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Sujet du Bac ST2S Français 2021 · Polynésie Remplacement

Sujet du Bac ST2S de Français 2021, Polynésie Remplacement : 1 exercice corrigé. Thèmes : Commentaire de texte et Contraction de texte. Gratuit.

Thèmes du sujet : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

Exercice I - Commentaire A - Charles Juliet

I - Commentaire de texte (20 points)

Objet d'étude: le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

A.- Charles Juliet, L'Année de l'éveil, 1989.

Le narrateur, Charles, est un adolescent qui a quitté sa famille et sa vie de berger pour intégrer une école militaire. Il admire l'un des chefs de section de cette école, ancien champion de boxe au physique impressionnant. Ce chef de section l'invite à passer un dimanche avec lui, en famille. Le jeune garçon rencontre à cette occasion l'épouse du chef. Il en deviendra amoureux et ils entretiendront une liaison.

La maison s'élève au pied d'une colline couverte de pins. Devant elle s'étend une

terrasse, puis un jardin entouré d'arbres et de buissons. Une petite fille blonde, de trois ou

quatre ans, court à la rencontre de son père, mais lorsqu'elle m'aperçoit derrière lui, elle

s'enfuit.

5 Nous mangeons dehors, à l'ombre d'un grand pin parasol. Une fois apprivoisée, la

petite fille ne veut plus me quitter, et c'est sur mes genoux qu'elle passe la plus grande

partie du repas.

Je n'ose pas porter les yeux sur la femme du chef, mais dès qu'on ne peut le

remarquer, je l'observe avec grande attention.

10 Le repas achevé, le chef va faire la sieste, portant sa fille sur ses épaules. Je suis

gêné de rester en tête à tête avec cette femme qui ne me plaît pas trop. Elle parle et rit

fort, ne cesse de fumer, crée une atmosphère de surexcitation qui me met mal à l'aise.

Elle me pose des questions sur moi, mon enfance, ma famille. La

gorge nouée, je ne peux lui répondre que par monosyllabes, et bientôt, elle renonce à en

15 apprendre davantage. Je pense que je l'ai déçue, qu'elle me trouve sans intérêt, et j'en

suis profondément malheureux.

Elle veut savoir si, bravant l'interdiction qui nous en est faite, j'ai commencé à fumer.

Je lui dis que non, et comme elle m'assure que je vais inévitablement me laisser entraîner

à imiter mes camarades, je réponds avec hauteur qu'elle n'a pas à avoir cette crainte.

20 Plus tard, si je parviens à quitter l'armée, je deviendrai un boxeur ou un rugby-man.

D'ailleurs, j'observe déjà la discipline de vie que s'imposent les champions. Elle pouffe de

rire, se moque ouvertement de moi, et à cet instant, je la déteste. Elle le voit, s'empare

d'un petit ballon et me le lance avec violence. Je le lui renvoie. Nous jouons ainsi un long

moment, et je suis frappé par sa vivacité et son adresse.

25 Le chef nous invite à les rejoindre sur une terrasse, au second étage. Quand nous y

arrivons, je demeure saisi. Sous cette lumière d'automne qui déjà fléchit, les dômes verts

des pins ont des reflets roux. Et là-bas, prise dans un voile de brume d'un gris mauve, la

montagne Sainte-Victoire fait l'effet d'une apparition étrange. La petite fille est blottie dans

mes bras, et un long moment, nous restons silencieux.

30 À l'école, les heures s'égrènent avec une insupportable lenteur. Ici, elles ont passé

si vite que lorsqu'il me faut partir, j'ai le sentiment que l'après-midi ne fait que commencer.

Le chef me reconduit à la caserne, et je tiens à la main un sac de papier contenant

du pain, des biscuits, du chocolat et des pommes.

À l'instant de me quitter, devant le poste de garde, il m'avertit que je ne suis pas son

35 chouchou, que désormais il sera même plus sévère avec moi, que je dois être un enfant

de troupe modèle, travaillant bien en classe, donnant le bon exemple à la section. Je lui

en fais la promesse, heureux d'être celui dont on exigera plus que des autres.

Vous proposerez un commentaire du texte extrait de L'Année de l'éveil de Charles Juliet. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention:

à la manière dont ce passage constitue une scène d'intimité familiale,

aux éléments qui, dans cette scène, créent une ambiguïté entre les personnages.

Exercice I - Commentaire B - Philippe Jaccottet

Objet d'étude: la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

B. Philippe Jaccottet, « Les Nouvelles du soir », L'Effraie, 1953.

À l'heure où la lumière enfouit son visage

dans notre cou, on crie les nouvelles du soir,

on nous écorche. L'air est doux. Gens de passage

dans cette ville, on pourra juste un peu s'asseoir

5 au bord du fleuve où bouge un arbre à peine vert,

après avoir mangé en hâte; aurai-je même

le temps de faire ce voyage avant l'hiver,

de t'embrasser avant de partir ? Si tu m'aimes,

retiens-moi, le temps de reprendre souffle, au moins,

10 juste pour ce printemps, qu'on nous laisse tranquilles

longer la tremblante paix du fleuve, très loin,

jusqu'où s'allument les fabriques immobiles...

mais pas moyen. Il ne faut pas que l'étranger

qui marche se retourne, ou il serait changé

15 en statue: on ne peut qu'avancer. Et les villes

qui sont encor debout brûleront. Une chance

que j'aie au moins visité Rome, l'an passé,

que nous nous soyons vite aimés, avant l'absence,

regardés encore une fois, vite embrassés,

20 avant qu'on crie « Le Monde » à notre dernier monde

ou « Ce Soir » au dernier beau soir qui nous confonde...

tu partiras. Déjà ton corps est moins réel

que le courant qui l'use, et ces fumées au ciel

ont plus de racines que nous. C'est inutile

25 de nous forcer. Regarde l'eau, comme elle file

par la faille entre nos deux ombres. C'est la fin,

qui nous passe le goût de jouer au plus fin.

Vous proposerez un commentaire du poème de Philippe Jaccottet.

Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:

La relation entre l'amour et la ville.

Le pouvoir de l'écriture contre l'absence.

Exercice II - Sujet A.1 - Contraction de texte

II - Contraction de texte

10 points

A - Œuvre: Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31 - Parcours: Notre Monde vient d’en trouver un autre.

1.- Amin Maalouf, Les identités meurtrières, 1998.

À qui donc appartient le monde ? À aucune race en particulier, à aucune nation en

particulier. Il appartient, plus qu’à d’autres moments de l’Histoire, à tous ceux qui veulent

s’y tailler une place. Il appartient à tous ceux qui cherchent à saisir les nouvelles règles du

jeu – aussi déroutantes soient-elles – pour les utiliser à leur avantage.

5 Qu’on me comprenne bien, je ne cherche pas à couvrir d’un voile pudique les laideurs

du monde où nous vivons, dès le commencement de ce livre je n’ai fait que dénoncer ses

dysfonctionnements, ses outrances, ses inégalités, ses dérapages meurtriers; ce contre

quoi je m’élève ici, avec quelque passion, c’est contre la tentation du désespoir, cette

attitude fort répandue chez les tenants des cultures « périphériques », et qui consiste à

10 s’installer dans l’amertume, la résignation, la passivité – pour n’en plus sortir que par la

violence suicidaire.

Je ne doute pas que la mondialisation menace la diversité culturelle, en particulier la

diversité des langues et des modes de vie; je suis même persuadé que cette menace est

infiniment plus grave que par le passé, comme j’aurai l’occasion d’en parler dans les pages

15 qui suivent; seulement, le monde d’aujourd’hui donne aussi à ceux qui veulent préserver

les cultures menacées les moyens de se défendre. Au lieu de décliner et de disparaître

dans l’indifférence comme ce fut le cas depuis des siècles, ces cultures ont désormais la

possibilité de se battre pour leur survie, ne serait-il pas absurde de ne pas en user ?

