Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Amérique du Nord session normale 2025

Thème : Commentaire – La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2025)

Énoncé

1- Commentaire (20 points)

OBJET D'ÉTUDE

La littérature d'idées du XVI e siècle au XVIII e siècle

Michel de Montaigne [1553-1592], Essais, « Sur l'inégalité entre les hommes », Livre I, Chapitre 42, translation en français moderne du texte de l'édition de 1595 par Guy de Pernon, 2016, pp. 379-389.

Fin observateur de la nature humain, Michel de Montaigne confronte souvent sa pensée à celle des Anciens. Dans les lignes qui suivent, il invite le lecteur à réfléchir avec lui et à remettre en cause une mauvaise habitude des hommes.

Mais à propos de l'appréciation des hommes, il est étonnant de voir que, nous mis à part, il n'est aucune chose qui ne soit estimée autrement qu'en vertu de ses qualités propres. Nous vantons un cheval parce qu'il est vigoureux et adroit.

Nous vantons un cheval pour sa vitesse,

pour les palmes facilement remportées,

et ses victoires dans le cirque qui l'applaudit 1,

Mais nous ne le vantons point pour son harnais 2. Nous vantons un lévrier 3 pour sa rapidité, non pour son collier; un faucon dressé pour son vol, et non pour ses courroies et ses lacets 4.

Pourquoi, s'agissant d'un homme, ne procédons-nous pas de même en l'estimant pour ce qui lui appartient en propre ? Il mène grand train, il a un beau château, tant de crédit et tant de rente: tout cela est extérieur et non en lui-même. Vous n'achetez pas un chat sans le voir; si vous marchandez un cheval, vous lui ôtez ses harnais, vous l'examinez nu et à découvert. Et s'il est couvert, comme on le faisait autrefois quand on le vendait aux Princes, ce n'est que sur les parties les moins importantes, pour qu'on n'aille pas s'intéresser à la beauté de son poil ou à la largeur de sa croupe, mais que l'on considère surtout ses pattes, ses yeux, ses pieds, qui sont les éléments les plus importants.

La coutume, pour les rois qui achètent un cheval,

Est de l'examiner couvert, pour que, comme trop souvent,

S'il a belle tête et le pied mou, il ne se laisse attirer

Par une belle croupe, une jolie tête, une fière encolure 5.

Lors pourquoi, pour juger un homme, le jugez-vous tout enveloppé et comme empaqueté ? Il prend bien soin de ne nous montrer que les éléments qui ne sont pas les siens, et nous cache ceux par lesquels seulement on peut vraiment estimer sa valeur. Ce que vous recherchez, c'est le prix de l'épée, non de son fourreau; et peut-être bien que vous n'en donnerez pas un sou quand vous l'aurez dégainée. Et comme le disait plaisamment un Ancien: « Savez-vous pourquoi vous estimez qu'il est grand ? C'est que vous comptez aussi la hauteur de ses patins 6. » Le socle ne fait pas partie de la statue. Mesurez cet homme sans ses échasses 7; qu'il mette à part ses richesses et ses titres, qu'il se présente en chemise: son corps est-il apte à ses fonctions, sain et plein d'entretien ? Quelle âme a-t-il ? Est-elle belle, élevée, et bien pourvue de tous ses éléments ? Est-elle riche de par elle-même, ou tient-elle cela d'autrui ? La chance y est-elle pour quelque chose ? Est-ce que, les yeux grands ouverts, elle affronte les épées que l'on tire ? Est-ce qu'elle se moque de savoir par où la vie peut s'en aller, par la bouche ou par le gosier ? Est-ce qu'elle est sûre d'elle-même, calme et contente de son sort ? C'est là ce qu'il faut voir, c'est par là que l'on peut juger des différences extrêmes qu'il y a entre nous.

Cet homme est-il sage et maître de lui ?

La pauvreté, la mort, les fers, ne le font-ils pas trembler ?

Peut-il tenir tête à ses passions, mépriser les honneurs,

Rond et poli comme une boucle sur laquelle tout glisse,

Et contre laquelle échouent toujours les coups du sort ? 8

Un tel homme est alors cinq cents brasses 9 au-dessus des royaumes et des duchés; il est à lui-même son empire.

1 Citation de Juvénal, poète satirique romain de la fin du 1 er siècle et du début du II e siècle ap. J.-C.

2 harnais: équipement qui permet de lier un cheval à un dispositif à tracter.

3 lévrier: race de chien longiligne et très musclé, au corps souple et léger, bâti pour la course.

4 ses courroies et ses lacets: éléments dont se servent les fauconniers pour immobiliser leur oiseau de proie.

5 Citation d'Horace, poète latin [65 av. J.-C. – 8 av. J.-C.].

6 Citation d'Horace, poète latin [65 av. J.-C. – 8 av. J.-C.]

7 échasses: pièces longilignes, généralement en bois, que l'on ajoute sous les pieds pour gagner en hauteur.

8 Citation d'Horace, poète latin [65 av. J.-C. – 8 av. J.-C.]

9 cinq cents brasses: signifie ici qu'un tel homme est très au-dessus. La brasse est une unité de mesure.

Vous ferez le commentaire de ce texte. Vous pourrez par exemple étudier comment Montaigne dénonce une habitude de jugement fondée sur les apparences extérieures et invite à rechercher la véritable valeur de l'homme, celle de son âme et de son caractère.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous ferez le commentaire de ce texte.

Réponse : Un commentaire composé réussi pourrait s'articuler ainsi : Axe 1 : Une démonstration par l'analogie animale Montaigne part d'une observation familière (le cheval, le lévrier, le faucon) pour établir un parallèle implicite avec le jugement que l'on porte sur les hommes. Les vers cités de Juvénal (« Nous vantons un cheval pour sa vitesse... ») renforcent cette idée par l'autorité des Anciens et donnent un rythme presque didactique à la démonstration. Axe 2 : La dénonciation du paraître social Le champ lexical du vêtement et de l'enveloppe (harnais, fourreau, patins, échasses, socle, chemise) sert de métaphore filée pour critiquer la confusion entre l'être et le paraître : le château, le crédit, la rente sont des « harnais » sociaux qui masquent la véritable valeur de l'individu. La citation d'Horace sur le cheval acheté « couvert » illustre ce risque de se laisser abuser par l'apparence. Axe 3 : L'invitation à juger l'homme « en chemise » La succession de questions rhétoriques (« Quelle âme a-t-il ? Est-elle belle, élevée... ? ») construit un portrait en creux de l'homme véritablement grand : maître de lui-même, indifférent à la fortune, capable d'affronter la mort. Les vers finaux (« Cet homme est-il sage et maître de lui ? ») et la formule conclusive des « cinq cents brasses au-dessus des royaumes » couronnent cette éthique stoïcienne de la maîtrise de soi, qui fait de l'homme son propre empire. Une bonne copie relève ces procédés (énumérations, images, citations, interrogations), les met en relation avec le projet argumentatif de Montaigne et conclut sur la portée philosophique du texte : une critique des valeurs sociales superficielles au profit d'une évaluation de l'homme par son âme et son caractère.

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