Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Centres étrangers (Afrique) 2021 (jour 2)

Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Jour 2 (2021)

Énoncé

Vous traiterez au choix l'un des deux sujets suivants:

1. Commentaire de texte [20 points]

Objet d'étude: La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Texte: Anne Perrier, « Cantique du Printemps », Poésie, 1960-1979.

CANTIQUE DU PRINTEMPS

Ce matin la rose

Éclate comme le cri du coq

Le silence des choses

Partout se fend les vieux mots

5 Ont fleuri sur toutes les collines

L'eau prise au piège

S'échappe et court divine

Entre les herbes vierges

Oh ! quel vent quel soleil

10 Dans la nuit renversa

Les ombres toucha le sommeil

Mit son doigt

Sur la source empourpra

La mort fit sauter la lumière

15 De pierre en pierre

Et comble de folie

Alluma l'incendie

Dans toutes les artères

20 Le ciel comme un grand oiseau

Vole nu

Le cœur prisonnier n'en peut plus

Et brise les barreaux

25 L'âme bourdonne dans la ruche

L'esprit monte et trébuche

Sur mille pensées mortes

Que le temps les emporte

Ce matin la vigne

30 Éclate au bord de la ravine

Va cœur d'hiver

Longtemps pris dans les glaces

Te souvient-il d'avoir souffert

35 Les saisons passent

Va l'heure est venue

Aujourd'hui de courir

À la rencontre de l'été

Mais les chemins de naguère

40 Se sont perdus dans la lumière

Est-ce mûrir est-ce mourir

Cette douceur inconnue

Qui tombe des pommiers

45 Ô papillons de l'enfance

Ne touchez pas à l'ombre des pétales

Leur seule transparence

Me sépare de l'ineffable

50 Clarté

Ne me conduisez pas

Vers les fleuves d'été

Que faire de tout l'éclat

De juillet

55 Quand c'est la douce la

Douce éternité

Qui traverse le jour

Quand c'est l'amour

Pommiers pommiers et roses

60 Ô simples cerisiers

Quand c'est l'amour qui pose

À la ronde son pied

Vous ferez le commentaire du texte de Anne Perrier extrait de Poésie, en vous aidant des pistes de lecture suivantes:

Vous montrerez d'abord comment l'écriture poétique célèbre l'élan vital du printemps;

Vous montrerez ensuite en quoi ce chant printanier évoque aussi l'éclosion délicate de l'amour.

Consultez la solution proposée ci-dessous et comparez-la à votre production.

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Centres étrangers (Afrique) 2021 (jour 2)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous ferez le commentaire du texte de Anne Perrier extrait de Poésie, en vous aidant des pistes de lecture suivantes : 1) l'élan vital du printemps ; 2) l'éclosion délicate de l'amour.