Les bouleversements technologiques et sociaux qui se produisent autour de nous

20 constituent un phénomène historique d’une grande complexité et d’une grande ampleur,

dont chacun peut tirer profit, et que personne – pas même l’Amérique ! – n’est capable de

maîtriser. La mondialisation n’est pas l’instrument d’un « ordre nouveau » que « certains »

chercheraient à faire régner sur le monde, je la comparerais plutôt à une immense arène,

ouverte de toutes parts, dans laquelle se dérouleraient en même temps mille joutes, mille

25 combats, et où chacun pourrait s’introduire avec sa propre rengaine, sa propre panoplie,

en une cacophonie indomptable.

L’Internet, par exemple, vu de l’extérieur et avec un a priori de méfiance, est un

monstre planétaire ectoplasmique par le moyen duquel les puissants de ce monde

étendent leurs tentacules sur la terre entière; vu de l’intérieur, l’Internet est un formidable

30 outil de liberté, un espace raisonnablement égalitaire dont chacun peut se servir à sa guise,

et au sein duquel quatre étudiants astucieux peuvent exercer autant d’influence qu’un chef

d’Etat ou une compagnie pétrolière. Et si la prédominance de l’anglais y est écrasante, la

diversité des langues s’y épanouit chaque jour un peu plus, favorisée par certaines

inventions en matière de traduction courante – inventions encore balbutiantes, encore

35 indigentes, et qui produisent parfois un effet hilarant; mais qui n’en sont pas moins

prometteuses pour l’avenir.

Plus généralement, les nouveaux moyens de communication offrent à un très grand

nombre de nos contemporains, à des gens qui vivent dans tous les pays et sont porteurs

de toutes les traditions culturelles, la possibilité de contribuer à l’élaboration de ce qui

40 deviendra notre culture commune.

Si l’on veut empêcher sa langue de mourir, si l’on veut faire connaître le monde, faire

respecter et faire aimer la culture au sein de laquelle on a grandi, si l’on souhaite que la

communauté à laquelle on appartient connaisse la liberté, la démocratie, la dignité et le

bien-être, la bataille n’est pas perdue d’avance. Des exemples venus de tous les continents

45 montrent que ceux qui se battent habilement contre la tyrannie, contre l’obscurantisme,

contre la ségrégation, contre le mépris, contre l’oubli, peuvent souvent obtenir gain de

cause. Et aussi ceux qui se battent contre la famine, l’ignorance ou l’épidémie. Nous vivons

une époque étonnante où toute personne qui a une idée, fût-elle géniale, perverse, ou

superflue, peut la faire parvenir, dans la journée, à des dizaines de millions de ses

50 semblables.

Si l’on croit en quelque chose, si l’on porte en soi-même suffisamment d’énergie,

suffisamment de passion, suffisamment d’appétit de vivre, on peut trouver dans les

ressources qu’offre le monde d’aujourd’hui les moyens de réaliser quelques-uns de ses

rêves.

(736 mots)

Vous résumerez ce texte en 184 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 166 et au plus 202 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Indiquez le nombre de mots utilisés:

Consultez la solution proposée et comparez-la à votre contraction.

Exercice II - Sujet A.1 - Essai

Essai

10 points

A - Œuvre: Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I, 31 - Parcours: Notre Monde vient d’en trouver un autre.

1.- Amin Maalouf, Les identités meurtrières, 1998.

À qui donc appartient le monde ? À aucune race en particulier, à aucune nation en

particulier. Il appartient, plus qu’à d’autres moments de l’Histoire, à tous ceux qui veulent

s’y tailler une place. Il appartient à tous ceux qui cherchent à saisir les nouvelles règles du

jeu – aussi déroutantes soient-elles – pour les utiliser à leur avantage.

5 Qu’on me comprenne bien, je ne cherche pas à couvrir d’un voile pudique les laideurs

du monde où nous vivons, dès le commencement de ce livre je n’ai fait que dénoncer ses

dysfonctionnements, ses outrances, ses inégalités, ses dérapages meurtriers; ce contre

quoi je m’élève ici, avec quelque passion, c’est contre la tentation du désespoir, cette

attitude fort répandue chez les tenants des cultures « périphériques », et qui consiste à

10 s’installer dans l’amertume, la résignation, la passivité – pour n’en plus sortir que par la

violence suicidaire.

Je ne doute pas que la mondialisation menace la diversité culturelle, en particulier la

diversité des langues et des modes de vie; je suis même persuadé que cette menace est

infiniment plus grave que par le passé, comme j’aurai l’occasion d’en parler dans les pages

15 qui suivent; seulement, le monde d’aujourd’hui donne aussi à ceux qui veulent préserver

les cultures menacées les moyens de se défendre. Au lieu de décliner et de disparaître

dans l’indifférence comme ce fut le cas depuis des siècles, ces cultures ont désormais la

possibilité de se battre pour leur survie, ne serait-il pas absurde de ne pas en user ?

Les bouleversements technologiques et sociaux qui se produisent autour de nous

20 constituent un phénomène historique d’une grande complexité et d’une grande ampleur,

dont chacun peut tirer profit, et que personne – pas même l’Amérique ! – n’est capable de

maîtriser. La mondialisation n’est pas l’instrument d’un « ordre nouveau » que « certains »

chercheraient à faire régner sur le monde, je la comparerais plutôt à une immense arène,

ouverte de toutes parts, dans laquelle se dérouleraient en même temps mille joutes, mille

25 combats, et où chacun pourrait s’introduire avec sa propre rengaine, sa propre panoplie,

en une cacophonie indomptable.

L’Internet, par exemple, vu de l’extérieur et avec un a priori de méfiance, est un

monstre planétaire ectoplasmique par le moyen duquel les puissants de ce monde

étendent leurs tentacules sur la terre entière; vu de l’intérieur, l’Internet est un formidable

30 outil de liberté, un espace raisonnablement égalitaire dont chacun peut se servir à sa guise,

et au sein duquel quatre étudiants astucieux peuvent exercer autant d’influence qu’un chef

d’Etat ou une compagnie pétrolière. Et si la prédominance de l’anglais y est écrasante, la

diversité des langues s’y épanouit chaque jour un peu plus, favorisée par certaines

inventions en matière de traduction courante – inventions encore balbutiantes, encore

35 indigentes, et qui produisent parfois un effet hilarant; mais qui n’en sont pas moins

prometteuses pour l’avenir.

Plus généralement, les nouveaux moyens de communication offrent à un très grand

nombre de nos contemporains, à des gens qui vivent dans tous les pays et sont porteurs

de toutes les traditions culturelles, la possibilité de contribuer à l’élaboration de ce qui

40 deviendra notre culture commune.

Si l’on veut empêcher sa langue de mourir, si l’on veut faire connaître le monde, faire

respecter et faire aimer la culture au sein de laquelle on a grandi, si l’on souhaite que la

communauté à laquelle on appartient connaisse la liberté, la démocratie, la dignité et le

bien-être, la bataille n’est pas perdue d’avance. Des exemples venus de tous les continents

45 montrent que ceux qui se battent habilement contre la tyrannie, contre l’obscurantisme,

contre la ségrégation, contre le mépris, contre l’oubli, peuvent souvent obtenir gain de

cause. Et aussi ceux qui se battent contre la famine, l’ignorance ou l’épidémie. Nous vivons

une époque étonnante où toute personne qui a une idée, fût-elle géniale, perverse, ou

superflue, peut la faire parvenir, dans la journée, à des dizaines de millions de ses

50 semblables.

Si l’on croit en quelque chose, si l’on porte en soi-même suffisamment d’énergie,

suffisamment de passion, suffisamment d’appétit de vivre, on peut trouver dans les

ressources qu’offre le monde d’aujourd’hui les moyens de réaliser quelques-uns de ses

rêves.

(736 mots)

En quoi la préservation des cultures à travers le monde est-elle un enjeu essentiel aujourd'hui ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le chapitre « Des Cannibales » des Essais de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Consultez la proposition de plan et comparez-la à votre essai.

Exercice II - Sujet A.2 - Contraction de texte

II - Sujet A.2 - Contraction de texte

2.- Paul Ricœur, « Civilisation universelle et cultures nationales », Revue Esprit, octobre 1961.

Comment est possible une rencontre de cultures diverses, entendons: une rencontre

qui ne soit pas mortelle pour tous ? Il paraît en effet ressortir des réflexions précédentes

que les cultures sont incommunicables; et pourtant l'étrangeté de l'homme pour l'homme

n'est jamais absolue. L'homme est un étranger pour l'homme certes, mais toujours aussi un

5 semblable.

