Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Asie 2026 (jour 1)

Thème : Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités dans l'espace et les océans · Tiré du sujet Jour 1 (2026)

Énoncé

Le candidat traitera l'étude critique de documents suivante.

Étude critique de documents – La conquête de l'espace extra-atmosphérique

Consigne – En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous présenterez les rivalités et les coopérations dans la course à l'espace.

Document 1

En gras sont indiquées les agences d'État, en italique les entreprises privées.

Source: tableau statistique réalisé à partir de Jean-Benoît BOURON, « La course à l'espace extra-atmosphérique entre défis scientifiques, compétition économique et rivalités de puissance », Géoconfluences, septembre 2024 [consulté le 8 septembre 2025].

Document 2

Le spationaute français Jean-François Clervoy répond aux questions d'un journaliste de la revue Inflexions. Jean-François Clervoy s'est entraîné en Union soviétique avant d'entrer dans le corps des astronautes de la NASA. Il a effectué trois vols spatiaux dans les années 1990.

« Le journaliste: Quels sont les liens entre la conquête spatiale et l'engagement politique ?

Jean-François Clervoy: Ces liens sont décisifs tout au long du XX e siècle. Les engagements des programmes spatiaux se font aux plus hauts niveaux politiques. Les

5 succès soviétiques entraînent une réaction du président américain John F. Kennedy, qui cherche un moyen de prendre la place de leader dans la conquête spatiale. C'est ainsi que naît le défi lunaire. Dans un discours célèbre prononcé à Washington le 25 mai 1961, il demande au Congrès et au pays tout entier de soutenir un ambitieux défi politique et scientifique: « Je crois que cette nation devrait s'engager à atteindre

10 l'objectif, avant la fin de cette décennie, de faire atterrir un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf sur Terre. Aucun projet spatial dans cette période ne sera plus impressionnant pour l'humanité, ou plus important pour l'exploration à long terme de l'espace, et aucun ne sera aussi difficile ou coûteux à réaliser... ». [...]

Le journaliste: Comment s'est mis en place le principe d'une collaboration

15 internationale ?

Jean-François Clervoy: La conquête spatiale a montré qu'elle pouvait, occasionnellement, porter un projet de paix. En 1972, les États-Unis et l'Union soviétique signent un accord afin de réaliser un rendez-vous spatial entre leurs vaisseaux respectifs, Apollo et Soyouz. C'est un geste de détente sans précédent

20 dans le contexte de la guerre froide. Une coopération et des échanges encore inimaginables peu avant voient ainsi le jour. Pour la préparation du vol, les Américains visitent les installations spatiales en Union soviétique et les Soviétiques viennent s'entraîner à la NASA. Les équipes d'astronautes, d'ingénieurs et de techniciens et, à travers elles, les deux nations rivales apprennent à se connaître et à collaborer. [...]

25 Le journaliste: Est-ce que ce ne sont pas les contraintes économiques qui vont donner à la conquête spatiale sa forme future ?

Jean-François Clervoy: C'est le scénario le plus probable pour ce qui concerne l'orbite basse. Aujourd'hui, plusieurs partenaires privés ont pris une place majeure dans la conquête spatiale. Space X est la première société privée à avoir assuré le

30 ravitaillement de la station orbitale internationale. Créée par Elon Musk en 2002, elle a déjà effectué dix-sept vols de ravitaillement de station grâce à sa fusée Falcon 9 et à son cargo réutilisable Dragon, et réussi la première mission automatique de la version habitable Crew Dragon. En 2016, le premier retour contrôlé du premier étage de sa fusée est un succès. »

Source: extraits d'un entretien avec Jean-François CLERVOY, « La conquête spatiale, de la guerre froide à la coopération internationale », Inflexions, N° 43, 2020, p.109-116.

Énoncé: Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Asie 2026 (jour 1)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Consigne – En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous présenterez les rivalités et les coopérations dans la course à l'espace.

