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Sujet du Bac ST2S Français 2025 · Asie Session normale

Sujet du Bac ST2S de Français 2025, Asie Session normale : 1 exercice corrigé. Thèmes : Contraction de texte. Avec correction automatique.

Thèmes du sujet : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

Exercice 1 - Commentaire de texte

1- Commentaire de texte (20 points)

Objet d'étude: Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle.

Texte: Joris-Karl Huysmans, En rade, 1887.

Jacques et sa femme, Louise, passent leur première nuit dans un château délabré. Alors que Jacques est plongé dans un rêve étrange, il est réveillé par un grand cri. Il se lève et explore les lieux à la lueur de sa bougie.

Par instants, tout cela craquait. Jacques se retournait précipitamment, éclairant le côté d'où partait le bruit, mais les coins sombres de la pièce qu'il explorait ne cachaient personne, et, de tous les côtés, les portes qu'il entrouvrait laissaient voir des enfilades de chambres muettes et chancie 1, sentant la tombe, se pulvérisant lentement, sans

5 air.

Il revint sur ses pas, se réservant, dès qu'il ferait jour, de visiter chacune de ces pièces en détail, se proposant de les condamner, s'il était possible. Il repassa dans les salles qu'il avait parcourues, se retournant, à chaque enjambée, car les murs s'étiraient et de nouveaux craquements se faisaient entendre.

10 Il s'énervait dans cette tension d'une recherche qui n'aboutissait point; la lamentable solitude de ces chambres le poignait et, avec elle, une peur inattendue, atroce, la peur non d'un danger connu, sûr, car il sentait que cette transe 2 s'évanouirait devant un homme qu'il trouverait tapi dans un coin, là, mais une peur de l'inconnu, une terreur de nerfs exaspérés par des bruits inquiétants dans un désert noir.

15 Il tenta de se raisonner, se moqua, sans y réussir, de cette défaillance, en s'imaginant le château hanté, allant du coup aux idées les plus impossibles, les plus romanesques, les plus folles, exprès pour se rassurer, en se démontrant d'une façon péremptoire 3 l'inanité 4 de ses craintes. Quoi qu'il fît, son trouble s'accentuait. Il le refoula pourtant, durant une minute, par la vision qu'il se suggéra d'un péril immédiat, d'une lutte corps à

20 corps, subite; il entra dans le couloir, le fouilla fiévreusement, jurant de colère, voulant à tout prix découvrir pour se sauver de la peur un danger vrai.

Découragé, il se décidait à remonter quand un bruit d'orage retentit soudainement au-dessus de sa tête dans l'escalier; il s'avança. En l'air quelque chose d'énorme emplissait, en la ventilant, la cage 5.

25 La bougie, comme secouée par une bourrasque, coucha sa flamme, dardant 6 d'âcres jets de fumée, éclairant à peine; il n'eut que le temps de se reculer, de s'arc-bouter sur une jambe, de cingler 7 à toute volée, de sa canne d'épine dure à côtes, la masse tourbillonnante qui s'affaissa dans un cri strident.

Un autre cri répondit, celui de Louise, sortie, épouvantée, penchée sur la rampe.

30 — Prends garde ! Prends garde !

Dans un souffle ronflant de forge, deux rouelles 8 de phosphore 9 en flamme se jetaient sur lui.

Alors, il recula et frappa, piquant comme avec une épée dans les deux trous de feu, coupant comme avec un sabre, tapant de toutes ses forces sur la masse hurlante qui

35 se débattait, butant contre les murs, ébranlant la rampe.

Il s'arrêta exténué enfin, regarda, stupide, le cadavre d'un énorme chat-huant 10 dont les serres 11 crispées rayaient le bois ensanglanté de gouttes.

1 Chancies: moisies.

2 Transe: inquiétude, appréhension très vive; excitation extrême, trouble.

3 Péremptoire: qui n'admet aucune contestation possible.

4 Inanité: caractère de ce qui est vide et sans réalité.

5 Cage: cage d'escalier.

6 Dardant: lançant.

7 Cingler: frapper d'un coup vif, fouetter.

8 Rouelles: disques, tranches rondes.

9 Phosphore: matière chimique qui brûle avec une flamme éblouissante et qui dégage beaucoup de chaleur.

10 Chat-huant: rapace nocturne, chouette.

11 Serres: griffes.

Vous ferez le commentaire du texte de Joris-Karl Huysmans extrait d' En rade en vous aidant des pistes de lecture suivantes:

1- Vous étudierez d'abord comment le récit met en scène la montée de l'inquiétude et de l'effroi.

2- Vous montrerez ensuite comment le texte joue avec cette peur et la met à distance.

Exercice 2.A - Contraction de texte

Sujet A – Contraction de texte

Texte: Monique Atlan, Roger-Pol Droit, Quand la parole détruit, 2023.