Quand nous débarquons dans un pays tout à fait étranger, comme ce fut le cas pour

moi, il y a quelques années, en Chine, nous sentons que malgré le plus grand dépaysement

nous ne sommes jamais sortis de l'espèce humaine; mais ce sentiment reste aveugle, il

faut l'élever au rang d'un pari et d'une affirmation volontaire de l'identité de l'homme. C'est

10 ce pari raisonnable que tel égyptologue fit jadis quand, découvrant des signes

incompréhensibles, il posa en principe que si ces signes étaient de l'homme, ils pouvaient

et devaient être traduits. Certes dans une traduction tout ne passe pas, mais toujours

quelque chose passe.

Il n'y a pas de raison, il n'y a pas de probabilité, qu'un système linguistique soit

15 intraduisible. Croire la traduction possible jusqu'à un certain point, c'est affirmer que

l'étranger est un homme, bref, c'est croire que la communication est possible. Ce qu'on vient

de dire du langage – des signes – vaut aussi pour les valeurs, les images de base, les

symboles qui constituent le fonds culturel d'un peuple. Oui, je crois qu'il est possible de

comprendre par sympathie et par imagination l'autre que moi, comme je comprends un

20 personnage de roman, de théâtre ou un ami réel mais différent de moi; bien plus, je puis

comprendre sans répéter, me représenter sans revivre, me faire autre en restant moi-même.

Être homme, c'est être capable de ce transfert dans un autre centre de perspective.

Alors se pose la question de confiance: qu'arrive-t-il à mes valeurs quand je

comprends celles des autres peuples ? La compréhension est une aventure redoutable où

25 tous les héritages culturels risquent de sombrer dans un syncrétisme 1 vague. Il me semble

néanmoins que nous avons donné tout à l'heure les éléments d'une réponse fragile et

provisoire: seule une culture vivante, à la fois fidèle à ses origines et en état de créativité

sur le plan de l'art, de la littérature, de la philosophie, de la spiritualité, est capable de

supporter la rencontre des autres cultures, non seulement de la supporter, mais de donner

30 un sens à cette rencontre. Lorsque la rencontre est une confrontation d'impulsions

créatrices, une confrontation d'élans, elle est elle-même créatrice. Je crois que, de création

en création, il existe une sorte de consonance en l'absence de tout accord.

C'est lorsqu'on est allé jusqu'au fond de la singularité que l'on sent qu'elle consonne

avec toute autre, d'une certaine façon qu'on ne peut pas dire, d'une façon qu'on ne peut

35 pas inscrire dans un discours. Je suis convaincu qu'un monde islamique qui se remet en

mouvement, un monde indou dont les vieilles méditations engendreraient une jeune histoire,

auraient avec notre civilisation, notre culture européenne, cette proximité spécifique qu'ont

entre eux tous les créateurs. Je crois que c'est là que finit le scepticisme 2.

Rien par conséquent n'est plus éloigné de la solution de notre problème que je ne sais

40 quel syncrétisme vague et inconsistant. Au fond les syncrétismes sont toujours des

phénomènes de retombée; ils ne comportent rien de créateur; ce sont de simples

précipités historiques. Aux syncrétismes, il faut opposer la communication, c'est-à-dire une

relation dramatique dans laquelle tour à tour je m'affirme dans mon origine et je me livre à

l'imagination d'autrui selon son autre civilisation. La vérité humaine n'est que dans ce procès

45 où les civilisations s'affronteront 3 de plus en plus à partir de ce qui en elles est le plus vivant,

le plus créateur. L'histoire des hommes sera de plus en plus une vaste explication où chaque

civilisation développera sa perception du monde dans l'affrontement avec toutes les autres.

Or, ce procès 4 commence à peine. Il est probablement la grande tâche des

générations à venir.

50 Nul ne peut dire ce qu'il adviendra de notre civilisation quand elle aura véritablement

rencontré d'autres civilisations autrement que par le choc de la conquête et de la

domination. Mais il faut bien avouer que cette rencontre n'a pas encore eu lieu au niveau

d'un véritable dialogue. C'est pourquoi nous sommes dans une sorte d'intermède,

d'interrègne, où nous ne pouvons plus pratiquer le dogmatisme de la vérité unique et où

55 nous ne sommes pas encore capables de vaincre le scepticisme dans lequel nous sommes

entrés. Nous sommes dans le tunnel, au crépuscule du dogmatisme, au seuil des vrais

dialogues.

(821 mots)

1 Syncrétisme: mélange d'influences diverses, synthèse.

2 Scepticisme: attitude d'une personne qui doute.

3 S'affronter: signifie ici « se confronter à ».

4 Procès: signifie ici « processus ».

Vous résumerez ce texte en 205 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comportera au moins 184 et au plus 226 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Nombre de mots:

Exercice II - Sujet A.2 - Essai

Essai

2.- Paul Ricœur, « Civilisation universelle et cultures nationales », Revue Esprit, octobre 1961.

Comment est possible une rencontre de cultures diverses, entendons: une rencontre

qui ne soit pas mortelle pour tous ? Il paraît en effet ressortir des réflexions précédentes

que les cultures sont incommunicables; et pourtant l'étrangeté de l'homme pour l'homme

n'est jamais absolue. L'homme est un étranger pour l'homme certes, mais toujours aussi un

5 semblable.

Quand nous débarquons dans un pays tout à fait étranger, comme ce fut le cas pour

moi, il y a quelques années, en Chine, nous sentons que malgré le plus grand dépaysement

nous ne sommes jamais sortis de l'espèce humaine; mais ce sentiment reste aveugle, il

faut l'élever au rang d'un pari et d'une affirmation volontaire de l'identité de l'homme. C'est

10 ce pari raisonnable que tel égyptologue fit jadis quand, découvrant des signes

incompréhensibles, il posa en principe que si ces signes étaient de l'homme, ils pouvaient

et devaient être traduits. Certes dans une traduction tout ne passe pas, mais toujours

quelque chose passe.

Il n'y a pas de raison, il n'y a pas de probabilité, qu'un système linguistique soit

15 intraduisible. Croire la traduction possible jusqu'à un certain point, c'est affirmer que

l'étranger est un homme, bref, c'est croire que la communication est possible. Ce qu'on vient

de dire du langage – des signes – vaut aussi pour les valeurs, les images de base, les

symboles qui constituent le fonds culturel d'un peuple. Oui, je crois qu'il est possible de

comprendre par sympathie et par imagination l'autre que moi, comme je comprends un

20 personnage de roman, de théâtre ou un ami réel mais différent de moi; bien plus, je puis

comprendre sans répéter, me représenter sans revivre, me faire autre en restant moi-même.

Être homme, c'est être capable de ce transfert dans un autre centre de perspective.

Alors se pose la question de confiance: qu'arrive-t-il à mes valeurs quand je

comprends celles des autres peuples ? La compréhension est une aventure redoutable où

25 tous les héritages culturels risquent de sombrer dans un syncrétisme 1 vague. Il me semble

néanmoins que nous avons donné tout à l'heure les éléments d'une réponse fragile et

provisoire: seule une culture vivante, à la fois fidèle à ses origines et en état de créativité

sur le plan de l'art, de la littérature, de la philosophie, de la spiritualité, est capable de

supporter la rencontre des autres cultures, non seulement de la supporter, mais de donner

30 un sens à cette rencontre. Lorsque la rencontre est une confrontation d'impulsions

créatrices, une confrontation d'élans, elle est elle-même créatrice. Je crois que, de création

en création, il existe une sorte de consonance en l'absence de tout accord.

C'est lorsqu'on est allé jusqu'au fond de la singularité que l'on sent qu'elle consonne

avec toute autre, d'une certaine façon qu'on ne peut pas dire, d'une façon qu'on ne peut

35 pas inscrire dans un discours. Je suis convaincu qu'un monde islamique qui se remet en

mouvement, un monde indou dont les vieilles méditations engendreraient une jeune histoire,

auraient avec notre civilisation, notre culture européenne, cette proximité spécifique qu'ont

entre eux tous les créateurs. Je crois que c'est là que finit le scepticisme 2.

