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Sujet du Bac Humanités, Littérature et Philosophie 2025 · Amérique du Nord Jour 1

Sujet du Bac d’Humanités, Littérature et Philosophie 2025, Amérique du Nord Jour 1 : 2 exercices corrigés. Thèmes : Les métamorphoses du moi. Gratuit.

Thèmes du sujet : Les métamorphoses du moi

Exercice Première partie : interprétation philosophique · Les métamorphoses du moi

Quand le sujet est convoqué, capté, ravi par plus fort que lui – la passion, la

souffrance –, quand il est ainsi dépossédé et redéfini par une force supérieure à la

sienne – l’amour, la douleur, le chagrin –, il ne peut plus se contenter d’être simplement

celui qu’il a été jusqu’alors. Il lui faut devenir quelqu’un d’autre pour sauver sa peau.

5 Que peuvent faire alors ceux qui tiennent à lui et le retiennent ? Accepter ces

moments où il ne peut pas tenir son rôle, où il abandonne la partition ? Accepter, c’est-

à-dire décider d’y voir autre chose que de la lâcheté, y reconnaître plutôt son

impuissance réelle face à l’événement (tomber malade, tomber amoureux, tomber

enceinte) qui l’emporte ou l’écrase par sa puissance et le transforme intérieurement.

10 Facile à dire. Puis-je vraiment réussir à le laisser s’éloigner de lui-même,

devenir autre que tel que je le connais et l’aime ? Puis-je lui autoriser cet écart, cet exil

loin de lui-même au risque de le perdre ? Ne suis-je pas tenté au contraire de tout faire

pour le retenir près de moi, pour le maintenir dans son identité antérieure, convoquant

la morale (ses engagements), l’émotion, la mémoire pour l’enfermer dans cette identité

15 dont il ne veut plus, qu’il ne peut plus ni supporter ni habiter ? Sans doute est-il vain

d’user de tous les artifices pour l’empêcher de vivre ce qu’il est convaincu d’avoir à

vivre.

Il faut dire la violence du devenir-autre pour le sujet lui-même, mais aussi la

violence de cette métamorphose pour ses proches, pour tous ceux qui « tenaient » à

20 lui. La rupture les détache malgré eux. Cette personne change au point de paraître

parfois méconnaissable: est-ce bien mon enfant, cet adolescent qui se convertit ? Est-

ce ma femme qui me quitte pour ce jeune homme ? Est-ce mon frère qui soutient ce

parti xénophobe ? Qui est cet étranger qui a pris la place et l’apparence de la personne

que j’aimais ? Qui est ce cafard dans la chambre de Gregor (1) ? En un effet

25 boomerang surgissent les questions sur notre propre aveuglement. Comment ai-je pu,

moi qui ai vécu à ses côtés, le méconnaître à ce point ? La possibilité et la liberté d’être

autre révèlent de manière douloureuse les illusions de l’amour et de l’affection: illusion

d’une propriété et d’une proximité, d’une transparence de l’être aimé. La familiarité

n’est parfois qu’une impression. Autrui pourra toujours nous surprendre, nous

30 déstabiliser, nous laisser interdit devant ce qu’il a dit ou fait et qui paraissait

inimaginable. Non seulement il ne m’appartient pas, mais il peut toujours devenir pure

surprise, devenir tout autre, d’une inquiétante étrangeté.

Claire MARIN, Rupture(s) (2019)

(1) Gregor: référence à La Métamorphose de Franz Kafka (1915) où le narrateur, Gregor, relate sa métamorphose subite en cafard.

Première partie: interprétation philosophique

Comment ce texte aborde-t-il la métamorphose du sujet pour lui-même et pour les autres ?

Exercice Deuxième partie : essai littéraire · Les métamorphoses du moi

Quand le sujet est convoqué, capté, ravi par plus fort que lui – la passion, la

souffrance –, quand il est ainsi dépossédé et redéfini par une force supérieure à la

sienne – l’amour, la douleur, le chagrin –, il ne peut plus se contenter d’être simplement

celui qu’il a été jusqu’alors. Il lui faut devenir quelqu’un d’autre pour sauver sa peau.

5 Que peuvent faire alors ceux qui tiennent à lui et le retiennent ? Accepter ces

moments où il ne peut pas tenir son rôle, où il abandonne la partition ? Accepter, c’est-

à-dire décider d’y voir autre chose que de la lâcheté, y reconnaître plutôt son

impuissance réelle face à l’événement (tomber malade, tomber amoureux, tomber

enceinte) qui l’emporte ou l’écrase par sa puissance et le transforme intérieurement.

10 Facile à dire. Puis-je vraiment réussir à le laisser s’éloigner de lui-même,

devenir autre que tel que je le connais et l’aime ? Puis-je lui autoriser cet écart, cet exil

loin de lui-même au risque de le perdre ? Ne suis-je pas tenté au contraire de tout faire

pour le retenir près de moi, pour le maintenir dans son identité antérieure, convoquant

la morale (ses engagements), l’émotion, la mémoire pour l’enfermer dans cette identité

15 dont il ne veut plus, qu’il ne peut plus ni supporter ni habiter ? Sans doute est-il vain

d’user de tous les artifices pour l’empêcher de vivre ce qu’il est convaincu d’avoir à

vivre.

Il faut dire la violence du devenir-autre pour le sujet lui-même, mais aussi la

violence de cette métamorphose pour ses proches, pour tous ceux qui « tenaient » à

20 lui. La rupture les détache malgré eux. Cette personne change au point de paraître

parfois méconnaissable: est-ce bien mon enfant, cet adolescent qui se convertit ? Est-

ce ma femme qui me quitte pour ce jeune homme ? Est-ce mon frère qui soutient ce

parti xénophobe ? Qui est cet étranger qui a pris la place et l’apparence de la personne

que j’aimais ? Qui est ce cafard dans la chambre de Gregor (1) ? En un effet

25 boomerang surgissent les questions sur notre propre aveuglement. Comment ai-je pu,

moi qui ai vécu à ses côtés, le méconnaître à ce point ? La possibilité et la liberté d’être

autre révèlent de manière douloureuse les illusions de l’amour et de l’affection: illusion

d’une propriété et d’une proximité, d’une transparence de l’être aimé. La familiarité

n’est parfois qu’une impression. Autrui pourra toujours nous surprendre, nous

30 déstabiliser, nous laisser interdit devant ce qu’il a dit ou fait et qui paraissait

inimaginable. Non seulement il ne m’appartient pas, mais il peut toujours devenir pure

surprise, devenir tout autre, d’une inquiétante étrangeté.

Claire MARIN, Rupture(s) (2019)

(1) Gregor: référence à La Métamorphose de Franz Kafka (1915) où le narrateur, Gregor, relate sa métamorphose subite en cafard.

Deuxième partie: essai littéraire

La littérature et les arts peuvent-ils saisir le moi sans le figer ?

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