Exercice Étude critique de document(s) 1 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Centres étrangers (Afrique) 2021 (jour 1)

Thème : Histoire, mémoire et justice : gacaca et justice pénale internationale · Tiré du sujet Jour 1 (2021)

Énoncé

Étude critique de document(s) 1: Les enjeux du patrimoine

Le candidat traitera une étude critique de document(s) au choix parmi les études 1 et 2.

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez l'importance du patrimoine à différentes échelles.

Document

Ahmad Al Faqi Al Mahdi a été reconnu coupable de crime de guerre par la Cour pénale internationale pour avoir participé à la destruction, en 2012, de dix monuments religieux et historiques à Tombouctou.

Vous avez reconnu votre responsabilité dans l'attaque et la destruction de neuf mausolées et d'une partie de la mosquée Sidi Yahia à Tombouctou en 2012, attaques que vous avez vous-même organisées et dirigées. À quel titre avez-vous agi et pour quelles raisons ?

J'étais alors à la tête de la Hesba, l'une des quatre structures administratives du groupe Ansar Dine, associé à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui avait occupé le nord du Mali en 2012 et avait installé son quartier général à Tombouctou en avril, après avoir chassé les combattants du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA 1).

Il revenait à la Hesba, dont la mission est de « promouvoir la vertu et prévenir le vice », de combattre tous les actes qui contreviennent aux préceptes de l'islam, selon la vision de ce mouvement. Les mausolées de Tombouctou étaient considérés comme l'incarnation de tels actes pour deux motifs: d'abord la manière dont les fidèles pratiquaient la prière jugée impie, ensuite l'existence de bâtiments édifiés au-dessus des tombeaux. Une fois la décision de détruire les mausolées prise par le commandement, j'ai reçu ordre de l'appliquer avec les troupes placées sous mon autorité. Je me suis exécuté avec rigueur, comme je l'ai toujours fait dans mon travail.

Qui a pris la décision de la destruction ? L'aviez-vous approuvée ?

Il était de mon devoir, dans le cadre de ma fonction, de combattre les pratiques considérées comme contraires aux préceptes de l'islam. Je contrôlais moi-même, avec mes soldats, les comportements de la population. Je me rendais régulièrement dans les mausolées, je dispensais explications et conseils. Je donnais aussi des cours à la radio locale... L'ordre de destruction est arrivé d'en haut, du commandant d'Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, qui a pris cette décision sous l'influence de son entourage, notamment des conseillers d'AQMI. L'objectif de ces groupes est d'imposer à la population leur idéologie, issue de la doctrine wahabite. Stratégiquement, Al-Qaïda cherche à s'illustrer par des actions spectaculaires pour gagner de nouveaux adeptes et apporter aux parties qui la soutiennent, la preuve de son zèle et de son efficacité. Lors de la séance de concertation qui a abouti à la décision de destruction, je m'étais exprimé ouvertement sur le fait qu'une telle action n'était pas appropriée, puisqu'elle pouvait générer des dommages plus importants que les bienfaits recherchés. […]

En passant à l'acte, avez-vous été gagné par le doute ? Qu'aviez-vous à l'esprit ?

Je me considérais comme un maillon de la chaîne administrative et estimais que les conséquences devaient être assumées par ceux qui avaient pris la décision et donné les ordres. Je savais pertinemment que si je n'accomplissais pas les ordres, je serais renvoyé. Je ne recevais pas de salaire, mais le groupe subvenait à tous les besoins de ma famille. Cependant, j'avais conscience de ce que ressentait la population. Je connaissais pertinemment le caractère historique et sacré de ces lieux. […]

Vous avez présenté des excuses aux habitants de Tombouctou, aux citoyens maliens, aux descendants des saints. La reconnaissance des faits et les regrets sont-ils suffisants pour obtenir leur pardon ?

Certainement pas. Ma repentance est une démarche personnelle que je porte au fond de mon cœur, mais je ne pourrai prouver ma sincérité qu'en accomplissant des actes de réparation, à ma sortie de prison. L'Unesco a assuré la reconstruction des mausolées. C'est un travail remarquable. Mais restaurer la confiance demande plus de temps que de reconstruire les mausolées. J'ai porté préjudice à l'ensemble de la population dans toutes ses composantes – peul, songhaï, touareg et arabe 2. […]

Lors de son procès à la CPI, le 27 septembre 2016, Ahmad Al Mahdi a lancé un appel « à tous les musulmans du monde, de ne jamais commettre ce genre d'action dont les conséquences sont terribles, qui n'ont aucune justification et ne peuvent engendrer aucun bénéfice ».

Source: « Ahmad Al Faqi Al Mahdi: « Je plaide coupable » », entretien réalisé par Anissa Barrak, Le Courrier de l'Unesco, octobre-décembre 2017

1. MNLA: organisation politique et militaire majoritairement touarègue, dont le but est l'indépendance de l'Azawad, un territoire au Nord du Mali.

2. Les Peuls, Songhaïs, Touaregs et Arabes sont des composantes de la population malienne.

Réponse enregistrée. Consultez la solution proposée pour comparer votre analyse.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez l'importance du patrimoine à différentes échelles.

Réponse : Une étude critique réussie doit d'abord présenter le document (nature, auteur, contexte : entretien avec Ahmad Al Faqi Al Mahdi, ancien membre d'Ansar Dine/AQMI condamné par la CPI pour la destruction de mausolées à Tombouctou en 2012) puis montrer, en s'appuyant sur des citations précises et sur ses connaissances, l'importance du patrimoine à l'échelle locale (identité des habitants de Tombouctou, lieux sacrés liés aux saints et à la pratique religieuse soufie), à l'échelle nationale (le Mali, pays multiethnique - peul, songhaï, touareg, arabe - pour lequel ce patrimoine est un facteur d'unité et de mémoire collective, mis à mal par la crise de 2012), et à l'échelle internationale (Tombouctou classée au patrimoine mondial de l'Unesco, mobilisation de la communauté internationale pour la reconstruction, jugement de la Cour pénale internationale qui reconnaît la destruction du patrimoine culturel comme un crime de guerre). Il faut aussi souligner les enjeux idéologiques et religieux (destruction motivée par une vision rigoriste de l'islam hostile au culte des saints) et les enjeux de réconciliation et de reconstruction (rôle de l'Unesco, temps nécessaire pour restaurer la confiance des populations).

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