Rien par conséquent n'est plus éloigné de la solution de notre problème que je ne sais

40 quel syncrétisme vague et inconsistant. Au fond les syncrétismes sont toujours des

phénomènes de retombée; ils ne comportent rien de créateur; ce sont de simples

précipités historiques. Aux syncrétismes, il faut opposer la communication, c'est-à-dire une

relation dramatique dans laquelle tour à tour je m'affirme dans mon origine et je me livre à

l'imagination d'autrui selon son autre civilisation. La vérité humaine n'est que dans ce procès

45 où les civilisations s'affronteront 3 de plus en plus à partir de ce qui en elles est le plus vivant,

le plus créateur. L'histoire des hommes sera de plus en plus une vaste explication où chaque

civilisation développera sa perception du monde dans l'affrontement avec toutes les autres.

Or, ce procès 4 commence à peine. Il est probablement la grande tâche des

générations à venir.

50 Nul ne peut dire ce qu'il adviendra de notre civilisation quand elle aura véritablement

rencontré d'autres civilisations autrement que par le choc de la conquête et de la

domination. Mais il faut bien avouer que cette rencontre n'a pas encore eu lieu au niveau

d'un véritable dialogue. C'est pourquoi nous sommes dans une sorte d'intermède,

d'interrègne, où nous ne pouvons plus pratiquer le dogmatisme de la vérité unique et où

55 nous ne sommes pas encore capables de vaincre le scepticisme dans lequel nous sommes

entrés. Nous sommes dans le tunnel, au crépuscule du dogmatisme, au seuil des vrais

dialogues.

(821 mots)

1 Syncrétisme: mélange d'influences diverses, synthèse.

2 Scepticisme: attitude d'une personne qui doute.

3 S'affronter: signifie ici « se confronter à ».

4 Procès: signifie ici « processus ».

Selon Paul Ricœur, « nous sommes au seuil des vrais dialogues ». Que faut-il, selon vous, pour franchir le seuil et entrer dans un vrai dialogue avec l'autre ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le chapitre « Des Cannibales » des Essais de Montaigne, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice II - Sujet B.1 - Contraction de texte

Sujet B.1 - Contraction de texte

B - Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX) - Parcours: Imagination et pensée au XVIIe siècle.

1.- Frédérique Aït-Touati, Contes de la lune, Essai sur la fiction et la science modernes, 2011.

1 En 1610, l'astronome Kepler offre à son protecteur et ami Wackenfels, en guise d'étrenne 1, la description d'un flocon de neige: L'Étrenne ou la neige sexangulaire. Parti à la recherche d'un présent à travers les bourrasques de la Prague hivernale, Kepler ne trouve rien. Mais ce rien est tout: un flocon de neige lui révèle la structure de l'univers. Sa 5 structure hexagonale est l'une des figures élémentaires de la matière – une « figure cosmopoétique », dit Kepler, c'est-à-dire, littéralement, « fabricatrice du monde ». En cherchant à reconnaître de telles figures géométriques dans la nature, on accède au mystère du monde et de sa construction. Ces figures, Kepler les découvre partout: dans la forme hexagonale du flocon de neige, dans les cinq figures fondamentales que président 10 à la cosmologie képlérienne et expliquent les distances entre les planètes, dans les alvéoles d'une ruche d'abeilles.

Objet infime mais crucial par sa fonction architectonique, éphémère mais permanent par sa structure géométrique, le flocon est présenté à Wackenfels sous la forme d'un éloge paradoxal, genre littéraire à la mode maniériste du temps. Sans doute, il s'agit d'un 15 divertissement, d'un jeu. Mais ce jeu, et ce rien, dissimulent la question essentielle de la construction de l'univers. L'Étrenne est donc à la fois, et indissolublement, un don, l'évocation d'une forme géométrique parfaite, une réflexion sur la structure du monde et une forme littéraire. Jeu démiurgique, réflexion géométrique et poétique sur la création et la Création, association paradoxale du rien et du tout, passage de l'infiniment grand à 20 l'infiniment petit. [...]

Que la science ait pu être si poétique et littéraire, voilà qui peut sembler difficile à admettre. La science n'est-elle pas le lieu de la froide raison, de la sobre vérité et de la preuve irréfutable ? N'exclut-elle pas par définition le jeu, l'esthétique, la littérature, la fiction, et autres inventions de l'imagination humaine ? Le flocon de Kepler vient troubler 25 cette trop simple définition. Si l'on connaît Kepler, c'est comme l'un des acteurs essentiels de la nouvelle astronomie au début du XVIIe siècle; c'est lui qui a énoncé les trois lois astronomiques qui ont permis à Newton de démontrer l'attraction universelle dans les Principia de 1687. Mais Kepler s'est aussi intéressé au secret du monde et à l'harmonie des sphères; il est l'auteur de poèmes astronomiques et de fictions lunaires. C'est cette 30 part oubliée ou méconnue de la science que l'on tente de retrouver ici, en s'intéressant justement aux origines de ce qu'on appelle la « science moderne »: le XVIIe siècle. Siècle de mathématisation du monde, mais en même temps des temps de la magie mathématique, des arts de voler, des voyages lunaires et de l'exploration des merveilles de la nature. [...]

Entre le tournant copernicien négocié par Kepler et Galilée et la rupture opérée par 35 Newton, l'astronomie reste donc une science conjecturale. Le débat cosmologique fait rage et s'appuie bien souvent sur des outils que nous ne considérons plus comme scientifiques: des récits, des images, des fictions. Ce sont de tels textes, fondamentaux mais oubliés, qui nous intéressent ici. [...]

Dans ces textes, à la fois sérieux et ludiques, scientifiques et imaginaires, se joue 40 moins une « révolution astronomique » qu'une lente acceptation de l'idée d'une Terre excentrée dans un cosmos infini. Pour saisir ces nouveaux objets de la connaissance, la vision directe ne suffit pas, l'iconographie est limitée. La bataille doit d'abord être gagnée sur le front des images. Au cosmos ancien il faut substituer un cosmos élargi, transformé, l'ordre des planètes bouleversé. Parce que l'astronomie pose des problèmes spécifiques 45 d'accessibilité, de visibilité et de crédibilité, elle rejoint des questionnements littéraires. L'inaccessibilité de l'objet considéré suppose en effet des techniques d'écriture pour décrire l'invisible et dire l'inconnu des nouveaux mondes cosmologiques. Dans ce 50 contexte, la fiction joue un rôle central car elle permet de substituer une nouvelle image mentale du cosmos à l'ancienne. Seule la fiction peut permettre de dépasser les limitations du réel observable pour trouver un point de vue nouveau d'où décrire le monde. Tel est le paradoxe: au XVIIe siècle, les textes les plus efficaces dans la transformation des représentations du cosmos sont des fictions.

(727 mots)

1 Étrenne: présent donné à l'occasion des fêtes.

Vous résumerez ce texte en 182 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 164 et au plus 200 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Nombre de mots:

Contraction terminée. Consultez la solution proposée pour comparer votre travail.

Exercice II - Sujet B.1 - Essai

Essai

B - Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX) - Parcours: Imagination et pensée au XVIIe siècle.

1.- Frédérique Aït-Touati, Contes de la lune, Essai sur la fiction et la science modernes, 2011.

1 En 1610, l'astronome Kepler offre à son protecteur et ami Wackenfels, en guise d'étrenne 1, la description d'un flocon de neige: L'Étrenne ou la neige sexangulaire. Parti à la recherche d'un présent à travers les bourrasques de la Prague hivernale, Kepler ne trouve rien. Mais ce rien est tout: un flocon de neige lui révèle la structure de l'univers. Sa 5 structure hexagonale est l'une des figures élémentaires de la matière – une « figure cosmopoétique », dit Kepler, c'est-à-dire, littéralement, « fabricatrice du monde ». En cherchant à reconnaître de telles figures géométriques dans la nature, on accède au mystère du monde et de sa construction. Ces figures, Kepler les découvre partout: dans la forme hexagonale du flocon de neige, dans les cinq figures fondamentales que président 10 à la cosmologie képlérienne et expliquent les distances entre les planètes, dans les alvéoles d'une ruche d'abeilles.

