Exercice 2 · Bac Sciences de la Vie et de la Terre Centres étrangers (Afrique) 2025 (jour 2)
Thème : Évolution des génomes dans les populations et autres sources de diversité · Tiré du sujet Jour 2 (2025)
Énoncé
Exercice 2: (8 points)
Accumulation de TTX chez les poissons-globes
De nombreux animaux sont dits « porteurs de TTX » car leurs tissus contiennent une substance neurotoxique: la tétrodotoxine (TTX).
Certains poissons-globes du genre Takifugu sont porteurs de TTX et selon de nombreuses études, ils ne seraient pas capables d'en produire eux-mêmes.
Déterminer l'origine et l'intérêt de l'accumulation de TTX chez les poissons-globes « porteurs de TTX ».
Vous organiserez votre réponse selon une démarche de votre choix intégrant des données des documents et les connaissances complémentaires nécessaires.
Document 1: quantité de TTX à différents stades de développement de poissons-globes
Des chercheurs ont mesuré la quantité de TTX dans différents organes chez les adultes, mais aussi dans les larves et les œufs de deux genres de poissons-globes.
Les œufs sont le résultat de la fécondation entre un gamète femelle et un gamète mâle. Après développement, chaque œuf donne une larve qui devient un jeune puis un adulte.
Genres de poissons-globes
Œufs
Larves et jeunes
Adultes
Genre Takifugu
++
++
+++
Genre Lagocephalus
✕
✕
✕
Quantités de TTX dans les tissus:
✕: quantité négligeable ++: quantité importante +++: quantité très importante
D'après Noguchi et al., Marine Drugs, 2008
Document 2: localisation de TTX dans les larves de Takifugu
Des chercheurs ont incubé des coupes fines de larves de Takifugu en présence d'anticorps spécifiques de TTX, anticorps couplés à une molécule fluorescente.
La photographie nommée TTX est le résultat d'une observation microscopique après incubation en présence des anticorps; sur la photo ont été ajoutés des triangles qui pointent des zones fluorescentes.
La photographie nommée HE est le résultat d'une observation microscopique avec une coloration permettant de repérer les structures.
Document 3: TTX et survie des jeunes du genre Takifugu face à des prédateurs
Des jeunes du genre Takifugu sont élevés pendant 10 jours dans 3 bassins d'élevage distincts et sont nourris avec une alimentation contenant des quantités variables de TTX selon les bassins.
Des poissons prédateurs sont introduits dans les trois bassins et les taux de survie des jeunes sont calculés au bout de 5 jours.
Document 4: expérience de prédation sur des larves du genre Takifugu
Des larves de Takifugu, prélevées en milieu naturel, ont été placées dans des aquariums en présence d'un poisson prédateur. On observe parfois un comportement de rejet de la larve après ingestion par le poisson prédateur.
Document 5: évolution des taux de TTX chez des femelles Takifugu
Les quantités de TTX ont été mesurées dans différents organes de femelles adultes du genre Takifugu prélevées dans la nature à quatre moments de leur cycle de reproduction et ont permis d'établir les proportions relatives de TTX dans ces différents organes à ces différents moments.
Document 6: alimentation et accumulation de TTX chez des poissons-globes
Pendant une période d'une durée de 2 ans, des poissons-globes du genre Takifugu et Lagocephalus ont été élevés dans des bassins sans apport de TTX.
Puis pendant une période d'une durée de 240 jours, ces mêmes poissons ont été nourris avec une alimentation contenant du TTX en quantité variable. On mesure la concentration moyenne de TTX dans ces poissons pendant cette période de 240 jours.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Déterminer l'origine et l'intérêt de l'accumulation de TTX chez les poissons-globes « porteurs de TTX ».
