Abitur BW Französisch 2023 · LK · Colombani: Les victorieuses

Aufgabe Französisch aus dem IQB-Pool 2023, LK · Colombani: Les victorieuses: 3 Teilaufgaben mit Lösungen. Mit automatischer Korrektur.

Themen der Aufgabe: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Adressatenbezogenes Schreiben: Blog, Rede, Brief, Bewerbung

Aufgabe 1

Laetitia Colombani: Les victorieuses (2019)

Avec son mari Albin, Blanche Peyron (1867-1933) a fondé « l'Armée du Salut », une association qui aide les personnes nécessiteuses en France. L'action se déroule à Paris en 1925.

Un hôtel 1, vide, dans Paris ! Blanche a les yeux brillants de fièvre, mais elle tient debout, droite, devant Albin. Cet hôtel, il faut l'acheter ! Et y loger toutes les femmes sans-abri de Paris.

Son époux le dévisage, inquiet: la fièvre la fait délirer. Acheter cet immeuble ? Il vaut des millions ! La suite de l'article confirme: Le sous-secrétaire d'État des Postes aurait voulu y 5 installer ses services mais les frais l'ont découragé. La Mairie de Paris elle-même n'a pas les moyens de payer ! Comment eux le pourraient-ils ?...

Blanche s'échauffe: Des millions, et après ? Qu'est-ce qu'un million ? Mille fois mille francs, dix mille fois cent francs, cent mille fois dix francs. S'il faut aller chercher cent mille fois dix francs, je le ferai !

10 Albin sait qu'elle dit vrai. Blanche est un char d'assaut 2. Lorsqu'elle a une idée en tête, rien ne peut l'arrêter. Des batailles, ils en ont livré, et non des moindres. L'opinion publique commence à les prendre au sérieux. On a cessé de considérer l'Armée 3 comme une ridicule secte anglaise. Les détritus 4 qu'on leur jetait à leurs débuts ne sont plus qu'obscurs souvenirs. L'hostilité s'est muée en curiosité. Une ère de mouvement a démarré. Des hommes politiques et 15 hauts fonctionnaires veulent favoriser leur action. À force de ténacité 5, les Peyron ont conquis Paris. Paris, l'imprenable, a fini par céder sous les assauts répétés.

Mais Blanche ne se satisfait pas de ces quelques victoires sur la faim et le froid. Ce n'est pas assez, dit-elle. Ce n'est jamais assez. Une action doit succéder à une autre, comme les coups de pédale sur le grand-bi 6. La souffrance s'arrête-t-elle ? Non. C'est pour cela que nous ne 20 pouvons pas nous arrêter.

Il manque un endroit pour les femmes, explique-t-elle, un lieu qui leur soit exclusivement réservé. Le Refuge de la Fontaine-au-Roi n'est pas assez grand. Elles sont des milliers, sans toit ni abri, dans la seule ville de Paris. Autant de candidates aux agressions, à la prostitution. Au début du siècle, l'historien Georges Picot tentait déjà d'alerter l'opinion publique à ce sujet. 25 Il y a mille lits honnêtes pour cent mille femmes isolées ! clamait-il. Depuis, rien n'a changé. Va-t-on accepter cet état de fait ? demande Blanche. Cet enfant dans la neige est le nôtre, tous ces enfants sont les nôtres. Si nous voulons les protéger, il faut aider celles qui leur donnent la vie. C'est l'absolue priorité.

La réalité qu'elle décrit, Albin la connaît. Il a vu ces femmes et leurs enfants réduits à la men- 30 dicité, le long des avenues balayées par le vent. Il sait le désespoir, la faim des mères qui errent, le ventre vide d'avoir cédé leur seul morceau de pain à leurs petits. Dans cette interminable crise du logement qui frappe le pays, les femmes ne sont pas épargnées. Elles sont en première ligne, les premières sacrifiées.

Acheter cet hôtel est une folie, Blanche le sait, mais les Peyron ne sont pas à une folie près 7.

[...]