L'important est que la parole qui fonde nos échanges soit réexaminée. Que l'on prenne conscience de sa puissance, de ses fonctions. Que l'on retrouve, réinvente, réélabore, individuellement et collectivement, des modalités d'échanges capables de construire au lieu de laisser libre cours à la destruction.

Comment faire, alors ? Tout laisser dire ? Impossible et dangereux. Organiser une police des paroles ? Inconcevable et mortifère 1. Ni censure ni anarchie. Mais par quels chemins ? Comment concevoir les conditions – pratiques, techniques, juridiques, éthiques 2, sociales, politiques... – d'une parole à la fois libre et régulée 3 ? Canalisée, pour éviter la prolifération sans fin du négatif et de la haine, sans être verrouillée, pour demeurer spontanée et créatrice. Cette ligne de crête 4 est incertaine. C'est pourtant elle qu'il convient de tracer.

Pour le tenter, nous ne possédons que quelques intuitions et hypothèses. Nous ne savons pas si ces propositions changeront la situation décrite. Mais nous voulons tenter d'indiquer un point d'équilibre à la fois possible et souhaitable. Il permettrait, si l'on s'en approchait, de parler « mieux », non pas au sens de la correction grammaticale et de l'exactitude du vocabulaire, mais au sens des échanges humains.

[...] Dès l'école.

Un combat est en effet toujours à mener pour que l'école devienne, dès la maternelle, un lieu primordial d'apprentissage de la parole. Cette éducation fondatrice passe par une série d'acquisitions: nombre de mots suffisant, capacité à exprimer précisément ses sentiments et ses idées, lecture et écriture aisées, confiance en soi assez grande pour parler aux autres, même s'ils sont d'un autre avis – surtout s'ils sont d'un autre avis.

Ce combat pour la parole a été mis en lumière depuis longtemps déjà. Malgré tout, les mesures souhaitables, souvent expliquées, ne sont toujours pas appliquées. Or il ne s'agit pas d'une question étroitement scolaire. Le problème n'est ni l'orthographe ni « le niveau » des élèves. Le vrai problème est leur vie, leur liberté, leur humanité.

C'est ce qu'explique inlassablement, de livre en livre, le linguiste Alain Bentolila. Avec clarté, rigueur, pédagogie, il insiste sur l'urgence et l'importance de cette lutte. Parce que tout se joue à la maternelle: un enfant qui maîtrise seulement quelques centaines de mots à son entrée à l'école primaire ne rattrapera presque jamais son retard, rencontrera partout des difficultés pour comprendre et apprendre, et se sentira vite en échec.

Ce qu'il rate n'est pas son bulletin trimestriel, son carnet scolaire et sa moyenne. C'est sa présence au monde, aux autres, à lui-même. Parce que la fonction première de la parole n'est pas d'avoir des notes, mauvaises ou bonnes, mais de s'adresser, d'écouter, d'exister dans une réalité humaine donnée, et si possible de la modifier. Parler, c'est d'abord interagir.

« Car la langue n'est pas faite pour parler à un autre moi-même, celui qui pense comme moi, qui vit où j'ai vécu, qui croit en le même dieu que moi. La langue n'est pas faite pour parler à ceux que j'aime; elle est faite, j'ose le dire, pour parler à ceux que l'on n'aime pas, pour leur dire des choses qu'ils n'aimeront sans doute pas, mais qui nous permettront peut-être de nous reconnaître "hommes de paroles" », écrit Bentolila.

Pour que ces échanges existent, il faut des mots. Les enfants qui en possèdent entre cinq cents et mille cinq cents ne vivent pas sur la même planète que ceux qui en manient cinq ou six mille. Si l'on ne remédie pas à cette inégalité, précocement et massivement, elle se montre durable et cruelle. Le manque de mots – pour exprimer ce qu'on éprouve, penser, argumenter, tenter de convaincre – conduit à la violence.

Savoir parler suppose bien plus qu'un stock de vocabulaire: entrer en relation avec les autres, savoir les écouter, oser s'en faire entendre, accepter le risque de l'incompréhension, assumer le constat des désaccords. Quand tout cela manque, faute d'éducation à l'échange, la violence croît. L'injure remplace les mots qui font défaut. Les coups suivent, quand on n'a plus rien à dire mais encore beaucoup à exprimer, sans y parvenir. [...]

Pour ces différentes raisons, l'action pour restaurer à l'école le sens de la parole – sa diversité, ses pouvoirs, sa grandeur – s'avère indispensable.

