Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Mayotte-Liban 2022 (jour 1)
Thème : Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix · Tiré du sujet Jour 1 (2022)
Énoncé
Étude critique de documents
[10 points]
Consigne: En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez comment les deux guerres du Golfe ont eu des répercussions sur la situation du Moyen-Orient.
Document 1
Saddam Hussein, en 1990, n'avait pas compris qu'avec la chute du Mur, le monde avait changé. Il pensait que l'URSS allait le protéger de l'Amérique après son invasion du Koweït, et a payé cher cette erreur. Outre les coûts de la guerre perdue de 1991, l'Irak, en raison du lâchage soviétique, s'est vu infliger par les Nations Unies un régime de sanctions internationales d'une ampleur et d'une dureté encore inégalées à ce jour.
Le 6 août 1990, quatre jours après l'invasion du Koweït, le Conseil de sécurité adopte, avec l'accord de ses cinq membres permanents, la résolution 661 instaurant un embargo généralisé sur toutes importations et exportations d'Irak, comme sur tous mouvements financiers. Elle prévoit toutefois une soupape de sûreté humanitaire avec la création d'un dispositif plus tard baptisé « pétrole contre nourriture », mais celui-ci ne se mettra en place qu'en 1996, en raison de la résistance irakienne. Après la libération du Koweït, la résolution 687, adoptée le 3 avril 1991, à nouveau avec l'accord des cinq membres permanents, lance un programme de recherche et de destruction de toutes armes atomiques, biologiques et chimiques, ainsi que des missiles d'une portée supérieure à cent cinquante kilomètres. Deux jours plus tard, la résolution 688 condamne la répression des populations civiles, notamment des Kurdes, et fonde le fameux « droit d'ingérence humanitaire ». Allant encore au-delà des décisions du Conseil de sécurité, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France mettent en place deux zones d'exclusion aérienne, l'une dans le nord, dès avril 1991 pour protéger les Kurdes, l'autre dans le Sud l'année suivante pour protéger les populations chiites.
Au fil des années, le prix économique, social, sanitaire, payé par la population irakienne du fait de l'embargo soulève des interrogations croissantes de la part de l'opinion internationale. Les organisations humanitaires chiffrent en centaines de milliers les décès provoqués, notamment dans la population infantile. [...] Entre temps, l'Irak, qui se plie difficilement aux contrôles internationaux prévus par la résolution 687, connaît en décembre 1998 une vague de frappes ciblées déclenchée par les États-Unis, en principe pour mettre à mal ses capacités de fabrication d'armes de destruction massive, mais surtout pour ébranler le régime. Celui-ci, malgré tout, tient toujours. Il faudra une nouvelle guerre, en 2003, pour le faire tomber.
Source: François Nicoullaud, « La France, les sanctions, l'Iran », Questions internationales, n°61-62, mai-août 2013.
Document 2
Dessin de presse intitulé « Iraq Jihadists » (traduction: djihadistes irakiens). Traduction « Iraq War »: Guerre d'Irak.
Source: Adam Zyglis, The Buffalo News, 17 juin 2014. https://politicalcartoons.com/sku/149866, (consulté le 21 octobre 2021).

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Consigne : En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez comment les deux guerres du Golfe ont eu des répercussions sur la situation du Moyen-Orient.
Réponse : Une bonne réponse développe, en s'appuyant sur les deux documents et sur des connaissances personnelles, les répercussions des deux guerres du Golfe sur le Moyen-Orient, organisées par exemple en deux axes. I. La guerre du Golfe de 1991 et ses conséquences durables sur l'Irak et la région - Contexte : invasion du Koweït par l'Irak en août 1990, intervention d'une coalition internationale menée par les États-Unis sous mandat de l'ONU, libération du Koweït en 1991 (Document 1). Le contexte est celui de la fin de la guerre froide : l'URSS ne soutient plus l'Irak. - Mise en place d'un régime de sanctions internationales inédit : embargo généralisé (résolution 661), programme de destruction des armes de destruction massive (résolution 687), condamnation de la répression des populations civiles et instauration du « droit d'ingérence humanitaire » (résolution 688). - Création de zones d'exclusion aérienne au nord (protection des Kurdes) et au sud (protection des chiites) : remise en cause de la souveraineté irakienne et ingérence des puissances occidentales. - Conséquences humanitaires et sociales très lourdes de l'embargo sur la population irakienne : mortalité infantile, dispositif « pétrole contre nourriture » mis en place seulement en 1996. - Le régime de Saddam Hussein survit malgré les sanctions et les frappes ciblées de 1998, ce qui prépare le terrain à une nouvelle intervention. II. La guerre de 2003 et la déstabilisation du Moyen-Orient - Connaissances personnelles : intervention américano-britannique de 2003, sans mandat de l'ONU et justifiée par de prétendues armes de destruction massive. Elle entraîne la chute du régime de Saddam Hussein, puis la dissolution de l'armée et de l'administration baasiste. - La caricature (Document 2, juin 2014) représente la carte de l'Irak transformée en arrosoir légendé « Iraq War ». Cet arrosoir est tenu par la main de l'Oncle Sam, reconnaissable à sa manche étoilée, et il déverse des bombes au lieu de l'eau. - Cet « arrosage » fait pousser, sur un sol aride, des plantes dont surgissent des combattants djihadistes cagoulés et armés de kalachnikovs. Le dessinateur dénonce ainsi la responsabilité des États-Unis : la guerre et les bombardements ont nourri la naissance et la croissance du terrorisme islamiste (Al-Qaïda en Irak, puis Daech). - Effondrement de l'État irakien, vide de pouvoir, tensions confessionnelles entre sunnites, chiites et Kurdes, guerre civile. - Répercussions régionales : déstabilisation plus large du Moyen-Orient et essor de l'État islamique, qui prend Mossoul en juin 2014 (contexte immédiat du dessin) et proclame un « califat » à cheval sur l'Irak et la Syrie. S'y ajoutent l'afflux de réfugiés et de nouvelles interventions militaires internationales (coalition anti-Daech). Critique des documents : le document 1 est l'analyse d'un ancien diplomate français, ambassadeur en Iran, publiée en 2013 ; il est précis mais centré sur les sanctions. Le document 2 est un dessin de presse américain engagé, qui propose un point de vue critique sur la politique étrangère de son propre pays. Conclusion : les deux guerres du Golfe, séparées par plus de dix ans, s'inscrivent dans une même logique d'ingérence occidentale au Moyen-Orient. La première affaiblit durablement l'Irak par les sanctions. La seconde provoque son effondrement et ouvre la voie à une instabilité régionale persistante, dont le terrorisme djihadiste est l'une des conséquences les plus visibles.
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