rage » est celle de ne pas parvenir à l'expression juste ; ainsi « Le Carnet du bois de pins » se reconnaît dans un « échec ». 2. La réflexion métapoétique permanente : le poète dialogue avec lui-même, commente ses trouvailles et ses échecs, et va jusqu'à la correspondance (lettre à Paulhan). 3. L'épaisseur du langage : Ponge explore l'étymologie, le dictionnaire (Littré), la sonorité et la forme graphique des mots, qui résistent autant que la matière. Il le résume ainsi : « le parti pris des choses égale compte tenu des mots ». - Ouverture vers le parcours : on peut rapprocher ce travail des brouillons de Flaubert, de la *Genèse d'un poème* de Baudelaire et Poe, ou de Valéry. III. Une éthique poétique : réinventer le rapport au monde par la création verbale 1. Dépasser la simple copie : il ne s'agit pas de reproduire l'aspect extérieur des choses, mais de fabriquer un « objet » verbal autonome, un équivalent qui rende justice à la qualité propre de la chose (notion d'« objeu »). 2. Une leçon d'humilité et de dignité : écrits en temps de guerre et de défaite (1940-1944), ces textes opposent à l'idéologie et à la rhétorique creuse une parole patiente et exacte. L'œillet, la guêpe ou le pin enseignent une morale de l'endurance et de l'expression propre. 3. Un enjeu existentiel : s'exprimer, c'est pour l'homme trouver sa place parmi les choses et retrouver une forme de joie et de liberté (« La Mounine », avec sa note finale sur l'apaisement par l'expression). L'atelier devient le lieu d'une reconquête du monde et de soi. Conclusion - Bilan : *La Rage de l'expression* a bien l'apparence d'un carnet d'observateur, mais l'observation n'est qu'un point de départ. Le livre est surtout l'atelier exhibé d'une lutte avec le langage et une proposition éthique : refaire le monde en refaisant la langue. - Ouverture : on peut évoquer la postérité de ce geste, avec *La Fabrique du pré* (1971), ou d'autres poètes du réel et de l'atelier comme Guillevic ou Jaccottet.

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