Exercice Étude critique de document · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Métropole 1 remplacement 2025

Thème : L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes · Tiré du sujet Métropole France 1 remplacement (2025)

Énoncé

Étude critique de document – Les enjeux de la mémoire du génocide des Juifs

Consigne – En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez les enjeux liés à la mémoire du génocide des Juifs.

Document

« Mesdames et Messieurs les ministres, Messieurs les ambassadeurs, Monsieur le maire, qui nous reçoit ici, à Drancy, Mesdames et Messieurs les parlementaires et les élus, Monsieur le président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, Monsieur le président du mémorial de la Shoah,

5 Mesdames, Messieurs,

C'est avec beaucoup d'émotion, que je suis venu ce matin inaugurer, ici, le Mémorial de Drancy. Au milieu de rares survivants, des familles, des enfants, conscients qu'il s'était produit ici, un crime, un crime abominable.

Six millions de juifs - près des trois quarts des juifs d'Europe - ont été assassinés par 10 les nazis. 76 000 venaient de France. Parmi ceux-ci, 63 000 ont été déportés depuis le camp de Drancy. Vous l'avez dit, ils étaient de tous âges, de toutes conditions. Il y avait des hommes et des femmes illustres, il y avait des anonymes, il y avait des enfants, de toutes nationalités, de toutes origines. Ils n'avaient qu'un point commun, un seul: ils étaient juifs. C'est parce que juifs qu'ils devaient être frappés, déportés.

15 [...]

Drancy a été gardé par des gendarmes français, géré par des fonctionnaires français. Les enfants amenés ici de Pithiviers ou de Beaune-la-Rolande avaient été arrêtés par des policiers français.

Il ne s'agit plus d'accuser. La justice est passée. Parfois elle est arrivée trop tard. Il ne 20 s'agit pas non plus d'établir la vérité: nous la connaissons, nous en connaissons aussi l'horreur. Aujourd'hui, il s'agit de transmettre.

C'est l'esprit de ce mémorial.

La transmission: là réside l'avenir de la mémoire. J'ai été vraiment fier d'être au milieu des jeunes. Je voudrais qu'ils soient eux-mêmes conscients de ce qu'ils ont vécu 25 aujourd'hui, de ce qu'ils ont eux-mêmes cherché, découvert et de ce qu'ils ont aussi mis à leur niveau en lumière. Qu'ils se souviennent de cette journée, les élèves des écoles, celles qui ont chanté et celles et ceux qui m'ont accompagné. Parce que c'est à eux, maintenant, que revient cette tâche de continuer la chaîne du souvenir.

Parce que le moment arrive où le temps aura eu raison de l'énergie des survivants. 30 Bientôt il n'y en aura plus. Nous devons former l'esprit des générations à venir. [...]

Enseigner le passé, c'est la seule façon de l'empêcher de se reproduire. C'est aussi l'unique arme dont nous disposons contre l'indifférence, l'oubli et, pire encore, le négationnisme.

Dans cette perspective, le partenariat étroit qui unit le mémorial de la Shoah au 35 ministère de l'Éducation nationale doit accompagner l'inauguration de ce nouveau bâtiment.

La mémoire de la Shoah est bien sûr celle des juifs, qui, depuis 1945, sont des survivants et des témoins.

Mais la mémoire de la Shoah, c'est aussi l'histoire et donc l'affaire de l'Europe et de la 40 France.

L'école de la République c'est le lieu où notre récit collectif se construit, où les mémoires s'additionnent, se confondent pour faire ce qu'on appelle le récit national, ce qui nous unit tous. Il n'y a pas de concurrence entre les mémoires. Il n'y a pas de hiérarchie entre elles.

45 Tout nous oblige. »

Source: extrait du discours du Président de la République François Hollande à l'occasion de l'inauguration du Mémorial de la Shoah de Drancy le vendredi 21 septembre 2012.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez les enjeux liés à la mémoire du génocide des Juifs.