(735 mots)

1 Mortifère: qui provoque ou entraîne la mort.

2 Ethiques: morales.

3 Régulée: organisée et modérée.

4 Ligne de crête: point d'équilibre entre deux pentes.

Vous ferez la contraction de ce texte en 184 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 165 mots et au plus 203 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Réponse enregistrée. Compare ta contraction avec les critères de correction proposés.

Exercice 2.A - Essai

Sujet A – Essai

Texte: Monique Atlan, Roger-Pol Droit, Quand la parole détruit, 2023.

L'important est que la parole qui fonde nos échanges soit réexaminée. Que l'on prenne conscience de sa puissance, de ses fonctions. Que l'on retrouve, réinvente, réélabore, individuellement et collectivement, des modalités d'échanges capables de construire au lieu de laisser libre cours à la destruction.

Comment faire, alors ? Tout laisser dire ? Impossible et dangereux. Organiser une police des paroles ? Inconcevable et mortifère 1. Ni censure ni anarchie. Mais par quels chemins ? Comment concevoir les conditions – pratiques, techniques, juridiques, éthiques 2, sociales, politiques... – d'une parole à la fois libre et régulée 3 ? Canalisée, pour éviter la prolifération sans fin du négatif et de la haine, sans être verrouillée, pour demeurer spontanée et créatrice. Cette ligne de crête 4 est incertaine. C'est pourtant elle qu'il convient de tracer.

Pour le tenter, nous ne possédons que quelques intuitions et hypothèses. Nous ne savons pas si ces propositions changeront la situation décrite. Mais nous voulons tenter d'indiquer un point d'équilibre à la fois possible et souhaitable. Il permettrait, si l'on s'en approchait, de parler « mieux », non pas au sens de la correction grammaticale et de l'exactitude du vocabulaire, mais au sens des échanges humains.

[...] Dès l'école.

Un combat est en effet toujours à mener pour que l'école devienne, dès la maternelle, un lieu primordial d'apprentissage de la parole. Cette éducation fondatrice passe par une série d'acquisitions: nombre de mots suffisant, capacité à exprimer précisément ses sentiments et ses idées, lecture et écriture aisées, confiance en soi assez grande pour parler aux autres, même s'ils sont d'un autre avis – surtout s'ils sont d'un autre avis.

Ce combat pour la parole a été mis en lumière depuis longtemps déjà. Malgré tout, les mesures souhaitables, souvent expliquées, ne sont toujours pas appliquées. Or il ne s'agit pas d'une question étroitement scolaire. Le problème n'est ni l'orthographe ni « le niveau » des élèves. Le vrai problème est leur vie, leur liberté, leur humanité.

C'est ce qu'explique inlassablement, de livre en livre, le linguiste Alain Bentolila. Avec clarté, rigueur, pédagogie, il insiste sur l'urgence et l'importance de cette lutte. Parce que tout se joue à la maternelle: un enfant qui maîtrise seulement quelques centaines de mots à son entrée à l'école primaire ne rattrapera presque jamais son retard, rencontrera partout des difficultés pour comprendre et apprendre, et se sentira vite en échec.

Ce qu'il rate n'est pas son bulletin trimestriel, son carnet scolaire et sa moyenne. C'est sa présence au monde, aux autres, à lui-même. Parce que la fonction première de la parole n'est pas d'avoir des notes, mauvaises ou bonnes, mais de s'adresser, d'écouter, d'exister dans une réalité humaine donnée, et si possible de la modifier. Parler, c'est d'abord interagir.

« Car la langue n'est pas faite pour parler à un autre moi-même, celui qui pense comme moi, qui vit où j'ai vécu, qui croit en le même dieu que moi. La langue n'est pas faite pour parler à ceux que j'aime; elle est faite, j'ose le dire, pour parler à ceux que l'on n'aime pas, pour leur dire des choses qu'ils n'aimeront sans doute pas, mais qui nous permettront peut-être de nous reconnaître "hommes de paroles" », écrit Bentolila.

Pour que ces échanges existent, il faut des mots. Les enfants qui en possèdent entre cinq cents et mille cinq cents ne vivent pas sur la même planète que ceux qui en manient cinq ou six mille. Si l'on ne remédie pas à cette inégalité, précocement et massivement, elle se montre durable et cruelle. Le manque de mots – pour exprimer ce qu'on éprouve, penser, argumenter, tenter de convaincre – conduit à la violence.

Savoir parler suppose bien plus qu'un stock de vocabulaire: entrer en relation avec les autres, savoir les écouter, oser s'en faire entendre, accepter le risque de l'incompréhension, assumer le constat des désaccords. Quand tout cela manque, faute d'éducation à l'échange, la violence croît. L'injure remplace les mots qui font défaut. Les coups suivent, quand on n'a plus rien à dire mais encore beaucoup à exprimer, sans y parvenir. [...]

