Exercice 2 · Bac Sciences de la Vie et de la Terre Amérique du Nord 2026 (jour 2)

Thème : Organisation fonctionnelle des plantes à fleurs et production de matière organique · Tiré du sujet Jour 2 (2026)

Énoncé

EXERCICE 2 (8 points)

Histoire de l'évolution des Angiospermes

Les plus anciens fossiles connus de plantes terrestres datent d'il y a environ 500 millions d'années (Ma). L'apparition des premiers Angiospermes, ou plantes à fleurs, est estimée entre 140 et 250 millions d'années.

Expliquer une origine possible du succès évolutif des Angiospermes parmi les plantes terrestres.

Vous organiserez votre réponse selon une démarche de votre choix intégrant des données issues des documents et les connaissances complémentaires nécessaires.

Document 1 - Proportion des groupes de plantes terrestres au cours du temps

Source: Bres, Julia. Modéliser l'évolution des plantes à fleurs au Crétacé et leurs rétroactions avec le climat. 2022. université Paris-Saclay, Thèse de doctorat.

L'analyse de pollens fossiles a permis de déterminer les variations des pourcentages de chaque groupe de plantes terrestres au cours du temps.

Document 2 - Concentrations en CO₂ atmosphérique au cours du temps

Source: Bres, Julia. Modéliser l'évolution des plantes à fleurs au Crétacé et leurs rétroactions avec le climat. 2022. université Paris-Saclay, Thèse de doctorat.

Pour reconstituer les teneurs en CO₂ atmosphérique passées, il est possible d'utiliser des modèles basés sur le cycle du carbone. Pour le Crétacé, le modèle tient notamment compte de l'importante altération des silicates connue à cette époque.

Document 3 - Densité des nervures des feuilles chez les plantes terrestres depuis le Mésozoïque

Source: Brodribb, Tim J., et al. « Viewing Leaf Structure and Evolution from a Hydraulic Perspective ». Functional Plant Biology, vol. 37, no 6, 2010.

Document 3A - Étude de la densité de nervures de deux angiospermes

Les plantes actuelles du groupe Amborella sont très proches des Angiospermes fossiles du Mésozoïque. Les plantes actuelles du groupe des Fabaceae présentent des caractéristiques que l'on ne trouve pas chez les espèces fossiles.

Le tableau ci-dessous compare des feuilles d' Amborella et de Fabaceae.

La densité de nervures d'une feuille (DnD_n) correspond à la somme des longueurs des nervures pour une surface unitaire donnée.

Groupe d'angiospermes

Aspect des feuilles

Densité de nervures

Amborella

3,77 mm·mm⁻²

Fabaceae

22 mm·mm⁻²

La barre d'échelle correspond à une longueur d'un millimètre.

Document 3B - Densité de nervures mesurées sur des fossiles de feuilles au cours du temps

Sur des feuilles fossilisées bien conservées, il est possible de mesurer la densité de nervures (DnD_n). Chaque point de la figure ci-dessous correspond à un fossile d'angiosperme ou d'une plante fossile terrestre non angiosperme et donne sa valeur de DnD_n en fonction de son âge.

Document 4 - Études de paramètres foliaires d'angiospermes actuelles

Source: Feild, Taylor S., et al. « Fossil Evidence for Low Gas Exchange Capacities for Early Cretaceous Angiosperm Leaves ». Paleobiology, vol. 37, no 2, 2011.

On effectue des mesures d'échanges gazeux de feuilles d'angiospermes actuelles en fonction de la densité de nervures.

Pour chacune des figures A, B et C présentant les résultats de mesures:

Chaque point correspond à une espèce d'Angiosperme.

Les barres d'erreur correspondent à l'écart type.

La droite en trait plein correspond à la courbe de tendance.

La figure A présente la capacité photosynthétique d'une feuille (PcP_c) en fonction de la densité de nervures (DnD_n). La PcP_c est la quantité maximale de CO₂ utilisée dans la photosynthèse pour une surface de feuille donnée et par seconde.

La figure B présente la conductance stomatique d'une feuille (GMG_M) en fonction de la densité de nervures (DnD_n). La conductance stomatique d'une feuille (GMG_M) correspond à la quantité d'eau qui peut s'évaporer par les stomates d'une feuille.

Dans la figure C les deux mesures précédentes PcP_c et GMG_M sont mises en relation.

Énoncé: Exercice 2 · Bac Sciences de la Vie et de la Terre Amérique du Nord 2026 (jour 2)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Expliquer une origine possible du succès évolutif des Angiospermes parmi les plantes terrestres.

