Exercice Étude critique de document · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Nouvelle-Calédonie 2023 (jour 2)

Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Jour 2 (2023)

Énoncé

DEUXIÈME PARTIE

Le candidat traite l'étude critique de document(s) suivante

Étude critique de document: Le contrôle du cyberespace

Consigne

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, expliquez les objectifs et les actions des États dans le cyberespace.

DOCUMENT 1

« La gouvernance du cyberespace fait l'objet de multiples définitions, qui recouvrent à la fois la gouvernance de l'internet (son fonctionnement, ses protocoles, son architecture, ses noms de domaines) et une gouvernance sur l'internet (gestion des contenus, infractions, liberté d'expression). Cette gouvernance est complètement décentralisée, elle s'organise dans de multiples forums où participent toutes les parties prenantes (société civile, communauté technique, secteur privé, gouvernements). Les réseaux sont possédés et administrés pour l'essentiel par le secteur privé. Pour autant, le cyberespace n'échappe pas aux lois des États-nations et au principe de souveraineté, mais il oblige à le repenser.

Le cyberespace n'est pas un espace de non-droit. Bien au contraire, il est soumis à un enchevêtrement de juridictions et de souverainetés nationales. Les États peuvent faire appliquer leurs lois sur leur territoire et, donc, sur les infrastructures physiques, les personnes, les entreprises basées sur leur territoire mais la mise en œuvre peut s'avérer complexe. L'exercice de la souveraineté est compliqué par la possibilité d'opérer à distance – les criminels et les preuves peuvent se trouver dans un autre pays –, l'extrême volatilité des preuves, ou encore l'utilisation de plates-formes (Google, Weibo, Facebook, Twitter), basées à l'étranger, sur lesquelles l'État n'a pas d'autorité. Les procédures de coopération internationale s'avèrent souvent trop lentes pour être efficaces.

Les récentes décisions de la Cour de justice de l'Union européenne et les initiatives législatives en matière de protection des données montrent que les États européens, fortement dépendants aux plates-formes américaines, cherchent à réaffirmer leur souveraineté. Dans le contexte de la lutte anti-terroriste, de nombreux États ont mis en place des procédures d'accès, de blocage et de surveillance sur les réseaux. La Chine a développé des stratégies dynamiques de contrôle des accès et des contenus sur « son cyberespace », qu'elle considère comme un domaine de souveraineté. La Russie a même donné un nom à ce qu'elle se représente comme son Internet souverain, le « RuNet ».

Le cyberespace est aussi soumis aux règles du droit international, même si les modalités restent encore à définir. Ce principe a été acté dans le rapport du Groupe des experts gouvernementaux de l'ONU, ainsi qu'au G20 et au G7. Des normes de comportement responsable des États – certes non contraignantes – et des mesures de confiance ont également été adoptées par les États, pour réguler cet espace et prévenir le risque d'escalade des conflits.

Les réseaux qui constituent le cyberespace sont partagés entre une multiplicité d'acteurs, des individus, des organisations politiques, des hackers, des militants, des entreprises, des gouvernements, des terroristes, des militaires. Ils sont omniprésents dans tous les aspects de notre vie quotidienne, notre économie et nos sociétés. De ce fait, des enjeux et des risques émergent dans tous les domaines. Les nouveaux services en ligne bouleversent les équilibres économiques et menacent des secteurs entiers; les cyberattaques sont de plus en plus nombreuses, ciblées et sophistiquées et menacent la sécurité des infrastructures vitales et des citoyens; les entreprises peuvent voir leurs données volées, divulguées, détruites ou leurs installations sabotées à distance; les individus sont exposés à l'exploitation de leurs données personnelles et de leur intimité par des gouvernements ou des entreprises; les policiers et les juges font face au défit du chiffrement des communications en ligne par des terroristes et des criminels; les militaires risquent de voir leurs capacités opérationnelles affectées par des actions de sabotage, de manipulation de l'information ou d'influence »

Source: Frédérick DOUZET, « le cyberespace, un enjeu majeur de géopolitique », site Internet, INA, la revue des médias, 1er juillet 2016 [en ligne consulté le 22/09/2022].

DOCUMENT 2

Les points clés de la cyberdéfense au ministère des Armées

1 Incubateur civilo-militaire: lieu réunissant des acteurs de l'innovation (des militaires, des universitaires, des start-ups et des PME). 2 LPM: loi de programmation militaire

Source: Ministère des Armées, site Internet [en ligne, consulté le 22/09/2022].