Pour ces différentes raisons, l'action pour restaurer à l'école le sens de la parole – sa diversité, ses pouvoirs, sa grandeur – s'avère indispensable.

(735 mots)

1 Mortifère: qui provoque ou entraîne la mort.

2 Ethiques: morales.

3 Régulée: organisée et modérée.

4 Ligne de crête: point d'équilibre entre deux pentes.

Est-il essentiel d'apprendre à échanger dans une bonne éducation ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur Gargantua (chapitres XI à XXIV) de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Monique Atlan et de Roger-Pol Droit) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Réponse enregistrée. Compare ton essai avec les pistes de correction proposées.

Exercice 2.B - Contraction de texte

B — La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » / parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte: Jean-Marie Durand, « Qu'est-ce qui caractérise les caractères ? », Philosophie Magazine, 25 novembre 2022.

Si Les Caractères, écrit vers 320 avant Jésus-Christ par Théophraste (élève d'Aristote 1), prolongé par la satire de Jean de La Bruyère, publiée en 1688, ont pris au sérieux la réflexion sur nos caractères, la philosophie moderne s'en est étrangement désintéressée.

Trop ambivalents 2 et insaisissables pour un esprit rationnel, les caractères n'occupent guère l'esprit des philosophes. Comme si Théophraste et La Bruyère avaient épuisé de leur génie propre la question ! Comme si, surtout, le caractère butait sur la possibilité d'en conceptualiser rigoureusement le cadre.

Le caractère reste une impression vague plutôt qu'un concept en vogue. Il n'est qu'« une figuration impressionniste 3 », comme le suggère le philosophe français Frédéric Spinhirny dans son récent essai, Les Caractères aujourd'hui. Ce qui résiste et ce qui cède. Une figure impressionniste, certes, mais qui, lorsqu'on joue avec ses caricatures possibles, comme le fait l'humoriste Lison Daniel sur son compte Instagram et désormais dans son livre Les Caractères, devient une figure d'incarnation. De la Marseillaise au sang chaud qui maltraite les touristes parisiens à la grande bourgeoise confinée à Saint-Lu et dépassée par l'intendance de ses trois résidences secondaires, l'humoriste de la Matinale de France Inter puise dans la notion de caractère l'idée d'un socio-type 4 bourré de clichés dont on rit d'autant plus facilement qu'on le sait forcé 5.

Un caractère est toujours soumis à un principe de réduction; il n'est que la concentration serrée d'un principe d'identité, d'un tempérament à ciel ouvert. De ces caractères, qui ne sont rien d'autre que des personnages définis par quelques traits écrasants, chacun a intuitivement une connaissance sensible; on pense les connaître, on les fantasme surtout. […]

Lison Daniel prolonge, par l'humour, une tradition fondée par Théophraste et La Bruyère. Pour le premier le caractère désignait l'essence de l'homme, le « lieu » de l'être, un moi fixe, invariable, définissable et donc classable. Pour justifier l'usage de la notion de caractère, l'élève d'Aristote se demandait au début de son livre: « Comment se fait-il que nous n'ayons pas les mêmes mœurs alors que l'ensemble de la Grèce est soumis au même climat et que tous les Grecs reçoivent la même éducation ? »

D'Aristote, le premier à avoir pensé le caractère dans l' Éthique à Nicomaque (à travers des portraits du magnanime 6, de l'impudent 7, de l'hypocrite…), Théophraste a appris à classer des types moraux constants. Plutôt que de se demander si chacun a un bon ou un mauvais caractère, il distingue dans sa taxinomie 8 plus d'une vingtaine de caractères précis, répartis dans quelques grandes familles: les bavards, verbeux, fabulateurs, médisants; les avares, radins et cupides; les importuns et malotrus 9; les flatteurs et fourbes; les poseurs, orgueilleux, vantards…

Prolongeant cette attention lucide et moqueuse de Théophraste, La Bruyère dessine un tableau satirique des mœurs du XVII e siècle dans la seule œuvre qu'il ait publiée. À travers des centaines de maximes, de réflexions et de portraits, La Bruyère se fait un entomologiste 10 de la condition humaine; pour lui, un philosophe n'a comme objet que de « consumer sa vie à observer les hommes ». Émile Zola s'émerveillait des finesses de La Bruyère: « On l'aime parce qu'il est sans parti pris, sans système, et qu'il se contente d'enseigner la vertu en peignant nos travers. » Roland Barthes 11, attaché à la nuance, salua aussi ces Caractères: « La Bruyère a peut-être été le dernier moraliste à pouvoir parler de tout l'homme, enclore toutes les régions du monde humain dans un livre. » Car après La Bruyère, la philosophie s'est détachée du caractère. S'étant « constituée sur le dépassement de la sensibilité, jugée trop fragile, trop changeante, incertaine », observe Frédéric Spinhirny, la philosophie a laissé la place à la psychologie en tant que discipline centrée sur l'étude de la personnalité. Préférant l'ontologie 12 au caractère, ou l'éthique 13 aux tics comportementaux, la philosophie a perdu de son champ de vision l'étude des caractères, trop ténus 14 et flous pour conférer à la vie commune un sens quelconque.

