Abitur Hessen Französisch 2024 · GK · Diome: Le ventre de l'Atlantique

Aufgabe Französisch aus dem IQB-Pool 2024, GK · Diome: Le ventre de l'Atlantique: 3 Teilaufgaben mit Lösungen. Mit automatischer Korrektur.

Themen der Prüfung: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)

Aufgabe 1

Material

Fatou Diome: Le ventre de l'Atlantique (2003)

Seul enfant mâle, aîné d'une famille nombreuse, Moussa en avait assez de contempler la

misère des siens. Depuis qu'il avait quitté le lycée, faute de moyens, l'avenir lui apparaissait

comme une ravine 1, l'emportant vers un trou noir [...]. Mais il n'était pas garçon à baisser les

bras. « Pour les pauvres, disait-il, vivre c'est nager en apnée, en espérant atteindre une rive

5 ensoleillée avant la gorgée fatale. » À vingt ans, décidé à aller chercher fortune, il quitta le

village pour la ville de M'Bour, sur la Petite Côte sénégalaise, où il se fit engager comme

matelot dans l'une de ces grandes pirogues qui pratiquent la pêche artisanale. Ambitieux, le

jeune pêcheur frappait à toutes les portes. Trop de gens comptaient sur lui pour manger, il ne

pouvait se contenter des rendements hypothétiques de la pêche. Après plusieurs tentatives, il

10 réussit à trouver une place dans l'équipe de football de la même ville. Il fut régulier aux entraî-

nements et se donna de tout son cœur lors des matchs. Très rapidement, il se fit remarquer

par Jean-Charles Sauveur, un Français qui se disait chasseur de talents pour le compte d'un

grand club français. Qui a dit que le bon Dieu est sourd ?

Le recruteur n'eut aucune peine à convaincre le jeune poulain 2. Il lui avait suffi d'abattre ses

15 cartes: un billet d'avion payé par le club, un logement garanti dans un centre de formation où

on l'entraînerait avec les juniors, avant de le propulser vers la gloire au sein du grand club, et,

surtout, la promesse d'un salaire mirobolant 3. Seul l'âge du garçon posait problème. Vingt ans,

c'était un peu trop pour rejoindre la formation des juniors. L'épine fut vite ôtée 4: ici, on peut

s'octroyer une deuxième, voire une troisième naissance, il suffit de quelques billets dans le

20 dos du chef de bureau ou en tête à tête avec lui. Et puis on ne refuse rien à quelqu'un qui va

en France, c'est une future relation enviable. Jean-Charles Sauveur, en habitué, sortit des

francs français au bon moment. Le visa ? Une formalité ! [...]

Quelques jours plus tard, Moussa tapait un ballon gonflé d'espoir dans un stade français. Ce

n'était qu'un entraînement mais, pour lui, c'était le match le plus important de son existence.

25 Pour la première fois de sa vie, il évoluait sur un vrai terrain de football, avec des vestiaires et

une pelouse bien verte. De toute sa volonté, il tentait d'émerveiller l'entraîneur français qui

scrutait tous ses gestes: « Avec son gabarit 5, si on arrive à affiner tout ça, ce sera un vrai

bulldozer à l'attaque », commentait ce dernier. Il en fut ainsi lors de tous les entraînements qui

suivirent. Sous l'œil paternel de Jean-Charles Sauveur, Moussa se sentait investi d'une mis-

30 sion sacrée. Il ne devait pas faillir, Sauveur attendait impatiemment qu'il confirme ses talents

pour rentabiliser son investissement. Le soir, au centre, en regardant la télé, Moussa s'indi-

gnait de ce marchandage de joueurs et finissait par délirer sur les prix faramineux 6 des trans-

ferts: le Real Madrid a acheté ce gars à tant de millions de francs français ! La vache ! 7 Com-

bien cela peut-il bien représenter en francs CFA 8 ? Au moins de quoi s'acheter cinq villas avec

35 piscine sur la côte dakaroise ! Même s'il s'amusait à calculer en s'imaginant au cœur d'une

telle transaction, ce procédé d'esclavagiste ne lui plaisait guère. Mais il n'avait pas le choix, il

faisait maintenant partie du bétail sportif 9 à évaluer. Moussa savait qu'à défaut de se faire

engager dans le club qui misait sur lui, il devrait lui-même rembourser à Sauveur les frais

engagés, billet d'avion, pots-de-vin, frais d'hébergement, de formation, etc. Alors, il se donnait

40 à fond.

Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité !

[...] Bientôt, lorsque ses matchs seraient retransmis à la télé, lorsque les enfants de Niodior 10

pourraient admirer ses exploits et qu'il serait enfin convié à la présidence de la République

sénégalaise, il pourrait s'offrir, entre deux championnats, un tour de France en Porsche. Aussi

45 adressa-t-il aux siens un courrier qui ne contenait rien d'excitant. Ses parents qui, en allant

faire lire sa missive chez Ndétare 11, attendaient les aventures de Télémaque 12 en mieux, furent

assez déçus. C'était une lettre aussi pauvre en contenu qu'un compte rendu du Paris-Dakar 13

par Johnny Hallyday 14. L'instituteur traduisit ceci:

Bonjour, tout le monde. J'espère que vous allez tous bien. Moi, ça va. On s'entraîne tous les

50 jours. Je ne touche pas encore de salaire, mais ce sera pour bientôt. Que le Ciel vous garde !

Priez pour moi.

Outre ces sept courtes phrases, il y avait dans l'enveloppe une photo prise lors de l'unique

sortie organisée par le centre pour leur faire voir l'équipe nationale en action.

791 mots

Diome, F. (2003). Le ventre de l'Atlantique. Paris, Éditions Anne Carrière. 2003. p. 95-99.

1 la ravine – die Schlucht

2 le jeune poulain – ici: der sehr junge Spieler

3 mirobolant – extraordinaire

4 L'épine fut vite ôtée – ici: on a rapidement trouvé une solution

5 le gabarit – la stature

6 faramineux – ici: extrêmement hauts

7 La vache ! – ici: incroyable !

8 le franc CFA – Währung, die hauptsächlich in frankophonen Ländern West- und Zentralafrikas genutzt wird.

9 le bétail sportif – abwertender Ausdruck, in welchem die afrikanischen Spieler als Nutztiere angesehen werden

10 Niodor – île sénégalaise

11 Ndétare – instituteur et entraîneur de football du village

12 les aventures de Télémaque – spannende Erlebnisse des jungen Telemachos auf der gefahrenreichen Suche nach seinem Vater Odysseus

13 Paris – Dakar – ancien nom d'un rallye automobile

14 Johnny Hallyday – célèbre chanteur et acteur français (1943-2017)

1 Présentez le parcours sportif de Moussa.

[30 %]

Aufgabe 2

Material

Fatou Diome: Le ventre de l'Atlantique (2003)

Seul enfant mâle, aîné d'une famille nombreuse, Moussa en avait assez de contempler la

misère des siens. Depuis qu'il avait quitté le lycée, faute de moyens, l'avenir lui apparaissait

comme une ravine 1, l'emportant vers un trou noir [...]. Mais il n'était pas garçon à baisser les

bras. « Pour les pauvres, disait-il, vivre c'est nager en apnée, en espérant atteindre une rive

5 ensoleillée avant la gorgée fatale. » À vingt ans, décidé à aller chercher fortune, il quitta le

village pour la ville de M'Bour, sur la Petite Côte sénégalaise, où il se fit engager comme

matelot dans l'une de ces grandes pirogues qui pratiquent la pêche artisanale. Ambitieux, le

jeune pêcheur frappait à toutes les portes. Trop de gens comptaient sur lui pour manger, il ne

pouvait se contenter des rendements hypothétiques de la pêche. Après plusieurs tentatives, il

10 réussit à trouver une place dans l'équipe de football de la même ville. Il fut régulier aux entraî-

nements et se donna de tout son cœur lors des matchs. Très rapidement, il se fit remarquer

par Jean-Charles Sauveur, un Français qui se disait chasseur de talents pour le compte d'un

grand club français. Qui a dit que le bon Dieu est sourd ?

Le recruteur n'eut aucune peine à convaincre le jeune poulain 2. Il lui avait suffi d'abattre ses

15 cartes: un billet d'avion payé par le club, un logement garanti dans un centre de formation où

on l'entraînerait avec les juniors, avant de le propulser vers la gloire au sein du grand club, et,

surtout, la promesse d'un salaire mirobolant 3. Seul l'âge du garçon posait problème. Vingt ans,

c'était un peu trop pour rejoindre la formation des juniors. L'épine fut vite ôtée 4: ici, on peut

s'octroyer une deuxième, voire une troisième naissance, il suffit de quelques billets dans le

20 dos du chef de bureau ou en tête à tête avec lui. Et puis on ne refuse rien à quelqu'un qui va

en France, c'est une future relation enviable. Jean-Charles Sauveur, en habitué, sortit des

francs français au bon moment. Le visa ? Une formalité ! [...]

