Sujet 3 · Bac STMG Philosophie Antilles-Guyane remplacement 2024

Thème : L'art · Tiré du sujet Remplacement (2024)

Énoncé

Le candidat traitera, au choix, l'un des trois sujets suivants. Sujet 3:

Expliquer le texte suivant:

L'œuvre créatrice résulte d'un arbitrage et d'un compromis: entre l'intention première du créateur – mais, à ce stade, encore informulable – et les résistances qu'il doit vaincre pour l'exprimer. Ces résistances sont celles qu'opposent à l'artiste la technique, les outils, le matériau; à l'écrivain, le vocabulaire, la grammaire, la syntaxe; mais aussi, à tous les deux, l'opinion et les lois. Toute œuvre d'art est révolutionnaire, soit, mais elle ne peut l'être qu'en agissant sur ce qu'elle subvertit. Son caractère novateur (qui disparaîtrait s'il n'y avait rien devant elle) lui vient de ce qu'elle mord sur l'obstacle, mais non sans lui céder et se modeler tant soit peu sur lui. Le chef-d'œuvre est donc fait, tout à la fois, de ce qu'il est et de ce qu'il nie, du terrain qu'il conquiert et de la résistance qu'il rencontre. Il résulte de forces antagonistes qu'il compose, mais à la poussée et à la contre-poussée desquelles il doit cette vibration et cette tension que nous admirons en lui.

Claude Lévi-Strauss, Le Regard éloigné (1983)

Rédaction de la copie

Le candidat a le choix entre deux manières de rédiger l'explication de texte. Il peut:

soit répondre dans l'ordre, de manière précise et développée, aux questions posées (option n°1);

soit suivre le développement de son choix (option n°2).

Il indique son option de rédaction (option n°1 ou option n°2) au début de sa copie.

Questions de l'option n°1 (si vous choisissez cette option, répondez-y dans votre rédaction)

A) Éléments d'analyse

1. À quelles résistances doit faire face un artiste dans le processus de création ? En quoi ces résistances sont-elles nécessaires au processus de création ?

2. Expliquez: « Toute œuvre d'art est révolutionnaire, soit, mais elle ne peut l'être qu'en agissant sur ce qu'elle subvertit ».

3. En quoi le « caractère novateur » d'une œuvre d'art « disparaîtrait s'il n'y avait rien devant elle » ?

B) Éléments de synthèse

1. Quelle est la question à laquelle l'auteur tente de répondre ici ?

2. Dégagez les différents moments de l'argumentation.

3. En vous appuyant sur les éléments précédents, dégagez l'idée principale du texte.

C) Commentaire

1. D'après le texte, l'artiste est-il entièrement libre dans sa création ?

2. En vous appuyant sur votre compréhension du texte, que pensez-vous que nous admirons dans une œuvre d'art ?

Énoncé: Sujet 3 · Bac STMG Philosophie Antilles-Guyane remplacement 2024

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Expliquer le texte suivant : « L'œuvre créatrice résulte d'un arbitrage et d'un compromis... »

Réponse : Option n°1. Introduction. Le texte de Lévi-Strauss répond à la question suivante : qu'est-ce qui fait qu'une œuvre d'art est créatrice et novatrice, alors qu'elle est toujours produite dans des conditions contraignantes ? Sa thèse est que l'œuvre créatrice n'est pas l'expression pure et libre d'une intention. Elle est le résultat d'un compromis entre cette intention et les résistances qu'elle doit vaincre, et c'est de cette lutte que naît sa valeur. A) Éléments d'analyse. 1. L'artiste fait face à deux types de résistances. - Les résistances matérielles et techniques, propres au médium : la technique, les outils et le matériau pour le plasticien ; le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe pour l'écrivain. - Les résistances sociales et normatives, communes aux deux : l'opinion (le goût, les attentes du public, les conventions) et les lois (les règles, les interdits, la censure). Ces résistances sont nécessaires. L'intention première est encore « informulable » : c'est en se heurtant à elles qu'elle se précise et prend forme. Sans obstacle, il n'y aurait rien à façonner, donc pas d'œuvre déterminée. 2. Le caractère révolutionnaire d'une œuvre ne se définit pas dans l'absolu. Il se définit par rapport à un ordre existant (tradition, norme, code) que l'œuvre vient perturber. Pour subvertir, il faut agir sur quelque chose : l'œuvre a besoin de la norme qu'elle conteste pour pouvoir la contester. 3. La nouveauté n'existe que par contraste avec un état antérieur. Sans tradition, sans technique ni norme préalables, l'œuvre n'aurait rien à dépasser. Il n'y aurait ni rupture ni innovation perceptible, seulement un geste sans repère. B) Éléments de synthèse. 1. L'auteur cherche à savoir d'où vient la valeur d'une œuvre d'art : son caractère novateur, la « vibration » et la tension que nous y admirons. Il interroge aussi le rapport entre la liberté créatrice et les contraintes. 2. L'argumentation comporte trois moments. - (i) Jusqu'à « les lois » : l'œuvre naît d'un compromis entre une intention encore informe et des résistances (technique, matériau, langue, opinion, lois). - (ii) De « Toute œuvre d'art » à « sur lui » : le caractère révolutionnaire de l'œuvre est relatif à ce qu'elle subvertit et disparaîtrait sans obstacle. L'œuvre « mord sur l'obstacle », mais en lui cédant et en se modelant en partie sur lui. - (iii) Conclusion (« donc ») : le chef-d'œuvre est fait à la fois de ce qu'il est et de ce qu'il nie. Il compose des forces antagonistes, et leur poussée et contre-poussée lui donnent la vibration et la tension que nous admirons. 3. Idée principale : l'œuvre d'art, et surtout le chef-d'œuvre, est le produit d'une tension entre la liberté créatrice et les résistances qu'elle affronte. La contrainte n'est pas un simple frein : elle est une condition constitutive de la création et de sa valeur. C) Commentaire. 1. D'après le texte, l'artiste n'est pas entièrement libre. Il dépend de son matériau, de sa langue, des normes sociales et des lois, et il doit même « céder » à l'obstacle. Mais cette absence de liberté absolue n'est pas un défaut. Une liberté sans contrainte serait vide, puisque l'intention resterait informulable. La liberté de l'artiste est une liberté conquise, qui se réalise à travers la contrainte et non contre elle. On peut l'illustrer par les contraintes formelles du sonnet ou de l'Oulipo, qui stimulent l'invention, ou par la résistance du marbre pour le sculpteur. On peut aussi nuancer : certaines contraintes, comme la censure politique, peuvent étouffer la création au lieu de la nourrir. 2. Nous n'admirons pas seulement le résultat fini ou la virtuosité. Nous admirons la trace visible d'une lutte : la tension entre ce que l'œuvre affirme et ce qu'elle surmonte, entre la nouveauté et la tradition. C'est cet équilibre dynamique qui donne à l'œuvre sa « vibration ». Elle nous paraît à la fois neuve et maîtrisée, libre et nécessaire. Kant parlait d'une œuvre qui semble libre comme la nature tout en obéissant à des règles. Conclusion. Pour Lévi-Strauss, la création est un compromis fécond. L'obstacle est la condition de la nouveauté, et la beauté du chef-d'œuvre tient à la tension des forces qu'il réconcilie sans les abolir.

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