Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Nouvelle-Calédonie session normale 2025

Thème : Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2025)

Énoncé

1- Commentaire de texte [20 points]

Objet d'étude: le roman et le récit du Moyen-Âge au XXIe siècle

Texte: Mariette Navarro, Ultramarins, 2021.

Un bateau cargo de marchandises fait route vers les Antilles. L'équipage composé de vingt marins de nationalités diverses décide un jour de s'offrir une baignade en pleine mer.

Ils glissent dans l'eau.

Pointe des pieds puis corps entier, douleur vive de la fraîcheur et du sel qui brûle comme s'il était plus cuisant au contact des peaux. Cages thoraciques compressées par l'immense océan: on dirait que la masse énorme, et par endroits 5 grise, ne se laisse pas pénétrer si facilement, il n'y a qu'à voir comment, depuis le départ, elle referme systématiquement l'eau derrière le cargo qui pourtant met toute sa force pour la fendre. On ne la déchire pas comme un tissu, on n'y laisse pas d'empreinte comme dans le sable ou dans la neige. En y plongeant, on se condamne à l'invisibilité.

10 En glissant, ils se demandent s'ils peuvent tous ressentir la même chose, si l'océan joue aussi ce rôle-là, de relier les esprits entre eux quand les corps s'y ébattent 1, de conduire les impressions comme la foudre. Au moment de toucher l'eau, ils forment une équipe dans l'exaltation 2, pour un peu ça illuminerait les profondeurs marines, ce courant qu'ils ont l'impression de faire jaillir de chacun de leurs gestes.

15 Ils sont sans envie de bravoure, sans aucune idée de l'heure qui suit. On dirait qu'il leur faut la première claque de l'eau pour faire ce voyage au présent. Ils sont sans intention de rien, on verra bien le geste qui arrive le premier pour les faire flotter comme ils peuvent, pour prendre ce qu'il faut de champ 3 dans le rond déformé par la nage. On verra bien si le souffle suit, si le silence tétanise 4, si l'euphorie 5 dans ce cas peut faire 20 office de nageoires.

À chacun son image secrète de liberté, à chacun son choc en changeant d'élément. On voit sous leurs paupières passer des paysages, des vacances d'enfance, des plaines si vastes qu'on les croit préhistoriques, des pluies de déluge, des vélos lancés sous des soleils de plomb, des maisons minuscules cachées dans 25 les rochers, des champs de tournesols et des champs de colza, des plages, des épices, des cabanes.

Voilà les visages extatiques 6, abandonnés, les corps arqués 7 par le plaisir. Et chacun sait que c'est dans sa langue que la mer est la mer et l'océan, puissant.

On voit de quoi chacun est fait à sa façon d'entrer dans l'eau, les bleus sous la 30 peau, les bosses oubliées, les dos abîmés. On reconnaît la jeunesse élastique ou les muscles éprouvés, les chairs aimées, caressées, et les corps que depuis trop longtemps on délaisse. Ce n'est pas tout à fait la même ouverture que chacun dessinera à la surface: tous ne portent pas le même poids.

Ils glissent pourtant sans choc, sans brasser d'eau plus qu'il ne faut, c'est à 35 peine si un peu d'écume se forme autour des cuisses quand les jambes s'agitent. En une seconde ils sont sous l'eau, les cheveux méduses, enfin livrés à autre chose qu'aux embruns 8, ondulent, libèrent de leur pression les crânes, ne pèsent plus rien.

L'eau dans les oreilles est un bourdonnement inédit, on dirait. Ils piquent en nageant un mètre ou deux en profondeur, entendent leur cœur battre aux tempes, 40 perçoivent une sorte de silence. Ils ont quitté les sons de la terre et de la surface, ils découvrent la musique de leur propre sang, tambour jusqu'à la liesse 9, percussion jusqu'à la transe 10. Son noir des apnées, symphonie des apesanteurs.

1. S'y ébattent: y bougent librement, s'y défoulent.

2. Exaltation: état de surexcitation.

3. Prendre du champ: s'éloigner.

4. Tétanise: fige, paralyse.

5. Euphorie: sentiment de bien-être, de sérénité, d'épanouissement physique, spirituel.

6. Extatiques: exprimant un bonheur extrême.

7. Arqués: cambrés, tendus comme des arcs.

8. Embruns: pluie fine portée par l'air marin.

9. Liesse: grande joie collective.

10. Transe: état d'exaltation d'une personne qui se sent comme transportée hors d'elle-même et en communion avec un au-delà.

Vous ferez le commentaire de ce texte en vous aidant des pistes suivantes:

La diversité des sensations suscitées par la baignade.

Le lien mystérieux qui s'établit entre soi, les autres et le monde.

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Nouvelle-Calédonie session normale 2025

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous ferez le commentaire de ce texte en vous aidant des pistes suivantes : - La diversité des sensations suscitées par la baignade. - Le lien mystérieux qui s'établit entre soi, les autres et le monde.

