Aufgabe HT 2 - Aufgabe 2 · Abitur NRW Französisch GK · Haupttermin · fortgeführt 2023
Thema: Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Aus der Prüfung GK · Haupttermin · fortgeführt (2023)
Aufgabenstellung
Klausurteil A
Mohamed Mbougar Sarr
La plus secrète mémoire des hommes
Diégane Latyr Faye, un jeune auteur sénégalais installé à Paris, consigne ses pensées dans son journal.
J’ai fait ce soir ce que je redoute 1 le plus au monde, Journal: j’ai appelé mes parents. Ma mère:
Tu as des problèmes ? Moi: Non, tout va bien. La mère: Vraiment ? Le fils: Vraiment. Elle:
Tu appelles comme ça ? Lui: Oui, pour prendre des nouvelles. Ma mère: Anh, Latyr, c’est
ça qui m’inquiète. Ça va, tu es sûr ?
5 Lorsque nous nous passons un appel vidéo, mes parents, côte à côte, tiennent l’appareil
en sorte que je voie sur l’écran une partie du visage de chacun. Je regarde ainsi le visage
parental réunifié. Les signes de son vieillissement m’ont serré le cœur et donné l’envie de
couper l’image. Mais cela n’aurait rien changé; leurs voix aussi avaient vieilli: des lézardes 2
profondes sur les murs du temps. Je me suis promis, comme chaque fois, de les appeler plus
10 souvent. Je savais pourtant que je ne le ferais pas. Je continuerais de les appeler rarement. Ma
mère soulignait toujours, en plaisantant, mon faible sens de la famille. Amères plaisanteries:
elles portaient une silencieuse accusation. Mon père ne disait jamais rien à ce propos et cela
voulait tout dire. Aucun d’eux ne s’expliquait mes longues périodes de silence. La chose me
paraissait pourtant simple: je remplissais l’office dont beaucoup d’enfants devaient s’acquitter 3
15 vis-à-vis de leur parents à un moment de leur vie: l’office de l’ingratitude.
Il y avait aussi la part de la naïveté: celle qui me faisait croire que je disposais de mes
parents à volonté. Si je repoussais chaque fois le moment de leur passer un coup de fil, c’était
peut-être parce que, avec une confiance aveugle, j’étais sûr de les retrouver bientôt, et qu’il
n’était donc pas nécessaire de les appeler tous les jours, puisque celui 4 où je rentrerais
20 définitivement à leurs côtés viendrait rapidement. Mirage que 5 ce jour dans le désert de l’exil.
Ainsi chaque appel reporté, sous l’illusion de retrouvailles prochaines qui justifiaient son
annulation, marquait en réalité un éloignement plus grand. J’ai atteint le stade terminal de
l’immigration: je ne crois plus simplement à la possibilité du retour: je me suis convaincu
de son imminence 6 et persuadé de regagner le temps passé loin des miens. Ces tragiques
25 espérances me font vivre autant qu’elles me tuent: j’affecte de croire que je rentrerai bientôt
chez moi, que tout y sera inchangé et que je pourrai rattraper. Le retour qu’on rêve est un
roman parfait – un mauvais roman donc.
Quelque chose se meurt. Le monde que j’ai quitté a disparu dès que je lui ai tourné le
dos. J’ai cru, l’habitant et y ayant enterré, comme un trésor, mon enfance, qu’il était devenu
30 indestructible par la seule grâce de ce don. J’ai cru à sa loyauté éternelle pour mon existence
passée. Rien n’était plus chimérique 7: le monde jadis aimé n’a pas signé de pacte de fidélité.
Sitôt m’en étais-je absenté qu’il s’éloignait déjà dans le tunnel du temps. […]
L’exilé 8 est obsédé par la séparation géographique, l’éloignement dans l’espace. C’est
pourtant le temps qui fonde l’essentiel de sa solitude; et il accuse les kilomètres alors que ce
35 sont les jours qui le tuent. J’aurais pu supporter d’être à des milliards de bornes 9 du visage
parental si j’avais eu la certitude que le temps glisserait sur lui sans lui nuire. Mais c’est
impossible; il faut que les rides se creusent 10, que la vue baisse, que la mémoire flanche 11,
que des maladies menacent.
[…]
40 À certains qui sont partis, il faut souhaiter qu’ils ne rentrent jamais, bien que ce soit leur
plus profond désir: ils en mourraient de chagrin. Mes parents me manquaient mais je craignais
de les appeler; le temps passait; et, autant j’étais triste de ne pas les entendre me raconter
ce qui arrivait dans leur vie, autant m’effrayait l’idée qu’ils me le disent, car je savais au fond
ce qui arrivait vraiment dans leur vie. C’était ce qui arrivait dans toute vie: ils se rapprochaient
45 de la mort. Je ne les appelais pas et j’en souffrais; je les appelais et j’en souffrais aussi, peut-
être même davantage.
Mes parents voulaient me parler de mille choses, des petits riens heureux ou contraignants,
de mes turbulents jeunes frères, de la situation politique tendue du pays. Mais je n’avais pas
le cœur à écouter tout cela. […]
1 redouter – craindre
2 lézarde (f) – une fissure
3 s’acquitter d’un office – ici: einer Rolle entsprechen
4 celui – Bezug auf « le moment »
5 mirage que – ici: wie ein Trugbild ist …
6 imminence (f) – unmittelbares Bevorstehen
7 chimérique – fabuleux,se, illusoire
8 exilé (m) – une personne qui vit loin de sa patrie
9 borne (f) – ici: kilomètre
10 se creuser – ici: augmenter
11 flancher – faiblir, diminuer
2. Étudiez ce que ressent le personnage principal à l'égard de ses parents ainsi que vis-à-vis de son existence passée.
(analyse)
[16 Punkte]

Lösung
Nach den offiziellen Korrekturhinweisen
2. Étudiez ce que ressent le personnage principal à l'égard de ses parents ainsi que vis-à-vis de son existence passée. (analyse)
Lösung: Une analyse structurée et appuyée sur des citations du texte doit mettre en lumière : - L'inquiétude et l'effroi face au vieillissement des parents : Diégane ressent un profond serrement de cœur en constatant les signes physiques et vocaux de leur déclin (« les lézardes profondes sur les murs du temps », l. 8-9) et leur finitude inéluctable (« ils se rapprochaient de la mort », l. 43-44). - Le déchirement intérieur et la culpabilité : Il éprouve de l'amour et le manque de ses proches, mais repousse systématiquement les appels par peur d'affronter la réalité de leur déclin. Il qualifie son attitude d'« office de l'ingratitude » (l. 15). - La mélancolie et le deuil de la vie passée : Il prend conscience que le monde de son enfance (« mon enfance », « trésor », l. 29) a disparu à tout jamais (« Quelque chose se meurt », l. 28) ; il constate l'illusion chimérique de croire ce passé intact. - La solitude ontologique créée par le temps : L'éloignement qui le blesse n'est pas kilométrique (« J'aurais pu supporter d'être à des milliards de bornes... », l. 35-36), mais temporel (« c'est pourtant le temps qui fonde l'essentiel de sa solitude », l. 33-34).
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