Dissertation - Sujet 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie 2023 (jour 2)

Thème : Exploiter, préserver et protéger : ressources et transformation des milieux · Tiré du sujet Jour 2 (2023)

Énoncé

Dissertation – Sujet 2

Existe-t-il, depuis le XIX e siècle, une politique française de préservation et de valorisation du patrimoine ?

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Existe-t-il, depuis le XIXe siècle, une politique française de préservation et de valorisation du patrimoine ?

Réponse : Proposition d'un plan détaillé et éléments de contenu attendus pour la dissertation : Introduction - Accroche : De la création de la fonction d'inspecteur général des monuments historiques en 1830 à l'émotion planétaire suscitée par l'incendie de Notre-Dame de Paris en 2019, la France s'est forgée une réputation d'« État culturel » pionnier dans la sauvegarde de son héritage historique. - Définitions : - *Patrimoine :* ensemble des biens matériels (monuments, œuvres, sites) et immatériels (savoir-faire, traditions) hérités du passé et préservés pour être transmis aux générations futures. - *Politique de préservation et de valorisation :* ensemble d'actions publiques concertées, juridiques, financières et institutionnelles, visant à protéger (sanctuariser, restaurer) et à mettre en valeur (ouverture au public, éducation, tourisme) ces héritages. - Cadre chronologique et spatial : La France, du XIXe siècle (choc des destructions révolutionnaires et romantisme) à nos jours. - Problématique : Comment la France a-t-elle progressivement construit, depuis le XIXe siècle, une politique patrimoniale institutionnalisée par l'État, tout en élargissant continuellement ses champs d'action et ses acteurs pour concilier protection et exploitation socio-économique ? - Annonce du plan : 1. Le XIXe siècle et l'affirmation d'un État protecteur : la naissance de la politique des monuments historiques. 2. Le XXe siècle et la démocratisation patrimoniale : institutionnalisation, extension de la notion et rôle structurant du ministère de la Culture. 3. Depuis les années 1980 : décentralisation, pluralité des acteurs et conciliation entre préservation et valorisation économique. --- I. Du XIXe au début du XXe siècle : la naissance d'une politique d'État centrée sur les « monuments historiques » - A. Le traumatisme des destructions révolutionnaires et l'essor du romantisme. - « Vandalisme » dénoncé par l'abbé Grégoire sous la Révolution ; pillage et dégradation des biens de l'Église et de la monarchie. - Redécouverte du Moyen Âge par les écrivains romantiques (Victor Hugo et *Notre-Dame de Paris*, 1831 : « Guerre aux démolisseurs ! »). - B. L'institutionnalisation sous la monarchie de Juillet : l'État prend l'initiative. - Création du poste d'inspecteur général des monuments historiques en 1830 (Ludovic Vitet, puis Prosper Mérimée). - Publication de la première liste de monuments classés en 1840 (plus de 1000 édifices). - Théories et chantiers de restauration : Eugène Viollet-le-Duc (Carcassonne, Notre-Dame, Vézelay), illustrant une volonté d'achever et de magnifier le monument. - C. L'aboutissement juridique : la grande loi de 1913. - Loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, instaurant les concepts de classement et d'inscription, prévalant sur le droit de propriété privée au nom de l'intérêt public. --- II. Le XXe siècle : l'élargissement de la notion de patrimoine et la centralisation culturelle républicaine - A. André Malraux et l'impulsion du ministère des Affaires culturelles (1959). - Volonté de démocratisation culturelle et de protection active des ensembles urbains anciens. - Loi Malraux de 1962 sur les secteurs sauvegardés (ex. le quartier du Marais à Paris, Lyon) : le patrimoine ne se limite plus au monument isolé mais englobe le tissu urbain. - B. Un élargissement thématique sans précédent à partir des années 1970-1980. - Intégration du patrimoine industriel (anciennes mines du Nord-Pas-de-Calais, salines d'Arc-et-Senans), rural, maritime, puis du patrimoine immatériel (gastronomie, savoir-faire d'artisanat d'art). - Sensibilisation populaire : lancement des Journées du Patrimoine en 1984 par Jack Lang (succès populaire massif décliné au niveau européen). - C. Le patrimoine comme vecteur du rayonnement géopolitique de la France. - Inscription précoce de nombreux biens français au patrimoine mondial de l'UNESCO dès 1979 (Versailles, Mont-Saint-Michel, Vézelay, Chartres). - Diplomatie d'influence par le patrimoine (muséodiplomatie : Louvre Abu Dhabi, restauration du patrimoine mondial en danger via l'ALIPH). --- III. Aujourd'hui : nouveaux acteurs, tensions entre préservation et mise en valeur marchande - A. Décentralisation et diversification des acteurs de la politique patrimoniale. - Lois de décentralisation (années 1980 et suivantes) : rôle accru des régions, départements et communes dans le financement et la gestion des musées et sites historiques. - Recours croissant au mécénat privé, aux fondations (Fondation du Patrimoine créée en 1996) et au financement participatif (Mission Stéphane Bern et « Loto du Patrimoine » depuis 2018). - B. Les tensions entre valorisation touristique et impératif de conservation. - Le patrimoine au cœur de l'attractivité touristique de la France (première destination touristique mondiale). - Risques du surtourisme (« disneylandisation », dégradation des sites fragiles comme le Mont-Saint-Michel ou les calanques), justifiant des jauges d'accès et des fermetures (ex. répliques de Lascaux pour préserver la grotte originelle). - C. Les débats patrimoniaux contemporains. - Polémiques mémorielles et architecturales (reconstruction à l'identique de la flèche de Notre-Dame de Paris vs geste contemporain). - Restitution des biens culturels acquis pendant la colonisation (rapport Sarr-Savoy en 2018 et premières restitutions au Bénin et au Sénégal). --- Conclusion - Bilan : Il existe indiscutablement une politique française cohérente et volontariste de préservation et de valorisation depuis près de deux siècles. Initiée par un État régalien soucieux de forger l'identité nationale, elle s'est démocratisée et élargie pour devenir un pilier de la cohésion sociale et de l'économie territoriale. - Ouverture : Face aux défis du dérèglement climatique et aux coûts colossaux d'entretien, la politique patrimoniale française doit aujourd'hui réinventer ses modèles économiques et écologiques de gestion.

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