Objet infime mais crucial par sa fonction architectonique, éphémère mais permanent par sa structure géométrique, le flocon est présenté à Wackenfels sous la forme d'un éloge paradoxal, genre littéraire à la mode maniériste du temps. Sans doute, il s'agit d'un 15 divertissement, d'un jeu. Mais ce jeu, et ce rien, dissimulent la question essentielle de la construction de l'univers. L'Étrenne est donc à la fois, et indissolublement, un don, l'évocation d'une forme géométrique parfaite, une réflexion sur la structure du monde et une forme littéraire. Jeu démiurgique, réflexion géométrique et poétique sur la création et la Création, association paradoxale du rien et du tout, passage de l'infiniment grand à 20 l'infiniment petit. [...]

Que la science ait pu être si poétique et littéraire, voilà qui peut sembler difficile à admettre. La science n'est-elle pas le lieu de la froide raison, de la sobre vérité et de la preuve irréfutable ? N'exclut-elle pas par définition le jeu, l'esthétique, la littérature, la fiction, et autres inventions de l'imagination humaine ? Le flocon de Kepler vient troubler 25 cette trop simple définition. Si l'on connaît Kepler, c'est comme l'un des acteurs essentiels de la nouvelle astronomie au début du XVIIe siècle; c'est lui qui a énoncé les trois lois astronomiques qui ont permis à Newton de démontrer l'attraction universelle dans les Principia de 1687. Mais Kepler s'est aussi intéressé au secret du monde et à l'harmonie des sphères; il est l'auteur de poèmes astronomiques et de fictions lunaires. C'est cette 30 part oubliée ou méconnue de la science que l'on tente de retrouver ici, en s'intéressant justement aux origines de ce qu'on appelle la « science moderne »: le XVIIe siècle. Siècle de mathématisation du monde, mais en même temps des temps de la magie mathématique, des arts de voler, des voyages lunaires et de l'exploration des merveilles de la nature. [...]

Entre le tournant copernicien négocié par Kepler et Galilée et la rupture opérée par 35 Newton, l'astronomie reste donc une science conjecturale. Le débat cosmologique fait rage et s'appuie bien souvent sur des outils que nous ne considérons plus comme scientifiques: des récits, des images, des fictions. Ce sont de tels textes, fondamentaux mais oubliés, qui nous intéressent ici. [...]

Dans ces textes, à la fois sérieux et ludiques, scientifiques et imaginaires, se joue 40 moins une « révolution astronomique » qu'une lente acceptation de l'idée d'une Terre excentrée dans un cosmos infini. Pour saisir ces nouveaux objets de la connaissance, la vision directe ne suffit pas, l'iconographie est limitée. La bataille doit d'abord être gagnée sur le front des images. Au cosmos ancien il faut substituer un cosmos élargi, transformé, l'ordre des planètes bouleversé. Parce que l'astronomie pose des problèmes spécifiques 45 d'accessibilité, de visibilité et de crédibilité, elle rejoint des questionnements littéraires. L'inaccessibilité de l'objet considéré suppose en effet des techniques d'écriture pour décrire l'invisible et dire l'inconnu des nouveaux mondes cosmologiques. Dans ce 50 contexte, la fiction joue un rôle central car elle permet de substituer une nouvelle image mentale du cosmos à l'ancienne. Seule la fiction peut permettre de dépasser les limitations du réel observable pour trouver un point de vue nouveau d'où décrire le monde. Tel est le paradoxe: au XVIIe siècle, les textes les plus efficaces dans la transformation des représentations du cosmos sont des fictions.

(727 mots)

1 Étrenne: présent donné à l'occasion des fêtes.

Dans quelle mesure l'imagination est-elle, selon vous, un appui précieux pour la pensée scientifique et technique ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de la Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Essai terminé. Consultez la proposition de corrigé pour comparer votre argumentation.

Exercice II - Sujet B.2 - Contraction de texte

2.- Ernest Renan, L'avenir de la Science, 1860.

La science n'a fait jusqu'ici que détruire; appliquée à la nature, elle en a détruit le

charme te le mystère, en montrant des forces mathématiques là où l'imagination populaire

voyait vie, expression morale et liberté. Appliquée à l'histoire de l'esprit humain, elle a détruit

ces poétiques superstitions des individus privilégiés où se complaisait si fort l'admiration de

5 la demi-science. Appliquée aux choses morales, elle a détruit ces consolantes croyances

que rien ne remplace dans le cœur qui s'y est reposé. Quel est celui qui, après s'être livré

franchement à la science, n'a pas maudit le jour où il naquit à la pensée, et n'a pas eu à

regretter quelque chère illusion ? Pour moi, je l'avoue, j'ai eu beaucoup à regretter; oui, à

certains jours, j'aurais souhaité encore dormir avec les simples, je me serais irrité contre la

10 critique et le rationalisme si l'on s'irritait contre la fatalité.

[...]

On pourrait se demander si les sciences modernes, en déchirant le voile qui nous

dérobait les forces et les agents des phénomènes physiques, en nous montrant partout une

régularité assujettie à des lois mathématiques, et par conséquent sans mystère, ont avancé

15 la contemplation de l'univers, et servi l'esthétique, en même temps qu'elles ont servi la

connaissance de la vérité. Sans doute les impatientes investigations de l'observateur, les

chiffres qu'accumulent l'astronome, les longues énumérations du naturaliste ne sont guère

propres à réveiller le sentiment du beau: le beau n'est pas dans l'analyse; mais le beau

réel, celui qui ne repose pas sur les fictions de la fantaisie humaine, est caché dans les

20 résultats de l'analyse. Disséquer le corps humain, c'est détruire sa beauté; et pourtant, par

cette dissection, la science arrive à y reconnaître une beauté d'un ordre bien supérieur et

que la vue superficielle n'aurait pas soupçonnée. Sans doute ce monde enchanté, où a vécu

l'humanité avant d'arriver à la vie réfléchie, ce monde conçu comme moral, passionné, plein

de vie et de sentiment, avait un charme inexprimable, et il se peut que devant cette aventure

25 sévère et inflexible que nous a créée le rationalisme, quelques-uns se prennent à regretter

le miracle et à reprocher à l'expérience de l'avoir banni de l'univers. Mais ce ne peut être

que par une vue incomplète des résultats de la science. Car le monde véritable que la

science nous réserve est de beaucoup supérieur au monde fantastique créé par

l'imagination. On eût mis l'esprit humain au défi de concevoir les plus étonnantes merveilles,

30 on l'eût affranchi des limites que la réalisation impose toujours à l'idéal, qu'il n'eût pas osé

concevoir la millième partie des splendeurs que l'observation a démontrées. Nous avons

beau enfler nos conceptions, nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des

choses. N'est-ce pas un fait étrange que toutes les idées que la science primitive s'était

formées sur le monde nous paraissent étroites, mesquines, ridicules, auprès de ce qui s'est

35 trouvé véritable ? La terre semblable à un disque, à une colonne, à un cône, le soleil gros

comme le Péloponnèse ou conçu comme un simple météore s'allumant tous les jours, les

étoiles roulant à quelques lieues sur une voûte solide, des sphères concentriques, un

univers fermé, étouffant, des murailles, un cintre étroit contre lequel va se briser l'instinct de

l'infini, voilà les plus brillantes hypothèses auxquelles était arrivé l'esprit humain. Au-delà, il

40 est vrai, était le monde des anges avec ses éternelles splendeurs; mais là encore, quelles

étroites limites, quelles conceptions finies ! Le temple de notre Dieu n'est-il pas agrandi

depuis que la science a découvert l'infinité des mondes ? Et pourtant, on était libre alors de

créer des merveilles; on taillait en pleine étoffe, si j'ose le dire; l'observation ne venait pas

gêner la fantaisie; mais c'était à la méthode expérimentale, que plusieurs se plaisent à

45 représenter comme étroite et sans idéal, qu'il était réservé de nous révéler, non pas cet infini

métaphysique dont l'idée est la base même de la raison de l'homme, mais cet infini réel,

que jamais il n'atteint dans les plus hardies excursions de sa fantaisie. Disons donc sans

crainte que, si le merveilleux de la fiction a pu jusqu'ici sembler nécessaire à la poésie, le

merveilleux de la nature, quand il sera dévoilé dans toute sa splendeur, constituera une

50 poésie mille fois plus sublime, une poésie qui sera la réalité même, qui sera à la fois science

et philosophie.

