Sujet 1 · Bac STMG Philosophie Sujets zéro et spécimens sujet 2021 (sujet 2)
Thème : La technique · Tiré du sujet Sujet 2 (2021)
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Sujet 1
Sommes-nous maîtres des objets techniques ?

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Sommes-nous maîtres des objets techniques ?
Réponse : Plan et éléments de réflexion pour la dissertation : Introduction : - Accroche / Constat : La technique promet traditionnellement d'affranchir l'être humain des contraintes naturelles et de le rendre « comme maître et possesseur de la nature » (Descartes). L'omniprésence contemporaine des objets techniques (numériques, automatisés, biotechnologiques) interroge toutefois la réalité de ce contrôle. - Définition des termes : - « Maîtres » : avoir le contrôle conscient d'un moyen, en décider librement l'usage et les fins. - « Objets techniques » : artefacts produits par l'être humain, combinant matière et savoir-faire pour remplir une fonction déterminée. - Problématique : L'être humain crée et manie l'objet technique en vue de ses propres fins. Ne devient-il pas pourtant assujetti à la logique autonome d'un système technique dont il ne maîtrise plus ni les effets ni les usages ? I. L'être humain semble être par essence le maître de l'objet technique : 1. L'objet technique prolonge et médiatise la volonté humaine. - L'outil compense la vulnérabilité naturelle de l'homme : c'est le mythe de Prométhée raconté par Platon dans le *Protagoras*. - Bergson définit l'homme comme *Homo faber*. 2. La rationalité technique est au service de l'autonomie. Par la connaissance scientifique des lois de la nature, l'homme façonne des instruments qui obéissent à ses desseins (Descartes, *Discours de la méthode*, VIe partie). 3. L'objet semble un simple moyen neutre : c'est l'utilisateur qui décide de la finalité morale ou immorale de l'instrument. II. Les objets techniques échappent pourtant à notre maîtrise et nous asservissent : 1. Les fins et les moyens s'inversent. Dans l'artisanat, l'ouvrier se sert de l'outil ; dans la fabrique, il sert la machine, qui lui impose son rythme. Marx, dans *Le Capital*, montre que l'ouvrier devient l'appendice de la machine. 2. La technique devient autonome. Jacques Ellul (*Le Système technicien*, *La Technique ou l'enjeu du siècle*) montre qu'elle progresse selon une logique d'efficacité auto-entretenue : tout ce qui est techniquement possible tend à être réalisé. L'homme est ainsi privé du choix des finalités. 3. La dépendance devient existentielle et cognitive. La délégation de nos facultés aux dispositifs (smartphones, algorithmes) et l'addiction qu'ils suscitent inversent la relation de dépendance. Günther Anders (*L'Obsolescence de l'homme*) parle de « honte prométhéenne » : l'homme se sent inférieur à la perfection de ses propres créations. S'ajoute le « décalage prométhéen » : nous produisons plus que nous ne pouvons nous représenter. III. Vers une maîtrise éthique et politique de la technique : 1. Il faut dépasser l'illusion de la neutralité : les objets techniques incorporent une vision du monde et orientent nos conduites. Gilbert Simondon (*Du mode d'existence des objets techniques*) montre qu'une culture technique est nécessaire pour comprendre la machine plutôt que la fétichiser ou la craindre. L'homme devient alors non un maître despotique, mais un « chef d'orchestre » des machines. 2. Une responsabilité prospective s'impose. Les conséquences environnementales et existentielles de la technique moderne sont d'une ampleur inédite. Hans Jonas (*Le Principe responsabilité*) en tire un nouvel impératif : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre ». Cet impératif s'accompagne d'une « heuristique de la peur ». 3. La maîtrise doit être collective et politique. Elle passe par une délibération démocratique sur les choix techniques (normes, régulation, principe de précaution). Le recul de Heidegger face à l'« arraisonnement » (*Gestell*) invite aussi à penser la technique comme un mode de dévoilement du monde, et non comme un simple ensemble d'instruments. Conclusion : - Nous sommes maîtres des objets techniques individuellement et en apparence : nous les concevons et les utilisons. - Nous ne le sommes pas du système technique pris globalement : il tend à s'autonomiser et à façonner nos besoins, notre travail et nos pensées. - La maîtrise n'est donc pas un donné mais une tâche. Elle exige une culture technique, une éthique de la responsabilité et une décision politique collective sur les fins que nous assignons à la technique.
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