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Sujet du Bac Humanités, Littérature et Philosophie 2025 · Amérique du Nord Jour 2 bis
Sujet du Bac d’Humanités, Littérature et Philosophie 2025, Amérique du Nord Jour 2 bis : 2 exercices corrigés. Thèmes : Les métamorphoses du moi. Gratuit.
Thèmes du sujet : Les métamorphoses du moi
Exercice Première partie : interprétation philosophique · Les métamorphoses du moi
Tout change en moi sous mon regard et par mon regard. Et l'on voudrait maintenant
expliquer comment je me saisis et comment je me reconnais, en ce contenu où le rêve le
plus absurde peut rester attaché aux perceptions les plus raisonnables, où la superstition
résiste autant que les idées, où tant de souvenirs sont oubliés, tant d'autres décolorés,
5 où tout change enfin par le temps et l'âge. Mais il se trouve que le problème n'a point de
sens, et que je n'ai pas à me retrouver, parce que je ne puis me perdre moi-même un seul
instant. Toute pensée, confuse ou claire, de doctrine, de sentiment, de chose, de vision,
de résolution, d'hésitation, de négation, de doute, de souvenir, de remords, d'espérance,
de crainte, vraie ou non, durable ou non, en rêve ou non, a pour sujet constant le Moi, ou
10 pour mieux parler le Je. Quand je voudrais feindre quelque nébuleuse 1 inconnue où je ne
sois pas, quelque autre monde séparé, quelque passé avant moi, quelque avenir après
moi, le sujet de ces pensées est toujours moi. Je pense tout ce qui est pensé, tout ce qui
est et tout ce qui peut être, tout le possible et l'impossible; c'est pourquoi je ne puis penser
que « je ne suis pas », comme Descartes a su le mettre au jour. Telle est sans doute la
15 loi suprême de toute logique, puisque n'importe quelle pensée, même absurde, la
suppose. Je ne suis qu'un; car si je suis deux, l'un et l'autre c'est toujours moi; et quand
je me dédouble, il m'apparaît encore mieux que je ne suis qu'un; car l'un est moi, et
l'autre est moi. Je reste le même; car si je suis tel, et puis autre, c'est toujours moi qui
suis tel, et puis autre. Je ne saurai jamais que je suis autre, si ce n'est point moi, le même,
20 qui suis autre. De toute pensée je suis le sujet. Toute connaissance, toute expérience
forme ainsi un tout avec toute connaissance et toute expérience; que ce soit passé ou
imaginaire il n'importe; c'est d'abord et ensuite de moi et pour moi. Cette forme liante
m'interdit de couper l'expérience, d'interrompre le temps, de penser deux univers. Aussitôt
les deux temps sont parties d'un seul temps, et les deux univers sont parties d'un seul
25 univers.
Alain, Éléments de philosophie, 1941.
1 nébuleuse: lieu cosmique lointain et indistinct.
Première partie: interprétation philosophique
D'après ce texte, pourquoi le moi, malgré ses métamorphoses, ne peut-il pas se perdre lui-même ?
Exercice Deuxième partie : essai littéraire · Les métamorphoses du moi
Tout change en moi sous mon regard et par mon regard. Et l'on voudrait maintenant
expliquer comment je me saisis et comment je me reconnais, en ce contenu où le rêve le
plus absurde peut rester attaché aux perceptions les plus raisonnables, où la superstition
résiste autant que les idées, où tant de souvenirs sont oubliés, tant d'autres décolorés,
5 où tout change enfin par le temps et l'âge. Mais il se trouve que le problème n'a point de
sens, et que je n'ai pas à me retrouver, parce que je ne puis me perdre moi-même un seul
instant. Toute pensée, confuse ou claire, de doctrine, de sentiment, de chose, de vision,
de résolution, d'hésitation, de négation, de doute, de souvenir, de remords, d'espérance,
de crainte, vraie ou non, durable ou non, en rêve ou non, a pour sujet constant le Moi, ou
10 pour mieux parler le Je. Quand je voudrais feindre quelque nébuleuse 1 inconnue où je ne
sois pas, quelque autre monde séparé, quelque passé avant moi, quelque avenir après
moi, le sujet de ces pensées est toujours moi. Je pense tout ce qui est pensé, tout ce qui
est et tout ce qui peut être, tout le possible et l'impossible; c'est pourquoi je ne puis penser
que « je ne suis pas », comme Descartes a su le mettre au jour. Telle est sans doute la
15 loi suprême de toute logique, puisque n'importe quelle pensée, même absurde, la
suppose. Je ne suis qu'un; car si je suis deux, l'un et l'autre c'est toujours moi; et quand
je me dédouble, il m'apparaît encore mieux que je ne suis qu'un; car l'un est moi, et
l'autre est moi. Je reste le même; car si je suis tel, et puis autre, c'est toujours moi qui
suis tel, et puis autre. Je ne saurai jamais que je suis autre, si ce n'est point moi, le même,
20 qui suis autre. De toute pensée je suis le sujet. Toute connaissance, toute expérience
forme ainsi un tout avec toute connaissance et toute expérience; que ce soit passé ou
imaginaire il n'importe; c'est d'abord et ensuite de moi et pour moi. Cette forme liante
m'interdit de couper l'expérience, d'interrompre le temps, de penser deux univers. Aussitôt
les deux temps sont parties d'un seul temps, et les deux univers sont parties d'un seul
25 univers.
Alain, Éléments de philosophie, 1941.
1 nébuleuse: lieu cosmique lointain et indistinct.
Deuxième partie: essai littéraire
Que nous apprennent la littérature et les arts sur la complexité du moi ?
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