(754 mots)

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 189 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 170 et au plus 208 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Nombre de mots (approximatif):

Compare ta contraction avec la proposition de correction ci-dessous.

Exercice II - Sujet B.2 - Essai

2.- Ernest Renan, L'avenir de la Science, 1860.

La science n'a fait jusqu'ici que détruire; appliquée à la nature, elle en a détruit le

charme te le mystère, en montrant des forces mathématiques là où l'imagination populaire

voyait vie, expression morale et liberté. Appliquée à l'histoire de l'esprit humain, elle a détruit

ces poétiques superstitions des individus privilégiés où se complaisait si fort l'admiration de

5 la demi-science. Appliquée aux choses morales, elle a détruit ces consolantes croyances

que rien ne remplace dans le cœur qui s'y est reposé. Quel est celui qui, après s'être livré

franchement à la science, n'a pas maudit le jour où il naquit à la pensée, et n'a pas eu à

regretter quelque chère illusion ? Pour moi, je l'avoue, j'ai eu beaucoup à regretter; oui, à

certains jours, j'aurais souhaité encore dormir avec les simples, je me serais irrité contre la

10 critique et le rationalisme si l'on s'irritait contre la fatalité.

[...]

On pourrait se demander si les sciences modernes, en déchirant le voile qui nous

dérobait les forces et les agents des phénomènes physiques, en nous montrant partout une

régularité assujettie à des lois mathématiques, et par conséquent sans mystère, ont avancé

15 la contemplation de l'univers, et servi l'esthétique, en même temps qu'elles ont servi la

connaissance de la vérité. Sans doute les impatientes investigations de l'observateur, les

chiffres qu'accumulent l'astronome, les longues énumérations du naturaliste ne sont guère

propres à réveiller le sentiment du beau: le beau n'est pas dans l'analyse; mais le beau

réel, celui qui ne repose pas sur les fictions de la fantaisie humaine, est caché dans les

20 résultats de l'analyse. Disséquer le corps humain, c'est détruire sa beauté; et pourtant, par

cette dissection, la science arrive à y reconnaître une beauté d'un ordre bien supérieur et

que la vue superficielle n'aurait pas soupçonnée. Sans doute ce monde enchanté, où a vécu

l'humanité avant d'arriver à la vie réfléchie, ce monde conçu comme moral, passionné, plein

de vie et de sentiment, avait un charme inexprimable, et il se peut que devant cette aventure

25 sévère et inflexible que nous a créée le rationalisme, quelques-uns se prennent à regretter

le miracle et à reprocher à l'expérience de l'avoir banni de l'univers. Mais ce ne peut être

que par une vue incomplète des résultats de la science. Car le monde véritable que la

science nous réserve est de beaucoup supérieur au monde fantastique créé par

l'imagination. On eût mis l'esprit humain au défi de concevoir les plus étonnantes merveilles,

30 on l'eût affranchi des limites que la réalisation impose toujours à l'idéal, qu'il n'eût pas osé

concevoir la millième partie des splendeurs que l'observation a démontrées. Nous avons

beau enfler nos conceptions, nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des

choses. N'est-ce pas un fait étrange que toutes les idées que la science primitive s'était

formées sur le monde nous paraissent étroites, mesquines, ridicules, auprès de ce qui s'est

35 trouvé véritable ? La terre semblable à un disque, à une colonne, à un cône, le soleil gros

comme le Péloponnèse ou conçu comme un simple météore s'allumant tous les jours, les

étoiles roulant à quelques lieues sur une voûte solide, des sphères concentriques, un

univers fermé, étouffant, des murailles, un cintre étroit contre lequel va se briser l'instinct de

l'infini, voilà les plus brillantes hypothèses auxquelles était arrivé l'esprit humain. Au-delà, il

40 est vrai, était le monde des anges avec ses éternelles splendeurs; mais là encore, quelles

étroites limites, quelles conceptions finies ! Le temple de notre Dieu n'est-il pas agrandi

depuis que la science a découvert l'infinité des mondes ? Et pourtant, on était libre alors de

créer des merveilles; on taillait en pleine étoffe, si j'ose le dire; l'observation ne venait pas

gêner la fantaisie; mais c'était à la méthode expérimentale, que plusieurs se plaisent à

45 représenter comme étroite et sans idéal, qu'il était réservé de nous révéler, non pas cet infini

métaphysique dont l'idée est la base même de la raison de l'homme, mais cet infini réel,

que jamais il n'atteint dans les plus hardies excursions de sa fantaisie. Disons donc sans

crainte que, si le merveilleux de la fiction a pu jusqu'ici sembler nécessaire à la poésie, le

merveilleux de la nature, quand il sera dévoilé dans toute sa splendeur, constituera une

50 poésie mille fois plus sublime, une poésie qui sera la réalité même, qui sera à la fois science

et philosophie.

(754 mots)

Essai

Le « merveilleux de la fiction » n'apporte-t-il selon vous que des erreurs à la connaissance que nous avons du monde et de nous-mêmes ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de La Fontaine, sur le texte de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « la littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Compare ta réponse avec la piste de correction ci-dessous.

Exercice II - Sujet C.1 - Contraction de texte

C - Œuvre: Voltaire, L'Ingénu - Parcours: Voltaire, esprit des Lumières

C - Œuvre: Voltaire, L'Ingénu - Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.

Albert Jacquard, Cinq Milliards d'hommes dans un vaisseau, 1987.

Les cadeaux que les hommes se sont faits les uns aux autres depuis qu'ils ont conscience d'être, et qu'ils peuvent se faire encore en un enrichissement sans limites, désignons-le par le mot « humanitude ».

En quoi consiste-t-elle ?

Leur capacité de raisonner, les hommes l'ont utilisée pour comprendre peu à peu le fonctionnement du monde qui les entoure. Au-delà des apparences, ils ont su découvrir des constances, imaginer des lois, élaborer des modèles explicatifs. Leur cerveau leur a appris à ne pas toujours croire leurs yeux. Ce qui était mystère est devenu phénomène conforme à la prévision. Grâce à la science, les hommes ont pu reculer la frontière qui sépare ce qu'ils dominent de ce qui leur échappe. Ils ont ainsi développé leur prise sur ce qui les entoure.

Leur capacité à s'émouvoir, les hommes l'ont utilisée pour forger d'étranges concepts, ainsi la beauté ou l'amour. Nous nous émerveillons devant un ciel d'été, mais il n'est beau que parce que nous le regardons. Dans cet univers qui ne sait qu'être, nous avons apporté l'émerveillement devant ce qui est. Leur capacité à prendre conscience d'eux-mêmes, les hommes l'ont utilisée pour imaginer des exigences, ainsi l'égalité, la dignité, la justice. Quelles étranges inventions ! Rien dans la nature ne nous enseigne l'égalité, ni la dignité, ni la justice. Mais nous avons, sans que l'inspiration n'en vienne d'ailleurs que de nous, déclaré un jour que nous voulions réaliser l'égalité en droit de tous les hommes.

L'humanitude, c'est ce trésor de compréhensions, d'émotions et surtout d'exigences, qui n'a d'existence que grâce à nous et sera perdu si nous disparaissons.

Les hommes n'ont d'autre tâche que de profiter du trésor d'humanitude déjà accumulé et de continuer à l'enrichir. Force est de constater qu'ils se consacrent à de tout autres objectifs.

Nous voulions faire un état des lieux de notre propriété de famille, la Terre. Le constat est effroyable. Nous avons insisté sur le scandale qu'est le gâchis humain du chômage; nous avons essayé d'être lucide face à la course folle vers le suicide nucléaire: des millions d'hommes, chaque jour, gagnent leur vie en participant à la mise au point et à la production de moyens de destruction qui ne peuvent que faire gagner la mort. Nous avons mesuré l'écart entre l'inutile abondance dilapidée par une minorité et l'insupportable misère subie par la majorité des hommes.

