Abitur Berlin Französisch 2025 · GK · Kouamé ; Duroy, L.: Revenu des ténèbres
Aufgabe Französisch aus dem IQB-Pool 2025, GK · Kouamé ; Duroy, L.: Revenu des ténèbres: 3 Teilaufgaben mit Lösungen. Mit automatischer Korrektur.
Themen der Aufgabe: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)
Aufgabe 1
Material
Kouamé; Lionel Duroy: Revenu des ténèbres (2018)
Dans son récit « Revenu des ténèbres », Kouamé, qui a maintenant 19 ans et qui vit en France, parle de son enfance en Afrique de l’ouest et de sa fuite dangereuse à travers le continent africain et la Méditerranée. Dans l’extrait suivant, il se souvient de sa famille africaine.
Quand on allait au village de mon père pour les vacances, j’étais content. Ma grande sœur, elle, n’aimait pas trop, mais moi j’adorais. […]
Je me souviens de la première fois où j’ai vu mon grand-père, assis dehors dans son canapé, devant la maison. Mon père a dit: « Voilà ton petit-fils », et tout de suite j’ai voulu rester avec lui. Un homme avec une barbe blanche, des cheveux aussi blancs que le sable. Je ne voulais plus aller avec mon père. En Afrique, au fur et à mesure 1 que tu prends de l’âge, tu deviens un peu le roi. Tout le monde a envie de rester avec toi, tout le monde a envie de t’entendre parler, d’écouter ton expérience. On dit qu’un vieux assis voit plus loin qu’un jeune debout. Vers 17 heures, il aimait qu’on vienne s’asseoir autour de lui. Souvent, il m’insultait parce que je me foutais 2 de tout. J’étais jeune en ce temps-là, si on m’appelait, je m’en allais jouer et je ne revenais pas. « Kouamé, tu es impoli, tu ne respectes rien… » Et moi, ça me plaisait que mon grand-père m’insulte. Chez nous, quand quelqu’un d’âgé te gronde 3, tu peux être fier parce que c’est le signe qu’il s’intéresse à toi, qu’il croit en toi. Lui, il a fini sa vie, hein, alors pourquoi il se donnerait la peine de te parler, à toi qui ne sais rien, qui n’as rien vu, s’il ne t’aimait pas ?
Vers la fin de l’après-midi, tous les garçons se retrouvaient avec mon grand-père tandis que les filles étaient à la cuisine. Si tu es une fille, à partir de dix ans il faut que tu sois avec ta mère à la cuisine. Pour apprendre.
Au village, on mangeait à 18 heures. Mon père et mes oncles avec mon grand-père. Chacune des quatre femmes de mon grand-père lui apportait un plat qu’elle avait préparé pour lui. S’il n’en avait goûté qu’un seul, ça aurait fait des bagarres entre les femmes, alors il était obligé de manger un peu de chaque plat. Moi, je mangeais avec les jeunes enfants de la maison, tous dans la même assiette. « Si vous mangez ensemble, vous aurez les mêmes opinions, m’avait expliqué mon père. Tandis que si tu manges seul, tu resteras toujours tout seul. » Aujourd’hui, je sais qu’il se trompait. Quand le drame est survenu, je me suis retrouvé seul. 4 La nourriture prise ensemble ne suffit pas à créer l’amitié et la solidarité dont j’aurais eu besoin.
Donc, mon grand-père mangeait un peu de la nourriture de sa première femme avec mon père et mes oncles, et puis il nous donnait le reste du plat, à nous, les enfants. Alors on apportait ce qu’avait préparé la deuxième femme, les hommes en prenaient un peu et l’assiette nous arrivait. Et ainsi de suite pour les quatre plats.
