Exercice 2 - Dissertation C · Bac Français (1ère) Amérique du Nord remplacement 2022

Thème : Dissertation – Œuvres et parcours des programmes nationaux antérieurs · Tiré du sujet Remplacement (2022)

Énoncé

2- Dissertation (20 points)

Objet d’étude: Le théâtre du XVII e siècle au XXI e siècle

Le candidat traite au choix, compte tenu de l’œuvre et du parcours associé étudiés durant l’année, l’un des trois sujets suivants:

C. Œuvre: Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde

Parcours: Crise personnelle, crise familiale

Selon vous, peut-on dire de Juste la fin du monde qu’il ne s’y passe rien ?

Vous répondrez à cette question dans un développement organisé. Votre réflexion prendra appui sur l’œuvre de Jean-Luc Lagarce au programme, sur le travail mené dans le cadre du parcours associé et sur votre culture littéraire.

Énoncé: Exercice 2 - Dissertation C · Bac Français (1ère) Amérique du Nord remplacement 2022

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Selon vous, peut-on dire de Juste la fin du monde qu’il ne s’y passe rien ?

Réponse : Proposition de plan détaillé : Introduction - Accroche : Écrite en 1990 à Berlin alors que Jean-Luc Lagarce se sait condamné par le sida, *Juste la fin du monde* met en scène le retour d'un fils, Louis, venu annoncer à sa famille « sa mort prochaine et irrémédiable ». - Analyse du sujet : La formule « il ne s'y passe rien » renvoie à l'absence apparente de péripéties et d'action dramatique traditionnelle. Elle renvoie aussi à l'échec de la mission annoncée : Louis repart sans avoir rien dit. Mais cette immobilité masque une déflagration intérieure et familiale d'une grande violence. - Problématique : Si la pièce déjoue les ressorts de l'action théâtrale classique, en quoi son immobilité apparente constitue-t-elle le foyer d'une crise intime et relationnelle bouleversante ? - Annonce du plan : I. Une dramaturgie du non-événement. II. Une action souterraine : l'éruption des crises personnelle et familiale. III. La parole comme véritable événement théâtral. I. Une dramaturgie de l'immobilité apparente et de l'inachèvement 1. Un dénouement sans résolution : Le projet du Prologue (« dire, seulement dire ») n'aboutit pas. Louis repart sans avoir fait son aveu. Le spectateur assiste à une visite d'un dimanche, faite de conversations anodines, d'un repas et d'un départ précipité. 2. Le refus de l'action spectaculaire : La pièce ne présente ni coup de théâtre ni affrontement physique. Les personnages tournent en rond dans l'espace clos de la maison familiale. 3. Un temps suspendu : Le retour fige le présent dans le ressassement du passé : les dimanches d'autrefois racontés par la Mère, la jeunesse enfuie. - *Ouverture culturelle :* le « théâtre de l'attente » de Beckett (*En attendant Godot*), où l'on attend un événement qui n'advient pas. II. Une déflagration intérieure : la crise familiale portée à incandescence 1. Le retour du fils prodigue comme déstabilisation : Même silencieuse, la présence de Louis agit comme un catalyseur. Elle ravive les rancœurs, le sentiment d'abandon et les jalousies enfouies : les cartes postales elliptiques, l'absence de douze ans. 2. L'explosion des conflits fraternels : L'affrontement entre Louis et Antoine culmine dans la deuxième partie. La longue tirade d'Antoine (II, 3) atteint une intensité tragique : il y exprime la douleur de l'injustice fraternelle et sa propre culpabilité. 3. La crise personnelle et le rendez-vous manqué : Le drame se joue aussi dans l'intimité de Louis. C'est l'impossibilité de rejoindre les siens et l'adieu silencieux à la vie. - *Parcours associé :* comme chez les Atrides ou dans *Le Fils prodigue*, la famille est le lieu tragique par excellence. On peut aussi penser à *Festen* ou au *Pélican* de Strindberg. III. Le langage comme lieu unique et tragique de l'action 1. La parole comme combat : Chez Lagarce, parler est agir. Les tirades de Suzanne, de la Mère, de Catherine et d'Antoine sont des tentatives désespérées pour combler le vide, accuser ou retenir Louis. 2. L'épanorthose et le bégaiement du sens : Les reprises, hésitations et autocorrections (« ce que je veux dire… ») font de chaque réplique une quête du mot juste. Le spectateur suit ainsi une action verbale, faite de tensions, de malentendus et de non-dits. 3. Le silence comme événement : Le choix final de Louis de se taire est un acte en soi. L'Épilogue, avec l'image du cri qu'il n'a pas poussé dans la nuit, transforme ce « rien » en tragédie de l'incommunicabilité. Le silence devient la catastrophe. Conclusion - Bilan : En apparence, il ne se passe rien : l'aveu n'a pas lieu, l'intrigue piétine. En réalité, tout se joue : les crises éclatent, les liens se défont et la parole devient le véritable champ de bataille. - Réponse à la problématique : Lagarce substitue à l'action extérieure une action intérieure et langagière. Ce « rien » est le lieu d'un drame d'autant plus poignant qu'il reste inachevé. - Ouverture : le théâtre contemporain du quotidien (Nathalie Sarraute, *Pour un oui ou pour un non*), où un rien suffit à révéler les gouffres entre les êtres.

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