Quelques jours plus tard, Moussa tapait un ballon gonflé d'espoir dans un stade français. Ce

n'était qu'un entraînement mais, pour lui, c'était le match le plus important de son existence.

25 Pour la première fois de sa vie, il évoluait sur un vrai terrain de football, avec des vestiaires et

une pelouse bien verte. De toute sa volonté, il tentait d'émerveiller l'entraîneur français qui

scrutait tous ses gestes: « Avec son gabarit 5, si on arrive à affiner tout ça, ce sera un vrai

bulldozer à l'attaque », commentait ce dernier. Il en fut ainsi lors de tous les entraînements qui

suivirent. Sous l'œil paternel de Jean-Charles Sauveur, Moussa se sentait investi d'une mis-

30 sion sacrée. Il ne devait pas faillir, Sauveur attendait impatiemment qu'il confirme ses talents

pour rentabiliser son investissement. Le soir, au centre, en regardant la télé, Moussa s'indi-

gnait de ce marchandage de joueurs et finissait par délirer sur les prix faramineux 6 des trans-

ferts: le Real Madrid a acheté ce gars à tant de millions de francs français ! La vache ! 7 Com-

bien cela peut-il bien représenter en francs CFA 8 ? Au moins de quoi s'acheter cinq villas avec

35 piscine sur la côte dakaroise ! Même s'il s'amusait à calculer en s'imaginant au cœur d'une

telle transaction, ce procédé d'esclavagiste ne lui plaisait guère. Mais il n'avait pas le choix, il

faisait maintenant partie du bétail sportif 9 à évaluer. Moussa savait qu'à défaut de se faire

engager dans le club qui misait sur lui, il devrait lui-même rembourser à Sauveur les frais

engagés, billet d'avion, pots-de-vin, frais d'hébergement, de formation, etc. Alors, il se donnait

40 à fond.

Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité !

[...] Bientôt, lorsque ses matchs seraient retransmis à la télé, lorsque les enfants de Niodior 10

pourraient admirer ses exploits et qu'il serait enfin convié à la présidence de la République

sénégalaise, il pourrait s'offrir, entre deux championnats, un tour de France en Porsche. Aussi

45 adressa-t-il aux siens un courrier qui ne contenait rien d'excitant. Ses parents qui, en allant

faire lire sa missive chez Ndétare 11, attendaient les aventures de Télémaque 12 en mieux, furent

assez déçus. C'était une lettre aussi pauvre en contenu qu'un compte rendu du Paris-Dakar 13

par Johnny Hallyday 14. L'instituteur traduisit ceci:

Bonjour, tout le monde. J'espère que vous allez tous bien. Moi, ça va. On s'entraîne tous les

50 jours. Je ne touche pas encore de salaire, mais ce sera pour bientôt. Que le Ciel vous garde !

Priez pour moi.

Outre ces sept courtes phrases, il y avait dans l'enveloppe une photo prise lors de l'unique

sortie organisée par le centre pour leur faire voir l'équipe nationale en action.

791 mots

Diome, F. (2003). Le ventre de l'Atlantique. Paris, Éditions Anne Carrière. 2003. p. 95-99.

1 la ravine – die Schlucht

2 le jeune poulain – ici: der sehr junge Spieler

3 mirobolant – extraordinaire

4 L'épine fut vite ôtée – ici: on a rapidement trouvé une solution

5 le gabarit – la stature

6 faramineux – ici: extrêmement hauts

7 La vache ! – ici: incroyable !

8 le franc CFA – Währung, die hauptsächlich in frankophonen Ländern West- und Zentralafrikas genutzt wird.