Réponse : Proposition d'analyse critique organisée : Introduction - Accroche et contexte : Dès le milieu du XXe siècle, l'espace extra-atmosphérique s'est affirmé comme un enjeu géopolitique de premier ordre, miroir des équilibres et des tensions internationales. - Présentation des documents : Le document 1 est un tableau statistique réalisé à partir d'un article de J.-B. Bouron (*Géoconfluences*, 2024). Il recense les lancements entre juillet 2022 et juin 2023 par État et par acteur, en distinguant agences d'État et entreprises privées. Le document 2 est un extrait d'entretien accordé en 2020 à la revue *Inflexions* par le spationaute Jean-François Clervoy. Ce témoin privilégié s'est entraîné en URSS puis à la NASA. Il évoque les motivations politiques, les coopérations et l'irruption du secteur privé. - Problématique : Dans quelle mesure la conquête spatiale oscille-t-elle entre compétition pour la puissance et nécessité de coopérer ? - Annonce du plan : Nous verrons que l'espace est un instrument d'affirmation de la puissance étatique (I). Nous analyserons ensuite la mutation vers le *New Space* et la compétition géoéconomique (II). Nous étudierons enfin la coopération internationale, ses réussites et ses limites (III). I. L'espace, théâtre historique et renouvelé des rivalités de puissance - La guerre froide comme matrice (Doc 2) : L'affrontement entre États-Unis et URSS structure la conquête spatiale. - Clervoy rappelle que ces engagements se décident « aux plus hauts niveaux politiques ». - Il cite le discours de J. F. Kennedy du 25 mai 1961, qui lance le défi lunaire en réaction aux succès soviétiques (Spoutnik en 1957, Gagarine en avril 1961). - Ce défi aboutit à Apollo 11 en 1969. L'espace est alors un outil de prestige, de démonstration technologique et militaire (missiles balistiques). - Des rivalités étatiques persistantes et diversifiées (Doc 1) : - Les États-Unis dominent avec 93 lancements. - La Chine s'affirme comme principal rival avec 42 lancements, dont 33 par l'agence d'État CASC (station Tiangong, programme lunaire Chang'e). - La Russie (Roscosmos, 21 lancements, uniquement étatiques) maintient son rang malgré son déclin. - D'autres puissances émergent ou se maintiennent : l'Inde (ISRO, 7 lancements, Chandrayaan-3 en 2023) et le Japon (JAXA, 3 lancements). - Il faut y ajouter la militarisation de l'espace : essais antisatellites, création de commandements spatiaux (US Space Force en 2019). II. Du monopole d'État au *New Space* : une nouvelle donne concurrentielle - L'irruption des acteurs privés (Doc 1 et 2) : - Aux États-Unis, les entreprises privées réalisent la totalité des lancements : Space-X 77 sur 93, Rocket-Lab 10, ULA 6. - Clervoy souligne le rôle pionnier de SpaceX, fondée par Elon Musk en 2002. L'entreprise est la première société privée à ravitailler l'ISS (Falcon 9, Dragon). Elle réussit en 2016 la récupération contrôlée du premier étage de sa fusée, ce qui réduit fortement les coûts. - Le partenariat public-privé au service de la puissance américaine : - La NASA délègue l'orbite basse au privé pour se concentrer sur l'exploration lointaine (programme Artemis). - La Chine développe aussi des acteurs privés (ExPace, Galactic Energy), mais sous contrôle étatique. - L'Europe, avec seulement 5 lancements d'Arianespace, apparaît en retrait et dépendante, ce qui révèle un déficit d'autonomie stratégique (retards d'Ariane 6). - La compétition devient aussi économique : constellations de satellites (Starlink), marché des lancements, tourisme spatial. - Regard critique : Le document 1 ne mesure que les lancements. Il ne dit rien des budgets, des satellites ni des capacités militaires, et la période d'un an est courte. Clervoy, ancien astronaute de la NASA, porte un regard plutôt favorable au modèle américain et à SpaceX. III. Des coopérations réelles mais fragiles - La coopération comme outil de détente (Doc 2) : - L'accord de 1972 conduit à la mission Apollo-Soyouz en 1975, « geste de détente sans précédent » en pleine guerre froide. - Clervoy en souligne la portée humaine : échanges d'équipes, entraînements croisés. Son propre parcours, de l'URSS à la NASA, illustre cette coopération. - Clervoy précise toutefois que cette coopération reste « occasionnelle ». - La coopération institutionnalisée après 1991 : - La Station spatiale internationale réunit États-Unis, Russie, Europe (ESA), Japon et Canada. - L'Europe est elle-même une coopération entre États (ESA, Arianespace). - Les traités de l'ONU, comme le traité de l'espace de 1967, font de l'espace un patrimoine commun non appropriable. - Les limites actuelles : - Les coopérations se recomposent en blocs rivaux : accords Artemis menés par les États-Unis face au projet sino-russe de station lunaire (ILRS). - La Chine est exclue de l'ISS (amendement Wolf de 2011) et la coopération avec la Russie se dégrade depuis 2022. - Le droit spatial reste lacunaire face aux acteurs privés, à l'exploitation des ressources et aux débris spatiaux. Conclusion Les deux documents montrent que la course à l'espace est d'abord une rivalité de puissance, née de la guerre froide. Elle est aujourd'hui relancée par la compétition sino-américaine et par l'essor du *New Space*, qui ajoute une dimension économique. La coopération existe (Apollo-Soyouz, ISS, ESA), mais elle reste souvent un instrument de la puissance et tend à se fragmenter en blocs. L'espace demeure ainsi un enjeu majeur des relations internationales au XXIe siècle.

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