Sujet 3 · Bac STMG Philosophie Centres étrangers (Afrique) session normale 2023
Thème : La nature · Tiré du sujet Session normale (2023)
Énoncé
Sujet 3
Expliquer le texte suivant:
Mais quelle ingratitude, quelle courte vision que d'aspirer à l'abolition de la culture ! Ce qui resterait alors serait l'état de nature, et celui-ci est de beaucoup plus difficile à supporter. Il est vrai, la nature ne nous demande pas de restreindre nos instincts, elle leur laisse toute liberté, mais elle a sa manière, et particulièrement efficace, de nous restreindre: elle nous détruit froidement, cruellement, brutalement, à ce qu'il nous semble, et ceci justement parfois à l'occasion de nos satisfactions. C'est précisément à cause de ces dangers dont la nature nous menace que nous nous sommes rapprochés et avons créé la culture qui, entre autres raisons d'être, doit nous permettre de vivre en commun. A la vérité, la tâche principale de la culture, sa raison d'être essentielle est de nous protéger contre la nature.
On le sait, dans bien des domaines, elle s'acquitte déjà fort bien de cette tâche, et dans l'avenir elle s'en acquittera évidemment encore bien mieux. Mais personne ne nourrit l'illusion que la nature soit déjà domptée, et bien peu osent espérer qu'elle soit un jour tout entière soumise à l'homme. Voici les éléments, qui semblent se moquer de toute contrainte que chercherait à leur imposer l'homme: la terre, qui tremble, qui se fend, qui engloutit l'homme et son œuvre, l'eau, qui se soulève, et inonde et noie toute chose, la tempête qui emporte tout devant soi; voici les maladies, que nous savons depuis peu seulement être dues aux attaques d'autres êtres vivants, et enfin l'énigme douloureuse de la mort, à laquelle aucun remède n'a jusqu'ici été trouvé et ne le sera sans doute jamais. Avec ces forces, la nature se dresse contre nous, sublime, cruelle, inexorable; ainsi elle nous rappelle notre faiblesse, notre détresse, auxquelles nous espérions nous soustraire grâce au travail de notre culture. C'est un des rares spectacles nobles et exaltants que les hommes puissent offrir que de les voir, en présence d'une catastrophe due aux éléments, oublier leurs désaccords, les querelles et hostilités qui les divisent pour se souvenir de leur grande tâche commune: le maintien de l'humanité face aux forces supérieures de la nature.
FREUD, L'avenir d'une illusion (1927)
Rédaction de la copie
Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l'explication de texte. Il peut soit répondre dans l'ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1), soit suivre le développement de son choix (option n°2). Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.
Questions de l'option n°1 (à titre indicatif, pour guider votre rédaction)
A. Éléments d'analyse
1. Expliquer: « la nature ne nous demande pas de restreindre nos instincts, elle leur laisse toute liberté ».
2. Montrer en quoi l'état de nature est cependant difficile à supporter selon Freud.
3. En quoi est-il illusoire de croire que la nature puisse être domptée.
4. Expliquer en quoi le spectacle qu'offre l'homme dans sa lutte contre la nature est « noble et exaltant ».
B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l'auteur tente ici de répondre ?
2. Dégager les différents moments de l'argumentation.
3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégager l'idée principale du texte.
C. Commentaire
1. Diriez-vous avec Freud, que « la tâche principale de la culture (…) est de nous protéger contre la nature » ?
2. Que gagne l'humanité à lutter contre la nature ?
Réponse enregistrée. Consultez la solution proposée pour comparer votre explication de texte.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Expliquer le texte suivant (Freud, L'avenir d'une illusion, 1927) : structure en introduction, analyse linéaire et discussion.
Réponse : Introduction : Le texte pose la question suivante : pourquoi la culture, souvent vécue comme une contrainte pesante sur nos instincts, est-elle en réalité nécessaire et bénéfique ? Freud répond en montrant que la culture, loin d'être seulement répressive, remplit une fonction essentielle : nous protéger contre les dangers de la nature. Premier moment (§1) : Freud dénonce comme une 'ingratitude' et une 'courte vision' le désir d'abolir la culture. Il imagine l'alternative : l'état de nature. Contrairement à une image idéalisée (liberté totale des instincts), cet état serait 'de beaucoup plus difficile à supporter', car la nature, si elle ne réprime pas nos instincts, nous détruit 'froidement, cruellement, brutalement', parfois au moment même de nos satisfactions (séismes, maladies...). C'est justement pour se protéger de cette violence aveugle que les hommes se sont rapprochés et ont créé la culture : 'sa raison d'être essentielle est de nous protéger contre la nature'. Second moment (§2) : Freud nuance : la culture réussit déjà bien dans cette tâche et progressera encore (allusion au progrès technique et scientifique), mais elle ne dominera jamais totalement la nature. Il énumère les forces qui échappent à tout contrôle humain : la terre (séismes), l'eau (inondations), les maladies, et surtout la mort, 'énigme douloureuse' à laquelle 'aucun remède n'a jusqu'ici été trouvé'. Face à ces forces 'sublimes, cruelles, inexorables', l'homme est rappelé à sa 'faiblesse' et sa 'détresse'. Pourtant, Freud voit dans cette confrontation un 'spectacle noble et exaltant' : face aux catastrophes naturelles, les hommes oublient leurs querelles et se souviennent de leur solidarité, de leur 'tâche commune', le maintien de l'humanité. Idée principale : La culture n'est pas d'abord un instrument de répression arbitraire des instincts : sa raison d'être fondamentale est de protéger les hommes contre une nature hostile et indifférente à leur sort, et cette lutte commune est aussi ce qui fonde et justifie la solidarité humaine. Discussion (commentaire) : On peut interroger la thèse de Freud : est-ce bien la nature qui constitue la principale menace pour l'homme, ou bien, comme Freud le développe ailleurs dans le même texte, les hommes eux-mêmes (violence sociale, pulsion de destruction) ? Le texte insiste sur l'union retrouvée face au danger naturel, mais cette union est fragile et cesse dès que la menace disparaît, ce qui peut relativiser l'optimisme apparent du passage sur le caractère 'noble et exaltant' de la lutte commune. On peut aussi se demander si la maîtrise technique de la nature (aujourd'hui bien plus poussée qu'en 1927) ne déplace pas le problème : l'homme, en dominant la nature, crée de nouveaux périls (risques écologiques) qui appellent une nouvelle forme de protection collective.
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