Réponse : Proposition d'organisation du commentaire composé : Introduction : - Accroche : Le motif du voyage maritime dans le roman contemporain, renouvelé par une expérience sensorielle et métaphysique. - Présentation de l'autrice et de l'œuvre : Mariette Navarro, poétesse et dramaturge, publie en 2021 son premier roman, *Ultramarins*. Elle y met en scène l'équipage d'un cargo qui s'accorde une halte exceptionnelle en haute mer. - Situation du passage : Vingt marins plongent en pleine mer. Ils abandonnent provisoirement le navire pour une immersion hors du temps et des contraintes. - Problématique : En quoi cette baignade improvisée constitue-t-elle une expérience initiatique où la métamorphose sensorielle réinvente les liens entre les êtres et avec l'immensité ? - Annonce du plan : 1. Une immersion sensorielle totale : du choc physique à la délivrance en apesanteur. 2. Une communion paradoxale : l'affirmation des singularités intimes unies dans un même souffle cosmique. --- Axe 1 : Une immersion sensorielle totale, entre violence et délivrance 1. La violence du premier contact et la résistance des éléments : - Sensation tactile aiguë : « douleur vive de la fraîcheur », le sel qui « brûle comme s'il était plus cuisant au contact des peaux » (paradoxe du froid qui brûle). - L'oppression corporelle et l'hostilité apparente de l'eau : « Cages thoraciques compressées », « la masse énorme [...] ne se laisse pas pénétrer si facilement ». - L'inflexibilité de l'océan, qui « referme systématiquement l'eau » et condamne « à l'invisibilité » : on ne peut y laisser de trace, contrairement au sable ou à la neige. 2. L'abolition des repères spatio-temporels : - Plongée dans un pur présent : « sans aucune idée de l'heure qui suit », « faire ce voyage au présent ». La « claque de l'eau » agit comme un réveil. - Abandon de toute maîtrise : « sans envie de bravoure », « sans intention de rien ». Le futur incertain « on verra bien » est répété. Les marins s'en remettent aux réflexes élémentaires (« flotter comme ils peuvent »), et l'« euphorie » pourrait « faire office de nageoires ». 3. De la pesanteur terrestre à l'apesanteur régénératrice : - Fluidité retrouvée : reprise du verbe « glissent », entrée « sans choc », métaphore des « cheveux méduses ». - Soulagement physique des contraintes terrestres : « libèrent de leur pression les crânes, ne pèsent plus rien ». - L'expérience sonore intérieure : on passe des sons de la surface au « silence » et au « bourdonnement inédit ». Le corps devient musique : « musique de leur propre sang », « tambour », « percussion », « symphonie des apesanteurs ». L'oxymore « Son noir des apnées » couronne cette synesthésie. --- Axe 2 : Une expérience métaphysique, entre singularité intime et communion universelle 1. Le réveil de l'intime et de la mémoire individuelle : - L'anaphore « à chacun » met en valeur l'irréductibilité de l'expérience intérieure (« image secrète de liberté »). - Les réminiscences surgissent « sous leurs paupières » de façon onirique. Une longue énumération de souvenirs terriens fait voyager le lecteur : « vacances d'enfance », « plaines si vastes qu'on les croit préhistoriques », « vélos lancés », « champs de tournesols », « épices », « cabanes ». - Les corps et leurs histoires se dévoilent : « les bleus sous la peau », « les dos abîmés », « la jeunesse élastique ou les muscles éprouvés », « les corps que depuis trop longtemps on délaisse ». L'eau révèle chacun tel qu'il est : « tous ne portent pas le même poids ». - La diversité des langues est soulignée : « c'est dans sa langue que la mer est la mer ». Elle rappelle les nationalités variées de l'équipage. 2. Une communion collective presque mystique : - L'interrogation initiale porte sur un sentiment partagé : « s'ils peuvent tous ressentir la même chose », l'océan pourrait « relier les esprits entre eux ». - La métaphore électrique traduit cette connexion : « conduire les impressions comme la foudre », « ce courant », « illuminerait les profondeurs marines ». - Les marins « forment une équipe dans l'exaltation ». Le lexique de l'extase et de la fête collective domine : « visages extatiques », « corps arqués par le plaisir », « liesse », « transe ». Les notes de l'auteur précisent d'ailleurs que la transe est une « communion avec un au-delà ». - Le pronom « ils » et l'indéfini « on » fondent les individus dans un sujet collectif. Le regard du narrateur (« On voit ») englobe le groupe. 3. La fusion avec le monde et l'élément marin : - L'océan est personnifié en force puissante et souveraine (« l'immense océan », « l'océan, puissant »). Il est à la fois hostile et accueillant. - « Changer d'élément » apparaît comme une métamorphose. Les hommes deviennent créatures marines : « nageoires », « cheveux méduses ». - Le passage du monde terrestre au monde aquatique constitue une renaissance, un retour à une harmonie originelle (« préhistoriques », « déluge »). Le corps s'accorde au rythme du cosmos. - L'écriture poétique épouse ce mouvement : phrases nominales, rythmes amples puis brefs, parallélismes (« tambour jusqu'à la liesse, percussion jusqu'à la transe »). Le texte s'achève sur une musique pure. --- Conclusion : - Bilan : La baignade, d'abord vécue comme un choc violent, devient une expérience de délivrance et de grâce. La prose poétique de Navarro mobilise tous les sens : toucher, vue, ouïe. Elle fait de cette parenthèse un moment d'extase où chaque marin retrouve son intimité tout en communiant avec les autres et avec l'océan. - Ouverture : On peut rapprocher ce passage de la mer comme espace de liberté et d'ivresse chez Baudelaire (« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! ») ou dans « Le Bateau ivre » de Rimbaud. On peut aussi annoncer l'étrangeté qui gagne ensuite le récit d'*Ultramarins*, comme si l'équipage était revenu changé de cette baignade.

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.