Réponse : Proposition d'organisation d'une étude critique : Introduction : - Accroche / Contexte : Le 21 septembre 2012, François Hollande inaugure le Mémorial de la Shoah de Drancy, lieu central de la déportation des Juifs de France (environ 63 000 déportés sur 76 000). Ce discours s'inscrit dans la continuité de la reconnaissance officielle de la responsabilité de l'État français amorcée par Jacques Chirac en 1995 (discours du Vel d'Hiv). - Présentation du document : Extrait d'un discours politique officiel prononcé par le président de la République en exercice, devant des témoins, des élus et des élèves. - Problématique : Quels sont les enjeux politiques, civiques et mémoriels soulevés par la transmission de la mémoire de la Shoah à l'heure de la disparition des derniers témoins ? - Annonce du plan : 1. La reconnaissance historique et la responsabilité française dans le génocide. 2. Le défi de la transmission à l'ère post-témoins et le rôle central de l'école. 3. L'intégration de la mémoire de la Shoah au récit national sans concurrence mémorielle. I. La reconnaissance de la vérité historique et la responsabilité de l'État français : - *L'ampleur du crime :* Le discours rappelle les faits chiffrés (6 millions de victimes en Europe, 76 000 en France dont 63 000 via Drancy) et la nature intrinsèquement génocidaire de la persécution (« C'est parce que juifs... »). - *La lucidité sur le rôle de Vichy :* Hollande affirme explicitement la collaboration administrative et policière française (« gardé par des gendarmes français, géré par des fonctionnaires français », arrestations par la police française lors des rafles comme le Vel d'Hiv). Il confirme la rupture avec le « mythe résistancialiste » gaullien qui dédouanait la France républicaine des actes du régime de Vichy. - *Le passage de la phase judiciaire à la mémoire :* « La justice est passée [...] Il ne s'agit pas non plus d'établir la vérité : nous la connaissons ». Les procès (Nuremberg, Eichmann, Touvier, Papon) et le travail des historiens (Robert Paxton, Serge Klarsfeld) ont établi les faits ; l'enjeu n'est plus pénal mais mémoriel et éthique. II. Le défi de la transmission : de la mémoire vécue à l'histoire enseignée : - *La fin de l'ère du témoin :* François Hollande souligne l'urgence (« Bientôt il n'y en aura plus »). Les survivants s'éteignent (notion d'« ère du témoin » d'Annette Wieviorka) ; la mémoire vivante doit se muer en mémoire collective et historique. - *Le rôle de l'École et des lieux de mémoire :* Face à la disparition des témoins, la transmission s'appuie sur des vecteurs institutionnels : mémoriaux (Drancy, Paris), programmes scolaires et partenariat avec l'Éducation nationale. Les jeunes générations deviennent des « passeurs de mémoire ». - *La lutte contre les menaces mémorielles :* Transmettre et enseigner constituent des remparts contre « l'indifférence, l'oubli et, pire encore, le négationnisme » (condamné pénalement en France par la loi Gayssot de 1990). III. Mémoire universelle, récit national et refus de la concurrence des mémoires : - *De la mémoire communautaire à la mémoire universelle :* Si la mémoire appartient d'abord aux victimes juives, elle devient une question d'histoire partagée à l'échelle de la France et de l'Europe, fondant des valeurs démocratiques communes. - *Le refus de la hiérarchisation et de la concurrence :* Hollande insiste : « Il n'y a pas de concurrence entre les mémoires. Il n'y a pas de hiérarchie entre elles ». Dans une société marquée par des revendications mémorielles plurielles (mémoires de la colonisation, de l'esclavage, de la guerre d'Algérie), la mémoire de la Shoah ne doit pas écraser ni être opposée aux autres souffrances, mais s'intégrer dans un socle commun républicain (« Tout nous oblige »). Conclusion : - Bilan : Le discours de Drancy synthétise l'évolution mémorielle française : après le temps du silence puis celui des procès et de la reconnaissance, s'ouvre le temps de la patrimonialisation et de l'enseignement républicain. - Portée / Regard critique : En affirmant l'absence de concurrence des mémoires, le président tente d'apaiser des tensions mémorielles croissantes dans la société française tout en réaffirmant le rôle civique de l'histoire face aux résurgences de l'antisémitisme.

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