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Sujet du Bac Humanités, Littérature et Philosophie 2024 · Centres étrangers (Afrique) Jour 2

Sujet du Bac d’Humanités, Littérature et Philosophie 2024, Centres étrangers (Afrique) Jour 2 : 2 exercices corrigés. Avec correction automatique.

Thèmes du sujet : Éducation, transmission, émancipation · Les métamorphoses du moi

Exercice Première partie : interprétation philosophique · Les métamorphoses du moi

Ce voyage à travers la parole des autres que forme la lecture, il peut être le

chemin le plus aigu pour revenir vers soi, pour apercevoir en nous des possibilités qui

nous étaient jusqu'alors inconnues, et auxquelles la seule introspection n'eût pas pu

nous conduire. Les mots d'autrui nous donnent un langage plus riche que le nôtre pour

5 dire notre propre expérience, ou du moins permettent que nous en forgions peu à peu

un plus fort. C'est là que prend toute sa portée un autre modèle pour penser la lecture

que celui du dialogue: lire, ne serait-ce pas se nourrir, manger et boire la parole ?

Telle est la pensée constante de saint Augustin, pour qui la parole, écoutée ou lue, est

un autre pain quotidien, dont nous avons tout autant besoin que du premier.

10 Lire, en effet, ce n'est pas seulement parcourir des signes avec les yeux, c'est

véritablement faire pénétrer en nous la parole d'autrui, l'ingérer, et, à partir de là, lui

faire subir un travail intérieur de transformation et d'assimilation par lequel elle devient

nôtre, et une composante de notre propre esprit. Que serions-nous sans ce que nous

avons fait nôtre ? Pour s'accroître, et même simplement pour se conserver tel qu'il est,

15 l'esprit, tout comme le corps, doit se renouveler, et pour cela requiert un aliment, une

force, qu'il ne peut en aucune manière tirer lui-même de lui-même. Même pour rester

moi, j'ai besoin de l'autre. Saint Augustin compare à la rumination cette intériorisation

de la parole lue. Nietzsche, lui aussi, la demandera à ses lecteurs, pour qu'ils lisent

vraiment.

20 En ce sens, la lecture nourrissante, celle qui n'est pas une simple évasion

fugitive, se poursuit bien au-delà du moment où nos mains referment un livre. Nous

continuons de lire après avoir lu. C'est alors que, selon la belle expression française,

nous apprenons par cœur ce que nous avons lu, ce qui ne signifie pas que le but soit

de le réciter tel quel, mais d'en avoir fait un élément de notre vie. Croire qu'on

25 deviendrait davantage soi-même, et plus original, en rejetant les livres, et en trouvant

la vraie vie loin de ces écrits morts, c'est en réalité choisir l'originalité de l'anorexique,

se vouer à une vie déclinante et appauvrie. Par le livre, l'horizon de notre expérience

s'élargit sans mesure au-delà de ce que nous aurions pu découvrir par nous-mêmes,

au-delà aussi de ceux que nous aurions pu croiser en personne.

Jean-Louis CHRÉTIEN, Parole et poésie (2023)

Première partie: interprétation philosophique

Selon l'auteur, en quoi la lecture nous permet-elle de devenir nous-même ?

Exercice Deuxième partie : essai littéraire · Éducation, transmission, émancipation

Ce voyage à travers la parole des autres que forme la lecture, il peut être le

chemin le plus aigu pour revenir vers soi, pour apercevoir en nous des possibilités qui

nous étaient jusqu'alors inconnues, et auxquelles la seule introspection n'eût pas pu

nous conduire. Les mots d'autrui nous donnent un langage plus riche que le nôtre pour

5 dire notre propre expérience, ou du moins permettent que nous en forgions peu à peu

un plus fort. C'est là que prend toute sa portée un autre modèle pour penser la lecture

que celui du dialogue: lire, ne serait-ce pas se nourrir, manger et boire la parole ?

Telle est la pensée constante de saint Augustin, pour qui la parole, écoutée ou lue, est

un autre pain quotidien, dont nous avons tout autant besoin que du premier.

10 Lire, en effet, ce n'est pas seulement parcourir des signes avec les yeux, c'est

véritablement faire pénétrer en nous la parole d'autrui, l'ingérer, et, à partir de là, lui

faire subir un travail intérieur de transformation et d'assimilation par lequel elle devient

nôtre, et une composante de notre propre esprit. Que serions-nous sans ce que nous

avons fait nôtre ? Pour s'accroître, et même simplement pour se conserver tel qu'il est,

15 l'esprit, tout comme le corps, doit se renouveler, et pour cela requiert un aliment, une

force, qu'il ne peut en aucune manière tirer lui-même de lui-même. Même pour rester

moi, j'ai besoin de l'autre. Saint Augustin compare à la rumination cette intériorisation

de la parole lue. Nietzsche, lui aussi, la demandera à ses lecteurs, pour qu'ils lisent

vraiment.

20 En ce sens, la lecture nourrissante, celle qui n'est pas une simple évasion

fugitive, se poursuit bien au-delà du moment où nos mains referment un livre. Nous

continuons de lire après avoir lu. C'est alors que, selon la belle expression française,

nous apprenons par cœur ce que nous avons lu, ce qui ne signifie pas que le but soit

de le réciter tel quel, mais d'en avoir fait un élément de notre vie. Croire qu'on

25 deviendrait davantage soi-même, et plus original, en rejetant les livres, et en trouvant

la vraie vie loin de ces écrits morts, c'est en réalité choisir l'originalité de l'anorexique,

se vouer à une vie déclinante et appauvrie. Par le livre, l'horizon de notre expérience

s'élargit sans mesure au-delà de ce que nous aurions pu découvrir par nous-mêmes,

au-delà aussi de ceux que nous aurions pu croiser en personne.

Jean-Louis CHRÉTIEN, Parole et poésie (2023)

Deuxième partie: essai littéraire

Selon vous, la littérature élargit-elle « l'horizon de notre expérience » ?

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