Réponse : ### Introduction La tétrodotoxine (TTX) est une neurotoxine puissante présente chez certains poissons-globes, notamment le genre *Takifugu*. Ces poissons ne la synthétisent pas eux-mêmes. On cherche donc d'où provient cette toxine et quel avantage leur procure son accumulation. ### 1. L'origine de la TTX * Une origine alimentaire (Doc. 6) : - Après 2 ans d'élevage sans TTX, *Takifugu* et *Lagocephalus* ne contiennent pas de TTX (concentration nulle à J20). - Avec un apport de 0,1 µg·g⁻¹·j⁻¹, *Takifugu* atteint environ 14 µg·g⁻¹ à J240. - Avec 0,8 µg·g⁻¹·j⁻¹, il atteint environ 96 µg·g⁻¹ à J240. L'accumulation dépend donc de la dose. - *Lagocephalus* reste à une concentration nulle malgré 0,8 µg·g⁻¹·j⁻¹. - La TTX est donc d'origine exogène, alimentaire. Seuls certains genres, comme *Takifugu*, possèdent la capacité physiologique de l'absorber et de la stocker. Ce résultat concorde avec le Doc. 1 : les adultes *Takifugu* en contiennent beaucoup (+++), les *Lagocephalus* non. - Connaissances : dans la nature, la TTX est produite par des bactéries (ex. *Vibrio*, *Pseudoalteromonas*). Elle se concentre le long des chaînes alimentaires (petits invertébrés, puis poissons-globes) : c'est une bioaccumulation. * Une transmission maternelle (Doc. 1 et 5) : - Les œufs (++) et les larves (++) de *Takifugu* contiennent déjà de la TTX, avant toute alimentation propre. - Chez la femelle, la part de TTX contenue dans les ovaires passe d'environ 45 % (février) à environ 63 % (mars), avant la ponte. - Après la ponte, elle chute à environ 4 % (avril) ; la TTX se trouve alors surtout dans la peau (environ 80 %) et le foie. - La femelle transfère donc une grande partie de sa TTX dans ses ovocytes, puis la libère avec les œufs pondus. Les descendants héritent ainsi de la toxine maternelle. ### 2. L'intérêt de l'accumulation : une défense contre les prédateurs * Localisation (Doc. 2) : chez la larve, la fluorescence (anticorps anti-TTX) se situe à la périphérie du corps, dans la peau de la tête, de l'abdomen et de la queue. La toxine est donc placée là où elle entre en contact avec un prédateur. * Rejet par le prédateur (Doc. 4) : une larve de *Takifugu* prise dans la bouche d'un prédateur est rejetée, puis se retrouve vivante à l'extérieur. La TTX de la peau rend la proie répulsive ou toxique au contact. * Meilleure survie (Doc. 3) : en présence de prédateurs, le taux de survie des jeunes après 5 jours augmente avec la TTX de l'alimentation. Il passe d'environ 32 % sans TTX à environ 62 % avec 1,5 µg·g⁻¹·j⁻¹, puis à environ 74 % avec 3 µg·g⁻¹·j⁻¹. Ces différences sont significatives. * Chez l'adulte (Doc. 5) : après la ponte, la TTX est surtout stockée dans la peau, ce qui protège aussi l'adulte. * Connaissances : - La TTX bloque les canaux sodiques voltage-dépendants des neurones. Elle empêche ainsi la naissance et la propagation des potentiels d'action, ce qui provoque une paralysie, voire la mort du prédateur. - Les *Takifugu* tolèrent la toxine grâce à des canaux sodiques mutés, résistants à la TTX. - Cette capacité est un caractère avantageux, retenu par la sélection naturelle, car il augmente la survie et donc le succès reproducteur. ### Conclusion Les *Takifugu* ne produisent pas la TTX : ils la prélèvent dans leur alimentation, où elle provient de bactéries et se concentre le long de la chaîne trophique. Les femelles la transmettent à leurs œufs. La toxine, stockée surtout dans la peau, est une défense chimique contre les prédateurs : elle provoque le rejet de la proie et augmente la survie des larves et des jeunes, donc la valeur sélective de l'espèce.
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