Sujet 3 · Bac STMG Philosophie Nouvelle-Calédonie session normale 2025
Thème : La justice · Tiré du sujet Session normale (2025)
Énoncé
Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants.
Sujet 3
Expliquer le texte suivant:
Si l'on pouvait concevoir une injustice commise qui n'eût pas pour corrélatif 1 une injustice soufferte, l'État n'aurait logiquement pas à l'interdire. À l'inverse, aux yeux de la morale, l'objet à considérer, c'est la volonté, l'intention; il n'y a pour elle que cela de réel; selon elle, la volonté bien déterminée de commettre l'injustice, fût-elle arrêtée et mise à néant, si elle ne l'est que par une puissance extérieure, équivaut entièrement à l'injustice accomplie; celui qui l'a conçue, la morale le condamne du haut de son tribunal comme un être injuste. Au contraire, l'État n'a nullement à se soucier de la volonté, ni de l'intention en elle-même; il n'a affaire qu'au fait (soit accompli, soit tenté), et il le considère chez l'autre terme de la corrélation, chez la victime; pour lui donc il n'y a de réel que le fait, l'événement. Si parfois il s'enquiert de l'intention, du but, c'est uniquement pour expliquer la signification du fait. Aussi l'État ne nous interdit pas de nourrir contre un homme des projets incessants d'assassinat, d'empoisonnement, pourvu que la peur du glaive 2 et de la roue 3 nous retienne non moins incessamment et tout à fait sûrement de passer à l'exécution. L'État n'a pas non plus la folle prétention de détruire le penchant des gens à l'injustice, ni les pensées malfaisantes; il se borne à placer, à côté de chaque tentation possible, propre à nous entraîner vers l'injustice, un motif plus fort encore, propre à nous en détourner; et ce second motif, c'est un châtiment 4 inévitable.
Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, 1819.
1 corrélatif: complément nécessaire.
2 glaive: épée.
3 roue: moyen de torture utilisé comme châtiment.
4 châtiment: peine sévère infligée pour une faute commise.
Rédaction de la copie
Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l'explication de texte. Il peut:
soit répondre dans l'ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);
soit suivre le développement de son choix (option n°2).
Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l'option n°1
A. Éléments d'analyse
1. D'un point de vue moral, pourquoi peut-on dire que l'intention de commettre l'injustice « équivaut entièrement à l'injustice accomplie » ?
2. En quoi le point de vue de l'État s'oppose-t-il à celui de la morale ?
3. D'après le texte, à quoi se limite le rôle de l'État pour garantir la justice ?
B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l'auteur tente de répondre dans ce texte ?
2. Dégager les différents moments de l'argumentation.
3. En prenant appui sur les éléments précédents, dégager l'idée principale du texte.
C. Commentaire
1. À quoi mesure-t-on l'injustice, d'après le texte: l'intention du coupable ou le préjudice subi par la victime ?
2. Une punition juste doit-elle chercher à rendre les hommes meilleurs ?

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Expliquer le texte suivant (Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, 1819).
Réponse : Une explication de texte structurée pourrait suivre ce plan : A. Éléments d'analyse 1. D'un point de vue moral, l'intention équivaut à l'injustice accomplie parce que la morale juge la volonté elle-même : vouloir commettre une injustice, c'est déjà adopter en soi la disposition injuste, indépendamment du résultat extérieur. Que l'acte soit empêché par une cause externe ne change rien à la qualité morale de l'agent, puisque ce qui est moralement réel, c'est la détermination intérieure de la volonté, non l'effet produit dans le monde. 2. Le point de vue de l'État s'oppose à celui de la morale car l'État ne s'intéresse pas à l'intention en elle-même mais uniquement au fait, à l'événement extérieur et à son résultat (l'injustice réellement subie par une victime). L'intention n'intéresse l'État que comme moyen d'expliquer ou de qualifier le fait, jamais comme objet de jugement en soi. 3. Le rôle de l'État se limite à dissuader, par la menace d'un châtiment inévitable, le passage à l'acte : il ne prétend pas supprimer le penchant à l'injustice ni les pensées malveillantes, mais seulement opposer à chaque tentation un motif plus fort (la peur de la peine) qui empêche sa réalisation effective. B. Éléments de synthèse 1. La question à laquelle répond le texte est : quelle est la différence entre le jugement moral et le jugement juridique (étatique) de l'injustice, et sur quoi repose la fonction du châtiment légal ? 2. Moments de l'argumentation : (1) l'État ne peut interdire une injustice sans victime réelle ; (2) la morale juge l'intention, la volonté, indépendamment du résultat ; (3) l'État ne juge que le fait accompli ou tenté, jamais l'intention pour elle-même ; (4) la fonction du châtiment est de dissuader par la peur, non de supprimer les mauvaises pensées. 3. Idée principale : alors que la morale évalue la pureté ou l'impureté de la volonté, l'État, lui, n'a affaire qu'aux faits et n'agit que préventivement, en opposant au désir de nuire la crainte d'un châtiment certain, sans chercher à transformer intérieurement les individus. C. Commentaire 1. D'après le texte, l'État mesure l'injustice au préjudice subi par la victime (le fait, l'événement), non à l'intention du coupable, contrairement à la morale qui juge la volonté. On peut discuter cette distinction : le droit pénal moderne tient compte de l'intention (préméditation, tentative) pour graduer la peine, ce qui nuance la position de Schopenhauer. 2. Une punition juste doit-elle chercher à rendre les hommes meilleurs ? Selon Schopenhauer, non : le châtiment n'a pas pour but moral d'amender le coupable, mais seulement de dissuader par la crainte (position proche de celle de Beccaria, pour qui la certitude de la peine importe plus que sa sévérité). On peut discuter cette thèse en la confrontant aux conceptions qui font de la peine un remède pour l'âme (Platon, Gorgias) ou aux théories contemporaines de la réinsertion, qui font du châtiment un moyen d'améliorer moralement le condamné et de prévenir la récidive par la transformation intérieure plutôt que par la seule peur.
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