Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Amérique du Nord remplacement 2022

Thème : Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2022)

Énoncé

1- Commentaire (20 points)

Objet d'étude: Le roman et le récit du Moyen Âge au XXI e siècle

Honoré de Balzac, Une fille d'Ève, 1839

La comtesse Marie-Angélique de Vandenesse s'ennuie auprès de son mari, Félix de Vandenesse. Lors d'un bal donné par une amie, elle a rencontré l'écrivain Raoul Nathan. Quelques jours plus tard, elle se rend à l'Opéra.

Le bal de lady Dudley avait eu lieu un samedi soir; le lundi, la comtesse vint à l'Opéra, poussée par la certitude d'y voir Raoul. Raoul était en effet planté sur un des escaliers qui descendent aux stalles d'amphithéâtre. Il baissa les yeux quand la comtesse entra dans sa loge. Avec quelles délices madame de Vandenesse remarqua le soin nouveau que son amant avait mis à sa toilette ! Ce contempteur 1 des lois de l'élégance montrait une chevelure soignée, où les parfums reluisaient dans les mille contours des boucles; son gilet obéissait à la mode, son col était bien noué, sa chemise offrait des plis irréprochables. Sous le gant jaune, suivant l'ordonnance en vigueur 2, les mains lui semblèrent très blanches. Raoul tenait les bras croisés sur sa poitrine comme s'il posait pour son portrait, magnifique d'indifférence pour toute la salle, plein d'impatience mal contenue. Quoique baissés, ses yeux semblaient tournés vers l'appui de velours rouge où s'allongeait le bras de Marie 3. Félix, assis dans l'autre coin de la loge, tournait alors le dos à Nathan. La spirituelle comtesse s'était placée de manière à plonger sur la colonne contre laquelle s'adossait Raoul. En un moment Marie avait donc fait abjurer à cet homme d'esprit son cynisme en fait de vêtement. La plus vulgaire comme la plus haute femme est enivrée en voyant la première proclamation de son pouvoir dans quelqu'une de ces métamorphoses. Tout changement est un aveu de servage. « Elles avaient raison, il y a bien du bonheur à être comprise 4 », se dit-elle en pensant à ses détestables institutrices. Quand les deux amants eurent embrassé la salle par ce rapide coup d'œil qui voit tout, ils échangèrent un regard d'intelligence. Ce fut pour l'un et l'autre comme si quelque rosée céleste eût rafraîchi leurs cœurs brûlés par l'attente. « Je suis là depuis une heure dans l'enfer, et maintenant les cieux s'entrouvrent, disaient les yeux de Raoul. – Je te savais là, mais suis-je libre ? » disaient les yeux de la comtesse. Les voleurs, les espions, les amants, les diplomates, enfin tous les esclaves connaissent seuls les ressources et les réjouissances du regard. Eux seuls savent tout ce qu'il tient d'intelligence, de douceur, d'esprit, de colère et de scélératesse dans les modifications de cette lumière chargée d'âme. Raoul sentit son amour regimbant sous les éperons de la nécessité, mais grandissant à la vue des obstacles. Entre la marche sur laquelle il perchait et la loge de la comtesse Félix de Vandenesse 5, il y avait à peine trente pieds 6, et il lui était impossible d'annuler cet intervalle. À un homme plein de fougue, et qui jusqu'alors avait trouvé peu d'espace entre un désir et le plaisir 7, cet abîme de pied ferme, mais infranchissable, inspirait le désir de sauter jusqu'à la comtesse par un bond de tigre. Dans un paroxysme de rage, il essaya de tâter le terrain. Il salua visiblement la comtesse, qui répondit par une de ces légères inclinations de tête, pleines de mépris, avec lesquelles les femmes ôtent à leurs adorateurs l'envie de recommencer. Le comte Félix se tourna pour voir qui s'adressait à sa femme; il aperçut Nathan, ne le salua point, parut lui demander compte de son audace, et se retourna lentement en disant quelque phrase par laquelle il approuvait sans doute le faux dédain de la comtesse.

1 « contempteur »: celui qui méprise et critique violemment quelque chose.

2 « l'ordonnance en vigueur »: l'usage à la mode en ce temps-là.

3 Dans le texte, « Marie » désigne bien, par raccourci, la comtesse Marie-Angélique de Vandenesse.

4 Les paroles des institutrices sont détournées de leur signification première, puisqu'elles sont appliquées au contexte amoureux et non à celui de la transmission des savoirs.

5 Selon l'usage de l'époque, la comtesse est désignée par le prénom et le nom de son époux.

6 « trente pieds »: distance correspondant à environ neuf mètres.

7 L'expression signifie que Raoul trouvait habituellement moyen de satisfaire rapidement ses désirs.

Vous ferez le commentaire de cet extrait d' Une fille d'Ève d'Honoré de Balzac.