Réponse enregistrée. Consultez la solution proposée ci-dessous.

Énoncé: Exercice Étude critique de document · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Nouvelle-Calédonie 2023 (jour 2)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, expliquez les objectifs et les actions des États dans le cyberespace.

Réponse : Introduction : Le cyberespace désigne l'ensemble des réseaux numériques interconnectés : couche physique (câbles, serveurs), couche logique (protocoles, logiciels) et couche informationnelle (contenus, données). La souveraineté numérique est la capacité d'un État à y faire respecter ses lois et à y défendre ses intérêts. Le document 1 est un article de Frédérick Douzet, géopolitologue spécialiste du cyberespace, publié en 2016 par la revue des médias de l'INA. Le document 2 est une infographie du ministère des Armées, consultée en 2022, qui présente la cyberdéfense française. Problématique : comment les États cherchent-ils à réaffirmer leur souveraineté et leur sécurité dans un espace par nature décentralisé et transnational ? I. Un espace difficile à maîtriser qui oblige les États à repenser leur souveraineté - Un espace décentralisé et multi-acteurs (société civile, secteur privé, gouvernements, hackers, terroristes, militaires), possédé surtout par des entreprises privées souvent étrangères comme Google ou Facebook (document 1). On peut évoquer les GAFAM et la gouvernance de l'ICANN. - Des obstacles à l'exercice de la souveraineté : action à distance, volatilité des preuves, plates-formes basées à l'étranger, lenteur de la coopération internationale (document 1). - Des menaces croissantes, qui touchent plusieurs domaines (document 1) : - économiques ; - sécuritaires : cyberattaques contre les infrastructures vitales ; - individuelles : exploitation des données ; - judiciaires : chiffrement ; - militaires : sabotage, manipulation de l'information. - Connaissances : la cyberattaque contre l'Estonie en 2007, Stuxnet contre l'Iran en 2010, NotPetya en 2017. II. Les objectifs des États : réaffirmer leur souveraineté et sécuriser le cyberespace - Contrôler leur espace numérique : la Chine contrôle les accès et les contenus (« Grande Muraille numérique »), la Russie construit un « RuNet » souverain (loi de 2019). L'UE réaffirme sa souveraineté face aux plates-formes américaines par les arrêts de la CJUE (Schrems, 2015 et 2020) et le RGPD (2018) (document 1). - Assurer la sécurité nationale et lutter contre le terrorisme : procédures d'accès, de blocage et de surveillance des réseaux (document 1). Les révélations d'Edward Snowden en 2013 ont montré l'ampleur de la surveillance de la NSA. - Encadrer le cyberespace par le droit international : le principe a été acté par le Groupe d'experts gouvernementaux de l'ONU, au G20 et au G7. Les États ont aussi adopté des normes de comportement responsable, non contraignantes, et des mesures de confiance pour prévenir l'escalade (document 1). On peut citer l'Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace (2018). III. Des actions concrètes : l'exemple de la cyberdéfense française - Le document 2 présente quatre piliers : - une mission de vision à 360° des systèmes numériques du ministère des Armées ; - des moyens humains : 3 400 cybercombattants en 2020, dont 270 réservistes, et un objectif de 4 500 en 2025, dont 465 pour la réserve cyber ; - des infrastructures dédiées à Paris et à Rennes, dont l'incubateur civilo-militaire « cyberdéfense factory » ; - un budget de 1,6 Md€ pour 2019-2025 dans le cadre de la LPM. - Connaissances : la création du COMCYBER en 2017, le rôle de l'ANSSI (2009), une doctrine de lutte informatique offensive assumée depuis 2019. - Regard critique : le document 2 est une source institutionnelle de communication, valorisante et sans chiffres comparatifs. L'effort français reste modeste face aux moyens des États-Unis (US Cyber Command, NSA) ou de la Chine. Le document 1 date de 2016 et ne reflète pas les évolutions récentes, comme la guerre en Ukraine ou le DSA et le DMA européens. Conclusion : Le cyberespace n'est pas un espace de non-droit, mais un nouveau territoire de rivalités où les États cherchent à imposer leur souveraineté. Ils le font par le contrôle des contenus, la protection des données, la surveillance et la cyberdéfense, ainsi que par la recherche de normes internationales. Leurs approches divergent toutefois : modèle autoritaire fermé (Chine, Russie), régulation européenne, puissance américaine appuyée sur ses entreprises. Cette fragmentation, le « splinternet », fait du cyberespace un enjeu géopolitique majeur.

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