Réponse : ### Introduction Les Angiospermes (plantes à fleurs) sont apparues entre 250 et 140 Ma. Discrètes à leurs débuts, elles se sont diversifiées très rapidement au Crétacé et dominent aujourd'hui les écosystèmes continentaux. Problématique : Comment des innovations foliaires ont-elles permis aux Angiospermes de supplanter les autres plantes terrestres dans un contexte de baisse du CO₂ ? --- ### I. Le succès des Angiospermes dans un contexte de raréfaction du CO₂ - Document 1 : Au Jurassique, les Angiospermes sont absentes ou quasi absentes. Les plantes terrestres sont alors dominées par les Conifères (environ 20 %) et les autres plantes (environ 80 %). Au début du Crétacé (vers 135 Ma), les Angiospermes ne représentent qu'environ 5 %. Leur proportion explose ensuite pour atteindre environ 85 % vers 105 Ma, puis environ 90 % aujourd'hui. Elles ont supplanté les autres groupes. - Document 2 : La concentration en CO₂ atmosphérique est maximale vers 145 Ma (environ 2400 ppm). Elle diminue ensuite au Crétacé, en lien avec l'importante altération des silicates, qui consomme du CO₂. Elle tombe à environ 1000 ppm à la fin du Crétacé, puis à moins de 500 ppm au Cénozoïque. - Mise en relation : Le CO₂ est le substrat de la photosynthèse ; il est fixé par la Rubisco dans le cycle de Calvin. Il entre dans la feuille par diffusion à travers les stomates. Sa raréfaction est donc une contrainte forte. L'expansion des Angiospermes coïncide avec cette baisse, ce qui suggère qu'elles étaient plus efficaces pour faire la photosynthèse avec peu de CO₂. --- ### II. Une densification du réseau de nervures chez les Angiospermes - Document 3A : *Amborella*, proche des Angiospermes fossiles du Mésozoïque, a une faible densité de nervures (Dn = 3,77 mm·mm⁻²) avec de larges mailles. Les Fabaceae, Angiospermes dérivées, ont un réseau très dense (Dn = 22 mm·mm⁻²), soit environ 6 fois plus. - Document 3B : Chez les non-Angiospermes, Dn reste faible (environ 1 à 6 mm·mm⁻²) et stable de 135 à 60 Ma. Chez les premières Angiospermes (135–110 Ma), Dn est du même ordre (environ 2 à 5 mm·mm⁻²). Il augmente ensuite : jusqu'à 8–10 mm·mm⁻² vers 100 Ma, puis jusqu'à environ 16 mm·mm⁻² vers 65–60 Ma. L'augmentation de Dn est donc une innovation propre aux Angiospermes, apparue progressivement au cours du Crétacé. - Connaissances : Les nervures contiennent les tissus conducteurs : le xylème transporte la sève brute (eau et ions) et le phloème la sève élaborée. Un réseau dense rapproche l'eau de toutes les cellules chlorophylliennes. --- ### III. Conséquences physiologiques : plus d'échanges gazeux et plus de photosynthèse - Document 4A : La capacité photosynthétique Pc augmente avec Dn. Elle passe d'environ 4 µmol CO₂·m⁻²·s⁻¹ pour Dn ≈ 2 mm·mm⁻² à environ 14–16 µmol CO₂·m⁻²·s⁻¹ pour Dn ≈ 5,5–6 mm·mm⁻² (corrélation positive). - Document 4B : La conductance stomatique GM augmente aussi avec Dn. Elle passe d'environ 50–70 mmol H₂O·m⁻²·s⁻¹ pour Dn ≈ 2 à environ 200 mmol H₂O·m⁻²·s⁻¹ pour Dn ≈ 5–6. - Document 4C : Pc est corrélée positivement à GM. Elle vaut environ 4 µmol·m⁻²·s⁻¹ pour GM ≈ 50 mmol·m⁻²·s⁻¹, et environ 25–28 µmol·m⁻²·s⁻¹ pour GM ≈ 500 mmol·m⁻²·s⁻¹. - Interprétation : Les stomates ouverts laissent entrer le CO₂ mais aussi sortir de la vapeur d'eau (transpiration). Une plante ne peut garder ses stomates largement ouverts que si l'eau perdue est compensée par l'apport du xylème. Un réseau de nervures dense apporte beaucoup d'eau près des stomates. Il permet donc une forte conductance stomatique sans dessèchement, donc une plus grande entrée de CO₂ et une photosynthèse plus intense, même quand le CO₂ atmosphérique est bas. --- ### Conclusion Au cours du Crétacé, la concentration en CO₂ atmosphérique a fortement baissé. Dans ce contexte, certaines Angiospermes ont acquis par mutations une forte densité de nervures foliaires, que les autres plantes terrestres ne possèdent pas. Cette innovation améliore l'alimentation en eau de la feuille et permet une plus grande ouverture des stomates. Elle augmente ainsi l'entrée de CO₂ et la capacité photosynthétique. Ces plantes plus productives (croissance, reproduction) ont été favorisées par la sélection naturelle. Ce mécanisme explique en partie leur expansion, jusqu'à environ 90 % des plantes terrestres actuelles. D'autres innovations des Angiospermes y ont aussi contribué : la fleur, la coévolution avec les pollinisateurs, le fruit qui protège les graines et facilite leur dispersion, et les vaisseaux du xylème.

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