Réponse : Proposition de commentaire composé : Introduction Anne Perrier (1922-2017), poétesse suisse romande, a réuni dans *Poésie* (1960-1979) une œuvre brève et lumineuse, attentive au monde sensible et au mystère spirituel. « Cantique du Printemps » appartient à ce que le titre annonce : un chant de louange, presque religieux, adressé au renouveau de la saison. Le poème, en vers libres et presque sans ponctuation, passe de l'explosion cosmique du printemps à une méditation plus intime où s'ouvre l'amour. On se demandera comment ce cantique célèbre la renaissance du monde tout en faisant éclore, avec délicatesse, une émotion amoureuse et spirituelle. On étudiera d'abord l'élan vital du printemps, puis l'éclosion délicate de l'amour. I. Un chant qui célèbre l'élan vital du printemps 1) *Une énergie d'éclatement et de libération*. Dès l'ouverture, « Ce matin la rose / Éclate comme le cri du coq » (v.1-2), une comparaison synesthésique unit la fleur et le cri, la vue et l'ouïe, dans une même déflagration matinale. Le lexique de la rupture parcourt la première moitié du texte : « se fend » (v.4), « S'échappe et court » (v.7), « renversa » (v.10), « fit sauter » (v.14), « brise les barreaux » (v.23). Ce mouvement est une libération : l'eau est « prise au piège » (v.6), le cœur « prisonnier » (v.22), et tous deux se délivrent. La reprise « Ce matin la vigne / Éclate au bord de la ravine » (v.29-30) fait écho aux vers 1-2 et referme ce premier mouvement comme un refrain. 2) *Une nature animée et cosmique*. Le printemps touche tous les règnes : le silence des choses se fend, et les « vieux mots » eux-mêmes « Ont fleuri sur toutes les collines » (v.4-5), ce qui suggère que la poésie renaît avec la nature. L'exclamation « Oh ! quel vent quel soleil » (v.9) ouvre une longue phrase faite d'une accumulation de verbes au passé simple (« renversa », « toucha », « Mit son doigt », « empourpra », « fit sauter », « Alluma », v.10-17). Une force presque divine agit ainsi sur le monde, à la manière d'un récit de création. La lumière l'emporte sur la nuit, et même la mort est « empourprée » (v.13-14), colorée de vie. Le feu du renouveau gagne les corps : « Alluma l'incendie / Dans toutes les artères » (v.17-18), où l'hyperbole fait de l'élan vital une fièvre. Le ciel devient un « grand oiseau » qui « Vole nu » (v.20-21) et l'âme « bourdonne dans la ruche » (v.25) : homme et nature vibrent ensemble. 3) *Une forme qui épouse le jaillissement*. Les vers libres de longueur très inégale (« Mit son doigt », v.12, face à « La mort fit sauter la lumière », v.14) et la ponctuation presque absente rendent la syntaxe ambiguë. Les enjambements en cascade (v.10-18) miment le débordement d'énergie. Les sonorités éclatantes ([k] et [r] dans « Éclate comme le cri du coq ») et les rimes ou échos libres (« rose / choses », « folie / incendie », « pierre / pierre ») donnent au cantique une musique vive. Même le passé (« mille pensées mortes », v.27) est balayé : « Que le temps les emporte » (v.28). II. Un chant qui évoque aussi l'éclosion délicate de l'amour 1) *Du cri au murmure : l'appel au cœur*. Avec l'apostrophe « Va cœur d'hiver / Longtemps pris dans les glaces » (v.31-32), le poème se tourne vers l'intériorité. L'opposition entre l'hiver et le printemps devient le symbole d'une souffrance passée (« Te souvient-il d'avoir souffert », v.33) que le temps dissipe (« Les saisons passent », v.35). La reprise de l'impératif « Va » (v.31, 36) et l'indication « l'heure est venue / Aujourd'hui » (v.36-37) traduisent une invitation à vivre et à aimer. Mais « les chemins de naguère / Se sont perdus dans la lumière » (v.39-40) : le sujet entre dans un territoire inconnu. 2) *Une douceur fragile et mystérieuse*. La paronomase « Est-ce mûrir est-ce mourir » (v.41) exprime le trouble d'une émotion nouvelle, « Cette douceur inconnue / Qui tombe des pommiers » (v.42-43). Le registre se fait léger et délicat : « papillons de l'enfance », « ombre des pétales », « transparence » (v.45-47). Le poète demande qu'on ne touche pas à cette fragilité, car elle seule « [le] sépare de l'ineffable / Clarté » (v.48-50). L'enjambement isole ce dernier mot et suggère une plénitude presque mystique. Le sujet refuse alors l'éclat trop violent de l'été : « Ne me conduisez pas / Vers les fleuves d'été / Que faire de tout l'éclat / De juillet » (v.51-54). Il préfère l'intensité douce à l'explosion du début. 3) *L'amour comme éternité, au cœur du cantique*. La répétition « la douce la / Douce éternité » (v.55-56), marquée par un enjambement hésitant, et l'anaphore de « Quand c'est » (v.55, 58, 61) révèlent enfin le sens du poème : ce qui « traverse le jour », c'est « l'amour » (v.57-58). La fin revient aux arbres en fleurs, avec la répétition « Pommiers pommiers et roses » et l'apostrophe « Ô simples cerisiers » (v.59-60). Ce retour associe l'amour à l'humilité du printemps et à la simplicité de la nature. L'image finale, l'amour « qui pose / À la ronde son pied » (v.61-62), évoque une danse ou une ronde légère : l'amour se présente comme une présence douce, peut-être divine, qui bénit le monde, en accord avec le genre du « cantique ». Conclusion « Cantique du Printemps » repose sur une progression : l'explosion jubilatoire de la nature, rendue par des images de feu, de lumière et de libération, cède la place à une méditation intime où l'amour naît avec délicatesse. Par les vers libres, l'absence de ponctuation, les reprises et les apostrophes, Anne Perrier fait du poème à la fois une louange au monde renaissant et le chant d'une plénitude ineffable. On peut rapprocher ce texte de la poésie de Philippe Jaccottet, autre poète suisse attentif à la lumière fragile des choses, ou des louanges de la création chez Francis Jammes.

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