Après ça, on allumait le feu et mon grand-père nous racontait des histoires de griots 5 qui nous faisaient peur. Ou des histoires pour nous dire de ne pas aller dans tel ou tel coin du village. Les esprits dont parlaient ces histoires, on ne les a jamais vus, mais il prétendait que c’était eux qu’on entendait hurler le soir – Hou ! Hou ! Hou !… La nuit tombait, nous les enfants on se rapprochait de son canapé parce qu’on avait de plus en plus peur. Il était fatigué, il n’avait presque plus de voix, il fallait tendre l’oreille. […]
J’ai laissé au village mes plus beaux souvenirs d’enfance mais, aujourd’hui, avec le recul, je ne comprends pas comment les gens, là-bas, peuvent se satisfaire de cette vie. Leur emploi du temps se résume à se réveiller le matin pour aller aux champs, à voir passer le soleil au-dessus de leurs têtes, puis à manger et à dormir. Est-ce que c’est une vie, ça ? Ils n’ont pas l’électricité, ils doivent aller chercher l’eau au puits, ils n’ont ni poisson ni viande pour mettre dans la sauce. Et pourtant, ils sont contents comme ça, tu ne peux pas les convaincre d’aller à l’école.
680 mots
Kouamé; Duroy, L. (2018). Revenu des ténèbres. Paris. XO Éditions. p. 19-23.
1 au fur et à mesure – petit à petit; progressivement
2 se foutre de qc ( fam.) – se désintéresser de qc
3 gronder qn – fâcher qn; surtout pour les enfants
4 Les parents de Kouamé ont été assassinés quand Kouamé avait 14 ans.
5 un griot – une personne spécialisée dans des récits historiques en Afrique de l’Ouest; poète, chanteur et musicien auquel sont souvent attribués des pouvoirs surnaturels
1 Présentez le grand-père du narrateur. (30 %)
Aufgabe 2
Material
Kouamé; Lionel Duroy: Revenu des ténèbres (2018)
Dans son récit « Revenu des ténèbres », Kouamé, qui a maintenant 19 ans et qui vit en France, parle de son enfance en Afrique de l’ouest et de sa fuite dangereuse à travers le continent africain et la Méditerranée. Dans l’extrait suivant, il se souvient de sa famille africaine.
Quand on allait au village de mon père pour les vacances, j’étais content. Ma grande sœur, elle, n’aimait pas trop, mais moi j’adorais. […]
Je me souviens de la première fois où j’ai vu mon grand-père, assis dehors dans son canapé, devant la maison. Mon père a dit: « Voilà ton petit-fils », et tout de suite j’ai voulu rester avec lui. Un homme avec une barbe blanche, des cheveux aussi blancs que le sable. Je ne voulais plus aller avec mon père. En Afrique, au fur et à mesure 1 que tu prends de l’âge, tu deviens un peu le roi. Tout le monde a envie de rester avec toi, tout le monde a envie de t’entendre parler, d’écouter ton expérience. On dit qu’un vieux assis voit plus loin qu’un jeune debout. Vers 17 heures, il aimait qu’on vienne s’asseoir autour de lui. Souvent, il m’insultait parce que je me foutais 2 de tout. J’étais jeune en ce temps-là, si on m’appelait, je m’en allais jouer et je ne revenais pas. « Kouamé, tu es impoli, tu ne respectes rien… » Et moi, ça me plaisait que mon grand-père m’insulte. Chez nous, quand quelqu’un d’âgé te gronde 3, tu peux être fier parce que c’est le signe qu’il s’intéresse à toi, qu’il croit en toi. Lui, il a fini sa vie, hein, alors pourquoi il se donnerait la peine de te parler, à toi qui ne sais rien, qui n’as rien vu, s’il ne t’aimait pas ?
Vers la fin de l’après-midi, tous les garçons se retrouvaient avec mon grand-père tandis que les filles étaient à la cuisine. Si tu es une fille, à partir de dix ans il faut que tu sois avec ta mère à la cuisine. Pour apprendre.
Au village, on mangeait à 18 heures. Mon père et mes oncles avec mon grand-père. Chacune des quatre femmes de mon grand-père lui apportait un plat qu’elle avait préparé pour lui. S’il n’en avait goûté qu’un seul, ça aurait fait des bagarres entre les femmes, alors il était obligé de manger un peu de chaque plat. Moi, je mangeais avec les jeunes enfants de la maison, tous dans la même assiette. « Si vous mangez ensemble, vous aurez les mêmes opinions, m’avait expliqué mon père. Tandis que si tu manges seul, tu resteras toujours tout seul. » Aujourd’hui, je sais qu’il se trompait. Quand le drame est survenu, je me suis retrouvé seul. 4 La nourriture prise ensemble ne suffit pas à créer l’amitié et la solidarité dont j’aurais eu besoin.
