Exercice 1- Commentaire · Bac Français (1ère) Sujets zéro et spécimens sujet 2022 (sujet 1)

Thème : Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Sujet 1 (2022)

Énoncé

1- Commentaire (20 points)

Objet d'étude

Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

Vous commenterez le texte suivant:

Marcel PROUST, A l'Ombre des jeunes filles en fleurs, 1918.

A l'Ombre des jeunes filles en fleurs est le deuxième volume d'un cycle romanesque intitulé A la Recherche du temps perdu. Dans le roman, le narrateur s'installe avec sa grand-mère et Françoise, leur employée, dans un hôtel de Balbec, station balnéaire fictive située sur la côte normande et lieu de résidence du peintre Elstir, que le narrateur admire. La scène se déroule dans la salle de restaurant de l'hôtel dont la vue donne sur la promenade du bord de mer et de laquelle le narrateur aime regarder les jeunes filles passer.

Je restais maintenant volontiers à table pendant qu'on desservait, et si ce n'était pas un moment où les jeunes filles de la petite bande pouvaient passer, ce n'était plus uniquement du côté de la mer que je regardais. Depuis que j'en avais vu dans des aquarelles d'Elstir, je cherchais à retrouver dans la réalité, j'aimais comme quelque chose de poétique, le geste interrompu des couteaux encore de travers, la rondeur bombée d'une serviette défaite où le soleil intercale un morceau de velours jaune, le verre à demi vidé qui montre mieux ainsi le noble évasement de ses formes et au fond de son vitrage translucide et pareil à une condensation du jour, un reste de vin sombre, mais scintillant de lumières, le déplacement des volumes, la transmutation des liquides par l'éclairage, l'altération des prunes qui passent du vert au bleu et du bleu à l'or dans le compotier déjà à demi dépouillé, la promenade des chaises vieillottes qui deux fois par jour viennent s'installer autour de la nappe dressée sur la table ainsi que sur un autel où sont célébrées les fêtes de la gourmandise et sur laquelle au fond des huîtres quelques gouttes d'eau lustrale 1 restent comme dans de petits bénitiers 2 de pierre, j'essayais de trouver la beauté là où je ne me m'étais jamais figuré qu'elle fût, dans les choses les plus usuelles, dans la vie profonde des « natures mortes ».

1. Eau lustrale: dans la religion chrétienne, l'eau lustrale désigne l'eau du baptême, qui lave du péché originel.

2. Bénitier: petit bassin contenant l'eau bénite.

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Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous commenterez le texte suivant : Marcel PROUST, À l'Ombre des jeunes filles en fleurs, 1918.

Réponse : Un commentaire réussi pourrait s'organiser ainsi : Introduction : présenter Proust et *À la Recherche du temps perdu*, situer l'extrait (le narrateur attablé à l'hôtel de Balbec, observant la desserte), dégager une problématique : comment le narrateur, sous l'influence du peintre Elstir, transfigure-t-il les objets les plus usuels en une véritable « nature morte » poétique et quasi sacrée ? Annoncer le plan. I. Une scène de la vie quotidienne transfigurée par le regard pictural - Le prétexte réaliste : la table que l'on dessert, objets triviaux (couteaux, serviette, verre, compotier, chaises, nappe). - L'influence explicite d'Elstir (« Depuis que j'en avais vu dans des aquarelles d'Elstir ») : le regard du narrateur est un regard de peintre, qui cherche dans la réalité ce qu'il a d'abord vu dans l'art. - Le vocabulaire pictural et sensoriel : couleurs (jaune, bleu, or, vert), jeux de lumière (« le soleil intercale », « scintillant de lumières », « la transmutation des liquides par l'éclairage »), formes (« le noble évasement de ses formes »). II. La poétisation et la personnification des objets - Personnification : « le geste interrompu des couteaux », « la promenade des chaises vieillottes », qui donnent vie et mouvement aux objets inanimés. - La phrase longue, ample, aux subordonnées enchâssées, qui mime le regard qui s'attarde et accumule les détails (accumulation, énumération). - Le motif de la métamorphose et du temps : « l'altération des prunes qui passent du vert au bleu et du bleu à l'or », reflet du thème proustien du temps qui transforme toute chose. III. Une dimension sacrée et sensuelle : la « nature morte » comme autel - Le champ lexical du sacré : « autel », « fêtes de la gourmandise », « eau lustrale », « bénitiers », qui transforme la table en lieu de culte. - Le paradoxe de la « nature morte » vivante et habitée de beauté, selon l'esthétique proustienne qui trouve la poésie « dans les choses les plus usuelles ». - La dimension autobiographique de la quête esthétique du narrateur, préfigurant la réflexion proustienne sur l'art et la mémoire. Conclusion : Proust élève le quotidien au rang d'œuvre d'art grâce au regard esthétique hérité de la peinture d'Elstir, transformant une scène banale de restaurant en une méditation quasi religieuse sur la beauté cachée des choses. Ouverture possible sur le rôle de l'art comme révélateur du réel dans l'ensemble du cycle romanesque.

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