35 Pour l'heure elle est debout, dans la cuisine, et déjoue chaque objection d'Albin. Elle lui rappelle leur engagement premier, leur vœu commun de voir en l'Armée un grand filet de sauvetage dont les mailles seraient assez serrées pour que nul ne puisse échapper. Les mailles sont encore trop lâches 8, souffle-t-elle, elles laissent passer les femmes et les bébés. Albin finit par abdiquer 9. Contre une énième promesse d'aller voir le médecin, Blanche obtient son 40 assentiment: ils iront visiter cet hôtel dès aujourd'hui.

Ils gagnent la rive droite en tramway, remontent la rue Faidherbe à pied, pour s'arrêter au croisement de la rue de Charonne. Blanche lève les yeux vers le gigantesque bâtiment qui domine le carrefour. Sa façade en briques monumentale s'élève au-dessus des maisons du faubourg. On dirait une forteresse, une citadelle, se dit-elle. [...]

45 À la suite du commis, les Peyron pénètrent dans le hall d'entrée. Blanche est saisie par la clarté de l'endroit. Dotée d'une verrière zénithale 10, la pièce est vaste et lumineuse. [...] Blanche est envahie d'une impression de sérénité. Il lui semble qu'elle pourrait passer sa vie ici, dans ce foyer baigné de silence. Toute une vie à prier.

[...] L'ensemble est décoré avec goût. Ils découvrent une immense salle de réception – près 50 de six cents personnes peuvent y tenir assises, précise le commis, et mille debout. Blanche se surprend à imaginer ce que cet espace pourrait accueillir: un restaurant populaire, ouvert aux démunis et aux gens du quartier. Une gigantesque cantine pour les défavorisés. L'endroit pourrait également servir à organiser les festivités de Noël, un grand réveillon auquel seraient conviés tous ceux qui n'ont pas les moyens de le célébrer. [...]

55 Ils parviennent enfin sur le toit, aménagé en terrasse. Blanche a le souffle coupé devant le panorama. De là-haut, on aperçoit le tracé des avenues, les gares, les églises, les monuments. Paris se déroule sous ses yeux comme un plan. [...]

À cet instant précis, ses doutes sont balayés. Elle le sait à présent: c'est ici qu'elle doit réaliser son projet. Cet espace appartient aux femmes. Elle va leur rendre ce qu'on leur a volé.

60 Nous trouverons l'argent, se dit-elle. Oui, nous le trouverons, dussé-je 11 y laisser la santé.

Cet endroit n'est pas un hôtel. C'est un palais.

Colombani, L. (2019). Les victorieuses. Paris. p. 125-132. (882 mots)

Vocabulaire / Notes

1 un hôtel – ici: un très grand immeuble public

2 un char d'assaut – dt. ein Panzer

3 l'Armée – ici: l'Armée du Salut

4 les détritus m – les déchets m

5 à force de ténacité – dt. mit ausdauernder Beharrlichkeit

6 un grand-bi – un type de bicyclette

7 « les Peyron ne sont pas à une folie près » – dt. auf eine Verrücktheit mehr oder weniger kommt es bei den Peyrons jetzt auch nicht mehr an

8 lâche – ici: dt. locker

9 abdiquer – céder

10 une verrière zénithale – dt. ein Glasdach

11 dussé-je (subjonctif imparfait) – même si je dois

1. Présentez les étapes menant à l'achat du bâtiment ainsi que les raisons de ce projet. (30 %)

Aufgabe 2

Laetitia Colombani: Les victorieuses (2019)

Avec son mari Albin, Blanche Peyron (1867-1933) a fondé « l'Armée du Salut », une association qui aide les personnes nécessiteuses en France. L'action se déroule à Paris en 1925.

Un hôtel 1, vide, dans Paris ! Blanche a les yeux brillants de fièvre, mais elle tient debout, droite, devant Albin. Cet hôtel, il faut l'acheter ! Et y loger toutes les femmes sans-abri de Paris.

Son époux le dévisage, inquiet: la fièvre la fait délirer. Acheter cet immeuble ? Il vaut des millions ! La suite de l'article confirme: Le sous-secrétaire d'État des Postes aurait voulu y 5 installer ses services mais les frais l'ont découragé. La Mairie de Paris elle-même n'a pas les moyens de payer ! Comment eux le pourraient-ils ?...

