Sujet de dissertation 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Amérique du Nord 2025 (jour 2 bis)

Thème : L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes · Tiré du sujet Jour 2 bis (2025)

Énoncé

Sujet de dissertation 2

L'affirmation des mémoires et la construction de l'histoire du génocide des Juifs et des Tsiganes depuis 1945.

Énoncé: Sujet de dissertation 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Amérique du Nord 2025 (jour 2 bis)

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L'affirmation des mémoires et la construction de l'histoire du génocide des Juifs et des Tsiganes depuis 1945.

Réponse : ### Proposition de corrigé : plan détaillé #### Introduction - Accroche : En 1945, la libération des camps révèle au monde le système concentrationnaire et d'extermination nazi. Pourtant, la spécificité du génocide des Juifs (la Shoah) et de celui des Tsiganes (Samudaripen ou Porajmos) met des décennies à s'imposer dans l'histoire comme dans l'espace public. - Définitions : - *Mémoires :* représentations affectives, plurielles et évolutives du passé, portées par des témoins, des groupes ou des États. - *Histoire :* reconstruction critique et scientifique du passé à partir de sources confrontées. - *Génocide :* extermination systématique fondée sur l'idéologie raciale nazie. Elle a fait près de 6 millions de victimes juives et entre 220 000 et 500 000 victimes tsiganes. - Problématique : Comment les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes se sont-elles affirmées depuis 1945, et comment ont-elles interagi avec la construction de son histoire, du silence à la reconnaissance ? - Annonce du plan : - I. 1945 - fin des années 1950 : une mémoire occultée. - II. Années 1960-1980 : le réveil des mémoires et l'essor de l'histoire. - III. Depuis les années 1990 : reconnaissance, judiciarisation et nouveaux défis. #### I. 1945 - fin des années 1950 : justice pionnière et mémoire occultée A. Une qualification juridique nouvelle - Le procès de Nuremberg (1945-1946) consacre le « crime contre l'humanité ». - Raphaël Lemkin forge le mot « génocide », repris par la Convention de l'ONU de 1948. - Mais les victimes juives et tsiganes restent noyées parmi les victimes de guerre et les déportés politiques. B. Une mémoire étouffée par les récits nationaux - Le mythe résistancialiste en France (gaulliste et communiste) et la « Grande Guerre patriotique » en URSS valorisent les combattants. - Les survivants parlent peu ou sont peu écoutés : Primo Levi, *Si c'est un homme* (1947), connaît d'abord un faible écho. - Quelques jalons existent pourtant : le Mémorial du martyr juif inconnu à Paris (1956), Yad Vashem (1953) et *Nuit et Brouillard* d'Alain Resnais (1956). C. L'oubli quasi total du génocide des Tsiganes - Les Tsiganes restent stigmatisés comme « asociaux ». - En 1956, la justice ouest-allemande refuse de reconnaître la persécution raciale avant 1943 et nie ainsi leur droit à indemnisation. - En France, l'internement des « nomades » (jusqu'en 1946) est ignoré. #### II. Années 1960-1980 : le réveil des mémoires et l'affirmation de l'histoire A. Les procès, catalyseurs de la parole des témoins - Le procès Eichmann à Jérusalem (1961) ouvre « l'ère du témoin » (Annette Wieviorka). Hannah Arendt y développe la notion de « banalité du mal ». - Les procès de Francfort (1963-1965) obligent la RFA à affronter son passé. En 1970, Willy Brandt s'agenouille à Varsovie. - En France, le crime contre l'humanité est déclaré imprescriptible en 1964. Suivent le procès Barbie (1987), puis les affaires Touvier et Papon. B. La construction d'un champ historique - Raul Hilberg publie *La Destruction des Juifs d'Europe* (1961). - Robert Paxton, avec *La France de Vichy* (1972), démontre la collaboration active de Vichy, ce qui brise le mythe résistancialiste. - Serge et Beate Klarsfeld publient le *Mémorial de la déportation des Juifs de France* (1978). - Le débat entre historiens intentionnalistes et fonctionnalistes s'ouvre, ainsi que la Historikerstreit (1986). C. Une mémoire qui devient publique et médiatique - Le film *Le Chagrin et la Pitié* (1969) et la série *Holocauste* (1978-1979) marquent les esprits. - *Shoah* de Claude Lanzmann (1985) repose entièrement sur des témoignages. - Les mouvements roms se mobilisent : grève de la faim à Dachau en 1980, puis reconnaissance du génocide par la RFA en 1982 (chancelier Schmidt). D. La riposte au négationnisme - Face à Faurisson, les historiens répondent, notamment Pierre Vidal-Naquet avec *Les Assassins de la mémoire* (1987). #### III. Depuis les années 1990 : reconnaissance institutionnelle, histoire renouvelée et nouveaux défis A. La reconnaissance par les États - La loi Gayssot (1990) réprime le négationnisme. - Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l'État français dans le Vel d'Hiv. - Le Mémorial de la Shoah ouvre à Paris en 2005, l'année où l'ONU institue le 27 janvier comme journée internationale de commémoration. - Le Mémorial de Berlin est inauguré en 2005 ; celui des Sinti et Roms, en 2012. - En France, François Hollande reconnaît la responsabilité de l'État dans l'internement des nomades en 2016. Le 2 août est reconnu comme journée européenne de commémoration du génocide des Roms (Parlement européen, 2015). B. Une histoire renouvelée et mondialisée - L'ouverture des archives soviétiques après 1991 permet d'étudier la « Shoah par balles » (Père Desbois). - Les historiens approfondissent l'histoire des bourreaux (Christopher Browning, *Des hommes ordinaires*, 1992) et l'histoire globale (Saul Friedländer). - L'histoire du génocide des Tsiganes se développe (Henriette Asséo, Emmanuel Filhol, Marie-Christine Hubert). C. Enseigner et transmettre face aux nouveaux défis - Le génocide entre dans les programmes scolaires, et les voyages à Auschwitz se multiplient. - La disparition des derniers témoins pose la question de la relève : archives audiovisuelles comme la Fondation Spielberg. - La concurrence des mémoires, les risques de « devoir de mémoire » excessif et les tensions entre histoire et lois mémorielles (appel « Liberté pour l'histoire », 2005) font débat. - Le négationnisme, l'antisémitisme et l'antitsiganisme persistent sur les réseaux sociaux. - Les mémoires restent asymétriques : celle des Tsiganes demeure moins visible que celle de la Shoah. #### Conclusion - Bilan : Depuis 1945, on est passé d'un relatif silence, où les victimes du génocide étaient confondues avec l'ensemble des victimes de la guerre, à une reconnaissance progressive, juridique, historique et institutionnelle. Ce mouvement s'est fait en interaction constante entre mémoires (témoins, associations, États) et histoire (travaux scientifiques). - Décalage : La reconnaissance du génocide des Tsiganes reste nettement plus tardive et plus fragile que celle de la Shoah. - Ouverture : La Shoah est devenue un paradigme mondial du génocide, mobilisé pour penser d'autres crimes, comme le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Cela pose la question de la transmission de cette histoire à l'ère post-témoins.

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