Sujet A - Contraction de texte · Bac ST2S Français Métropole 2026
Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Métropole France (2026)
Énoncé
Sujet A - Contraction de texte
Vous résumerez ce texte en 200 mots. Une tolérance de +/- 10% est admise: votre travail comptera au moins 180 mots et au plus 220 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Sujet A – La Boétie, Discours de la servitude volontaire
Parcours: « défendre » et « entretenir » la liberté
Texte d'après Thierry Wolton, Les Nouvelles Routes de notre servitude, 2022.
Le mimétisme 1 est une composante essentielle du vivre-ensemble. Les réseaux le favorisent. L'usage généralisé et intensif du Web en fait un phénomène de masse qui pousse aux regroupements, qui oblige à la conformité. Les réseaux sociaux ne peuvent pas se permettre d'être porteurs d'une trop grande diversité d'opinions quand ils servent de dénominateur commun à la doxa 2. Leur fonctionnement oblige au regroupement des opinions, que facilite la simplification des choix. Les « j'aime », « je n'aime pas », dynamique d'une partie des échanges, enferment les débats dans une dimension binaire qui n'est pas sans correspondre au système, lui-même binaire, de l'électronique, mère de la révolution numérique. Contrairement à ce qui est le plus souvent prétendu, l'Internet ne garantit pas la liberté d'expression. Ce qui s'y exprime correspond à des choix dictés par le conformisme des « réseauteurs », conséquence du mimétisme qui y prévaut, conforté par la technologie binaire utilisée, concentrée par les sites en vogue.
Il en résulte une uniformisation des échanges, un appauvrissement des contenus, une simplification des opinions, qui facilitent l'agrégation des internautes autour de grandes causes générales, de beaux principes, en guise de certificat de conformité. Vus ainsi, les réseaux sociaux servent de liens de sociabilité, une nécessité pour l'internaute isolé dans l'infini du Web, ou si l'on préfère de lieu d'humanité dans un monde numérisé, dématérialisé. Autre perception possible: les réseaux sont des espaces de normalisation indispensables à l'uniformisation des opinions et des comportements des individus-rois qui se complaisent dans le miroir narcissique du Net. Dans tous les cas, le Net joue un rôle d'intégration qui répond à la fois à la nécessité pour l'internaute de faire société à l'ère du tout-numérique et au besoin de la communauté de trouver un langage commun pour s'entendre et se conformer. Ce contrat est toutefois faussé par l'intervention d'un tiers acteur, l'algorithme, qui détermine les rapprochements des uns avec les autres, qui influence leurs relations, qui transforme les réseaux sociaux en école du panurgisme 3 où les internautes en quête de certitude et de sécurité aiment s'abriter.
L'algorithme est le maître de la Toile. Il fournit à l'utilisateur une information sélectionnée en rapport avec ses intérêts, identifiés grâce aux données laissées par ses navigations sur le Net. Puis il regroupe les internautes par affinités autour de thèmes communs, déterminés à partir de ces mêmes données. Ces deux fonctions sont en adéquation avec la nature du Web qui isole et rassemble à la fois.
Dans ces conditions l'Internet ne saurait être un outil de la démocratie. Les connexions, les choix exprimés procèdent de ces calculs qui ignorent le principe de un homme = une voix, mantra 4 de la démocratie, pour former a contrario des collectifs. L'algorithme est tout autant antinomique 5 de la notion de libre arbitre quand les centres d'intérêt, les activités, les rencontres dépendent de la manière dont il les gère.
Le redéploiement des identités, qui résulte des calculs algorithmiques et des manières de les associer, suscite des actions inattendues: pétitions en ligne, mouvements solidaires, agitation sociale, défense d'intérêts corporatistes, etc. Ces rassemblements ne préjugent en rien de l'identité de chaque participant, la personnalité des internautes s'y déconstruit pour se reconstituer autrement dans l'interactivité alimentée par la machine. Le résultat de ce processus n'a rien de nouveau, hormis la technologie qui en facilite l'émergence: il est pareil à la mutation maintes fois observée de l'individu en homme-foule alors prêt à se joindre à la masse au sein de laquelle il n'est plus ni différent ni meilleur qu'un autre. Le réseau social aide ainsi à combler l'idéal d'égalité que l'internaute est venu chercher sur le Web.
Se rassembler relève de l'instinct pour l'être l'humain en quête de sécurité. Faire masse protège l'individu de l'hostilité extérieure et le rassure vis-à-vis de ses semblables. L'union permet d'atténuer la peur des autres, les différences se dissolvent dans un tout égalitaire qu'incarne l'homme-masse. À l'ère victimaire, les réseaux sociaux aident l'internaute à se protéger d'une adversité réelle ou supposée, à lui assurer le bien-être de l'anonymat, à satisfaire son instinct grégaire. Le Web a fini par jouer le rôle de maison commune de l'humanité, protectrice et rassurante.
Nul besoin de réfléchir dans la foule numérique, tout le monde va dans le même sens. Le mimétisme rassure, il évite de se distinguer, de s'attirer l'animosité d'autrui, il tient de la sauvegarde de soi-même. Si l'internaute en réseau perd de sa liberté individuelle, il y gagne un sentiment de libération collective.
797 mots
1 Mimétisme: reproduction machinale, inconsciente, de gestes et d'attitudes des gens de l'entourage.
2 Doxa: ensemble des opinions communes aux membres d'un groupe.
3 Panurgisme: comportement d'une personne qui imite systématiquement les autres.
4 Mantra: formule sacrée que l'on répète.
5 Antinomique: opposé.
Rédigez votre contraction du texte ci-dessus (entre 180 et 220 mots), en plaçant un repère tous les 50 mots et en indiquant le nombre total de mots à la fin.
Nombre de mots:

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
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Réponse : Le mimétisme, essentiel à la vie collective, est amplifié par les réseaux. L'usage massif du Web impose regroupement et conformité : les réseaux sociaux, socle de l'opinion commune, ne peuvent tolérer une grande diversité de points de vue. Les « j'aime » et « je n'aime pas » enferment le débat (50) dans une logique binaire, reflet de l'électronique. Internet ne garantit donc pas la liberté d'expression : on n'y exprime que le conformisme ambiant. Il en résulte des échanges uniformisés et appauvris. Certes, ces réseaux créent du lien pour l'internaute isolé et intègrent chacun à la société numérique (100) en offrant un langage commun. Mais l'algorithme fausse ce contrat : maître de la Toile, il sélectionne l'information selon nos données et regroupe les internautes par affinités, faisant des réseaux une école de l'imitation. Internet ne peut donc servir la démocratie : ses calculs ignorent le principe « un homme, (150) une voix » et contredisent le libre arbitre. Recomposant les identités, il suscite des mobilisations où l'individu se fond dans la foule, satisfaisant son désir d'égalité. Car se rassembler est instinctif : la masse protège, rassure et dissout les différences. Dans la foule numérique, inutile de réfléchir : imiter évite de se distinguer. L'internaute perd sa liberté individuelle mais gagne un sentiment de libération collective. (215 mots)
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