Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Amérique du Nord 2026 (jour 1)
Thème : L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes · Tiré du sujet Jour 1 (2026)
Énoncé
Étude critique de documents: Transmettre la mémoire de la Shoah
Consigne: En analysant les documents, en les confrontant, et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez comment se transmet la mémoire de la Shoah.
Document 1
Liat Benhabib, directrice du Centre de documentation visuelle de Yad Vashem, présente, lors d'un entretien, le film Shoah, réalisé par Claude Lanzmann.
[Ce] film est révolutionnaire. [Lanzmann] entame son travail sur Shoah en 1975 et prend alors une décision artistique et morale très importante. Non seulement il parle de la Shoah, de la Solution finale et de la volonté d'extermination nazie, mais il le fait de façon très différente. Son film ne repose que sur le témoignage. Vous n'y trouverez pas un seul plan d'images d'archives.
Pourquoi Lanzmann ne voulait-il pas utiliser des images d'archives ?
Les images d'archives sont soit des images filmées par les nazis, et donc des images de propagande, soit des images tournées par les forces alliées - les Russes, les Britanniques, les Américains - à la libération des camps [...]. Cela posait deux problèmes à Lanzmann. Car même s'il s'agit d'images au plus proche de ce qui s'était passé dans les camps, ce sont des images prises après le crime. Comme un policier qui arrive sur une scène de crime, après le crime. Il peut procéder à une reconstitution, mais n'aura jamais d'images du crime lui-même. Et, deuxième point, ce sont des images très dures à regarder, à la limite du supportable. Lanzmann ne voulait pas permettre au spectateur de baisser les yeux, ne serait-ce qu'une seconde, de l'écran.
Sur quoi s'appuie-t-il pour raconter la Shoah ?
Claude Lanzmann va alors prendre le parti-pris de ne faire appel qu'aux témoignages. Il va planifier et tourner plus de 200 interviews, 10 ans durant. Il ne filme pas uniquement des rescapés juifs, mais aussi des Justes, des nazis. C'est un tournant décisif sur la façon dont le cinéma s'intéresse à la Shoah. Lanzmann ouvre son film avec la parole de Simon Srebnik, un jeune Juif de 13 ans et demi, Sonderkommando à Chelmno. Pendant plusieurs minutes, Srebnik explique qu'il est impossible de comprendre ce qui s'est passé: « personne ne peut saisir, même moi qui étais sur place, je ne peux réaliser ce qui s'est réellement passé ». Lanzmann passe alors un pacte avec les spectateurs. Comme s'il leur disait: « Vous ne pourrez pas comprendre, mais on va vous raconter cette histoire, encore et encore, en profondeur, pendant 9 heures, en partant de plusieurs points de vue, de plusieurs interlocuteurs, de plusieurs endroits, pour essayer de se rapprocher au plus près de ce qu'il est possible de comprendre ». C'est une décision cinématographique très courageuse. Il a réalisé plus de 200 interviews de témoins, qui jusque-là n'étaient pas dans le cadre et qui soudain, occupent le premier plan.
Peut-on construire un film documentaire uniquement sur des témoignages ?
Le rapport de Claude Lanzmann au témoignage est très important. La valeur du témoignage soulève des questions historiques, mais aussi psychologiques. Comment la mémoire fonctionne-t-elle ? De quoi se souvient-on ? Les souvenirs sont-ils objectifs ? Comment reconstituer l'histoire à partir d'expériences personnelles ? Comment amener un individu à raconter des souvenirs vieux de plusieurs décennies sans lui faire revivre un traumatisme ? Toutes ces questions se retrouvent dans le film de Lanzmann. Le réalisateur s'y intéresse alors qu'il tourne. Comme par exemple, dans cette scène devenue culte avec Abraham Bomba, le coiffeur [...]. Il lutte avec lui-même pour témoigner, supplie Lanzmann de le laisser en paix. Le spectateur assiste à sa souffrance. Lanzmann filme tous leurs échanges. On le voit et l'entend parler, rassurer, réussir à convaincre l'interviewé de livrer sa parole. On assiste à tout le processus psychologique que traverse le témoin. Ce sont des données très importantes pour le devoir de mémoire.
A qui s'adresse ce film ?
A tout le monde, partout sur la planète. Il est sorti dans le monde entier, traduit en plus de 20 langues. En Israël, des projections sont organisées dans les lycées, en 3 parties de 3 heures chacune. Il est parfois projeté en 2 parties de 4.5 heures. C'est l'un des films de référence sur la Shoah. Par exemple, quand nous avons ouvert le Centre de documentation visuelle en novembre 2005, il faisait bien évidemment partie de la liste des 1 000 films sur la Shoah que nous proposions alors au public.
Trente ans après sa sortie, Shoah continue-t-il d'être un film de référence ?
Avant Lanzmann, il y avait les films d'archives. Avec Lanzmann, il y a eu les films de témoignages. Aujourd'hui, on combine les deux. Les jeunes réalisateurs reviennent aux images d'archives qui grâce à l'ère digitale sont de plus en plus disponibles, mais continuent d'utiliser ou de faire référence aux images de Shoah de Lanzmann, qui reste un exemple en la matière.
Source: d'après le Blog de l'Institut International pour la Mémoire de la Shoah - Yad Vashem, texte mis en ligne le 09 juillet 2018, en hommage au réalisateur Claude Lanzmann, mort le 5 juillet 2018.
Document 2
Capture d'écran de la page d'accueil du site de présentation du projet Stolpersteine en France (consulté en novembre 2025).