Pourtant, en dépit de ses insuffisances heuristiques 15, le caractère « n'est pas qu'une simple humeur passagère ou un archaïsme 16 biologique », soutient Spinhirny. Il peut, à condition d'en observer attentivement les éclats et les symptômes, constituer « notre manière de rentrer en relation, de prendre des décisions, de s'engager dans le monde ». Sans forcément ressembler à « l'animal à comportement prévisible » dénoncé par Hannah Arendt 17, l'individu dispose de son caractère « comme un réflexe premier », à la manière de l'inconscient.

(767 mots)

1 Théophraste et Aristote: philosophes de l'Antiquité grecque.

2 Ambivalents: ici, ambigus, complexes.

3 Figuration impressionniste: représentation se fondant sur des impressions.

4 Socio-type: type d'individu défini en fonction de sa catégorie sociale.

5 Forcé: exagéré.

6 Magnanime: qui a de la grandeur d'âme et de la générosité.

7 Impudent: effronté, insolent.

8 Taxinomie: classification.

9 Malotrus: personne aux manières grossières.

10 Entomologiste: scientifique spécialiste de l'étude des insectes.

11 Roland Barthes (1915-1980): penseur et critique littéraire français.

12 Ontologie: étude de l'être, de l'existence.

13 Éthique: étude de la morale.

14 Ténus: fins, à peine perceptibles.

15 Heuristiques: utiles à la recherche et à la découverte.

16 Archaïsme: caractéristique ancienne, dont on a hérité.

17 Hannah Arendt (1906-1975): philosophe, politologue et journaliste allemande.

Contraction: Vous ferez la contraction de ce texte en 192 mots. Une tolérance de plus ou moins 10 % est admise: les limites sont donc fixées à au moins 173 mots et au plus 211 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu’elle comporte.

Exercice 2.B - Essai

B — La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » / parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte: Jean-Marie Durand, « Qu'est-ce qui caractérise les caractères ? », Philosophie Magazine, 25 novembre 2022.

Si Les Caractères, écrit vers 320 avant Jésus-Christ par Théophraste (élève d'Aristote 1), prolongé par la satire de Jean de La Bruyère, publiée en 1688, ont pris au sérieux la réflexion sur nos caractères, la philosophie moderne s'en est étrangement désintéressée.

Trop ambivalents 2 et insaisissables pour un esprit rationnel, les caractères n'occupent guère l'esprit des philosophes. Comme si Théophraste et La Bruyère avaient épuisé de leur génie propre la question ! Comme si, surtout, le caractère butait sur la possibilité d'en conceptualiser rigoureusement le cadre.

Le caractère reste une impression vague plutôt qu'un concept en vogue. Il n'est qu'« une figuration impressionniste 3 », comme le suggère le philosophe français Frédéric Spinhirny dans son récent essai, Les Caractères aujourd'hui. Ce qui résiste et ce qui cède. Une figure impressionniste, certes, mais qui, lorsqu'on joue avec ses caricatures possibles, comme le fait l'humoriste Lison Daniel sur son compte Instagram et désormais dans son livre Les Caractères, devient une figure d'incarnation. De la Marseillaise au sang chaud qui maltraite les touristes parisiens à la grande bourgeoise confinée à Saint-Lu et dépassée par l'intendance de ses trois résidences secondaires, l'humoriste de la Matinale de France Inter puise dans la notion de caractère l'idée d'un socio-type 4 bourré de clichés dont on rit d'autant plus facilement qu'on le sait forcé 5.

Un caractère est toujours soumis à un principe de réduction; il n'est que la concentration serrée d'un principe d'identité, d'un tempérament à ciel ouvert. De ces caractères, qui ne sont rien d'autre que des personnages définis par quelques traits écrasants, chacun a intuitivement une connaissance sensible; on pense les connaître, on les fantasme surtout. […]

Lison Daniel prolonge, par l'humour, une tradition fondée par Théophraste et La Bruyère. Pour le premier le caractère désignait l'essence de l'homme, le « lieu » de l'être, un moi fixe, invariable, définissable et donc classable. Pour justifier l'usage de la notion de caractère, l'élève d'Aristote se demandait au début de son livre: « Comment se fait-il que nous n'ayons pas les mêmes mœurs alors que l'ensemble de la Grèce est soumis au même climat et que tous les Grecs reçoivent la même éducation ? »

