Sujet 3 · Bac Philosophie Centres étrangers (Afrique) session normale 2026
Thème : Le travail · Tiré du sujet Session normale (2026)
Énoncé
Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants.
Sujet 3
Expliquer le texte suivant:
Il y a dans le travail des mains et en général dans le travail d'exécution, qui est le travail proprement dit, un élément irréductible de servitude que même une parfaite équité sociale n'effacerait pas. C'est le fait qu'il est gouverné par la nécessité, non par la finalité. On l'exécute à cause d'un besoin, non en vue d'un bien; « parce qu'on a besoin de gagner sa vie », comme disent ceux qui y passent leur existence. On fournit un effort au terme duquel, à tous égards, on n'aura pas autre chose que ce qu'on a. Sans cet effort, on perdrait ce qu'on a.
Mais, dans la nature humaine il n'y a pas pour l'effort d'autre source d'énergie que le désir. Et il n'appartient pas à l'homme de désirer ce qu'il a. Le désir est une orientation, un commencement de mouvement vers quelque chose. Le mouvement est vers un point où on n'est pas. Si le mouvement à peine commencé se boucle sur le point de départ, on tourne comme un écureuil dans une cage, comme un condamné dans une cellule. Tourner toujours produit vite l'écœurement.
L'écœurement, la lassitude, le dégoût, c'est la grande tentation de ceux qui travaillent, surtout s'ils sont dans des conditions inhumaines, et même autrement. Parfois cette tentation mord davantage les meilleurs.
Simone Weil, La condition ouvrière, 1951.

Corrigé
Corrigé établi d’après les éléments de correction officiels
Expliquer le texte suivant : extrait de Simone Weil, La condition ouvrière (1951).
Réponse : Explication de texte en trois moments suivant la progression du texte : 1) Simone Weil affirme que le travail d'exécution contient un élément irréductible de servitude, non réductible à l'injustice économique, car il est gouverné par la nécessité (le besoin de gagner sa vie) et non par la finalité (un bien désiré) ; 2) Elle explique cette servitude par une analyse du désir : le désir est un mouvement vers ce qu'on n'a pas, mais le travail de pure nécessité ramène sans cesse au point de départ, comme un écureuil dans une cage ou un condamné dans une cellule ; 3) Elle montre les effets de cette situation circulaire : l'écœurement, la lassitude, le dégoût, qui peuvent mordre davantage les meilleurs, ceux qui ressentent le plus vivement le besoin de sens dans le travail.
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