Blanche s'échauffe: Des millions, et après ? Qu'est-ce qu'un million ? Mille fois mille francs, dix mille fois cent francs, cent mille fois dix francs. S'il faut aller chercher cent mille fois dix francs, je le ferai !

10 Albin sait qu'elle dit vrai. Blanche est un char d'assaut 2. Lorsqu'elle a une idée en tête, rien ne peut l'arrêter. Des batailles, ils en ont livré, et non des moindres. L'opinion publique commence à les prendre au sérieux. On a cessé de considérer l'Armée 3 comme une ridicule secte anglaise. Les détritus 4 qu'on leur jetait à leurs débuts ne sont plus qu'obscurs souvenirs. L'hostilité s'est muée en curiosité. Une ère de mouvement a démarré. Des hommes politiques et 15 hauts fonctionnaires veulent favoriser leur action. À force de ténacité 5, les Peyron ont conquis Paris. Paris, l'imprenable, a fini par céder sous les assauts répétés.

Mais Blanche ne se satisfait pas de ces quelques victoires sur la faim et le froid. Ce n'est pas assez, dit-elle. Ce n'est jamais assez. Une action doit succéder à une autre, comme les coups de pédale sur le grand-bi 6. La souffrance s'arrête-t-elle ? Non. C'est pour cela que nous ne 20 pouvons pas nous arrêter.

Il manque un endroit pour les femmes, explique-t-elle, un lieu qui leur soit exclusivement réservé. Le Refuge de la Fontaine-au-Roi n'est pas assez grand. Elles sont des milliers, sans toit ni abri, dans la seule ville de Paris. Autant de candidates aux agressions, à la prostitution. Au début du siècle, l'historien Georges Picot tentait déjà d'alerter l'opinion publique à ce sujet. 25 Il y a mille lits honnêtes pour cent mille femmes isolées ! clamait-il. Depuis, rien n'a changé. Va-t-on accepter cet état de fait ? demande Blanche. Cet enfant dans la neige est le nôtre, tous ces enfants sont les nôtres. Si nous voulons les protéger, il faut aider celles qui leur donnent la vie. C'est l'absolue priorité.

La réalité qu'elle décrit, Albin la connaît. Il a vu ces femmes et leurs enfants réduits à la men- 30 dicité, le long des avenues balayées par le vent. Il sait le désespoir, la faim des mères qui errent, le ventre vide d'avoir cédé leur seul morceau de pain à leurs petits. Dans cette interminable crise du logement qui frappe le pays, les femmes ne sont pas épargnées. Elles sont en première ligne, les premières sacrifiées.

Acheter cet hôtel est une folie, Blanche le sait, mais les Peyron ne sont pas à une folie près 7.

[...]

35 Pour l'heure elle est debout, dans la cuisine, et déjoue chaque objection d'Albin. Elle lui rappelle leur engagement premier, leur vœu commun de voir en l'Armée un grand filet de sauvetage dont les mailles seraient assez serrées pour que nul ne puisse échapper. Les mailles sont encore trop lâches 8, souffle-t-elle, elles laissent passer les femmes et les bébés. Albin finit par abdiquer 9. Contre une énième promesse d'aller voir le médecin, Blanche obtient son 40 assentiment: ils iront visiter cet hôtel dès aujourd'hui.

Ils gagnent la rive droite en tramway, remontent la rue Faidherbe à pied, pour s'arrêter au croisement de la rue de Charonne. Blanche lève les yeux vers le gigantesque bâtiment qui domine le carrefour. Sa façade en briques monumentale s'élève au-dessus des maisons du faubourg. On dirait une forteresse, une citadelle, se dit-elle. [...]

45 À la suite du commis, les Peyron pénètrent dans le hall d'entrée. Blanche est saisie par la clarté de l'endroit. Dotée d'une verrière zénithale 10, la pièce est vaste et lumineuse. [...] Blanche est envahie d'une impression de sérénité. Il lui semble qu'elle pourrait passer sa vie ici, dans ce foyer baigné de silence. Toute une vie à prier.