D'Aristote, le premier à avoir pensé le caractère dans l' Éthique à Nicomaque (à travers des portraits du magnanime 6, de l'impudent 7, de l'hypocrite…), Théophraste a appris à classer des types moraux constants. Plutôt que de se demander si chacun a un bon ou un mauvais caractère, il distingue dans sa taxinomie 8 plus d'une vingtaine de caractères précis, répartis dans quelques grandes familles: les bavards, verbeux, fabulateurs, médisants; les avares, radins et cupides; les importuns et malotrus 9; les flatteurs et fourbes; les poseurs, orgueilleux, vantards…

Prolongeant cette attention lucide et moqueuse de Théophraste, La Bruyère dessine un tableau satirique des mœurs du XVII e siècle dans la seule œuvre qu'il ait publiée. À travers des centaines de maximes, de réflexions et de portraits, La Bruyère se fait un entomologiste 10 de la condition humaine; pour lui, un philosophe n'a comme objet que de « consumer sa vie à observer les hommes ». Émile Zola s'émerveillait des finesses de La Bruyère: « On l'aime parce qu'il est sans parti pris, sans système, et qu'il se contente d'enseigner la vertu en peignant nos travers. » Roland Barthes 11, attaché à la nuance, salua aussi ces Caractères: « La Bruyère a peut-être été le dernier moraliste à pouvoir parler de tout l'homme, enclore toutes les régions du monde humain dans un livre. » Car après La Bruyère, la philosophie s'est détachée du caractère. S'étant « constituée sur le dépassement de la sensibilité, jugée trop fragile, trop changeante, incertaine », observe Frédéric Spinhirny, la philosophie a laissé la place à la psychologie en tant que discipline centrée sur l'étude de la personnalité. Préférant l'ontologie 12 au caractère, ou l'éthique 13 aux tics comportementaux, la philosophie a perdu de son champ de vision l'étude des caractères, trop ténus 14 et flous pour conférer à la vie commune un sens quelconque.

Pourtant, en dépit de ses insuffisances heuristiques 15, le caractère « n'est pas qu'une simple humeur passagère ou un archaïsme 16 biologique », soutient Spinhirny. Il peut, à condition d'en observer attentivement les éclats et les symptômes, constituer « notre manière de rentrer en relation, de prendre des décisions, de s'engager dans le monde ». Sans forcément ressembler à « l'animal à comportement prévisible » dénoncé par Hannah Arendt 17, l'individu dispose de son caractère « comme un réflexe premier », à la manière de l'inconscient.

(767 mots)

1 Théophraste et Aristote: philosophes de l'Antiquité grecque.

2 Ambivalents: ici, ambigus, complexes.

3 Figuration impressionniste: représentation se fondant sur des impressions.

4 Socio-type: type d'individu défini en fonction de sa catégorie sociale.

5 Forcé: exagéré.

6 Magnanime: qui a de la grandeur d'âme et de la générosité.

7 Impudent: effronté, insolent.

8 Taxinomie: classification.

9 Malotrus: personne aux manières grossières.

10 Entomologiste: scientifique spécialiste de l'étude des insectes.

11 Roland Barthes (1915-1980): penseur et critique littéraire français.

12 Ontologie: étude de l'être, de l'existence.

13 Éthique: étude de la morale.

14 Ténus: fins, à peine perceptibles.

15 Heuristiques: utiles à la recherche et à la découverte.

16 Archaïsme: caractéristique ancienne, dont on a hérité.

17 Hannah Arendt (1906-1975): philosophe, politologue et journaliste allemande.

Essai: Peut-on échapper à la simplification et à la caricature lorsqu’on peint les hommes et leurs comportements ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur le livre XI des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l’exercice de la contraction (texte de Jean-Marie Durand) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice 2.C - Contraction de texte

Sujet C – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») / parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte: Alice Zeniter, Toute une moitié du monde, 2022.

Je ne veux pas que mes livres puissent donner une seule seconde l'illusion que le monde comme il est me va, que je m'en accommode, voire que je m'en satisfais. Alors j'écris encore et encore sur ce qui me semble insupportable – et parfois j'ai l'impression que je cherche à ne pas oublier moi-même mon insatisfaction en écrivant. Ce n'est pas forcément un choix que j'ai fait librement et dont je pourrais tirer une fierté: je sais, ou je pressens, que je me sentirais trop coupable, trop privilégiée si je faisais autrement. « L'écrivain se sent coupable d'être inutile, inactif, improductif, oisif, entretenu, coupable d'écrire dans la langue des dominants, dans celle des colonisateurs, coupable d'être passé de l'autre côté, coupable de trahir les valeurs des siens, coupable d'être fasciné par des enfantillages, coupable de jouir de fins plaisirs, alors que l'injustice, la guerre, la famine, etc. », écrit Sophie Divry 1 dans Rouvrir le roman. C'est pour cela que les auteurs et autrices exagèrent beaucoup, selon elle, la portée politique de leurs textes et du geste même d'écrire. On se raconte, par exemple, qu'une œuvre dont la forme est révolutionnaire est forcément révolutionnaire dans le fond. Et on s'appuie sur Sarraute 1 dans L'Ère du soupçon pour s'en persuader: « Les œuvres qui cherchent à se dégager de tout ce qui est imposé, conventionnel et mort, pour se tourner vers ce qui est libre, sincère et vivant, seront forcément tôt ou tard des levains 2 d'émancipation et de progrès. » Mais on peut trouver d'autres citations moins rassurantes, et Sophie Divry se tourne vers Carlos Fuentes 1, dans Géographie du roman:

« Combien de fois, enfin, l'engagement politique n'a-t-il pas été confondu avec la victoire assurée des bonnes intentions ? Il suffisait d'un roman dénonçant l'oppression d'un mineur bolivien pour que ce dernier se trouve ipso facto 3 libéré ainsi que tous les mineurs du continent. Ces livres, hélas, ne sauvèrent ni le mineur – qui ne se sauvera que par l'action politique – ni la littérature – qui ne dut son salut 4 qu'en joignant aux exigences de la cité les exigences de l'art. »

Lorsque j'écris, j'alterne entre une vision de moi dans laquelle je suis agissante et auréolée de flammèches 5 et une vision de moi où je n'apparais que comme inutile et planquée. C'est pour cela que je veux écrire seule, le plus possible, pas seulement enfermée dans une chambre à moi mais loin de ceux et de celles que j'aime. Je ne sais pas de quelle vision je vais hériter au sortir d'une journée d'écriture et quand c'est la deuxième qui me saisit, je suis triste, de mauvaise compagnie. Je passe extrêmement rapidement du « Je n'ai pas pu écrire » à « Écrire n'a aucun pouvoir ». À quoi ça sert, tout ça ? À rien. Est-ce que j'ai sauvé un mineur bolivien ? Non. Alors ce sont des heures perdues ? C'est le genre de pensées qui me retombent sur le coin de la figure au moment où je crois que je vais parfaitement bien et, alors que je suis lancée dans une activité totalement anodine – mettons que je me brosse les dents ou que je descende l'escalier en portant le panier à linge sale –, tout à coup quelque chose se déchire, se dé-cohère 6. À quoi ça sert ? Ce ne serait pas grave de répondre « à rien » si écrire était tout ce que je voulais faire de ma vie. Mais ce n'est pas le cas. Je rêve de fêtes, de projets partagés, de conversations qui ne finissent pas, de longs après-midi à nager dans la mer avec des amis. [...]

Et encore, penser que les écrits ne servent à rien, ce n'est pas le pire. Il y a parfois un autre doute qui arrive, une suspicion qui me fait mal, ou me fait me sentir sale, les cheveux comme devenus immédiatement graisseux et collés aux tempes. Elle prend plus ou moins la forme de cette phrase de Romain Gary 7: « La réalité de ceux qui souffrent nous inspire; cette inspiration, directement, ne leur rend rien » ( Vie et mort d'Émile Ajar). Ce n'est donc pas simplement que je suis inefficace et inutile face à la misère du monde, c'est que je m'en nourris et que j'en tire des bénéfices (droits d'auteur, reconnaissance, etc.), tout en prétendant qu'écrire une vie ignorée, c'est forcément lui rendre un service ou sa dignité.

(765 mots)

Notes:

1 Sophie Divry, Nathalie Sarraute, Carlos Fuentes: autrices et auteur du XXe et du XXIe siècles.

2 Levains: ferments, facteurs déclencheurs.

3 Ipso facto: (expression latine) par ce fait même.

4 Qui ne dut son salut: qui ne se sauva.

5 Auréolée de flammèches: couronnée glorieusement de flammes.

6 Se dé-cohère: (néologisme) perd sa cohérence.

7 Romain Gary: romancier du XXe siècle.

Contraction: Vous ferez la contraction de ce texte en 192 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 173 mots et au plus 211 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Exercice 2.C - Essai

Sujet C – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») / parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte: Alice Zeniter, Toute une moitié du monde, 2022.