Notre vaisseau spatial est dans un triste état. Il peut d'un jour à l'autre exploser, il peut aussi lentement se dégrader, devenir une triste prison où des milliards d'hommes, transis par la peur les uns des autres, animés seulement par la haine, n'auront d'autre espoir que de survivre quelques années à leurs ennemis.

C'est trop absurde. Une autre voie est possible. Elle nécessite d'abord que nous sachions nous regarder lucidement les uns les autres. Bien des drames actuels viennent, dit le philosophe Lucien Sève, de ce que les hommes des autres camps n'ont pas pour nous de visage: il est tellement plus facile de traiter quelqu'un en ennemi quand nous ne voyons rien de lui. Nous vivons dès maintenant un hiver affectif préfigurant l'hiver nucléaire qui nous menace. Il faut forcer le dégel et provoquer, cela ne dépend que de nous, un printemps de regards.

Il faut aussi se débarrasser des réflexes d'agressivité dont il est ridicule de prétendre qu'ils font partie de la « nature » humaine. Les rapports entre les hommes sont nécessairement conflictuels, mais un conflit peut se résoudre autrement que par la guerre et par la destruction. Il est fort probable que, durant la plus grande partie de l'histoire de l'humanité, le recours à la guerre a été inconnu ou exceptionnel. C'est une invention récente, vieille seulement de quelque huit ou dix mille ans; elle n'a pris qu'au cours des derniers développements de nos sociétés les traits que nous lui connaissons. Ce recours n'est plus possible sans risque de suicide général. [...] Notre survie exige de nouvelles attitudes.

S'affronter, c'est être front à front, c'est-à-dire intelligence à intelligence, et non force contre force. Ce n'est plus à la guerre qu'il faut consacrer nos recherches, mais aux moyens de résoudre nos conflits en préservant la paix; c'est d'écoles de paix dont tous les États, et d'abord les plus puissants, ont besoin. Voilà la tâche de la génération qui vient: inventer la Paix.

(779 mots)

Vous résumerez ce texte en 195 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 175 et au plus 215 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Exercice II - Sujet C.1 - Essai

Essai

C - Œuvre: Voltaire, L'Ingénu - Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.

Albert Jacquard, Cinq Milliards d'hommes dans un vaisseau, 1987.

Les cadeaux que les hommes se sont faits les uns aux autres depuis qu'ils ont conscience d'être, et qu'ils peuvent se faire encore en un enrichissement sans limites, désignons-le par le mot « humanitude ».

En quoi consiste-t-elle ?

Leur capacité de raisonner, les hommes l'ont utilisée pour comprendre peu à peu le fonctionnement du monde qui les entoure. Au-delà des apparences, ils ont su découvrir des constances, imaginer des lois, élaborer des modèles explicatifs. Leur cerveau leur a appris à ne pas toujours croire leurs yeux. Ce qui était mystère est devenu phénomène conforme à la prévision. Grâce à la science, les hommes ont pu reculer la frontière qui sépare ce qu'ils dominent de ce qui leur échappe. Ils ont ainsi développé leur prise sur ce qui les entoure.

Leur capacité à s'émouvoir, les hommes l'ont utilisée pour forger d'étranges concepts, ainsi la beauté ou l'amour. Nous nous émerveillons devant un ciel d'été, mais il n'est beau que parce que nous le regardons. Dans cet univers qui ne sait qu'être, nous avons apporté l'émerveillement devant ce qui est. Leur capacité à prendre conscience d'eux-mêmes, les hommes l'ont utilisée pour imaginer des exigences, ainsi l'égalité, la dignité, la justice. Quelles étranges inventions ! Rien dans la nature ne nous enseigne l'égalité, ni la dignité, ni la justice. Mais nous avons, sans que l'inspiration n'en vienne d'ailleurs que de nous, déclaré un jour que nous voulions réaliser l'égalité en droit de tous les hommes.

L'humanitude, c'est ce trésor de compréhensions, d'émotions et surtout d'exigences, qui n'a d'existence que grâce à nous et sera perdu si nous disparaissons.

Les hommes n'ont d'autre tâche que de profiter du trésor d'humanitude déjà accumulé et de continuer à l'enrichir. Force est de constater qu'ils se consacrent à de tout autres objectifs.

Nous voulions faire un état des lieux de notre propriété de famille, la Terre. Le constat est effroyable. Nous avons insisté sur le scandale qu'est le gâchis humain du chômage; nous avons essayé d'être lucide face à la course folle vers le suicide nucléaire: des millions d'hommes, chaque jour, gagnent leur vie en participant à la mise au point et à la production de moyens de destruction qui ne peuvent que faire gagner la mort. Nous avons mesuré l'écart entre l'inutile abondance dilapidée par une minorité et l'insupportable misère subie par la majorité des hommes.

Notre vaisseau spatial est dans un triste état. Il peut d'un jour à l'autre exploser, il peut aussi lentement se dégrader, devenir une triste prison où des milliards d'hommes, transis par la peur les uns des autres, animés seulement par la haine, n'auront d'autre espoir que de survivre quelques années à leurs ennemis.

C'est trop absurde. Une autre voie est possible. Elle nécessite d'abord que nous sachions nous regarder lucidement les uns les autres. Bien des drames actuels viennent, dit le philosophe Lucien Sève, de ce que les hommes des autres camps n'ont pas pour nous de visage: il est tellement plus facile de traiter quelqu'un en ennemi quand nous ne voyons rien de lui. Nous vivons dès maintenant un hiver affectif préfigurant l'hiver nucléaire qui nous menace. Il faut forcer le dégel et provoquer, cela ne dépend que de nous, un printemps de regards.

Il faut aussi se débarrasser des réflexes d'agressivité dont il est ridicule de prétendre qu'ils font partie de la « nature » humaine. Les rapports entre les hommes sont nécessairement conflictuels, mais un conflit peut se résoudre autrement que par la guerre et par la destruction. Il est fort probable que, durant la plus grande partie de l'histoire de l'humanité, le recours à la guerre a été inconnu ou exceptionnel. C'est une invention récente, vieille seulement de quelque huit ou dix mille ans; elle n'a pris qu'au cours des derniers développements de nos sociétés les traits que nous lui connaissons. Ce recours n'est plus possible sans risque de suicide général. [...] Notre survie exige de nouvelles attitudes.

S'affronter, c'est être front à front, c'est-à-dire intelligence à intelligence, et non force contre force. Ce n'est plus à la guerre qu'il faut consacrer nos recherches, mais aux moyens de résoudre nos conflits en préservant la paix; c'est d'écoles de paix dont tous les États, et d'abord les plus puissants, ont besoin. Voilà la tâche de la génération qui vient: inventer la Paix.

(779 mots)

Quelles leçons pouvons-nous tirer aujourd'hui des idées des Lumières pour développer ces « écoles de paix » que notre survie exige selon Albert Jacquard ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice II - Sujet C.2 - Contraction de texte

Sujet C.2 - Contraction de texte

2.- André Glucksmann, Voltaire contre-attaque, 2014.

Aujourd'hui nous existons à l'heure du virtuel. La possibilité de surfer d'une information à l'autre, de répertorier les propositions, de s'accrocher aux rumeurs, de livrer les humeurs les plus volatiles, d'exprimer les plus contradictoires, d'avaler les plus grotesques, d'apprécier les plus hilarantes et de les diffuser sans frein, bref l'absence de contrôle en dernière instance par les érudits, les diplômés, les gardes-chiourmes, les curés, les parents, les tyrans, expédie l'internaute dans l'anarchie des savoirs et des opinions. Nul plan prémédité qu'on ne puisse à loisir et à l'infini renverser au gré d'une liberté qui apprend à dériver, sans savoir d'où elle vient, où elle va et comment. Connaissances et existences désorganisées, l'inattendu est aux aguets.