Donc, mon grand-père mangeait un peu de la nourriture de sa première femme avec mon père et mes oncles, et puis il nous donnait le reste du plat, à nous, les enfants. Alors on apportait ce qu’avait préparé la deuxième femme, les hommes en prenaient un peu et l’assiette nous arrivait. Et ainsi de suite pour les quatre plats.
Après ça, on allumait le feu et mon grand-père nous racontait des histoires de griots 5 qui nous faisaient peur. Ou des histoires pour nous dire de ne pas aller dans tel ou tel coin du village. Les esprits dont parlaient ces histoires, on ne les a jamais vus, mais il prétendait que c’était eux qu’on entendait hurler le soir – Hou ! Hou ! Hou !… La nuit tombait, nous les enfants on se rapprochait de son canapé parce qu’on avait de plus en plus peur. Il était fatigué, il n’avait presque plus de voix, il fallait tendre l’oreille. […]
J’ai laissé au village mes plus beaux souvenirs d’enfance mais, aujourd’hui, avec le recul, je ne comprends pas comment les gens, là-bas, peuvent se satisfaire de cette vie. Leur emploi du temps se résume à se réveiller le matin pour aller aux champs, à voir passer le soleil au-dessus de leurs têtes, puis à manger et à dormir. Est-ce que c’est une vie, ça ? Ils n’ont pas l’électricité, ils doivent aller chercher l’eau au puits, ils n’ont ni poisson ni viande pour mettre dans la sauce. Et pourtant, ils sont contents comme ça, tu ne peux pas les convaincre d’aller à l’école.
680 mots
Kouamé; Duroy, L. (2018). Revenu des ténèbres. Paris. XO Éditions. p. 19-23.
1 au fur et à mesure – petit à petit; progressivement
2 se foutre de qc ( fam.) – se désintéresser de qc
3 gronder qn – fâcher qn; surtout pour les enfants
4 Les parents de Kouamé ont été assassinés quand Kouamé avait 14 ans.
5 un griot – une personne spécialisée dans des récits historiques en Afrique de l’Ouest; poète, chanteur et musicien auquel sont souvent attribués des pouvoirs surnaturels
2 Analysez le regard que Kouamé porte sur la vie au village pendant son enfance et aujourd'hui. (40 %)
Aufgabe 3.1
Material
Kouamé; Lionel Duroy: Revenu des ténèbres (2018)
Dans son récit « Revenu des ténèbres », Kouamé, qui a maintenant 19 ans et qui vit en France, parle de son enfance en Afrique de l’ouest et de sa fuite dangereuse à travers le continent africain et la Méditerranée. Dans l’extrait suivant, il se souvient de sa famille africaine.
Quand on allait au village de mon père pour les vacances, j’étais content. Ma grande sœur, elle, n’aimait pas trop, mais moi j’adorais. […]
Je me souviens de la première fois où j’ai vu mon grand-père, assis dehors dans son canapé, devant la maison. Mon père a dit: « Voilà ton petit-fils », et tout de suite j’ai voulu rester avec lui. Un homme avec une barbe blanche, des cheveux aussi blancs que le sable. Je ne voulais plus aller avec mon père. En Afrique, au fur et à mesure 1 que tu prends de l’âge, tu deviens un peu le roi. Tout le monde a envie de rester avec toi, tout le monde a envie de t’entendre parler, d’écouter ton expérience. On dit qu’un vieux assis voit plus loin qu’un jeune debout. Vers 17 heures, il aimait qu’on vienne s’asseoir autour de lui. Souvent, il m’insultait parce que je me foutais 2 de tout. J’étais jeune en ce temps-là, si on m’appelait, je m’en allais jouer et je ne revenais pas. « Kouamé, tu es impoli, tu ne respectes rien… » Et moi, ça me plaisait que mon grand-père m’insulte. Chez nous, quand quelqu’un d’âgé te gronde 3, tu peux être fier parce que c’est le signe qu’il s’intéresse à toi, qu’il croit en toi. Lui, il a fini sa vie, hein, alors pourquoi il se donnerait la peine de te parler, à toi qui ne sais rien, qui n’as rien vu, s’il ne t’aimait pas ?
Vers la fin de l’après-midi, tous les garçons se retrouvaient avec mon grand-père tandis que les filles étaient à la cuisine. Si tu es une fille, à partir de dix ans il faut que tu sois avec ta mère à la cuisine. Pour apprendre.