[...] L'ensemble est décoré avec goût. Ils découvrent une immense salle de réception – près 50 de six cents personnes peuvent y tenir assises, précise le commis, et mille debout. Blanche se surprend à imaginer ce que cet espace pourrait accueillir: un restaurant populaire, ouvert aux démunis et aux gens du quartier. Une gigantesque cantine pour les défavorisés. L'endroit pourrait également servir à organiser les festivités de Noël, un grand réveillon auquel seraient conviés tous ceux qui n'ont pas les moyens de le célébrer. [...]

55 Ils parviennent enfin sur le toit, aménagé en terrasse. Blanche a le souffle coupé devant le panorama. De là-haut, on aperçoit le tracé des avenues, les gares, les églises, les monuments. Paris se déroule sous ses yeux comme un plan. [...]

À cet instant précis, ses doutes sont balayés. Elle le sait à présent: c'est ici qu'elle doit réaliser son projet. Cet espace appartient aux femmes. Elle va leur rendre ce qu'on leur a volé.

60 Nous trouverons l'argent, se dit-elle. Oui, nous le trouverons, dussé-je 11 y laisser la santé.

Cet endroit n'est pas un hôtel. C'est un palais.

Colombani, L. (2019). Les victorieuses. Paris. p. 125-132. (882 mots)

Vocabulaire / Notes

1 un hôtel – ici: un très grand immeuble public

2 un char d'assaut – dt. ein Panzer

3 l'Armée – ici: l'Armée du Salut

4 les détritus m – les déchets m

5 à force de ténacité – dt. mit ausdauernder Beharrlichkeit

6 un grand-bi – un type de bicyclette

7 « les Peyron ne sont pas à une folie près » – dt. auf eine Verrücktheit mehr oder weniger kommt es bei den Peyrons jetzt auch nicht mehr an

8 lâche – ici: dt. locker

9 abdiquer – céder

10 une verrière zénithale – dt. ein Glasdach

11 dussé-je (subjonctif imparfait) – même si je dois

2. Faites le portrait de Blanche Peyron. (40 %)

Aufgabe 3.1

Laetitia Colombani: Les victorieuses (2019)

Avec son mari Albin, Blanche Peyron (1867-1933) a fondé « l'Armée du Salut », une association qui aide les personnes nécessiteuses en France. L'action se déroule à Paris en 1925.

Un hôtel 1, vide, dans Paris ! Blanche a les yeux brillants de fièvre, mais elle tient debout, droite, devant Albin. Cet hôtel, il faut l'acheter ! Et y loger toutes les femmes sans-abri de Paris.

Son époux le dévisage, inquiet: la fièvre la fait délirer. Acheter cet immeuble ? Il vaut des millions ! La suite de l'article confirme: Le sous-secrétaire d'État des Postes aurait voulu y 5 installer ses services mais les frais l'ont découragé. La Mairie de Paris elle-même n'a pas les moyens de payer ! Comment eux le pourraient-ils ?...

Blanche s'échauffe: Des millions, et après ? Qu'est-ce qu'un million ? Mille fois mille francs, dix mille fois cent francs, cent mille fois dix francs. S'il faut aller chercher cent mille fois dix francs, je le ferai !

10 Albin sait qu'elle dit vrai. Blanche est un char d'assaut 2. Lorsqu'elle a une idée en tête, rien ne peut l'arrêter. Des batailles, ils en ont livré, et non des moindres. L'opinion publique commence à les prendre au sérieux. On a cessé de considérer l'Armée 3 comme une ridicule secte anglaise. Les détritus 4 qu'on leur jetait à leurs débuts ne sont plus qu'obscurs souvenirs. L'hostilité s'est muée en curiosité. Une ère de mouvement a démarré. Des hommes politiques et 15 hauts fonctionnaires veulent favoriser leur action. À force de ténacité 5, les Peyron ont conquis Paris. Paris, l'imprenable, a fini par céder sous les assauts répétés.

Mais Blanche ne se satisfait pas de ces quelques victoires sur la faim et le froid. Ce n'est pas assez, dit-elle. Ce n'est jamais assez. Une action doit succéder à une autre, comme les coups de pédale sur le grand-bi 6. La souffrance s'arrête-t-elle ? Non. C'est pour cela que nous ne 20 pouvons pas nous arrêter.

Il manque un endroit pour les femmes, explique-t-elle, un lieu qui leur soit exclusivement réservé. Le Refuge de la Fontaine-au-Roi n'est pas assez grand. Elles sont des milliers, sans toit ni abri, dans la seule ville de Paris. Autant de candidates aux agressions, à la prostitution. Au début du siècle, l'historien Georges Picot tentait déjà d'alerter l'opinion publique à ce sujet. 25 Il y a mille lits honnêtes pour cent mille femmes isolées ! clamait-il. Depuis, rien n'a changé. Va-t-on accepter cet état de fait ? demande Blanche. Cet enfant dans la neige est le nôtre, tous ces enfants sont les nôtres. Si nous voulons les protéger, il faut aider celles qui leur donnent la vie. C'est l'absolue priorité.

La réalité qu'elle décrit, Albin la connaît. Il a vu ces femmes et leurs enfants réduits à la men- 30 dicité, le long des avenues balayées par le vent. Il sait le désespoir, la faim des mères qui errent, le ventre vide d'avoir cédé leur seul morceau de pain à leurs petits. Dans cette interminable crise du logement qui frappe le pays, les femmes ne sont pas épargnées. Elles sont en première ligne, les premières sacrifiées.

Acheter cet hôtel est une folie, Blanche le sait, mais les Peyron ne sont pas à une folie près 7.

[...]

35 Pour l'heure elle est debout, dans la cuisine, et déjoue chaque objection d'Albin. Elle lui rappelle leur engagement premier, leur vœu commun de voir en l'Armée un grand filet de sauvetage dont les mailles seraient assez serrées pour que nul ne puisse échapper. Les mailles sont encore trop lâches 8, souffle-t-elle, elles laissent passer les femmes et les bébés. Albin finit par abdiquer 9. Contre une énième promesse d'aller voir le médecin, Blanche obtient son 40 assentiment: ils iront visiter cet hôtel dès aujourd'hui.

Ils gagnent la rive droite en tramway, remontent la rue Faidherbe à pied, pour s'arrêter au croisement de la rue de Charonne. Blanche lève les yeux vers le gigantesque bâtiment qui domine le carrefour. Sa façade en briques monumentale s'élève au-dessus des maisons du faubourg. On dirait une forteresse, une citadelle, se dit-elle. [...]

45 À la suite du commis, les Peyron pénètrent dans le hall d'entrée. Blanche est saisie par la clarté de l'endroit. Dotée d'une verrière zénithale 10, la pièce est vaste et lumineuse. [...] Blanche est envahie d'une impression de sérénité. Il lui semble qu'elle pourrait passer sa vie ici, dans ce foyer baigné de silence. Toute une vie à prier.

[...] L'ensemble est décoré avec goût. Ils découvrent une immense salle de réception – près 50 de six cents personnes peuvent y tenir assises, précise le commis, et mille debout. Blanche se surprend à imaginer ce que cet espace pourrait accueillir: un restaurant populaire, ouvert aux démunis et aux gens du quartier. Une gigantesque cantine pour les défavorisés. L'endroit pourrait également servir à organiser les festivités de Noël, un grand réveillon auquel seraient conviés tous ceux qui n'ont pas les moyens de le célébrer. [...]

55 Ils parviennent enfin sur le toit, aménagé en terrasse. Blanche a le souffle coupé devant le panorama. De là-haut, on aperçoit le tracé des avenues, les gares, les églises, les monuments. Paris se déroule sous ses yeux comme un plan. [...]

À cet instant précis, ses doutes sont balayés. Elle le sait à présent: c'est ici qu'elle doit réaliser son projet. Cet espace appartient aux femmes. Elle va leur rendre ce qu'on leur a volé.

60 Nous trouverons l'argent, se dit-elle. Oui, nous le trouverons, dussé-je 11 y laisser la santé.

Cet endroit n'est pas un hôtel. C'est un palais.