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Amérique du Nord remplacement 2022

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Commentaire composé du texte d'Honoré de Balzac, Une fille d'Ève (1839)

Réponse : Proposition de parcours et éléments d'analyse : ### Introduction - Accroche et contexte : Dans *La Comédie humaine*, l'Opéra est le lieu mondain par excellence, où se mêlent l'ostentation, le paraître et les intrigues sentimentales secrètes. Dans *Une fille d'Ève* (1839), Balzac met en scène l'attirance coupable entre la comtesse Marie de Vandenesse, aristocrate mariée qui s'ennuie, et l'écrivain Raoul Nathan. - Présentation de l'extrait : Deux jours après le bal de lady Dudley, Marie et Raoul se retrouvent à l'Opéra. Le mari, Félix de Vandenesse, est présent dans la loge, ce qui donne à la scène une tension dramatique immédiate. - Problématique : Comment cette scène mondaine fait-elle de l'expression clandestine du désir un spectacle, sous le masque des conventions sociales ? - Plan : 1. L'Opéra, un espace théâtralisé du regard et des apparences. 2. La métamorphose de Nathan, proclamation du pouvoir féminin. 3. Le langage muet des regards et la dramatisation de l'obstacle. ### Axe 1 : Un cadre mondain théâtralisé, la scène dans la scène - Disposition spatiale et géométrie des regards : - Nathan est « planté sur un des escaliers », Marie le domine depuis sa loge, puisqu'elle s'est placée « de manière à plonger sur la colonne ». - La distance est à la fois mesurée (« trente pieds ») et dramatisée (« cet abîme »). - Félix « tournait alors le dos à Nathan » : la disposition des corps prépare la dissimulation. - Comédie sociale et hypocrisie : - Raoul pose « comme s'il posait pour son portrait », « magnifique d'indifférence ». - Au salut de Nathan, la comtesse répond par une inclination « pleine de mépris », un « faux dédain » que Félix approuve « sans doute ». - L'ironie du narrateur souligne l'aveuglement du mari face aux codes féminins de la dissimulation. ### Axe 2 : La métamorphose de Nathan, proclamation du pouvoir féminin - Le renoncement au cynisme vestimentaire : - Le « contempteur des lois de l'élégance » devient un dandy : chevelure parfumée, gilet à la mode, « col bien noué », « plis irréprochables », « gant jaune ». - L'énumération et le regard focalisé sur Marie (« Avec quelles délices… ! ») font de cette toilette un hommage. - Le narrateur l'interprète comme une conversion : Marie lui a fait « abjurer » son cynisme, terme religieux. - L'enivrement de la séduction et le triomphe de la vanité : - Les maximes au présent de vérité générale (« Tout changement est un aveu de servage ») donnent une portée universelle à la scène. - Elles inversent aussi le rapport de domination : l'homme devient l'esclave. - Marie savoure ce triomphe comme une revanche sur son éducation austère. Elle détourne ironiquement les paroles de ses « détestables institutrices » : « il y a bien du bonheur à être comprise ». ### Axe 3 : Le langage muet des regards et la dramatisation de l'obstacle - L'éloquence du regard : - Le « regard d'intelligence » est traduit en dialogue fictif (« disaient les yeux de Raoul… disaient les yeux de la comtesse »). - Ce dialogue oppose l'enfer et les cieux, l'attente brûlante et la « rosée céleste » : c'est le lyrisme de la passion. - La généralisation (« Les voleurs, les espions, les amants, les diplomates, enfin tous les esclaves ») assimile l'amour à une activité clandestine et à une servitude. - Le regard devient une « lumière chargée d'âme ». - Un désir exacerbé par l'obstacle : - L'amour « grandissant à la vue des obstacles » est décrit par une métaphore équestre (« regimbant sous les éperons ») puis animale (« bond de tigre »). - Le registre est hyperbolique (« paroxysme de rage »). - Ce désir se heurte aux convenances : Félix, gardien de l'ordre conjugal, « parut lui demander compte de son audace ». - La scène se clôt sur une tension dramatique qui annonce les dangers de cette liaison. ### Conclusion - Bilan : Balzac fait de l'Opéra un théâtre où le véritable spectacle se joue dans la salle. La mise en scène des apparences, la soumission vestimentaire de l'amant et le langage muet des regards traduisent un désir d'autant plus violent qu'il est contraint. - Portée : Le narrateur omniscient, par ses maximes et son ironie, mêle analyse psychologique et satire des mœurs mondaines. Il annonce le danger que représente cette passion pour une « fille d'Ève ». - Ouverture : On peut rapprocher la scène de la rencontre de Frédéric et Mme Arnoux dans *L'Éducation sentimentale* de Flaubert, ou des scènes d'Opéra d'*Anna Karénine*.

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.

‹ Exercice 1 - Commentaire · Amérique du Nord session normale 2024

Plus d’exercices de Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle