Exercice 2 - Sujet B - Contraction de texte · Bac STMG Français Métropole Secours 2025

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Métropole Secours (2025)

Énoncé

Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l’Homme » – Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte d’après Manuel Charpy, « La Bourgeoisie en portrait. Albums familiaux de photographies des années 1860-1914 », Revue d’histoire du XIX e siècle, 2007.

Analyser les portraits de la bourgeoisie, cette classe industrielle et commerçante émergente, c’est s’interroger sur la façon dont un groupe social se donne à voir et sur le rôle que l’image joue dans la construction de son identité.

Ainsi, le désir de portraits accompagne l’ascension de la bourgeoisie. L’enjeu est alors de se fabriquer une image. Au Salon de peinture de 1844, sur deux mille œuvres, six cent soixante-treize sont des portraits de bourgeois. Sous la monarchie de Juillet 1, le nombre de peintres de portraits explose littéralement et le portrait de Louis-François Bertin, directeur du Journal des Débats, rencontre un immense succès. La passion du portrait s’est donc emparée de la bourgeoisie.

Comme l’a noté la spécialiste Gisèle Freund, le daguerréotype 2 répond à une vive attente sociale. Il combine tous les avantages: le court temps de pose de l’appareil, la précision de l’huile académique 3 et le caractère précieux et intime des miniatures, pour le prix d’une peinture: c’est donc un objet coûteux, mais accessible, pour les classes aisées. Baudelaire écrit en 1859: « À partir de ce moment, la société immonde se rua, comme un seul Narcisse 4, pour contempler sa triviale image sur le métal » Le succès quasiment instantané des photographies auprès des bourgeoisies du monde entier – dans les villes européennes mais aussi à Moscou, à Mexico, à Monrovia ou à Tokyo – signe cette attente d’une nouvelle classe en mal d’images.

Dans les photographies, postures, gestes, décors et accessoires se répètent à l’infini. Leur esthétique emprunte à la peinture, aux gravures, au théâtre et à l’opéra. Quantité de photographes sont d’anciens peintres; Nadar est un ancien caricaturiste et Disdéri un ancien acteur.

La circulation des images sous la monarchie de Juillet a donc construit une nouvelle culture visuelle. Fournel 5 racontant une séance de pose note que les clientes se préoccupent encore moins d’être belles, que de l’être à la façon du jour, et il semblerait à les voir et à les entendre, qu’elles posent pour des gravures de modes. Sans nul doute, les illustrations des revues de mode imprègnent toutes les images des albums: portrait en pied 6 – pour vendre les chaussures –, pose gracieuse et faussement naturelle, vêtements dont tous les détails sont visibles, accessoires qui suggèrent la campagne ou un intérieur cossu.

Les hommes, note encore Fournel, sont préoccupés par la posture et l’expression des mains. Les uns se font représenter la dextre sur la poitrine; d’autres, assis et le coude rejeté en arrière sur le dossier d’une chaise, comme le portrait de Schubert. Les modèles s’inspirent notamment du portrait de Monsieur Bertin peint par Ingres en 1832. La gravité des coloris, le vêtement, l’attitude – celle d’un homme pressé de quitter l’atelier pour retourner à ses affaires – et le mélange de majesté et de familiarité fixent la mise en scène.

Ce qui fait la renommée des photographes, la nécessaire « rectification » – selon le terme de l’époque – du photographe pour mettre le client à son avantage.

Fournel se moque de ces bourgeois de Paris et d’autres lieux mal à l’aise devant l’objectif. « Dans cette galerie de portraits familiers, écrit-il, vous ne trouverez peut-être pas une posture naturelle, pas une physionomie que ne contracte un mensonge, pas un corps qui ne se contourne avec emphase ou afféterie 7. » Au XIX e siècle, le corps concentre, on le sait, tous les regards; le maintien et le self-control se lisent dans les photographies. Alors que les manuels de savoir-vivre à destination de la nouvelle bourgeoisie codifient les gestes de chaque instant de la vie, les albums photographiques jouent le rôle de guide pour ne pas rater son entrée dans le monde de l’image. Le photographe doit avoir soin, dans les gestes comme dans les attributs, de conformer les gestes du client à son statut social. Toutes les photographies semblent faire écho au propos de Balzac qui notait que « rien de plus poignant que d’être ce qu’est tout le monde. »

Se mettre en scène nécessite une attention accrue à soi et à son apparence. Ce souci est partout dans la société; la presse regorge de publicités contre la calvitie, pour des teintures, des appareils dentaires, pommades anti-rides, etc. Dans l’atelier, de nombreux miroirs et un attirail de maquillage et de coiffure permettent de contrôler son apparence.

735 mots

1 Régime de Louis Philippe, roi des Français, de 1830 à 1848.

2 Ancêtre de la photographie.

3 Peinture à l’huile de qualité, conforme à l’enseignement des Beaux-Arts.

4 Personnage mythologique qui aime sa propre image.

5 Journaliste qui a décrit son époque dans un ouvrage intitulé Ce qu’on voit dans les rues de Paris.

6 Portrait qui représente le modèle de la tête aux pieds.

7 De manière exagérée ou maniérée.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 183 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 165 mots et au plus 201 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous résumerez ce texte en 183 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise : votre travail comptera au moins 165 mots et au plus 201 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Réponse : L'analyse des portraits bourgeois dévoile comment cette classe montante élabore son identité par l'image. Dès lors, le désir de représentation accompagne son ascension, stimulant une prolifération de portraits peints. L'invention du daguerréotype comble cette attente sociale : rapide, précis et relativement abordable, il connaît un succès universel auprès (50) d'une bourgeoisie avide d'images. Cependant, ces photographies obéissent à des codes figés empruntés aux arts traditionnels. Une nouvelle culture visuelle s'impose, dictée par la mode. Ainsi, les femmes miment les gravures pour afficher leur aisance matérielle, tandis que les hommes reproduisent des postures célèbres afin d'exprimer (100) gravité et puissance professionnelle. L'artifice domine cette mise en scène. Face à des clients malhabiles et obsédés par leur statut, les photographes rectifient les défauts pour les avantager. Loin du naturel, les bourgeois adoptent des attitudes stéréotypées par peur de déroger à la norme collective, illustrant le mot de (150) Balzac sur le conformisme. Enfin, cette obsession de l'apparence gagne toute la société, stimulant un marché florissant de cosmétiques destinés à contrôler et perfectionner son reflet. [177 mots]

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