Colombani, L. (2019). Les victorieuses. Paris. p. 125-132. (882 mots)

Vocabulaire / Notes

1 un hôtel – ici: un très grand immeuble public

2 un char d'assaut – dt. ein Panzer

3 l'Armée – ici: l'Armée du Salut

4 les détritus m – les déchets m

5 à force de ténacité – dt. mit ausdauernder Beharrlichkeit

6 un grand-bi – un type de bicyclette

7 « les Peyron ne sont pas à une folie près » – dt. auf eine Verrücktheit mehr oder weniger kommt es bei den Peyrons jetzt auch nicht mehr an

8 lâche – ici: dt. locker

9 abdiquer – céder

10 une verrière zénithale – dt. ein Glasdach

11 dussé-je (subjonctif imparfait) – même si je dois

3.1 Comparez l'engagement du couple Peyron dans l'extrait à celui d'un(e) ou de plusieurs personne(s) réelle(s) ou personnage(s) littéraire(s) et/ou cinématographique(s) du monde francophone. (30 %)

Aufgabe 3.2

Laetitia Colombani: Les victorieuses (2019)

Avec son mari Albin, Blanche Peyron (1867-1933) a fondé « l'Armée du Salut », une association qui aide les personnes nécessiteuses en France. L'action se déroule à Paris en 1925.

Un hôtel 1, vide, dans Paris ! Blanche a les yeux brillants de fièvre, mais elle tient debout, droite, devant Albin. Cet hôtel, il faut l'acheter ! Et y loger toutes les femmes sans-abri de Paris.

Son époux le dévisage, inquiet: la fièvre la fait délirer. Acheter cet immeuble ? Il vaut des millions ! La suite de l'article confirme: Le sous-secrétaire d'État des Postes aurait voulu y 5 installer ses services mais les frais l'ont découragé. La Mairie de Paris elle-même n'a pas les moyens de payer ! Comment eux le pourraient-ils ?...

Blanche s'échauffe: Des millions, et après ? Qu'est-ce qu'un million ? Mille fois mille francs, dix mille fois cent francs, cent mille fois dix francs. S'il faut aller chercher cent mille fois dix francs, je le ferai !

10 Albin sait qu'elle dit vrai. Blanche est un char d'assaut 2. Lorsqu'elle a une idée en tête, rien ne peut l'arrêter. Des batailles, ils en ont livré, et non des moindres. L'opinion publique commence à les prendre au sérieux. On a cessé de considérer l'Armée 3 comme une ridicule secte anglaise. Les détritus 4 qu'on leur jetait à leurs débuts ne sont plus qu'obscurs souvenirs. L'hostilité s'est muée en curiosité. Une ère de mouvement a démarré. Des hommes politiques et 15 hauts fonctionnaires veulent favoriser leur action. À force de ténacité 5, les Peyron ont conquis Paris. Paris, l'imprenable, a fini par céder sous les assauts répétés.

Mais Blanche ne se satisfait pas de ces quelques victoires sur la faim et le froid. Ce n'est pas assez, dit-elle. Ce n'est jamais assez. Une action doit succéder à une autre, comme les coups de pédale sur le grand-bi 6. La souffrance s'arrête-t-elle ? Non. C'est pour cela que nous ne 20 pouvons pas nous arrêter.

Il manque un endroit pour les femmes, explique-t-elle, un lieu qui leur soit exclusivement réservé. Le Refuge de la Fontaine-au-Roi n'est pas assez grand. Elles sont des milliers, sans toit ni abri, dans la seule ville de Paris. Autant de candidates aux agressions, à la prostitution. Au début du siècle, l'historien Georges Picot tentait déjà d'alerter l'opinion publique à ce sujet. 25 Il y a mille lits honnêtes pour cent mille femmes isolées ! clamait-il. Depuis, rien n'a changé. Va-t-on accepter cet état de fait ? demande Blanche. Cet enfant dans la neige est le nôtre, tous ces enfants sont les nôtres. Si nous voulons les protéger, il faut aider celles qui leur donnent la vie. C'est l'absolue priorité.

