Exercice Étude critique de document · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Sujets zéro et spécimens sujet 2021 (sujet 2)

Thème : Le défi de la construction de la paix : traités de Westphalie et sécurité collective · Tiré du sujet Sujet 2 (2021)

Énoncé

Étude critique de document

Le modèle westphalien, ses caractéristiques et sa pertinence

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, répondez à la question suivante: le « modèle westphalien » permet-il de comprendre les relations internationales d'aujourd'hui ?

Document

Si la paix de Westphalie a marqué un tournant dans l'histoire des nations, c'est parce que les éléments qu'elle a mis en place étaient aussi simples que radicaux. L'État – et non l'empire, la dynastie ou la confession religieuse – s'affirma comme l'élément fondamental de l'ordre européen. La notion de souveraineté étatique fut établie. Le droit de chacun des signataires de choisir sa propre structure intérieure et son orientation religieuse personnelle indépendamment de toute intervention étrangère fut reconnu, tandis que des clauses absolument nouvelles veillaient à ce que des confessions minoritaires puissent pratiquer leur foi en paix, sans risquer la conversion forcée. Au-delà des exigences immédiates de l'heure, les principes d'un système de « relations internationales » se mettaient en place, nourris par le désir commun d'éviter la réapparition d'une guerre totale sur le continent. On institua des échanges diplomatiques, notamment par l'installation de représentants permanents dans les capitales des autres États [...]. Les parties voyaient dans l'organisation future de conférences et de consultations la création de tribunes qui permettraient de régler les querelles avant qu'elles n'entraînent des conflits armés. Le droit international élaboré pendant la guerre par des conseillers lettrés et voyageurs tels que Hugo de Groot (Grotius) apparut comme un ensemble extensible de règles admises par tous, destinées à cultiver l'harmonie, centrées autour des traités de Westphalie eux-mêmes.

Le génie de ce système, et la raison pour laquelle il s'est répandu à travers le monde, était que ses dispositions portaient sur des points de procédure, et non de fond. Si un État acceptait ces conditions de base, il pouvait être reconnu comme un citoyen international en mesure de préserver sa culture, sa politique, sa religion et sa politique intérieure personnelles, à l'abri de tout intervention extérieure du système international. [...] Le concept westphalien prenait la multiplicité comme point de départ et intégrait des sociétés diverses, dont chacune était acceptée comme une réalité, dans une quête d'ordre commune. Au milieu du XXe siècle, ce système international était en vigueur sur tous les continents; il constitue toujours la charpente de l'ordre international actuel.

Henry Kissinger, L'Ordre du monde, édition originale 2014, traduction française, Paris, Fayard, 2016.

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Le « modèle westphalien » permet-il de comprendre les relations internationales d'aujourd'hui ?

Réponse : Introduction Le document est extrait de *L'Ordre du monde* d'Henry Kissinger, ancien secrétaire d'État américain et théoricien reconnu des relations internationales, publié en 2014. L'auteur y présente le « modèle westphalien », issu des traités de Westphalie de 1648, comme le fondement de l'ordre international moderne. Il s'agit d'examiner dans quelle mesure ce modèle, vieux de plus de trois siècles, permet encore de comprendre les relations internationales contemporaines. I. Le modèle westphalien : un système fondé sur la souveraineté des États - Le document met en avant l'émergence de l'État comme acteur central des relations internationales, à la place de l'empire, de la dynastie ou de la confession religieuse. - Il souligne le principe de souveraineté étatique et de non-ingérence dans les affaires intérieures d'un autre État (choix de la religion, de la structure politique). - Le texte souligne aussi la mise en place d'outils diplomatiques destinés à réguler pacifiquement les relations entre États : représentants permanents, conférences, droit international élaboré par des juristes comme Grotius. II. Un modèle qui structure encore largement l'ordre international actuel - L'ONU et le droit international reposent toujours sur le principe de l'égalité souveraine des États (Charte des Nations unies, 1945). - Le principe de non-ingérence demeure une référence essentielle du droit international, même s'il est parfois contesté (interventions humanitaires, ingérences). - Comme le rappelle Kissinger, ce système s'est diffusé à l'échelle mondiale avec la décolonisation, chaque nouvel État indépendant s'intégrant au système westphalien. III. Les limites du modèle westphalien face aux relations internationales contemporaines - La multiplication des acteurs non étatiques relativise le monopole étatique décrit par le modèle : ONG, firmes transnationales, organisations terroristes, opinion publique mondiale. - Les enjeux transnationaux ne peuvent être résolus par la seule souveraineté nationale : changement climatique, pandémies, cyberespace, flux migratoires. Ils appellent une gouvernance mondiale qui dépasse le cadre westphalien. - La construction européenne est un exemple de dépassement partiel de la souveraineté nationale au profit d'instances supranationales, ce qui interroge la pertinence exclusive du modèle westphalien. - Certains conflits contemporains montrent les limites du principe de non-ingérence : guerres civiles, États faillis, interventions au nom des droits de l'homme. Conclusion Le modèle westphalien, en instaurant la souveraineté des États comme principe fondateur de l'ordre international, demeure une clé de lecture essentielle des relations internationales contemporaines, notamment à travers le droit international et les institutions comme l'ONU. Toutefois, la multiplication des acteurs non étatiques et l'émergence d'enjeux globaux qui transcendent les frontières nationales montrent les limites de ce modèle. Celui-ci doit être complété par d'autres grilles de lecture, comme la gouvernance mondiale, le multilatéralisme ou l'intégration régionale, pour rendre compte de la complexité du monde actuel.

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