Épreuve composée - Sujet B - Deuxième partie · Bac Sciences Économiques et Sociales Mayotte-Liban 2022 (jour 2)
Thème : Sources et défis de la croissance économique · Tiré du sujet Jour 2 (2022)
Énoncé
Deuxième partie: Raisonnement s'appuyant sur un dossier documentaire
(10 points)
Cette partie comporte trois documents.
Sujet: À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les institutions jouent un rôle dans la croissance économique.
DOCUMENT 1
Dépenses de R&D (en % du PIB) et PIB par habitant (en dollars constants de 2010)
· Dépenses privées et publiques de recherche et développement (% du PIB) · PIB par habitant (en dollars constants de 2010)
Pays · 1996 · 2016 · 1996 · 2016
Chine · 0,56 · 2,11 · 1 332 · 6 884
Allemagne · 2,14 · 2,93 · 34 967 · 45 960
France · 2,22 · 2,25 · 34 276 · 42 055
Singapour · 1,32 · 2,22 · 30 414 · 54 765
États-Unis · 2,44 · 2,77 · 39 356 · 52 534
1: Dépenses de R&D: les dépenses de recherche et développement (R&D) sont des dépenses courantes en capital (privées et publiques). La R&D regroupe la recherche de base, la recherche appliquée et le développement expérimental.
Source: Banque mondiale, 2020.
DOCUMENT 2
Les pays pauvres ont accès à la majeure partie du savoir technique qui existe. Dans ces pays, le progrès technique résulte davantage d'un processus d'imitation que d'un processus d'innovation: la question est d'y adapter les technologies disponibles à l'étranger. Lorsque l'on observe la Chine [...], cela paraît facile. Dès lors, pourquoi tant d'autres pays se révèlent-ils incapables de mettre en œuvre un tel processus ? [...] La plupart des économistes pensent que la principale source du problème [...] réside dans de mauvaises institutions. [...] La protection des droits de propriété pourrait être la plus importante. [...] En pratique, qu'entend-on par « protection des droits de propriété » ? Tout d'abord, un bon système politique dans lequel les dirigeants ne peuvent pas saisir les propriétés de leurs citoyens. Ensuite, un bon système judiciaire qui permet de trancher efficacement et rapidement les différends. [...] Cela comprend des lois claires et bien appliquées sur les brevets, afin que les entreprises soient incitées à faire de la recherche et développer de nouveaux produits. [...] Il reste cependant une question essentielle: pourquoi les pays pauvres n'adoptent pas ces bonnes institutions ? [...] Il est probable que la causalité aille dans les deux sens: un faible niveau de protection des droits de propriété réduit le PIB par tête. Mais il est également vrai qu'un faible niveau de PIB par tête entraîne une mauvaise protection des droits de propriété: les pays pauvres n'ont souvent pas les moyens d'instaurer un système judiciaire efficace. [...] Dès lors, améliorer les institutions et entrer dans un cercle vertueux [...] est souvent très difficile.
Source: Olivier BLANCHARD et Daniel COHEN, Macroéconomie, 2017.
DOCUMENT 3
La corruption (l'abus d'une charge publique à des fins personnelles) nuit à l'activité de l'État et compromet les chances de parvenir à une croissance économique durable et inclusive. La corruption permet à certaines personnes de se soustraire aux impôts, tandis que d'autres finissent souvent par en payer plus. Les pertes de recettes peuvent également entraver la capacité de l'État à réaliser des dépenses sociales. En outre, la qualité des services publics et des infrastructures est réduite lorsque les décisions des pouvoirs publics sont [motivées] par les pots-de-vin ou le népotisme. De surcroît, la corruption [limite] la confiance envers l'État et peut provoquer une instabilité sociale et politique.
[...] Les pays qui ont réussi à enrayer substantiellement la corruption ont été récompensés par une hausse des recettes fiscales en proportion du PIB (de 13 points de pourcentage en Géorgie et de 6 points de pourcentage au Rwanda). Les données indiquent aussi que la corruption altère la manière dont les gouvernants utilisent les deniers publics. Les pays moins corrompus consacrent une part plus importante de ressources aux dépenses sociales (par exemple, parmi les pays à faible revenu, la proportion du budget consacré à l'éducation et à la santé est inférieure d'un tiers dans les pays très corrompus). Par ailleurs, les pays plus corrompus dépensent excessivement pour la construction de routes et d'hôpitaux et leurs élèves obtiennent des notes plus faibles aux examens.
Source: Fonds Monétaire International, « Freiner la corruption », Moniteur des finances publiques, avril 2019.
1: Croissance inclusive: croissance qui permet de réduire les inégalités sociales au sein d'un pays.
2: Népotisme: système politique dans lequel les dirigeants favorisent les membres de leur famille en leur octroyant des pouvoirs et des postes alors qu'ils n'ont pas les compétences pour les remplir.
3: Deniers publics: fonds qui appartiennent à des organismes publics.
Réponse enregistrée. Consultez la solution proposée ci-dessous.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Sujet : À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que les institutions jouent un rôle dans la croissance économique.
Réponse : Introduction : La croissance économique désigne l'augmentation soutenue, sur une longue période, de la production de richesses d'un pays, mesurée par le PIB. Elle dépend de l'accumulation des facteurs de production (travail, capital) et du progrès technique. Elle dépend aussi des institutions, c'est-à-dire des règles formelles (droit, justice, fiscalité, brevets) et informelles qui encadrent les comportements économiques (D. North). Nous montrerons que les institutions favorisent la croissance en stimulant l'innovation et l'investissement (I). Nous montrerons ensuite qu'elles conditionnent l'efficacité de l'action publique, qu'une mauvaise qualité institutionnelle, comme la corruption, dégrade (II). I. Des institutions protégeant les droits de propriété stimulent l'investissement, l'innovation et donc la croissance. Selon le document 2 (Blanchard et Cohen), dans les pays pauvres, le progrès technique repose surtout sur l'imitation des technologies étrangères. Beaucoup de pays échouent pourtant à l'organiser, à cause de mauvaises institutions. La protection des droits de propriété suppose plusieurs choses : - un système politique qui empêche les dirigeants d'exproprier les citoyens ; - un système judiciaire qui tranche rapidement les litiges ; - des lois claires sur les brevets. Le brevet confère un monopole temporaire d'exploitation de l'innovation. Il incite ainsi les entreprises à investir en R&D, car elles sont assurées d'en recueillir les fruits. Pour les théories de la croissance endogène (Romer), ce progrès technique est le moteur principal d'une croissance auto-entretenue. Le document 1 illustre ce lien entre effort de recherche et richesse. Entre 1996 et 2016, les dépenses de R&D de la Chine passent de 0,56 % à 2,11 % du PIB et son PIB par habitant est multiplié par plus de 5 (de 1 332 à 6 884 dollars constants). Singapour passe de 1,32 % à 2,22 % et son PIB par habitant augmente d'environ 80 % (de 30 414 à 54 765 dollars), jusqu'à dépasser celui des États-Unis (52 534 dollars). À l'inverse, la France, dont l'effort de R&D stagne (2,22 % puis 2,25 %), connaît une hausse plus modeste (+23 %). Cet effort de recherche est soutenu par des institutions : droit de la propriété intellectuelle, financement public de la recherche, crédit d'impôt recherche. Le document 2 précise toutefois que la causalité est réciproque. De mauvaises institutions réduisent le PIB par tête, mais un faible PIB par tête empêche aussi de financer un système judiciaire efficace. Il en résulte un cercle vicieux difficile à rompre. II. La qualité des institutions conditionne l'efficacité de l'État ; la corruption freine la croissance. Le document 3 (FMI) montre que la corruption, c'est-à-dire l'abus d'une charge publique à des fins personnelles, réduit les recettes fiscales, car certains se soustraient à l'impôt. L'État a alors moins de moyens pour financer les dépenses sociales et les biens publics. Or l'éducation et la santé accroissent le capital humain (Lucas), et les infrastructures sont un capital public qui génère des externalités positives (Barro). Ces dépenses sont donc des sources de croissance. Parmi les pays à faible revenu, la part du budget consacrée à l'éducation et à la santé est inférieure d'un tiers dans les pays très corrompus, et leurs élèves obtiennent des résultats plus faibles. La corruption fausse aussi l'allocation des ressources. Les décisions sont motivées par les pots-de-vin ou le népotisme, ce qui produit des dépenses excessives dans la construction de routes et d'hôpitaux et dégrade la qualité des services publics. Elle réduit enfin la confiance envers l'État et peut provoquer une instabilité sociale et politique, qui décourage l'investissement privé, national comme étranger. À l'inverse, de bonnes institutions sont récompensées. Les pays qui ont enrayé la corruption ont vu leurs recettes fiscales augmenter de 13 points de PIB en Géorgie et de 6 points au Rwanda. L'État dispose alors de moyens accrus pour investir dans la croissance. Comme le soulignent Acemoglu et Robinson, les institutions « inclusives » favorisent une croissance durable, contrairement aux institutions « extractives ». Conclusion : Les institutions jouent donc un rôle déterminant dans la croissance économique. Protection des droits de propriété, droit des brevets et justice efficace incitent à investir et à innover. Un État peu corrompu finance efficacement le capital humain et les infrastructures. Ce rôle s'inscrit cependant dans une causalité circulaire : la croissance fournit aussi les moyens d'améliorer les institutions. Il faudrait alors se demander comment les pays pauvres peuvent enclencher ce cercle vertueux, par exemple grâce à l'aide internationale ou à des réformes anticorruption.
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