La réalité qu'elle décrit, Albin la connaît. Il a vu ces femmes et leurs enfants réduits à la men- 30 dicité, le long des avenues balayées par le vent. Il sait le désespoir, la faim des mères qui errent, le ventre vide d'avoir cédé leur seul morceau de pain à leurs petits. Dans cette interminable crise du logement qui frappe le pays, les femmes ne sont pas épargnées. Elles sont en première ligne, les premières sacrifiées.

Acheter cet hôtel est une folie, Blanche le sait, mais les Peyron ne sont pas à une folie près 7.

[...]

35 Pour l'heure elle est debout, dans la cuisine, et déjoue chaque objection d'Albin. Elle lui rappelle leur engagement premier, leur vœu commun de voir en l'Armée un grand filet de sauvetage dont les mailles seraient assez serrées pour que nul ne puisse échapper. Les mailles sont encore trop lâches 8, souffle-t-elle, elles laissent passer les femmes et les bébés. Albin finit par abdiquer 9. Contre une énième promesse d'aller voir le médecin, Blanche obtient son 40 assentiment: ils iront visiter cet hôtel dès aujourd'hui.

Ils gagnent la rive droite en tramway, remontent la rue Faidherbe à pied, pour s'arrêter au croisement de la rue de Charonne. Blanche lève les yeux vers le gigantesque bâtiment qui domine le carrefour. Sa façade en briques monumentale s'élève au-dessus des maisons du faubourg. On dirait une forteresse, une citadelle, se dit-elle. [...]

45 À la suite du commis, les Peyron pénètrent dans le hall d'entrée. Blanche est saisie par la clarté de l'endroit. Dotée d'une verrière zénithale 10, la pièce est vaste et lumineuse. [...] Blanche est envahie d'une impression de sérénité. Il lui semble qu'elle pourrait passer sa vie ici, dans ce foyer baigné de silence. Toute une vie à prier.

[...] L'ensemble est décoré avec goût. Ils découvrent une immense salle de réception – près 50 de six cents personnes peuvent y tenir assises, précise le commis, et mille debout. Blanche se surprend à imaginer ce que cet espace pourrait accueillir: un restaurant populaire, ouvert aux démunis et aux gens du quartier. Une gigantesque cantine pour les défavorisés. L'endroit pourrait également servir à organiser les festivités de Noël, un grand réveillon auquel seraient conviés tous ceux qui n'ont pas les moyens de le célébrer. [...]

55 Ils parviennent enfin sur le toit, aménagé en terrasse. Blanche a le souffle coupé devant le panorama. De là-haut, on aperçoit le tracé des avenues, les gares, les églises, les monuments. Paris se déroule sous ses yeux comme un plan. [...]

À cet instant précis, ses doutes sont balayés. Elle le sait à présent: c'est ici qu'elle doit réaliser son projet. Cet espace appartient aux femmes. Elle va leur rendre ce qu'on leur a volé.

60 Nous trouverons l'argent, se dit-elle. Oui, nous le trouverons, dussé-je 11 y laisser la santé.

Cet endroit n'est pas un hôtel. C'est un palais.

Colombani, L. (2019). Les victorieuses. Paris. p. 125-132. (882 mots)

Vocabulaire / Notes

1 un hôtel – ici: un très grand immeuble public

2 un char d'assaut – dt. ein Panzer

3 l'Armée – ici: l'Armée du Salut

4 les détritus m – les déchets m

5 à force de ténacité – dt. mit ausdauernder Beharrlichkeit

6 un grand-bi – un type de bicyclette

7 « les Peyron ne sont pas à une folie près » – dt. auf eine Verrücktheit mehr oder weniger kommt es bei den Peyrons jetzt auch nicht mehr an

8 lâche – ici: dt. locker

9 abdiquer – céder

10 une verrière zénithale – dt. ein Glasdach

11 dussé-je (subjonctif imparfait) – même si je dois

3.2 Sur le site Internet de La Ligue des Droits de l'Homme, vous trouvez la phrase « Nulle part les droits des femmes ne sont définitivement acquis ». Prenez position sur le blog de ce site et justifiez votre opinion. Rédigez cette entrée de blog. (30 %)

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