Je ne veux pas que mes livres puissent donner une seule seconde l'illusion que le monde comme il est me va, que je m'en accommode, voire que je m'en satisfais. Alors j'écris encore et encore sur ce qui me semble insupportable – et parfois j'ai l'impression que je cherche à ne pas oublier moi-même mon insatisfaction en écrivant. Ce n'est pas forcément un choix que j'ai fait librement et dont je pourrais tirer une fierté: je sais, ou je pressens, que je me sentirais trop coupable, trop privilégiée si je faisais autrement. « L'écrivain se sent coupable d'être inutile, inactif, improductif, oisif, entretenu, coupable d'écrire dans la langue des dominants, dans celle des colonisateurs, coupable d'être passé de l'autre côté, coupable de trahir les valeurs des siens, coupable d'être fasciné par des enfantillages, coupable de jouir de fins plaisirs, alors que l'injustice, la guerre, la famine, etc. », écrit Sophie Divry 1 dans Rouvrir le roman. C'est pour cela que les auteurs et autrices exagèrent beaucoup, selon elle, la portée politique de leurs textes et du geste même d'écrire. On se raconte, par exemple, qu'une œuvre dont la forme est révolutionnaire est forcément révolutionnaire dans le fond. Et on s'appuie sur Sarraute 1 dans L'Ère du soupçon pour s'en persuader: « Les œuvres qui cherchent à se dégager de tout ce qui est imposé, conventionnel et mort, pour se tourner vers ce qui est libre, sincère et vivant, seront forcément tôt ou tard des levains 2 d'émancipation et de progrès. » Mais on peut trouver d'autres citations moins rassurantes, et Sophie Divry se tourne vers Carlos Fuentes 1, dans Géographie du roman:

« Combien de fois, enfin, l'engagement politique n'a-t-il pas été confondu avec la victoire assurée des bonnes intentions ? Il suffisait d'un roman dénonçant l'oppression d'un mineur bolivien pour que ce dernier se trouve ipso facto 3 libéré ainsi que tous les mineurs du continent. Ces livres, hélas, ne sauvèrent ni le mineur – qui ne se sauvera que par l'action politique – ni la littérature – qui ne dut son salut 4 qu'en joignant aux exigences de la cité les exigences de l'art. »

Lorsque j'écris, j'alterne entre une vision de moi dans laquelle je suis agissante et auréolée de flammèches 5 et une vision de moi où je n'apparais que comme inutile et planquée. C'est pour cela que je veux écrire seule, le plus possible, pas seulement enfermée dans une chambre à moi mais loin de ceux et de celles que j'aime. Je ne sais pas de quelle vision je vais hériter au sortir d'une journée d'écriture et quand c'est la deuxième qui me saisit, je suis triste, de mauvaise compagnie. Je passe extrêmement rapidement du « Je n'ai pas pu écrire » à « Écrire n'a aucun pouvoir ». À quoi ça sert, tout ça ? À rien. Est-ce que j'ai sauvé un mineur bolivien ? Non. Alors ce sont des heures perdues ? C'est le genre de pensées qui me retombent sur le coin de la figure au moment où je crois que je vais parfaitement bien et, alors que je suis lancée dans une activité totalement anodine – mettons que je me brosse les dents ou que je descende l'escalier en portant le panier à linge sale –, tout à coup quelque chose se déchire, se dé-cohère 6. À quoi ça sert ? Ce ne serait pas grave de répondre « à rien » si écrire était tout ce que je voulais faire de ma vie. Mais ce n'est pas le cas. Je rêve de fêtes, de projets partagés, de conversations qui ne finissent pas, de longs après-midi à nager dans la mer avec des amis. [...]

Et encore, penser que les écrits ne servent à rien, ce n'est pas le pire. Il y a parfois un autre doute qui arrive, une suspicion qui me fait mal, ou me fait me sentir sale, les cheveux comme devenus immédiatement graisseux et collés aux tempes. Elle prend plus ou moins la forme de cette phrase de Romain Gary 7: « La réalité de ceux qui souffrent nous inspire; cette inspiration, directement, ne leur rend rien » ( Vie et mort d'Émile Ajar). Ce n'est donc pas simplement que je suis inefficace et inutile face à la misère du monde, c'est que je m'en nourris et que j'en tire des bénéfices (droits d'auteur, reconnaissance, etc.), tout en prétendant qu'écrire une vie ignorée, c'est forcément lui rendre un service ou sa dignité.

(765 mots)

Notes:

1 Sophie Divry, Nathalie Sarraute, Carlos Fuentes: autrices et auteur du XXe et du XXIe siècles.

2 Levains: ferments, facteurs déclencheurs.

3 Ipso facto: (expression latine) par ce fait même.

4 Qui ne dut son salut: qui ne se sauva.

5 Auréolée de flammèches: couronnée glorieusement de flammes.

6 Se dé-cohère: (néologisme) perd sa cohérence.

7 Romain Gary: romancier du XXe siècle.

« À quoi ça sert, tout ça ? », s'interroge Alice Zeniter (l.31). L'écrivain a-t-il un rôle à jouer dans le combat pour l'égalité ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte d'Alice Zeniter) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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