Exercice 2 · Bac Sciences de la Vie et de la Terre Asie 2025 (jour 1)
Thème : De la plante sauvage à la plante domestiquée · Tiré du sujet Jour 1 (2025)
Énoncé
EXERCICE 2: Lutte biologique contre l'oïdium du blé (8 POINTS)
Le blé est l'une des céréales à la base de l'alimentation humaine. L'oïdium du blé est une maladie infectieuse causée par le champignon parasite Blumeria graminis. Cette maladie peut générer des pertes importantes de rendement.
Des études scientifiques montrent que les mycorhizes, associations symbiotiques entre champignons du sol et racines, rendent les cultures de blé moins vulnérables à l'oïdium.
Expliquer comment les mycorhizes favorisent la culture du blé en limitant l'impact environnemental lié à des pratiques en agriculture conventionnelle.
Vous organiserez votre réponse selon une démarche de votre choix intégrant des données issues des documents et les connaissances utiles.
Document 1: développement du parasite Blumeria graminis responsable de l'oïdium du blé et méthode de lutte conventionnelle
Document 1a: anatomie d'un plant de blé (à gauche) et détail de la surface d'une feuille de plant de blé parasité (à droite)
Document 1b: cycle de reproduction asexuée de Blumeria graminis
① Libération et dispersion par le vent des cellules reproductrices asexuées (appelées spores);
② La spore se fixe à la surface d'une feuille de la plante hôte et forme un premier tube germinatif;
③ La spore produit un second tube germinatif, dit appressorial, dont l'extrémité renflée joue un rôle dans l'ancrage et la pénétration du parasite dans l'épiderme de l'hôte;
④ À l'extrémité du tube appressorial, une structure de type suçoir (l'haustorium) se met en place en contact étroit avec la cellule épidermique;
⑤ Le champignon parasite se nourrit des sucres prélevés au niveau de l'haustorium, se développe et forme des filaments dont certains produisent des spores à la surface des feuilles.
Document 1c: traitement chimique contre l'oïdium du blé
En agriculture conventionnelle, les cultures de blé atteintes par l'oïdium peuvent être traitées par des pesticides comme le cyflufénamid ou le proquinazid. Ces produits sont nocifs pour la santé environnementale et humaine, notamment celle des agriculteurs. Par ailleurs, leur usage conduit à sélectionner des souches résistantes de Blumeria graminis.
Document 2: nombre de colonies de Blumeria graminis par feuille de blé mycorhizé ou non mycorhizé
Des plants de blé ont été cultivés en laboratoire sous conditions contrôlées. Certains ont été cultivés en présence d'un champignon mycorhizien ( Funneliformis mosseae) et d'autres non.
Tous les plants ont été infectés par pulvérisation d'une même suspension de spores de Blumeria graminis. Le nombre de colonies sur les feuilles a été compté 12 jours après l'infection.
Pour chaque condition, les mesures ont été réalisées sur 15 plants de blé. Les barres verticales indiquent la dispersion des valeurs autour de la moyenne. * indique que la différence constatée est statistiquement significative.
Document 3: fertilisation en phosphore et infection du blé mycorhizé
Le phosphore utilisé en agriculture conventionnelle est un élément chimique indispensable à la nutrition des plantes. La fertilisation des sols par le phosphore peut polluer les eaux et nuire à l'environnement.
Des études ont montré que les symbioses mycorhiziennes entre champignon du sol et plante sont d'autant plus développées que le sol est pauvre en phosphore. Les scientifiques ont cherché à vérifier l'effet d'une réduction des apports d'engrais phosphaté sur le développement de Blumeria graminis chez le blé mycorhizé.
73 kg·ha⁻¹ est la dose moyenne des apports de phosphore pour la culture du blé en France. Pour chaque condition, les valeurs présentées sont des moyennes obtenues à partir de mesures sur 15 plants de blé. * indique une différence significative entre les résultats obtenus pour les différentes teneurs en phosphore.
Document 4: proportion des différents stades de développement de Blumeria graminis dans les cellules épidermiques de feuilles de blé mycorhizé ou non mycorhizé, 48h après l'infection
Pour chaque condition, le comptage a été réalisé sur une feuille de 5 plants distincts. * signifie que les différences entre plants mycorhizés et non mycorhizés sont statistiquement significatives.
Document 5: haustorium en cours de formation observé au microscope électronique et schéma d'interprétation
Les images de microscopie électronique révèlent le détail du contact étroit entre la cellule du champignon parasite et la cellule végétale au niveau de l'haustorium.
Document 6: intensité de l'expression de gènes impliqués dans les mécanismes de défense au sein des cellules de feuilles de plants de blé, mycorhizés ou non
Les scientifiques ont mesuré, en l'absence d'infection chez le blé mycorhizé et non mycorhizé, le niveau d'expression des gènes CHI1 et POX au niveau des cellules de feuilles.
Le gène POX code l'enzyme peroxydase impliquée dans la production de lignine. La lignine rigidifie les parois des cellules végétales et augmente leur résistance aux agressions.