Au village, on mangeait à 18 heures. Mon père et mes oncles avec mon grand-père. Chacune des quatre femmes de mon grand-père lui apportait un plat qu’elle avait préparé pour lui. S’il n’en avait goûté qu’un seul, ça aurait fait des bagarres entre les femmes, alors il était obligé de manger un peu de chaque plat. Moi, je mangeais avec les jeunes enfants de la maison, tous dans la même assiette. « Si vous mangez ensemble, vous aurez les mêmes opinions, m’avait expliqué mon père. Tandis que si tu manges seul, tu resteras toujours tout seul. » Aujourd’hui, je sais qu’il se trompait. Quand le drame est survenu, je me suis retrouvé seul. 4 La nourriture prise ensemble ne suffit pas à créer l’amitié et la solidarité dont j’aurais eu besoin.
Donc, mon grand-père mangeait un peu de la nourriture de sa première femme avec mon père et mes oncles, et puis il nous donnait le reste du plat, à nous, les enfants. Alors on apportait ce qu’avait préparé la deuxième femme, les hommes en prenaient un peu et l’assiette nous arrivait. Et ainsi de suite pour les quatre plats.
Après ça, on allumait le feu et mon grand-père nous racontait des histoires de griots 5 qui nous faisaient peur. Ou des histoires pour nous dire de ne pas aller dans tel ou tel coin du village. Les esprits dont parlaient ces histoires, on ne les a jamais vus, mais il prétendait que c’était eux qu’on entendait hurler le soir – Hou ! Hou ! Hou !… La nuit tombait, nous les enfants on se rapprochait de son canapé parce qu’on avait de plus en plus peur. Il était fatigué, il n’avait presque plus de voix, il fallait tendre l’oreille. […]
J’ai laissé au village mes plus beaux souvenirs d’enfance mais, aujourd’hui, avec le recul, je ne comprends pas comment les gens, là-bas, peuvent se satisfaire de cette vie. Leur emploi du temps se résume à se réveiller le matin pour aller aux champs, à voir passer le soleil au-dessus de leurs têtes, puis à manger et à dormir. Est-ce que c’est une vie, ça ? Ils n’ont pas l’électricité, ils doivent aller chercher l’eau au puits, ils n’ont ni poisson ni viande pour mettre dans la sauce. Et pourtant, ils sont contents comme ça, tu ne peux pas les convaincre d’aller à l’école.
680 mots
Kouamé; Duroy, L. (2018). Revenu des ténèbres. Paris. XO Éditions. p. 19-23.
1 au fur et à mesure – petit à petit; progressivement
2 se foutre de qc ( fam.) – se désintéresser de qc
3 gronder qn – fâcher qn; surtout pour les enfants
4 Les parents de Kouamé ont été assassinés quand Kouamé avait 14 ans.
5 un griot – une personne spécialisée dans des récits historiques en Afrique de l’Ouest; poète, chanteur et musicien auquel sont souvent attribués des pouvoirs surnaturels
3.1 « Un vieux assis voit plus loin qu'un jeune debout. » (l. 8)
Commentez. (30 %)
Aufgabe 3.2
Material
Kouamé; Lionel Duroy: Revenu des ténèbres (2018)
Dans son récit « Revenu des ténèbres », Kouamé, qui a maintenant 19 ans et qui vit en France, parle de son enfance en Afrique de l’ouest et de sa fuite dangereuse à travers le continent africain et la Méditerranée. Dans l’extrait suivant, il se souvient de sa famille africaine.