9 le bétail sportif – abwertender Ausdruck, in welchem die afrikanischen Spieler als Nutztiere angesehen werden

10 Niodor – île sénégalaise

11 Ndétare – instituteur et entraîneur de football du village

12 les aventures de Télémaque – spannende Erlebnisse des jungen Telemachos auf der gefahrenreichen Suche nach seinem Vater Odysseus

13 Paris – Dakar – ancien nom d'un rallye automobile

14 Johnny Hallyday – célèbre chanteur et acteur français (1943-2017)

2 Caractérisez Moussa.

[30 %]

Aufgabe 3.1

Material

Fatou Diome: Le ventre de l'Atlantique (2003)

Seul enfant mâle, aîné d'une famille nombreuse, Moussa en avait assez de contempler la

misère des siens. Depuis qu'il avait quitté le lycée, faute de moyens, l'avenir lui apparaissait

comme une ravine 1, l'emportant vers un trou noir [...]. Mais il n'était pas garçon à baisser les

bras. « Pour les pauvres, disait-il, vivre c'est nager en apnée, en espérant atteindre une rive

5 ensoleillée avant la gorgée fatale. » À vingt ans, décidé à aller chercher fortune, il quitta le

village pour la ville de M'Bour, sur la Petite Côte sénégalaise, où il se fit engager comme

matelot dans l'une de ces grandes pirogues qui pratiquent la pêche artisanale. Ambitieux, le

jeune pêcheur frappait à toutes les portes. Trop de gens comptaient sur lui pour manger, il ne

pouvait se contenter des rendements hypothétiques de la pêche. Après plusieurs tentatives, il

10 réussit à trouver une place dans l'équipe de football de la même ville. Il fut régulier aux entraî-

nements et se donna de tout son cœur lors des matchs. Très rapidement, il se fit remarquer

par Jean-Charles Sauveur, un Français qui se disait chasseur de talents pour le compte d'un

grand club français. Qui a dit que le bon Dieu est sourd ?

Le recruteur n'eut aucune peine à convaincre le jeune poulain 2. Il lui avait suffi d'abattre ses

15 cartes: un billet d'avion payé par le club, un logement garanti dans un centre de formation où

on l'entraînerait avec les juniors, avant de le propulser vers la gloire au sein du grand club, et,

surtout, la promesse d'un salaire mirobolant 3. Seul l'âge du garçon posait problème. Vingt ans,

c'était un peu trop pour rejoindre la formation des juniors. L'épine fut vite ôtée 4: ici, on peut

s'octroyer une deuxième, voire une troisième naissance, il suffit de quelques billets dans le

20 dos du chef de bureau ou en tête à tête avec lui. Et puis on ne refuse rien à quelqu'un qui va

en France, c'est une future relation enviable. Jean-Charles Sauveur, en habitué, sortit des

francs français au bon moment. Le visa ? Une formalité ! [...]

Quelques jours plus tard, Moussa tapait un ballon gonflé d'espoir dans un stade français. Ce

n'était qu'un entraînement mais, pour lui, c'était le match le plus important de son existence.

25 Pour la première fois de sa vie, il évoluait sur un vrai terrain de football, avec des vestiaires et

une pelouse bien verte. De toute sa volonté, il tentait d'émerveiller l'entraîneur français qui

scrutait tous ses gestes: « Avec son gabarit 5, si on arrive à affiner tout ça, ce sera un vrai

bulldozer à l'attaque », commentait ce dernier. Il en fut ainsi lors de tous les entraînements qui

suivirent. Sous l'œil paternel de Jean-Charles Sauveur, Moussa se sentait investi d'une mis-

30 sion sacrée. Il ne devait pas faillir, Sauveur attendait impatiemment qu'il confirme ses talents

pour rentabiliser son investissement. Le soir, au centre, en regardant la télé, Moussa s'indi-

gnait de ce marchandage de joueurs et finissait par délirer sur les prix faramineux 6 des trans-

ferts: le Real Madrid a acheté ce gars à tant de millions de francs français ! La vache ! 7 Com-

bien cela peut-il bien représenter en francs CFA 8 ? Au moins de quoi s'acheter cinq villas avec

35 piscine sur la côte dakaroise ! Même s'il s'amusait à calculer en s'imaginant au cœur d'une

telle transaction, ce procédé d'esclavagiste ne lui plaisait guère. Mais il n'avait pas le choix, il

faisait maintenant partie du bétail sportif 9 à évaluer. Moussa savait qu'à défaut de se faire

engager dans le club qui misait sur lui, il devrait lui-même rembourser à Sauveur les frais

engagés, billet d'avion, pots-de-vin, frais d'hébergement, de formation, etc. Alors, il se donnait

40 à fond.

Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité !

[...] Bientôt, lorsque ses matchs seraient retransmis à la télé, lorsque les enfants de Niodior 10

pourraient admirer ses exploits et qu'il serait enfin convié à la présidence de la République

sénégalaise, il pourrait s'offrir, entre deux championnats, un tour de France en Porsche. Aussi

45 adressa-t-il aux siens un courrier qui ne contenait rien d'excitant. Ses parents qui, en allant

faire lire sa missive chez Ndétare 11, attendaient les aventures de Télémaque 12 en mieux, furent

assez déçus. C'était une lettre aussi pauvre en contenu qu'un compte rendu du Paris-Dakar 13

par Johnny Hallyday 14. L'instituteur traduisit ceci:

Bonjour, tout le monde. J'espère que vous allez tous bien. Moi, ça va. On s'entraîne tous les

50 jours. Je ne touche pas encore de salaire, mais ce sera pour bientôt. Que le Ciel vous garde !

Priez pour moi.

Outre ces sept courtes phrases, il y avait dans l'enveloppe une photo prise lors de l'unique

sortie organisée par le centre pour leur faire voir l'équipe nationale en action.

791 mots

Diome, F. (2003). Le ventre de l'Atlantique. Paris, Éditions Anne Carrière. 2003. p. 95-99.

1 la ravine – die Schlucht

2 le jeune poulain – ici: der sehr junge Spieler

3 mirobolant – extraordinaire

4 L'épine fut vite ôtée – ici: on a rapidement trouvé une solution

5 le gabarit – la stature

6 faramineux – ici: extrêmement hauts

7 La vache ! – ici: incroyable !

8 le franc CFA – Währung, die hauptsächlich in frankophonen Ländern West- und Zentralafrikas genutzt wird.

9 le bétail sportif – abwertender Ausdruck, in welchem die afrikanischen Spieler als Nutztiere angesehen werden

10 Niodor – île sénégalaise

11 Ndétare – instituteur et entraîneur de football du village

12 les aventures de Télémaque – spannende Erlebnisse des jungen Telemachos auf der gefahrenreichen Suche nach seinem Vater Odysseus

13 Paris – Dakar – ancien nom d'un rallye automobile

14 Johnny Hallyday – célèbre chanteur et acteur français (1943-2017)

3.1 Après avoir vécu quelques années en France, Moussa écrit une lettre à ses parents dans laquelle il partage ses expériences et ses sentiments concernant sa vie en France.

Rédigez cette lettre.

[40 %]

Aufgabe 3.2

Material

Fatou Diome: Le ventre de l'Atlantique (2003)

Seul enfant mâle, aîné d'une famille nombreuse, Moussa en avait assez de contempler la

misère des siens. Depuis qu'il avait quitté le lycée, faute de moyens, l'avenir lui apparaissait

comme une ravine 1, l'emportant vers un trou noir [...]. Mais il n'était pas garçon à baisser les

bras. « Pour les pauvres, disait-il, vivre c'est nager en apnée, en espérant atteindre une rive

5 ensoleillée avant la gorgée fatale. » À vingt ans, décidé à aller chercher fortune, il quitta le

village pour la ville de M'Bour, sur la Petite Côte sénégalaise, où il se fit engager comme

matelot dans l'une de ces grandes pirogues qui pratiquent la pêche artisanale. Ambitieux, le

jeune pêcheur frappait à toutes les portes. Trop de gens comptaient sur lui pour manger, il ne

pouvait se contenter des rendements hypothétiques de la pêche. Après plusieurs tentatives, il

10 réussit à trouver une place dans l'équipe de football de la même ville. Il fut régulier aux entraî-

nements et se donna de tout son cœur lors des matchs. Très rapidement, il se fit remarquer

par Jean-Charles Sauveur, un Français qui se disait chasseur de talents pour le compte d'un

grand club français. Qui a dit que le bon Dieu est sourd ?

Le recruteur n'eut aucune peine à convaincre le jeune poulain 2. Il lui avait suffi d'abattre ses

15 cartes: un billet d'avion payé par le club, un logement garanti dans un centre de formation où

on l'entraînerait avec les juniors, avant de le propulser vers la gloire au sein du grand club, et,

surtout, la promesse d'un salaire mirobolant 3. Seul l'âge du garçon posait problème. Vingt ans,

c'était un peu trop pour rejoindre la formation des juniors. L'épine fut vite ôtée 4: ici, on peut

s'octroyer une deuxième, voire une troisième naissance, il suffit de quelques billets dans le

20 dos du chef de bureau ou en tête à tête avec lui. Et puis on ne refuse rien à quelqu'un qui va

en France, c'est une future relation enviable. Jean-Charles Sauveur, en habitué, sortit des

francs français au bon moment. Le visa ? Une formalité ! [...]