Les dictatures ne s'y trompent pas, qui cherchent à bloquer le pouvoir dissolvant. Ces dernières années en virent sombrer dans les filets du virtuel. « Dégage ! », le cri des révoltes « arabes » a fait le tour du monde en une fraction de seconde, certains despotes dégagèrent, d'autres prirent peur et se barricadèrent. En Chine, les utilisateurs du numérique maléfique remplissent les prisons: « Internet est devenu le principal terrain de bataille idéologique entre notre régime et les forces occidentales obscures... et il ne faut pas craindre de montrer l'épée », martèle Xi Jinping, nouveau promu à la tête du « Rêve Chinois », entendez du parti communiste. [...] Les inventions techniques et numériques contemporaines poursuivent, pour le meilleur et pour le pire, une complexité séculaire qui se moque des polices de la pensée.

S'aventurer sur la « Toile » enrichit au hasard, à l'instar des dictionnaires et des pérégrinations de Candide 6. Voilà qui n'est pas sans soulever méfiance et rejet. En son temps l'anarchie alphabétique du « dictionnaire du raisonnement » de Bayle, « premier ouvrage de ce genre où l'on puisse apprendre à penser », bouscule la Sorbonne et promet une révolution intellectuelle toujours en marche. Voltaire passe, à son tour, la limite du convenable, son Dictionnaire philosophique se veut « portatif », il précise que « ce livre n'exige pas une lecture suivie, mais à quelque endroit qu'on l'ouvre, on trouve de quoi réfléchir ».

Le lecteur de Candide croit accompagner le tour de planète en trente chapitres d'un adolescent provincial de moins en moins rangé à mesure qu'il découvre l'univers dérangé, où folklores et croyances s'entrechoquent. Il s'agit de beaucoup plus. Au-delà de l'aventure singulière, Candide esquisse un prototype d'Européen futur. Il est croqué, sans tabous, par un penseur plus hérétique que les plus hérétiques de ses contemporains. Refusant de remplacer un dieu par un autre, négligeant de lui substituer la figure de l' « homme éclairé », maître de lui-même comme de l'univers, Voltaire, dans ce conte précis, supprime, purement et simplement, question et réponse théologiennes.

Voltaire ébauche le citoyen d'une Europe à venir, devant qui les frontières éthiques et ethniques se lèvent.

L'originalité radicale de Candide ou L'Optimisme ne relève pas de la seule imagination de l'auteur et de ses traits d'esprit, même si le conte puise son efficace et sa puissance dans les raccourcis du rire. Dans le Paris des Lumières, les modèles abondent – paysan parvenu, roturiers arrivistes, valet maître de son maître, servantes éducatrices d'aristocrates mijaurées. Le brassage des conditions et des vocations s'impose du haut en bas de l'échelle sociale. À la différence des héros de Marivaux ou des agitateurs de Beaumarchais, la créature de Voltaire ne brille ni ne triomphe, elle demeure socialement parlant quelconque. Échappant à la Capitale Lumière, elle s'exempte également du progressisme de son siècle. Son aventure, fille du hasard, se dispense de tout « happy end » comme elle s'évite le mélodrame des derniers soupirs. Elle ne conclut rien et trois siècles plus tard ne perd rien de son authenticité. Candide n'établit ni ordre intérieur ni harmonie extérieure. La fable ne suture pas les blessures de l'enfance. Et, si elle appartient à son époque, c'est pour assumer, dans une fantaisiste et lointaine banlieue turque 7, la crise de la modernité.

(687 mots)

6 Candide, comme le Huron, est un personnage naïf d'un conte philosophique de Voltaire, qui est amené à explorer le monde et à le découvrir.

7 Candide termine ses aventures en Turquie, où, il s'installe pour vivre paisiblement et cultiver son jardin.

Vous résumerez ce texte en 172 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 155 et au plus 189 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Exercice II - Sujet C.2 - Essai

Sujet C.2 - Essai

2.- André Glucksmann, Voltaire contre-attaque, 2014.

Aujourd'hui nous existons à l'heure du virtuel. La possibilité de surfer d'une information à l'autre, de répertorier les propositions, de s'accrocher aux rumeurs, de livrer les humeurs les plus volatiles, d'exprimer les plus contradictoires, d'avaler les plus grotesques, d'apprécier les plus hilarantes et de les diffuser sans frein, bref l'absence de contrôle en dernière instance par les érudits, les diplômés, les gardes-chiourmes, les curés, les parents, les tyrans, expédie l'internaute dans l'anarchie des savoirs et des opinions. Nul plan prémédité qu'on ne puisse à loisir et à l'infini renverser au gré d'une liberté qui apprend à dériver, sans savoir d'où elle vient, où elle va et comment. Connaissances et existences désorganisées, l'inattendu est aux aguets.

Les dictatures ne s'y trompent pas, qui cherchent à bloquer le pouvoir dissolvant. Ces dernières années en virent sombrer dans les filets du virtuel. « Dégage ! », le cri des révoltes « arabes » a fait le tour du monde en une fraction de seconde, certains despotes dégagèrent, d'autres prirent peur et se barricadèrent. En Chine, les utilisateurs du numérique maléfique remplissent les prisons: « Internet est devenu le principal terrain de bataille idéologique entre notre régime et les forces occidentales obscures... et il ne faut pas craindre de montrer l'épée », martèle Xi Jinping, nouveau promu à la tête du « Rêve Chinois », entendez du parti communiste. [...] Les inventions techniques et numériques contemporaines poursuivent, pour le meilleur et pour le pire, une complexité séculaire qui se moque des polices de la pensée.

S'aventurer sur la « Toile » enrichit au hasard, à l'instar des dictionnaires et des pérégrinations de Candide 6. Voilà qui n'est pas sans soulever méfiance et rejet. En son temps l'anarchie alphabétique du « dictionnaire du raisonnement » de Bayle, « premier ouvrage de ce genre où l'on puisse apprendre à penser », bouscule la Sorbonne et promet une révolution intellectuelle toujours en marche. Voltaire passe, à son tour, la limite du convenable, son Dictionnaire philosophique se veut « portatif », il précise que « ce livre n'exige pas une lecture suivie, mais à quelque endroit qu'on l'ouvre, on trouve de quoi réfléchir ».

Le lecteur de Candide croit accompagner le tour de planète en trente chapitres d'un adolescent provincial de moins en moins rangé à mesure qu'il découvre l'univers dérangé, où folklores et croyances s'entrechoquent. Il s'agit de beaucoup plus. Au-delà de l'aventure singulière, Candide esquisse un prototype d'Européen futur. Il est croqué, sans tabous, par un penseur plus hérétique que les plus hérétiques de ses contemporains. Refusant de remplacer un dieu par un autre, négligeant de lui substituer la figure de l' « homme éclairé », maître de lui-même comme de l'univers, Voltaire, dans ce conte précis, supprime, purement et simplement, question et réponse théologiennes.

Voltaire ébauche le citoyen d'une Europe à venir, devant qui les frontières éthiques et ethniques se lèvent.

L'originalité radicale de Candide ou L'Optimisme ne relève pas de la seule imagination de l'auteur et de ses traits d'esprit, même si le conte puise son efficace et sa puissance dans les raccourcis du rire. Dans le Paris des Lumières, les modèles abondent – paysan parvenu, roturiers arrivistes, valet maître de son maître, servantes éducatrices d'aristocrates mijaurées. Le brassage des conditions et des vocations s'impose du haut en bas de l'échelle sociale. À la différence des héros de Marivaux ou des agitateurs de Beaumarchais, la créature de Voltaire ne brille ni ne triomphe, elle demeure socialement parlant quelconque. Échappant à la Capitale Lumière, elle s'exempte également du progressisme de son siècle. Son aventure, fille du hasard, se dispense de tout « happy end » comme elle s'évite le mélodrame des derniers soupirs. Elle ne conclut rien et trois siècles plus tard ne perd rien de son authenticité. Candide n'établit ni ordre intérieur ni harmonie extérieure. La fable ne suture pas les blessures de l'enfance. Et, si elle appartient à son époque, c'est pour assumer, dans une fantaisiste et lointaine banlieue turque 7, la crise de la modernité.

(687 mots)

6 Candide, comme le Huron, est un personnage naïf d'un conte philosophique de Voltaire, qui est amené à explorer le monde et à le découvrir.

7 Candide termine ses aventures en Turquie, où, il s'installe pour vivre paisiblement et cultiver son jardin.

À quelles conditions Internet peut-il, selon vous, nous aider à « apprendre à penser » ? (l.23)

Vous répondrez à cette question en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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