Exercice Étude critique de document(s) · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Asie 2022 (jour 1)

Thème : Le Moyen-Orient : conflits régionaux et tentatives de paix · Tiré du sujet Jour 1 (2022)

Énoncé

Étude critique de document(s): « Violence et diversité des acteurs au Moyen-Orient »

Consigne

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, répondez à la question suivante: Comment la diversité des acteurs contribue-t-elle à la permanence de la violence et de la guerre au Moyen-Orient ?

Document 1

« Tout se passe comme si on avait, au Moyen-Orient, un répertoire de la diversité des formes de violence interne et internationale, avec une créativité sans égale. Cela vaut aussi bien pour la diversité des conflits que pour la galaxie des combattants et pour la convergence des multiples facteurs qui conduisent à la violence. D'autres régions ont pu connaître des dérives comparables, l'ex-Yougoslavie, par exemple, mais pas de façon aussi durable, répétitive, cumulative.

Pour la diversité des formes de violence, sans prétendre à l'exhaustivité, peuvent être distingués les conflits entre États, les conflits interétatiques qui ont un impact extérieur, les interventions internationales, les actions meurtrières provenant d'entités non étatiques ou dirigées contre elles, voire contre des individus [...].

La galaxie des combattants correspond à cette diversité [...]. Aux armées régulières s'ajoutent la présence et l'action fréquente de milices, de forces paramilitaires curieusement dénommées « sociétés militaires privées » là où il ne s'agit que de mercenaires. On parle parfois de « privatisation » de la guerre là où il s'agit plutôt de gestion privée puisque ces groupes agissent à la demande et pour le compte d'États. Des forces spéciales interviennent souvent dans les conflits de façon semi-clandestine. Les services de renseignement participent souvent de façon couverte aux diverses formes de violence, surtout pour la répression interne. De façon plus bénigne, les forces de la paix incarnées par les Casques bleus n'ont qu'un rôle tout à fait marginal, et la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) 1 fait exception. Quant au terrorisme, il semble être une spécialité de la région, qui est en outre une grande exportatrice. Cette galaxie conduit à relativiser fortement la distinction entre militaires et civils, et même entre combattants et non combattants [...].

S'il est une région qui démontre concrètement l'échec historique de la guerre, c'est bien le Moyen-Orient. Tout se passe en outre comme si les facteurs belligènes convergeaient. Lorsque des conflits se développent, ils découlent le plus souvent d'un ensemble complexe de motifs [...].

Plus généralement, l'insécurité générale de la région est en elle-même un élément qui facilite le recours à la violence. »

1 Force intérimaire des Nations Unies au Liban établie en mars 1978 par le Conseil de Sécurité pour s'interposer dans la guerre civile.

Serge SUR, « Le Moyen-Orient, carrefour des extrêmes », Questions internationales, numéro 103-104, septembre-décembre 2020. [Serge SUR est rédacteur en chef de la revue Questions internationales.]

Document 2

Note: Le PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan formé en 1978, est une organisation politique armée du peuple kurde considérée comme terroriste par une partie de la communauté internationale dont la Turquie.

Jean-Paul CHAGNOLLAND et Pierre BLANC, Atlas du Moyen-Orient, Éditions Autrement, Collection Atlas/Monde, 2016.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Comment la diversité des acteurs contribue-t-elle à la permanence de la violence et de la guerre au Moyen-Orient ?

Réponse : Proposition d'analyse et plan détaillé : Introduction : - Accroche / Définition : Depuis 1948, le Moyen-Orient est l'un des principaux foyers de conflictualité dans le monde. Les formes de guerre s'y superposent et s'y hybrident. - Présentation des documents : Le document 1 est un extrait d'un article de Serge Sur, rédacteur en chef de *Questions internationales* (2020). Il souligne la diversité des formes de violence et la « galaxie » des combattants. Le document 2 est une carte tirée de l'*Atlas du Moyen-Orient* (2016) de J.-P. Chagnolland et P. Blanc. Elle localise les conflits interétatiques, les conflits asymétriques et les guerres civiles depuis 1948. - Problématique : Dans quelle mesure la multiplicité, l'hétérogénéité et l'enchevêtrement des acteurs locaux, régionaux et internationaux entretiennent-ils une conflictualité permanente au Moyen-Orient ? I. Une pluralité d'acteurs étatiques engagés dans des rivalités géopolitiques durables : - Les conflits interétatiques conventionnels : guerres israélo-arabes (1948, 1956, 1967, 1973), occupation du nord de Chypre par la Turquie (1974), guerre Iran-Irak (1980-1988), guerre du Golfe (1991). - Les rivalités de puissance régionale : concurrence pour l'hégémonie entre l'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite ; instrumentalisation des fractures religieuses et territoriales. - L'interventionnisme des puissances extérieures : coalition menée par les États-Unis en 1991, invasion de l'Irak en 2003 (indiquée sur la carte), rôle de la Russie en Syrie. II. L'essor d'acteurs non étatiques et l'hybridation des conflits : - Les conflits asymétriques : mouvements armés nationalistes ou indépendantistes, comme l'OLP puis le Hamas dans les territoires palestiniens, ou le PKK kurde face à la Turquie. - Les milices et la délégation de la violence (« guerres par procuration ») : Hezbollah au Liban soutenu par l'Iran, houthistes au Yémen. - Les mercenaires et forces semi-clandestines : S. Sur évoque les « sociétés militaires privées », c'est-à-dire des mercenaires agissant pour le compte d'États, ainsi que les forces spéciales et les services de renseignement. - Les organisations djihadistes et terroristes : Al-Qaïda puis Daech. Elles abolissent les frontières et brouillent la distinction entre combattants et civils. III. L'affaiblissement des États, les guerres civiles et l'échec de la régulation collective : - L'effondrement des structures étatiques : guerres civiles en cours en Syrie, en Irak et au Yémen. La fragmentation territoriale favorise l'ancrage durable des milices et les ingérences extérieures. - La marginalisation de la sécurité collective : le rôle des Casques bleus reste marginal, sauf l'exception de la FINUL au Liban. L'ONU est paralysée par le droit de veto et les logiques de puissance. L'insécurité générale facilite elle-même le recours à la violence. Conclusion : - Bilan : La superposition des acteurs locaux, régionaux et globaux et leur imbrication entretiennent une violence « durable, répétitive, cumulative » (S. Sur). Les processus de paix restent fragiles. - Portée / Limite : Les documents n'abordent pas explicitement les facteurs économiques et énergétiques (pétrole, eau), ni les tentatives de paix. On peut citer les accords de Camp David (1978), d'Oslo (1993) et d'Abraham (2020). La carte de 2016, enfin, ne montre pas les évolutions récentes : recul territorial de Daech, guerre à Gaza depuis 2023.

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