Quelques jours plus tard, Moussa tapait un ballon gonflé d'espoir dans un stade français. Ce

n'était qu'un entraînement mais, pour lui, c'était le match le plus important de son existence.

25 Pour la première fois de sa vie, il évoluait sur un vrai terrain de football, avec des vestiaires et

une pelouse bien verte. De toute sa volonté, il tentait d'émerveiller l'entraîneur français qui

scrutait tous ses gestes: « Avec son gabarit 5, si on arrive à affiner tout ça, ce sera un vrai

bulldozer à l'attaque », commentait ce dernier. Il en fut ainsi lors de tous les entraînements qui

suivirent. Sous l'œil paternel de Jean-Charles Sauveur, Moussa se sentait investi d'une mis-

30 sion sacrée. Il ne devait pas faillir, Sauveur attendait impatiemment qu'il confirme ses talents

pour rentabiliser son investissement. Le soir, au centre, en regardant la télé, Moussa s'indi-

gnait de ce marchandage de joueurs et finissait par délirer sur les prix faramineux 6 des trans-

ferts: le Real Madrid a acheté ce gars à tant de millions de francs français ! La vache ! 7 Com-

bien cela peut-il bien représenter en francs CFA 8 ? Au moins de quoi s'acheter cinq villas avec

35 piscine sur la côte dakaroise ! Même s'il s'amusait à calculer en s'imaginant au cœur d'une

telle transaction, ce procédé d'esclavagiste ne lui plaisait guère. Mais il n'avait pas le choix, il

faisait maintenant partie du bétail sportif 9 à évaluer. Moussa savait qu'à défaut de se faire

engager dans le club qui misait sur lui, il devrait lui-même rembourser à Sauveur les frais

engagés, billet d'avion, pots-de-vin, frais d'hébergement, de formation, etc. Alors, il se donnait

40 à fond.

Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité !

[...] Bientôt, lorsque ses matchs seraient retransmis à la télé, lorsque les enfants de Niodior 10

pourraient admirer ses exploits et qu'il serait enfin convié à la présidence de la République

sénégalaise, il pourrait s'offrir, entre deux championnats, un tour de France en Porsche. Aussi

45 adressa-t-il aux siens un courrier qui ne contenait rien d'excitant. Ses parents qui, en allant

faire lire sa missive chez Ndétare 11, attendaient les aventures de Télémaque 12 en mieux, furent

assez déçus. C'était une lettre aussi pauvre en contenu qu'un compte rendu du Paris-Dakar 13

par Johnny Hallyday 14. L'instituteur traduisit ceci:

Bonjour, tout le monde. J'espère que vous allez tous bien. Moi, ça va. On s'entraîne tous les

50 jours. Je ne touche pas encore de salaire, mais ce sera pour bientôt. Que le Ciel vous garde !

Priez pour moi.

Outre ces sept courtes phrases, il y avait dans l'enveloppe une photo prise lors de l'unique

sortie organisée par le centre pour leur faire voir l'équipe nationale en action.

791 mots

Diome, F. (2003). Le ventre de l'Atlantique. Paris, Éditions Anne Carrière. 2003. p. 95-99.

1 la ravine – die Schlucht

2 le jeune poulain – ici: der sehr junge Spieler

3 mirobolant – extraordinaire

4 L'épine fut vite ôtée – ici: on a rapidement trouvé une solution

5 le gabarit – la stature

6 faramineux – ici: extrêmement hauts

7 La vache ! – ici: incroyable !

8 le franc CFA – Währung, die hauptsächlich in frankophonen Ländern West- und Zentralafrikas genutzt wird.

9 le bétail sportif – abwertender Ausdruck, in welchem die afrikanischen Spieler als Nutztiere angesehen werden

10 Niodor – île sénégalaise

11 Ndétare – instituteur et entraîneur de football du village

12 les aventures de Télémaque – spannende Erlebnisse des jungen Telemachos auf der gefahrenreichen Suche nach seinem Vater Odysseus

13 Paris – Dakar – ancien nom d'un rallye automobile

14 Johnny Hallyday – célèbre chanteur et acteur français (1943-2017)

3.2 Commentez les conséquences du travail des recruteurs européens en Afrique.

[40 %]

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