Le gène CHI1 code l'enzyme chitinase capable de dégrader un composant de la paroi des cellules de champignon, la chitine.
Nom du gène · Intensité de l'expression du gène au niveau des cellules de feuilles (en unité arbitraire)
Blé non mycorhizé · Blé mycorhizé
POX · 1 · 3,97 ± 1,88*
CHI1 · 1 · 3,65 ± 0,45*
* indique que la différence constatée est statistiquement significative.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Expliquer comment les mycorhizes favorisent la culture du blé en limitant l'impact environnemental lié à des pratiques en agriculture conventionnelle.
Réponse : 1. Introduction et problématique : - Le blé est une céréale majeure dont les rendements sont menacés par l'oïdium, causé par le champignon parasite *Blumeria graminis*. - En agriculture conventionnelle, on utilise des pesticides (fongicides) contre l'oïdium et des engrais phosphatés pour nourrir la plante. - Problème : comment la symbiose mycorhizienne protège-t-elle le blé contre l'oïdium tout en permettant de réduire ces intrants nocifs pour l'environnement ? 2. Le cycle du parasite et les limites de la lutte conventionnelle : - *Cycle de Blumeria graminis (Doc 1a, 1b et 5)* : - les spores dispersées par le vent se fixent sur la feuille et forment un tube germinatif primaire ; - elles forment ensuite un tube appressorial qui s'ancre et dégrade localement la paroi végétale ; - elles mettent enfin en place un haustorium, entouré par la membrane plasmique de la cellule épidermique (contact étroit). - Par l'haustorium, le parasite prélève les sucres de la plante, se développe en filaments mycéliens et produit de nouvelles spores (colonies blanches). La plante perd des produits de sa photosynthèse, d'où une baisse de rendement. - *Limites de la lutte conventionnelle (Doc 1c et 3)* : - les fongicides (cyflufénamid, proquinazid) sont nocifs pour l'environnement et la santé humaine, notamment celle des agriculteurs ; - ils sélectionnent des souches résistantes du parasite ; - la fertilisation phosphatée (73 kg·ha⁻¹ en moyenne en France) pollue les eaux (eutrophisation). 3. Les mycorhizes protègent le blé contre l'oïdium (Doc 2) : - 12 jours après l'infection, on compte en moyenne environ 21 colonies par feuille chez le blé mycorhizé, contre environ 96 chez le blé non mycorhizé. - Cela représente une réduction d'environ 78 %, et la différence est significative. - La symbiose racinaire protège donc les feuilles : c'est une résistance à distance, systémique. 4. Mécanismes de cette protection : - *Blocage du cycle infectieux (Doc 4 et 5)* : 48 h après l'infection, la proportion de tubes germinatifs primaires est semblable (environ 10 %) dans les deux lots. En revanche, chez le blé mycorhizé : - les tubes appressoriaux en dégénérescence passent d'environ 1 % à environ 10 % ; - les tubes appressoriaux encore en cours de développement passent d'environ 41 % à environ 58 % ; - les haustoria en formation passent d'environ 48 % à environ 23 %. - La mycorhization bloque donc l'infection au stade de la pénétration de la paroi et de la formation de l'haustorium. Le parasite ne peut alors plus prélever les sucres de la plante ni se développer. - *Stimulation préventive des défenses (Doc 6)* : même sans infection, le blé mycorhizé exprime davantage deux gènes de défense dans ses feuilles. - POX (expression environ ×4) : la peroxydase produit de la lignine, qui rigidifie les parois des cellules végétales. Cette barrière physique gêne la dégradation locale de la paroi par le tube appressorial et donc la formation de l'haustorium. - CHI1 (expression environ ×3,6) : la chitinase dégrade la chitine de la paroi du champignon. Cela explique la dégénérescence des tubes appressoriaux. - La plante mycorhizée est ainsi « pré-armée » contre le parasite. 5. Réduction des engrais phosphatés (Doc 3) : - Chez le blé mycorhizé, réduire l'apport de phosphore de 73 à 7,3 kg·ha⁻¹ (division par 10) fait passer le nombre de colonies d'environ 27 à environ 7 par feuille. La différence est significative. - Un sol pauvre en phosphore favorise le développement des mycorhizes, donc la protection contre l'oïdium. - Par ailleurs, le champignon mycorhizien prélève dans le sol des ions minéraux, dont le phosphate, et les fournit à la plante en échange de sucres. Il compense ainsi en partie la baisse de fertilisation. 6. Conclusion : - Les mycorhizes réduisent fortement l'infection par l'oïdium : elles stimulent les défenses foliaires (lignification des parois, chitinase) et bloquent ainsi la pénétration et la formation de l'haustorium. Elles limitent donc les pertes de rendement. - Cette protection est d'autant plus efficace que l'apport en phosphore est faible. - Favoriser les mycorhizes permet donc de réduire à la fois : - l'usage des fongicides (moins de toxicité pour l'environnement et les agriculteurs, moins de sélection de souches résistantes) ; - celui des engrais phosphatés (moins de pollution des eaux). - C'est une méthode de lutte biologique compatible avec une agriculture plus durable.
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