Sujet de dissertation 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Centres étrangers (Afrique) 2026 (jour 1)

Thème : Histoire et mémoire : notions, enjeux et acteurs de la construction des mémoires · Tiré du sujet Jour 1 (2026)

Énoncé

Sujet de dissertation 2

La construction des mémoires des conflits: quels acteurs pour quelles finalités ?

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La construction des mémoires des conflits : quels acteurs pour quelles finalités ?

Réponse : Proposition de plan détaillé : Introduction - Accroche : Discours de Jacques Chirac au Vel d'Hiv en 1995 reconnaissant la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs, marquant un tournant mémoriel majeur. - Définitions : Mémoire (représentation subjective, affective et plurielle du passé par des individus ou des groupes) vs Histoire (démarche critique, scientifique et objectivante). Acteurs : institutionnels (États, justice, organisations internationales) et civils (associations de victimes, historiens, artistes, médias). Finalités : politique (cohésion, légitimation), morale/judiciaire (vérité, réparation, justice transitionnelle), civique/pédagogique (devoir de mémoire, prévention des conflits). - Problématique : Quels sont les différents acteurs intervenant dans la fabrique des mémoires des conflits et dans quelle mesure leurs finalités oscillent-elles entre quête de vérité, impératif de réconciliation et instrumentalisation politique ? - Annonce du plan : I. L'État et les institutions : des politiques mémorielles au service de l'unité et de la réconciliation ; II. Victimes, historiens, juges et artistes : faire émerger la vérité et réparer ; III. Conflits d'usage, concurrences mémorielles et instrumentalisations. I. L'État et les institutions : des politiques mémorielles au service de l'unité et de la réconciliation - A. La mémoire officielle comme ciment national : commémorations nationales (11 Novembre, panthéonisations), érection de monuments aux morts après la Première Guerre mondiale, construction du mythe résistancialiste après 1945. - B. Les lois mémorielles et la reconnaissance des fautes du passé : loi Gayssot (1990), reconnaissance du génocide arménien (2001), loi Taubira (2001) sur l'esclavage et la traite négrière. - C. La diplomatie mémorielle et la réconciliation binationale : gestes symboliques franco-allemands (Mitterrand et Kohl à Douaumont en 1984, manuel d'histoire commun en 2006). II. Victimes, historiens, juges et artistes : faire émerger la vérité et réparer - A. Les témoins et les associations de mémoire : émergence de la « mémoire de la Shoah » à partir des années 1970 (témoignages, association des Fils et Filles des déportés juifs de France fondée en 1979 par Serge et Beate Klarsfeld). - B. Le rôle de la justice : procès Eichmann (1961) et Barbie (1987) comme moments de libération de la parole des témoins ; justice pénale internationale (TPIY, TPIR pour le génocide des Tutsis) ; justice transitionnelle avec la Commission vérité et réconciliation sud-africaine (créée en 1995, présidée par Desmond Tutu), qui vise à concilier aveu, pardon et paix civile ; juridictions gacaca au Rwanda. - C. Les historiens et les créateurs culturels : déconstruction des mythes (Robert Paxton sur Vichy en 1972/1973), cinéma et littérature (Claude Lanzmann avec *Shoah*, 1985 ; romans mémoriels) assurant la transmission intergénérationnelle. III. Conflits d'usage, concurrences mémorielles et instrumentalisations - A. La concurrence mémorielle : rivalités entre groupes de victimes réclamant une égale visibilité. Exemple de la guerre d'Algérie, avec des mémoires éclatées (appelés, pieds-noirs, harkis, militants du FLN, immigrés algériens) ; reconnaissances tardives (loi de 1999 sur l'expression « guerre d'Algérie », rapport Stora en 2021). - B. L'instrumentalisation politique et géopolitique de la mémoire : légitimation du pouvoir (mémoire officielle de la guerre d'indépendance par le FLN en Algérie) ; usages nationalistes de la Grande Guerre patriotique en Russie ; négation du génocide arménien par la Turquie ; controverse sur la loi de 2005 évoquant le « rôle positif » de la colonisation. - C. Le rôle critique de l'historien face aux injonctions mémorielles : appel « Liberté pour l'histoire » (2005) contre les lois mémorielles ; distinction entre devoir de mémoire et « travail de mémoire » ou « devoir d'histoire » (Paul Ricœur, Pierre Nora). Conclusion - Bilan : La mémoire des conflits est une construction plurielle portée par des acteurs multiples. Leurs finalités sont diverses : cohésion nationale, réparation et justice, réconciliation, transmission, mais aussi légitimation politique. - Tensions : Ces finalités entrent souvent en tension. L'historien joue alors un rôle d'arbitre critique en mettant les mémoires à distance. - Ouverture : Rôle des réseaux sociaux et des nouvelles formes de mémoire numérique, ou mémoire des conflits récents (Rwanda, ex-Yougoslavie, Ukraine).

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