Les Stolpersteine (ou pierres d'achoppements) sont des pavés en métal insérés dans le sol près des endroits où vivait une victime de la Shoah. Elles indiquent le nom de celle-ci, ses dates de naissance et de mort. L'artiste allemand Gunter Demnig est à l'initiative du projet, qui a connu une reconnaissance officielle en 1997. Plus de 100 000 pavés sont aujourd'hui installés dans 25 villes européennes.
Source: site internet de l'association Stolpersteine en France
URL: https://stolpersteine.fr/
En analysant les documents, en les confrontant, et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez comment se transmet la mémoire de la Shoah.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
En analysant les documents, en les confrontant, et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez comment se transmet la mémoire de la Shoah.
Réponse : Introduction : la Shoah, génocide d'environ six millions de Juifs d'Europe perpétré par l'Allemagne nazie et ses complices, pose depuis 1945 la question de sa transmission aux générations qui ne l'ont pas vécue. Après un long temps de relatif silence, la mémoire du génocide s'affirme à partir des années 1960-1970 (procès Eichmann en 1961, ère du témoin). Les deux documents illustrent deux vecteurs de cette transmission. Le document 1 est un entretien publié en 2018 par Yad Vashem, mémorial israélien de la Shoah, en hommage à Claude Lanzmann. Il y est question de son film Shoah (1985), fondé exclusivement sur le témoignage. Le document 2 est une capture d'écran du site de l'association Stolpersteine en France : il présente les pavés commémoratifs individuels conçus par Gunter Demnig. Comment ces démarches, différentes dans leur forme, contribuent-elles à transmettre la mémoire de la Shoah, et quelles en sont les limites ? I. Transmettre par le témoignage : le film Shoah de Claude Lanzmann (doc. 1) - Une rupture avec les images d'archives. Lanzmann refuse les images nazies, qui relèvent de la propagande. Il refuse aussi celles des libérateurs, prises « après le crime » et insoutenables, qui permettent au spectateur de détourner le regard. - Le choix radical de la parole. Plus de 200 interviews ont été tournées pendant 10 ans, auprès de rescapés, de Justes et de bourreaux. Le film dure plus de 9 heures. Les témoins passent au premier plan, comme Simon Srebnik, survivant de Chelmno, ou Abraham Bomba, le coiffeur de Treblinka. - Les limites du témoignage. Le document les signale lui-même : la mémoire est subjective, des décennies séparent les faits du récit, et témoigner fait revivre le traumatisme. Le témoignage doit donc être confronté au travail des historiens (Raul Hilberg, qui intervient d'ailleurs dans le film). - Une diffusion universelle. Le film est traduit dans plus de 20 langues et projeté dans les lycées israéliens. Il reste une référence, même si les réalisateurs combinent aujourd'hui témoignages et archives numérisées. Le document émane toutefois de Yad Vashem et rend hommage à Lanzmann, d'où un ton élogieux qui appelle la prudence. II. Transmettre par l'inscription dans l'espace public : les Stolpersteine (doc. 2) - Une mémoire matérielle et individuelle. Un pavé de laiton est placé devant le dernier domicile choisi par la victime. Il porte son nom, sa date de naissance, sa déportation et sa mort. Sur l'image, la famille Weill (Pierre, Raymond, Milly, René) a été internée à Drancy, déportée en 1944 et assassinée à Auschwitz. Le dispositif redonne un nom et une identité à des victimes que les nazis voulaient effacer, y compris des enfants. - Une mémoire de proximité. On « bute » sur la mémoire au cœur du quotidien, dans la rue, ce qui touche des passants qui n'iraient pas dans un musée. - Une mémoire née d'une initiative citoyenne et artistique. Le projet a été lancé par un artiste allemand, ce qui prend sens dans le travail de mémoire allemand. Il a été reconnu officiellement en 1997 et s'est étendu à l'Europe : plus de 100 000 pavés, dans en réalité bien plus que 25 villes. Le projet fait cependant débat : certains, comme la communauté juive de Munich, refusent que les noms soient piétinés. III. Deux vecteurs complémentaires d'un même devoir de mémoire, parmi d'autres - Des points communs. Le film et les pavés individualisent les victimes et refusent l'abstraction des chiffres. Ils luttent contre l'oubli et contre le négationnisme, notamment celui de Faurisson. - Des différences. Le film est une œuvre longue, exigeante, mondiale, qui donne la parole aux vivants. Les pavés sont silencieux, brefs, locaux et rendent hommage aux morts. - D'autres vecteurs, apportés par les connaissances personnelles : - les procès (Eichmann 1961, Barbie 1987, Papon 1997-1998) ; - le travail de Serge et Beate Klarsfeld ; - les lieux de mémoire (Yad Vashem, Mémorial de la Shoah à Paris, Auschwitz-Birkenau, Drancy) ; - l'action de l'État : discours de Jacques Chirac au Vél' d'Hiv en 1995, loi Gayssot de 1990, journée du 27 janvier ; - l'enseignement scolaire et les voyages d'élèves. - Un enjeu majeur : la disparition des derniers témoins. Les traces matérielles comme les Stolpersteine, les archives filmées et le numérique prennent le relais de la parole vivante. Conclusion : la mémoire de la Shoah se transmet par la parole des témoins, que le cinéma de Lanzmann a placée au centre. Elle se transmet aussi par des marques inscrites dans l'espace public, qui rappellent au quotidien l'existence de chaque victime. Ces vecteurs complémentaires s'ajoutent aux procès, aux mémoriaux, à l'école et aux politiques publiques. Ils font face aujourd'hui au défi de transmettre sans témoins directs, ce qui renforce le rôle des historiens, des lieux et des supports numériques.
L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium
Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.
Sujet de dissertation 2 · Amérique du Nord 2025 (jour 2 bis) ›