Quand on allait au village de mon père pour les vacances, j’étais content. Ma grande sœur, elle, n’aimait pas trop, mais moi j’adorais. […]
Je me souviens de la première fois où j’ai vu mon grand-père, assis dehors dans son canapé, devant la maison. Mon père a dit: « Voilà ton petit-fils », et tout de suite j’ai voulu rester avec lui. Un homme avec une barbe blanche, des cheveux aussi blancs que le sable. Je ne voulais plus aller avec mon père. En Afrique, au fur et à mesure 1 que tu prends de l’âge, tu deviens un peu le roi. Tout le monde a envie de rester avec toi, tout le monde a envie de t’entendre parler, d’écouter ton expérience. On dit qu’un vieux assis voit plus loin qu’un jeune debout. Vers 17 heures, il aimait qu’on vienne s’asseoir autour de lui. Souvent, il m’insultait parce que je me foutais 2 de tout. J’étais jeune en ce temps-là, si on m’appelait, je m’en allais jouer et je ne revenais pas. « Kouamé, tu es impoli, tu ne respectes rien… » Et moi, ça me plaisait que mon grand-père m’insulte. Chez nous, quand quelqu’un d’âgé te gronde 3, tu peux être fier parce que c’est le signe qu’il s’intéresse à toi, qu’il croit en toi. Lui, il a fini sa vie, hein, alors pourquoi il se donnerait la peine de te parler, à toi qui ne sais rien, qui n’as rien vu, s’il ne t’aimait pas ?
Vers la fin de l’après-midi, tous les garçons se retrouvaient avec mon grand-père tandis que les filles étaient à la cuisine. Si tu es une fille, à partir de dix ans il faut que tu sois avec ta mère à la cuisine. Pour apprendre.
Au village, on mangeait à 18 heures. Mon père et mes oncles avec mon grand-père. Chacune des quatre femmes de mon grand-père lui apportait un plat qu’elle avait préparé pour lui. S’il n’en avait goûté qu’un seul, ça aurait fait des bagarres entre les femmes, alors il était obligé de manger un peu de chaque plat. Moi, je mangeais avec les jeunes enfants de la maison, tous dans la même assiette. « Si vous mangez ensemble, vous aurez les mêmes opinions, m’avait expliqué mon père. Tandis que si tu manges seul, tu resteras toujours tout seul. » Aujourd’hui, je sais qu’il se trompait. Quand le drame est survenu, je me suis retrouvé seul. 4 La nourriture prise ensemble ne suffit pas à créer l’amitié et la solidarité dont j’aurais eu besoin.
Donc, mon grand-père mangeait un peu de la nourriture de sa première femme avec mon père et mes oncles, et puis il nous donnait le reste du plat, à nous, les enfants. Alors on apportait ce qu’avait préparé la deuxième femme, les hommes en prenaient un peu et l’assiette nous arrivait. Et ainsi de suite pour les quatre plats.
Après ça, on allumait le feu et mon grand-père nous racontait des histoires de griots 5 qui nous faisaient peur. Ou des histoires pour nous dire de ne pas aller dans tel ou tel coin du village. Les esprits dont parlaient ces histoires, on ne les a jamais vus, mais il prétendait que c’était eux qu’on entendait hurler le soir – Hou ! Hou ! Hou !… La nuit tombait, nous les enfants on se rapprochait de son canapé parce qu’on avait de plus en plus peur. Il était fatigué, il n’avait presque plus de voix, il fallait tendre l’oreille. […]
J’ai laissé au village mes plus beaux souvenirs d’enfance mais, aujourd’hui, avec le recul, je ne comprends pas comment les gens, là-bas, peuvent se satisfaire de cette vie. Leur emploi du temps se résume à se réveiller le matin pour aller aux champs, à voir passer le soleil au-dessus de leurs têtes, puis à manger et à dormir. Est-ce que c’est une vie, ça ? Ils n’ont pas l’électricité, ils doivent aller chercher l’eau au puits, ils n’ont ni poisson ni viande pour mettre dans la sauce. Et pourtant, ils sont contents comme ça, tu ne peux pas les convaincre d’aller à l’école.
680 mots
Kouamé; Duroy, L. (2018). Revenu des ténèbres. Paris. XO Éditions. p. 19-23.
1 au fur et à mesure – petit à petit; progressivement
2 se foutre de qc ( fam.) – se désintéresser de qc
3 gronder qn – fâcher qn; surtout pour les enfants
4 Les parents de Kouamé ont été assassinés quand Kouamé avait 14 ans.
5 un griot – une personne spécialisée dans des récits historiques en Afrique de l’Ouest; poète, chanteur et musicien auquel sont souvent attribués des pouvoirs surnaturels
3.2 Éloigné de son pays natal, Kouamé confie ses craintes et ses espoirs à son journal intime. Il réfléchit à son avenir en France: sa vie professionnelle, ses relations sociales et familiales.
Rédigez une entrée dans son journal intime. (30 %)
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